11 octobre 2008

Breakfast at Tiffany's ; Truman Capote

P1120713Vintage ; 192 pages.
1958.

Il y a quelques jours, j'ai déclaré mon amour à mes blogs préférés, qui parlaient beaucoup de livres que j'ai moi-même aimés. Malheureusement, le temps de la rupture arrive je crois, car je vais me brouiller avec pas mal de gens bien en écrivant ce billet. Ma rencontre avec la vraie Holly Golightly n'a pas été aussi concluante que je l'imaginais. J'ai aimé, que ce soit clair, mais je reste beaucoup plus attachée à La traversée de l'été qui m'a fait découvrir Truman Capote il y a quelques semaines.

Alors, le résumé : notre narrateur, un jeune écrivain tranquille, se souvient de sa rencontre, quelques années auparavant, d'avec la fantasque Holly Golightly, qui vivait alors dans un appartement proche du sien. Leurs relations, d'abord cantonnées à des échanges verbaux dans un interphone, toujours en pleine nuit, deviennent peu à peu une sorte d'amitié, si tant est que l'on peut être ami avec Holly. Car cette jeune femme toujours entourée d'hommes d'âge mûr (ce sont les seuls qui l'intéressent) et qui adore traîner chez Tiffany's, dresse finalement des barrières infranchissables entre elle et les autres. Fasciné par la jeune fille, le narrateur en tombe amoureux, et est l'un des derniers à la soutenir lorsque les choses dérapent. 

Je l'ai déjà dit, cette nouvelle n'a pas provoqué chez moi l'enthousiasme que j'imaginais. Toutefois, elle n'est pas non plus inintéressante. Il y a d'ailleurs de très bonnes choses dans ce livre. Holly, pour commencer. Elle paraît d'abord frivole, presque stupide, mais c'est en fait un personnage complexe, qui a gardé une âme d'enfant, ou qui désire en avoir une, elle qui n'a pas vraiment eu d'enfance. Et puis, je trouve cela absolument exquis de marquer "Miss Holly Golightly, Traveling", sur sa boîte aux lettres. Autre moment que j'ai vraiment adoré, lorsque le narrateur reçoit sa belle cage à oiseaux à trois cent cinquante dollars, ornée d'un ruban rouge pour Noël. Holly lui dit alors :" Promise me, though. Promise you'll never put a living thing in it." Cette simple remarque contient à elle seule tout Holly, celle qui a en fait un grand coeur, qui reconnaît ses amis, qui tient à eux, et celle qui tient plus que tout à sa liberté, et qui ne peut se résoudre à établir des projets sérieux.
L'ambiance est à l'image d'Holly, multiple. C'est frivole, drôle, mais aussi sombre et pesant. Et puis, qu'est-ce que j'aime l'écriture de Capote ! Ce type écrivait incroyablement bien. Tous les personnages sont très bien cernés, on les entend presque parler. J'ai même lu des passages à haute voix, afin de m'en rapprocher encore.
Cependant, j'ai quand même trouvé qu'il y avait quelques longueurs dans cette nouvelle, un peu au début, et dans les dernières pages. Pas le dernier paragraphe, qui est parfait. Mais j'ai trouvé que Capote s'étendait un peu trop sur la fin, et j'ai craint que cela se termine de façon un peu abrupte. Et puis, j'ai trouvé cette histoire un peu cruelle, elle m'a mise mal à l'aise. Je sais que c'est volontaire, et j'aime qu'un livre me bouscule d'ordinaire, mais pas cette fois.

Je suis contente d'avoir rencontré Miss Golightly, et je compte bien poursuivre ma découverte de Truman Capote, mais ce livre ne restera pas parmi mes coups de coeur de l'année. J'avais peut-être trop d'attentes... 

Les avis de Céline, Clarabel, et Lou (dont j'ai parcouru vingt-sept fois l'index avant de retrouver l'avis ! ).

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08 octobre 2008

La lettre écarlate ; Nathaniel Hawthorne

resize_9_Flammarion ; 310 pages.
Traduction de Marie Canavaggia.1850.
Titre original : The Scarlet Letter.

J'ai commencé à lire Nathaniel Hawthorne il y a seulement quelques jours. Sylvie a écrit un très beau billet sur l'un de ses contes, Le voile noir, et j'ai donc saisit cette opportunité de découvrir cet auteur dont j'ai tant entendu parler. J'ai beaucoup aimé, du coup j'ai couru acheté La lettre écarlate, l'ouvrage de référence d'Hawthorne, qui est aussi considéré comme le premier roman américain, dans la mesure où il se détache des traditions littéraires du Vieux Continent.

Je pense que tout le monde sait plus ou moins de quoi il s'agit, mais comme un résumé ne fait jamais de mal, allons-y : Nous sommes au milieu du XVIIe siècle, dans une colonie de puritains établie sur le site de ce qui deviendra Boston. Hester Prynne a mis au monde une petite fille, alors même que son époux est disparu depuis deux ans. Après trois mois passés en prison, elle est condamnée à être exposée sur la place publique et à porter à jamais un A écarlate sur son sein, afin de marquer son péché. Ce même jour, son mari reparaît, et voyant le sort réservé à son épouse, jure de se venger sur le "complice" de cette dernière, bien qu'Hester refuse de dévoiler le nom du père de son enfant : "Je chercherai cet homme comme j'ai cherché la vérité dans les livres, comme j'ai cherché l'or dans l'alchimie."

Je sens que je ne vais pas faire dans l'originalité, mais j'ai adoré ce roman. L'ambiance est plombante au possible, les personnages, tous autant qu'ils sont, donnent parfois envie de leur coller des baffes, mais ce livre ne s'en lit pas moins d'une seule traite.
J'avais énormément d'a priori concernant les personnages, car l'intrigue n'était absolument plus un mystère pour moi tellement on m'avait parlé de ce livre. A part la fin, mais j'y reviendrai. Finalement, je n'ai pas ressenti d'avis totalement tranché sur tel ou tel personnage. Le vieux mari est décrit comme le Diable, et je l'ai haï plus d'une fois. Mais en même temps, il est à plaindre ce viellard plein de haine. De même, Hester et son amant font preuve d'une telle résignation, d'un tel désir d'expiation, que je n'ai pu m'empêcher de les trouver aussi méprisables que les autres dans certains de leurs actes.
Car La lettre écarlate est un livre dans lequel la question du Bien et du Mal se pose sans cesse. Il n'y a pas de retour en arrière, on ignore tout de ce qui s'est produit avant le jour où Hester s'est retrouvée sur la potence. Nous ne voyons que l'après, la confrontation entre principes "moraux" et amour interdit. D'où la jolie petite Pearl qui se tranforme aussi en "lutin du mal", ou encore des passages presque féériques, qui contiennent également de sombres présages. Du coup, j'ai navigué entre espoir et déception tout au long de ma lecture, tout en sachant très bien qu'une telle histoire ne pouvait avoir la fin que je désirai lire. Mais tout de même, quelle fin ! Je n'en dit pas plus, il faudra que vous alliez voir ça vous-mêmes.

Un très beau livre donc, court mais puissant, que je vous conseille absolument !*

Les avis de Sylvie et Praline (qui n'a pas aimé).

*Par contre, je suis heureuse de ne pas avoir lu ce roman en anglais. Après ma lecture de Le voile noir, j'avais déjà noté que Nathaniel Hawthorne était certainement difficile d'accès en VO, je pense sincèrement que j'ai bien fait.

07 octobre 2008

La Traversée des Apparences ; Virginia Woolf

233473vb_1_Le Livre de Poche ; 576 pages.
Traduction de Ludmila Savizky. 1915.
Titre original : The Voyage Out.

La lecture de Mrs Dalloway m'a donné envie de me replonger dans le premier roman que j'ai lu de Virginia Woolf, et qui est aussi le premier livre écrit par l'auteur. J'avais éprouvé un véritable coup de coeur la première fois, et ça s'est confirmé tout au long de cette deuxième lecture. En plus, ça me permet de refaire mon billet, même s'il m'est toujours aussi difficile de parler de ce roman.

Ce roman raconte la traversée de l'Atlantique depuis Londres, ville embrumée, jusqu'à l'Amérique du Sud, continent ensoleillé, par la jeune et naïve Rachel Vinrace, accompagnée de son père, les Ambrose (sa tante et son oncle), et de trois autres passagers. Au contact de ces nouvelles connaissances, Rachel va débuter sa transformation, et commencer sa quête de la vérité. Ce processus continue à son arrivée en Amérique du Sud, lorsqu'elle rencontre notamment deux jeunes gens, Hewet et Hirst, qui partagent ses interrogations.

Ce résumé est très pauvre et peu engageant, j'en ai bien conscience. Pourtant, La traversée des apparences est un roman beaucoup plus abordable et beaucoup plus vivant que Mrs Dalloway. Il s'agit en fait d'une confrontation entre plusieurs conceptions des choses, qui dévoilent la modernité du discours de Virginia Woolf. Ainsi, très tôt, les personnages débattent sur le droit de vote des femmes, certaines conversations sont très libérées, avant d'être à nouveau bridées par l'apparition d'une figure plus conventionnelle. La religion aussi en prend pour son grade, entre Hirst qui lit Sappho à la messe et Mrs Ambrose qui s'arrange pour que ses enfants imaginent Dieu "comme une espèce de morse".
Cette confrontation entre diverses conceptions du monde est symbolisée par le personnage de Rachel. Au début du roman, elle désespère sa tante tant elle lui semble mal dégrossie :

"Sa mentalité en était au même stade que celle d'un homme intelligent sous le règne d'Elizabeth : elle croyait pratiquement tout ce qu'on lui racontait, elle inventait des raisons à tout ce qu'elle disait elle-même." (p 66)

En plus, elle ose avouer à une Clarissa Dalloway outrée qu'elle n'aime pas Jane Austen (oui, oui, j'avais complètement oublié que les Dalloway étaient dans ce livre) ! Mais Rachel est une jeune femme remplie de curiosité, et suite à un baiser volé, elle devient prête à tout pour découvrir la réalité du monde.
Ce roman n'est cependant pas un conte de fées, car Virginia Woolf n'est pas un auteur qui oublie d'évoquer la dualité des choses. Rachel et Hewet tombent amoureux, mais leur recherche du bonheur est trop grande, et devient vite insupportable :

"Comme lui-même avait-il osé vivre avec tant de hâte et d'insouciance, courir d'un objet à l'autre, aimer Rachel à ce point ? Jamais plus il n'éprouverait un sentiment de sécurité, une impression de stabilité dans la vie. Jamais il n'oublierait les abîmes de souffrance à peine recouverts par les maigres bonheurs, les satisfactions, la tranquillité apparente. Jetant un regard en arrière, il se dit qu'à aucun moment leur bonheur n'avait égalé sa souffrance présente. Il avait toujours manqué quelque chose à ce bonheur, quelque chose qu'ils souhaitaient mais qu'ils n'arrivaient pas à atteindre. Cela restait fragmentaire, incomplet, parce qu'ils étaient trop jeune et ne savaient ce qu'ils faisaient." (pp 534-535)

En fait, en contemplant les différents personnages de ce livre, on en vient à se dire que finalement, on a le choix entre être quelqu'un qui reste à la surface des choses, et qui ne souffre pas parce qu'il ne prend pas de gros risques, ou partir comme Rachel à la recherche du pourquoi des choses, au risque de le payer très cher.
Je vous parlerais bien du style de Virginia Woolf, mais à part vous dire qu'elle écrit extraordinairement bien, ce qui est d'une banalité sans nom, et qu'elle mène son roman d'une main de maître, je ne vois pas vraiment ce que je pourrais vous dire.

Les romans qui comptent le plus pour moi sont ceux que je referme en me disant que décidément, l'auteur avait tout compris. La traversée des apparences en fait définitivement partie.

06 octobre 2008

J'aime vos blogs

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En règle générale, je me fais toute petite dès qu'un tag commence à circuler. Mais Levraoueg, Karine :), Ariane (dont, à ma grande honte, je ne connaissais pas le blog) et Erzébeth ont eu l'extrême gentillesse de me taguer, donc je vais me plier à la règle.

Pour ceux qui ne sont pas encore tombés sur des billets à propos de ce tag, il s'agit de citer 7 de nos blogs préférés. Alors, comme tout le monde, j'ai vraiment du mal à me cantonner à sept, donc j'ai choisi de citer des blogueurs dont les goûts se rapprochent des miens. Mes tagueuses sont hors concours, même si elles méritent naturellement toutes les félicitations du jury.

Alors, verdict :

- Allie : c'est son blog qui m'a donné envie d'en créer un à mon tour, et il s'avère que nous avons toutes les deux une passion pour la littérature anglaise du XIXè siècle.

- Céline : nous avons créé notre blog presque en même temps, ses goûts sont toujours très sûrs, elle peut me passionner avec n'importe quoi, et je milite activement pour son retour !

- Choupynette : pour sa mauvaise foi et ses histoires de LAL et de PAL légendaires !

- Erzébeth* : Même si elle n'aime pas Jane Austen, elle a généralement très bon goût en matière de littérature, et ses billets me rendent toujours jalouse en plus de me faire rire (même quand elle jure que ce sont de mauvais billets).

- Fashion : pour son goût très sûr en matière de livres, d'hommes (même si Christian est à moi !!), et pour son humour qui me permet de sourire à chaque fois que je lui rend visite.

- Lou : Elle est tout simplement adorable, j'adore la facilité qu'elle a à rendre ses billets vivants, et à dénicher des romans dont personne n'a entendu parler mais qui vont faire mouche à coup sûr.

- Pour le septième blog, je voulais mettre Thom, mais il a dit de telles horreurs sur mon livre préféré que je l'ai disqualifié d'office. Il y a aussi quelques blogueurs incontournables, comme Holly, Alice, Lamousmé, Lily, et les regrettés Gaelle et InColdBlog, dont je suis absolument fan. Il règne sur leur blog une ambiance rafinée (à moins que cela ne vienne de Blogspot...), et je sais toujours que leurs billets seront passionnants. Mais impossible de les départager. J'ai un gros faible aussi pour deux blogueuses qui postent quotidiennement, même si je m'abstiendrai de les citer parce que nos lectures ne sont pas souvent semblables. Je vais aussi citer Gaël, parce qu'un garçon qui aime Orgueil et Préjugés est forcément quelqu'un de bien...

Voilà donc la liste incomplète des sept blogs que je visite le plus souvent.

*J'ai écrit ce billet hier, avant qu'elle ne me tague, d'où sa présence dans ce classement.

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05 octobre 2008

Mrs Dalloway ; Virginia Woolf

9782253030584_G_1_Le Livre de Poche ; 218 pages.
Traduction de Pascale Michon. 1925

Virginia Woolf a été l'un de mes premiers grands coups de coeur littéraires. Pourtant, mes deux dernières rencontres avec elle n'avaient pas été très concluantes. J'ai abandonné Mrs Dalloway plusieurs fois, et je n'ai rien compris à Orlando. En fait, c'est Karine qui m'a redonné l'envie d'ouvrir ce roman, sans doute le plus célèbre de Virginia Woolf, en l'évoquant à travers le roman de Michael Cunningham, Les Heures.

Le livre se déroule entièrement à Londres, sur une journée de 1923, rythmée par Big Ben. Clarissa Dalloway, épouse d'un membre du Parlement, organise une réception, et passe la journée à la préparer, tout en s'adonnant à des questions existentielles. Contrairement à ce que le titre laisse entendre, Mrs Dalloway n'est pas seule. D'ailleurs, elle n'est même pas présente à chaque instant, bien que toute l'histoire soit liée à elle, puisque Peter et Sally rappelent sa jeunesse et ses amours impossibles, et Septimus sa mélancolie, même si ces deux-là ne se rencontrent qu'à l'occasion d'une conversation à propos du poète perçue par Clarissa.

Maintenant que j'ai achevé ma lecture, je suis complètement sous le charme. Mais il n'empêche que j'ai peiné à lire le début de ce livre. Je persiste à penser que les cinquante premières pages sont assommantes. Désolée pour les fans, mais à l'exception de certains passages captivants, je ne suis pas parvenue à chercher à comprendre le sens de chaque phrase. Certes, Virginia Woolf écrit merveilleusement bien, ne comptez pas sur moi pour dire le contraire. Il n'empêche que je n'ai pas été sensible à tout ce qu'elle écrit durant la visite de Mrs Dalloway chez le fleuriste.
Dans cette première partie, les seuls moments qui trouvent grâce à mes yeux sont ceux où les personnages se livrent, ceux où le rythme s'accélère un peu. Tous les personnages qui sont liés à Clarissa Dalloway d'une manière sincère, même s'ils ne l'ont jamais rencontrée, sont à fleur de peau et incroyablement attachants. Richard Dalloway, Sally, et Rezia Warren Smith, bien que secondaires, sont ceux qui m'ont le plus émue. J'ai adoré le dernier moment de complicité entre Septimus et son épouse, l'un des rares passages ensoleillés du livre :

"Oui, elle serait toujours heureuse en voyant ce chapeau. Il était redevenu lui même à ce moment-là, il avait ri. Ils avaient été seuls ensemble. Elle aimerait toujours ce chapeau." (p 165)
 
Quant à Richard, il est vraiment trop craquant lorsqu'il rentre chez lui les bras remplis de fleurs, parce qu'il est trop timide pour dire à son épouse à quel point il tient à elle.
Car une fois le début du livre passé, ce n'est que du bonheur ou presque, et j'ai alors définitivement cessé de rechercher des liens entre Les heures et Mrs Dalloway. Virginia Woolf dresse un portrait très fin de la société londonienne, usant souvent un ton dramatique, et parfois de l'ironie. Si Clarissa tient une réception, c'est aussi parce que l'auteur veut montrer l'importance du paraître dans la haute société londonienne. Le comportement de Mrs Dalloway lors de la soirée est à cet égard très éloquent. Elle passe d'une vague connaissance à l'autre, avec un sourire collé sur son visage, quand ses vrais amis sont présents un peu plus loin, et contemplent la scène d'un oeil un peu triste. Ils sont ce qu'elle a refusé d'être, des individus qui ne sont pas parvenus à rentrer dans les cases qui leur étaient destinées. Même elle a conscience d'agir parfois de façon trop conventionnelle :

"Elle aurait de beaucoup préféré être de ces gens comme Richard qui faisaient les choses pour ce qu'elles étaient, alors que la plupart du temps, se disait-elle en attendant de traverser, elle ne faisait pas les choses simplement, pour elles-mêmes ; mais pour que les gens pensent ceci ou cela." (p 25)

Elle reste un peu un mystère cette Mrs Dalloway, tout comme Septimus Warren Smith. Mais il n'empêche que ce roman est extrêmement émouvant et envoûtant, même si je n'en a pas aimé la totalité. Je n'ai pas l'impression de voir la vie autrement suite à cette lecture, mais je me suis réconciliée avec Virginia Woolf d'une belle façon, et c'est déjà beaucoup.

Erzébeth et Céline en parlent beaucoup mieux que moi.
 


04 octobre 2008

Der Andere ; Bernhard Schlink

41ZPZLLAl_2BLFolio Bilingue ; 171 pages.

Lisa vient de mourir d'un cancer, laissant ainsi son mari seul. Celui-ci est complètement désorienté. Un jour, il reçoit une lettre adressée à sa femme provenant d'un homme qu'il ne connaît pas. Il apprend ainsi que son épouse, avec laquelle il croyait être très complice, a eu un amant. En colère et jaloux, il décide de démasquer cet amant en correspondant avec lui, puis en lui rendant visite.

Il fut un temps où j'étais capable de lire l'allemand sans trop de difficultés. Comme j'aime bien Bernhard Schlink d'ordinaire, je me suis dit qu'il était tout désigné pour faire un nouvel essai.
C'était la première fois que je lisais un texte de Schlink qui n'avait aucun lien avec la Seconde Guerre mondiale, même s'il s'agit une nouvelle fois d'une histoire de secret de famille.
En fin de compte, je n'ai pas trop aimé. Le ton employé par Bernhard Schlink est comme toujours assez neutre, mais cette fois cela crée une distance gênante entre le lecteur et l'histoire. Je n'ai ressenti aucune empathie pour le mari trompé, d'autant plus qu'il est du genre à avoir du mal à exprimer ce qu'il ressent. Quant à l'amant, il est tout ce qu'il y a de plus méprisable.
Même en ce qui concerne la construction de la nouvelle, je n'ai pas été convaincue. Il n'y a pas vraiment de chute, il s'agit plutôt d'une sorte de retournement de situation un peu bizarre. En fait, je crois aussi que j'ai de plus en plus de mal à apprécier les nouvelles.

Tant pis, je lirai plutôt les romans de Schlink qui ont une dimension historique... En ce qui concerne la lecture en allemand, je dois avouer que, n'étant pas convaincue par l'histoire, j'ai adopté le texte français au bout de quelques dizaines de pages afin d'aller plus vite.

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27 septembre 2008

Le bruit et la fureur ; William Faulkner

412N12CQA3LFolio ; 384 pages.
Traduction de Maurice Coindreau. 1929.
Titre original : The Sound and the Fury.

Comme vous le savez, je suis d'une nature extrêmement généreuse, et cela donne souvent lieu à des abus. Ainsi, après ma lecture laborieuse de Tandis que j'agonise, Erzébeth, la bouche en coeur, m'a demandé de tester Le bruit et la fureur qui la tentait bien.
Bon, j'avoue que j'avais ce titre en ligne de mire depuis Lumière d'août. La petite fille de la couverture me fait penser à ma cousine (même si ce n'est qu'une impression, de près elles ont juste eu la même coupe de cheveux à un moment donné). Du coup, je ne l'ai pas non plus ouvert en traînant des pieds, et bien m'en a pris.

Encore une fois avec Faulkner, il est impossible de faire un résumé de ce livre. Il se découpe en quatre parties, quatre dates, mises dans le désordre, et dont la chronologie individuelle est également perturbée puisque l'histoire se passe dans la tête de narrateurs troublés. Nous suivons en effet les Compson, une ancienne famille respectée de Jefferson, qui s'effondre.

Ce roman est pour moi le livre de l'année, et sans doute bien plus. Il ne détrône pas Wuthering Heights, je suis bien trop fidèle à mes amours de jeunesse, mais Le bruit et la fureur intègre assurément mon top 10 des meilleurs livres. 
C'est bien simple, il y a tout dedans. On ne comprend d'abord pas dans quoi on se plonge, comme d'habitude, mais c'est encore plus normal dans Le bruit et la fureur que dans les autres romans de Faulkner que j'ai lus. Parce que c'est un roman vrai. Nous suivons les pensées des narrateurs, du coup ces derniers ne pensent pas toujours à préciser de quoi ils parlent, ni de qui, ni de quand, ni d'où. Les phrases sont coupées, parce que les pensées s'entremêlent. Tout cet ensemble donne une justesse et une force incroyable au récit, et dégage une émotion que l'on ne ressent que dans les meilleurs romans. D'une façon générale, des trois livres de Faulkner que j'ai lus, il s'agit de celui qui est étrangement le plus facile à suivre. Dès le début, alors même que l'on ne comprend pas encore qui est qui, ni à quelle date nous sommes, le récit est déjà passionnant. Les pages sans ponctuation, dont il faut deviner les dialogues, sont celles qui m'ont le plus touchée. Parce que ce sont celles où le narrateur (Quentin en l'occurrence) est le plus désespéré.
Oui, parce qu'on peut le dire, ce n'est pas la joie chez les Compson. Ils sont torturés, à la limite de la folie, et remplis d'obsessions, dans une maison lugubre et maudite selon Caroline, la mère. Mais encore une fois, ils sont vrais, grâce à l'usage incessant des monologues intérieurs chers à Faulkner, qui bien que décousus d'apparence, permettent de voyager dans le temps et de comprendre les personnages. Tous les garçons Compson ont une tare. Ben est handicapé, Quentin est amoureux de la seule femme qui lui est absolument défendue, et Jason n'a rien d'un type charmant. Pourtant, si j'ai autant aimé ce roman, c'est parce que ses personnages m'ont bouleversée. Surtout Ben et Quentin, j'ai toujours eu un faible pour les personnages au destin brisé. Nous avons accès à leurs réflexions, à leurs ressentis, et c'est parfois terrible. Même Jason peut être attendrissant, malgré son comportement odieux dans bien des circonstances.
Autour des enfants Compson et de leur mère gravitent les Noirs qui les servent. Ils sont la vie et la stabilité de l'histoire, les derniers piliers de la famille Compson encore debout. Dilsey a élevé les enfants, prépare les repas, empêche les bagarres. Luster s'occupe de Ben. Par ailleurs, le fond et la forme se mêlant sans cesse dans ce livre, ce sont également ces serviteurs qui donnent sa cohérence à l'ensemble du roman.   

Un livre dur donc, mais surtout très émouvant, et parfaitement maîtrisé. Pour moi, il s'agit incontestablement d'un chef d'oeuvre. 

L'avis de Thom.

25 septembre 2008

Twist ; Delphine Bertholon

9782709629942_G_1_JC Lattès ; 428 pages.

Je déteste les romans basés sur des faits divers, alors ma première réaction en lisant le résumé de ce livre qui avait attiré mon attention a été : surtout pas. Puis, j'ai vu une vidéo dans laquelle l'auteur évoque son roman. Les avis de Clarabel et Solène étaient dithyrambiques, alors je me suis laissée convaincre.

Madison est encore une petite fille lorsqu'elle se fait enlever par R., un homme étrange au volant de sa Volvo noire. Elle restera enfermée pendant cinq ans dans une pièce de neuf mètres carrés, à tuer le temps en noircissant des cahiers d'écriture, et à chercher un moyen d'échapper à son ravisseur. Dehors, le temps s'est arrêté pour les parents de Madison. Quant à Stanislas, son professeur de tennis pour lequel elle avait le béguin, il mène une existence triste à Paris.

C'est en effet un roman à trois voix solidement construit que nous propose Delphine Bertholon. Madison, la petite fille enlevée. Stanislas, le garçon pommé. Et la mère, dévastée par la disparition de son enfant.
Cela permet au livre de ne pas se centrer sur le thème de l'enfant séquestré. Aucun détail glauque dans ce roman. Même dans les deux récits qui ne concernent pas directement Madi, la sexualité n'est pas évoquée de façon prolongée, et je pense que c'est volontaire de la part de l'auteur. Le voyeurisme est totalement rejeté. Delphine Bertholon avait un autre objectif avec ce livre, celui de nous parler d'enfermement. Pour Madi, c'est une évidence, la cage qui l'entoure est bien réelle. Sa mère, elle, s'est murée dans son chagrin, et Stanislas, lui, est prisonnier d'une relation qui le détruit mais de laquelle il ne parvient pas à se sortir.
Tous ces personnages deviennent attachants et familiers au cours du récit. Même R., dans une certaine mesure. Car, de la même façon qu'il ne s'agit pas de raconter de la manière la plus croustillante possible le calvaire vécu par Madison, Delphine Bertholon n'a pas écrit sur un monstre. Il ne s'agit pas de raconter que l'on se trouve au pays des bisounours, que cela soit clair. R. reste quelqu'un de distant, et Madison ne le considère jamais autrement que comme un pommé pouvant perdre son sang-froid à tout moment. Mais la personnalité de R. est intéressante dans la mesure où il semble parfois que c'est Madi qui a le contrôle. Elle écrit, et ça la libère, elle le gronde quand il ment, elle l'aide à réorganiser son espace intérieur. Et puis, elle est pleine de vie, dynamique, entreprenante, drôle. Au bout du compte, on a l'impression que celle qui est enfermée est la seule qui cherche la vie.
C'est aussi la seule qui ne souffre pas de son amour. C'est pour Stanislas qu'elle écrit ses cahiers, quand ce dernier se vautre de chagrin après que "Moi-même" soit encore partie sans lui.

Enfin bref, vraiment un roman sympa, à mon tour de vous le recommander !

23 septembre 2008

Le soleil se lève aussi ; Ernest Hemingway

749746_1_Folio ; 274 pages.
Traduction de Maurice Coindreau. 1926.
Titre original : The Sun also rises.

Je suis terriblement contrariée. La couverture de mon livre n'est pas celle-ci, et ça m'énerve d'autant plus que l'autre me plaisait beaucoup. Mais impossible de retrouver la vraie, donc vous devrez vous contenter de cette image là...
Bon, je vais essayer de me calmer pour vous parler de ma première rencontre avec Ernest Hemingway, l'un des monstres de la littérature américaine. Comme tous les monstres, Hemingway me fait peur. Mais ici encore plus, puisque mon papa, qui a passé toute sa jeunesse à dévorer les bibliothèques des établissements qu'il fréquentait, l'apprécie énormément. Je pensais plutôt lire L'adieu aux armes ou Pour qui sonne le glas, mais il se trouve que le supermarché dans lequel j'ai cherché un livre cet été n'avait que Le soleil se lève aussi.

Faire un résumé de ce livre est assez délicat. Nous sommes dans les années 1920. Nous suivons Jake, un journaliste américain installé à Paris, et sa bande "d'amis", avec lesquels il partage une passion commune, Brett, une femme qui vit sa vie sans se poser de questions, faisant succomber tous les hommes qu'elle croise. Il y a Robert Cohn, écrivain divorcé et difficile à supporter, qui est dévoré d'amour pour Brett au point de faire enrager tous ses compagnons. Il y a aussi Mike, le fiancé de Brett, qui attend qu'elle finalise son divorce et qui semble accepter les frasques de sa promise sans ciller. Après avoir séjourné à Paris, tous ces personnages, ainsi que Bill, un ami de Jake, décide de partir pêcher en Espagne, ou ils vont également assister à une fiesta

Très souvent, je suis capable de dire au bout de quelques pages seulement si un livre va me plaire ou non. Dans ce cas précis, je n'ai pas attendu longtemps avant de me dire que j'allais me régaler. J'en suis même arrivée à me passionner pour la corrida, c'est tout dire. Hemingway rend la chose incroyablement gracieuse et vivante. J'ai essayé de fermer les yeux au moment des mises à mort parce que bon, je reste une âme sensible, mais j'ai enfin compris que cela pouvait attirer les foules dans les arènes.
Bien sûr, il n'est pas seulement question de corrida dans ce roman. On y parle aussi de fêtes, d'alcool, de pêche, d'alcool, d'amour, et encore d'alcool. Car même si les personnages ne vivent rien d'extraordinaire, Hemingway joue énormément sur les non-dits. En fait, ce livre est extrêmement émouvant. Chacun des personnages, à part Bill, qui sert à éviter la catastrophe, est terriblement malheureux. C'est d'ailleurs une réussite incroyable d'être parvenu à faire comprendre au lecteur, sans utiliser de longs monologues intérieurs, ce que vit chacun des personnages.
Jake, le narrateur, est particulièrement attachant. Son amour pour Brett, impossible à concrétiser, sa recherche de plaisirs dans la pêche ou la corrida sont aussi pathétiques et rageant qu'admirables. J'ai dit plus haut que j'avais adoré les passages sur la corrida, ce sont ceux où Jake et Brett semblent enfin vivre, trouver l'espace de quelques instants un sens dans leur existence banale, et combler la blessure de Jake qui les empêche de vivre leur amour.
Et puis, c'est quand même un livre rempli d'humour. Cohn, même s'il est exaspérant la plupart du temps, donne lieu à des situations hilarantes. J'adore le passage où il est tellement ivre qu'il dort sur un tonneau, ou lorsqu'il se dispute avec ses compagnons.
J'ai beaucoup enragé en lisant ce roman, parce que les personnages ne peuvent s'empêcher de réagir de façon humaine, mais c'est tellement bien fait* que ça n'empêche pas Le soleil se lève aussi d'être un roman extraordinaire. Mon papa peut être fier de moi, même s'il ne se souvient plus s'il a lu ce titre...   

"Personne ne vit complètement sa vie, sauf les toreros." (page 23) 

Les avis de Thom, Livrovore et Loupiote.

*L'édition par contre est truffée de coquilles énormes. Moi qui considère Folio comme une maison soigneuse, j'ai du mal à comprendre comment des fautes de frappe pareilles passent inaperçues...

22 septembre 2008

Gatsby le Magnifique ; F. Scott Fitzgerald

9782253007906_G_1_Le Livre de Poche ; 250 pages.
Traduction de Jacques Tournier. 1925.
Titre original : The Great Gatsby.

L'année dernière, le roman de Gilles Leroy, Alabama Song, a fait le tour des blogs. A cette occasion, j'avais pu m'apercevoir que j'étais visiblement la seule qui ne connaissais Fitzgerald que de nom. L'histoire de sa vie, et ses romans m'étaient totalement inconnus (à part quelques titres). Quand on me connaît, cela n'a rien de surprenant. Je suis une inculte complète en matière de littérature américaine. Cette histoire m'a quand même intriguée, alors j'ai jetée mon dévolu sur Tender is the night, et je l'ai naturellement oublié sur une étagère. C'est la couverture de Gatsby le Magnifique qui m'a de nouveau amenée à F. Scott Fitzgerald. Je trouve cette photo superbe.

L'histoire se déroule au début des années 1920, sur la côte est des Etats-Unis. Nick Carraway s'installe à proximité de New York afin d'y travailler. Là-bas, il retrouve sa cousine, Daisy, installée depuis peu avec Tom, son mari volage dans une splendide demeure. Nick fait également la connaissance de son voisin, M. Gatsby, qui donne en permanence des soirées auxquelles toute la bourgeoisie se rend, tout en s'interrogeant sur la véritable identité de son hôte. Très vite, Nick apprend que Gatsby n'est autre qu'un ancien soupirant de sa cousine Daisy, et qu'il est bien décidé à la reconquérir.

Je ne sais pas vraiment par où commencer pour vous parler de ce roman que j'ai dévoré aussi vite que j'ai pu. Gatsby le Magnifique est plus ancien, mais j'ai pensé au cours de ma lecture à La traversée de l'été de Truman Capote. La frivolité de Daisy rappelle un peu le personnage de Grady. C'est New York, c'est l'été, il fait une chaleur épouvantable, et le drame se dessine peu à peu.
Naturellement, Gatsby le Magnifique est plus creusé, moins brutal. Francis Scott Fitzgerald cerne parfaitement le côté désabusé de la société qu'il décrit dans ce roman. C'est la fête, mais le vin est triste, et les gens se disputent. Les foules se pressent chez Gatsby, mais il n'a jamais été si seul. La dernière scène dont il est le héros est d'une tristesse épouvantable. Tout semble éphémère et impitoyable dans ce livre. Les principaux protagonistes de l'histoire  sont instables, égoïstes et frivoles, tellement que Fitzgerald donne la parole à un personnage secondaire pour narrer l'histoire, Nick Carraway. Ce dernier se décrit lui même comme foncièrement honnête, et sa non appartenance au monde dont il dresse le portrait lui donne un détachement précieux pour nous raconter l'histoire de Gatsby, même si naturellement son discours n'est pas aussi neutre que prévu.
L'écriture de Fitzgerald, très belle, dirige efficacement le récit. L'ambiance, bien que désenchantée, donne une impression d'élégance permanente, et est parfois empreinte de poésie et d'ivresse nocturne. Gatsby, est un héros émouvant, avec ses rêves qu'il ne veut pas abandonner. Ses preuves d'amour sont très belles, bien que vaines et finalement fatales. Tout comme le narrateur, on s'y attache énormément.

"Je ne pouvais ni m'attendrir, ni lui pardonner, mais j'ai compris que sa façon d'agir était tout à fait normale à ses yeux. Qu'il n'y avait dans tout cela qu'insouciance et maladresse. Tom et Daisy étaient deux êtres parfaitement insouciants -ils cassaient les objets, ils cassaient les humains, puis ils s'abritaient derrière leur argent, ou leur extrême insouciance, ou je-ne-sais-quoi qui les tenait ensemble, et ils laissaient à d'autres le soin de nettoyer et de balayer les débris." (pp 228-229)

Les avis de Karine et de Frisette

Posté par lillounette à 06:58 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
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