08 juin 2010

La Femme changée en renard ; David Garnett

renardGrasset ; 183 pages.
Traduit par Jane-Simone Bussy et André Maurois.

1924.

Sans le Challenge Bloomsbury organisé par Mea, je n'aurais probablement pas découvert cette œuvre de David Garnett dans l'immédiat. Ami des membres du goupe, ancien amant de Duncan Grant, il épousera plus tard la fille de ce dernier, Angelica (qui est aussi le prénom de l'un des personnages de La Femme changée en renard).

Lors d'une promenade dans les bois, Mr et Mrs Tebrick entendent le bruit d'une chasse au renard. C'est alors que cette jeune femme, de façon impromptue, se trouve métamorphosée en cette petite bête. Son époux, bien qu'abattu, décide de prendre soin d'elle, qui semble avoir conservé sa personnalité de jeune fille bien éduquée de la bonne société.
Il décide de dissimuler la nouvelle apparence de sa chère Sylvia en renvoyant les domestiques et en se terrant dans sa demeure. L'événement n'a aucune explication logique, mais il espère retrouver son épouse. Cependant, tandis les jours défilent, il ne peut que constater que sa renarde agit de plus en plus avec son instinct, et que son affection pour lui compense de moins en moins sa soif de liberté.

La Femme changée en renard est un texte extrêmement surprenant, qui a l'allure d'une fable sans en être explicitement une.
Je pense que David Garnett s'est amusé à lancer quelques piques à son époque avec ce texte. La forme elle même lui inspire des lignes savoureuses :

"Une femme faite est changée d'un seul coup en renard. Voilà qui ne peut être expliqué par aucune philosophie naturelle. Le matérialisme de notre époque ne nous est d'aucun secours. C'est à la lettre un miracle ; un fait entièrement étranger à notre monde ; un événement que nous accepterions volontiers si nous le rencontrions dans l'Écriture Sainte revêtu de l'autorité de la Révélation Divine, mais qui nous déroute quand il se passe dans l'Oxfordshire, parmi nos voisins et presque de nos jours."

Mais ce que David Garnett veut démontrer avec précision dans ce livre, on ne peut que le supposer. Mr Tebrick a t-il réellement sombré dans la folie comme le disent les ragots ? Cette renarde est-elle une simple renarde, tandis que la vraie Mrs Tebrick court le monde avec un amant ? Ou bien s'agit-il d'une façon pour l'auteur de plaider pour une nouvelle place de la femme dans la société ? Ou encore, est-ce le contraire ? En effet, si Sylvia Tebrick est d'abord un animal qui a conservé sa bonne éducation, sa pudeur et son affection pour son époux, elle est de plus en plus sujette à ses instincts de renard. Or, cet animal est malin et trompeur selon la symbolique traditionnelle. D'un autre côté, l'amour inconditionnel de l'époux est touchant, et le ton ironique avec lequel l'auteur traite ce pauvre garçon prouve la maîtrise qu'il a de son texte.

J'avoue ne pas trop savoir sur quel pied danser après cette lecture. Contrairement à la préface, qui en appelle à l'admiration conditionnelle, même si l'on ne comprend pas, j'ai du mal à apprécier  totalement un texte dont je ne parviens pas à saisir le moindre fragment.
Vercors a semble t-il écrit une réponse à cette oeuvre, j'y trouverai peut-être quelques réponses.   

L'interprétation de Sylvie est convaincante et charmante.



Commentaires sur La Femme changée en renard ; David Garnett

    Un très joli souvenir de lecture...

    Posté par cathulu, 08 juin 2010 à 18:29 | | Répondre
  • Que c'est intriguant !
    Et aux yeux de l'entourage, comment ça se passe ? Le mari dit que la femme a "disparu" (ou autre), ou il la présente sous ses traits de renarde ? Ou il n'en est pas question du tout, peut-être ?
    Si Vercors (ou quelqu'un d'autre) t'apporte un élément de réponse, surtout, partage-le avec nous !

    Posté par erzébeth, 08 juin 2010 à 19:48 | | Répondre
  • Rien que le titre pique ma curiosité mais le reste du billet me laisse indécise... Je verrai bien si je rencontre ce roman sur mon passage, je l'achète...

    Posté par maggie, 08 juin 2010 à 20:15 | | Répondre
  • Cathulu : tu as vraiment tout dévoré toi, non ?

    Erzébeth : seule une vieille nourrice étrange est au courant, elle aussi reconnaît la jeune femme. Je te tiens au courant pour quand j'aurai mis la main sur Vercors.

    Maggie : je pense que ce livre est à lire, c'est moi qui ait eu du mal à ne pas le prendre au premier degré...

    Posté par Lilly, 08 juin 2010 à 22:25 | | Répondre
  • Je note...

    Posté par clara, 09 juin 2010 à 08:23 | | Répondre
  • Très curieuse histoire! Evidemment penser comme Sylvie à l'amour absolu, à l'amour fou, c'est tentant. Je suis curieuse. J'ai bien envie de le lire aussi!

    Posté par mango, 10 juin 2010 à 10:46 | | Répondre
  • Je le note, malgré tes réserves. Bloomsbury et tout ce qui entoure Woolf de près ou de loin m'intéresse. J'aime aussi beaucoup Vercors, dis-moi, dans quelle oeuvre donne-t-il une réponse à ce roman?

    Posté par Allie, 10 juin 2010 à 14:08 | | Répondre
  • Mango : c'est une lecture curieuse mais plaisante.

    Allie : le livre s'appelle "Sylva", et parle de la transformation d'une renarde en femme.
    Moi aussi je veux lire tout ce qu'il y a autour de Virginia Woolf.

    Posté par Lilly, 10 juin 2010 à 16:55 | | Répondre
  • J'en ai quelques uns de Vercors, mais pas Sylva, que je ne connais pas du tout. Je le note et j'attend de lire ton avis!

    Posté par Allie, 11 juin 2010 à 18:31 | | Répondre
  • Je n'aime pas non plus ne pas comprendre ce que l'auteur voulait délivrer comme message, si message il y a. Ca a l'air très spécial, je passe.

    Posté par Manu, 12 juin 2010 à 22:13 | | Répondre
  • N'y a-t-il pas une idée de retour vers l'animalité, vers les instincts premiers de la femme corsetée par la société ?

    Posté par Ys, 12 juin 2010 à 22:38 | | Répondre
  • Du coup, tu as attisé ma curiosité ! J'aime bien les textes qui possèdent un deuxième sens caché !

    Posté par Leiloona, 13 juin 2010 à 09:26 | | Répondre
  • Manu :c'est aussi moi qui n'a pas tout compris...

    Ys : si, c'est l'une des théories les plus vraisemblables.

    Leiloona : une curiosité que je t'incite à satisfaire !

    Posté par Lilly, 14 juin 2010 à 19:58 | | Répondre
  • J'ai entendu parler (pour la première fois et avec ton billet, c'est seulement la deuxième !) de ce roman dans "Le journal de Yaël Koppman", de Marianne Rubinstein (billet sur mon blog au 6/06/08 et j'avais noté qu'il y avait une interprétation très séduisante de "La femme changée en renard" : ça mériterait que tu ailles découvrir ce "Journal...") et je l'avais oublié depuis, alors que ce titre m'avait intriguée.
    Il faudra que j'aille y voir de plus près !

    Posté par Brize, 14 juin 2010 à 22:38 | | Répondre
  • Brize : merci pour la référence, il faut absolument que j'aille voir ça !

    Posté par Lilly, 16 juin 2010 à 20:38 | | Répondre
  • J'avais complètement oublié cette histoire, qui m'avait pourtant beaucoup intriguée quand je l'ai lu.

    Posté par LN, 17 juin 2010 à 16:09 | | Répondre
  • Ah c'est ce fameux livre auquel je pensais ! Je me note précisément le titre, même s'il va devoir attendre un peu...

    Posté par Lou, 19 juin 2010 à 21:12 | | Répondre
  • Lou : il est parmi les livres à lire quand on est amoureux de la littérature anglaise.

    Posté par Lilly, 20 juin 2010 à 12:38 | | Répondre
  • J'ai lu ce livre il y a trèèèèèès longtemps. Je l'avais trouvé pas mal. J'en avais lu un autre ensuite qui raconté l'histoire d'un renard changé en femme ou en homme (je ne me souviens plus) et dont le titre m'échappe totalement...pas mal non plus.

    Posté par BelleSahi, 04 juillet 2010 à 12:49 | | Répondre
  • Bellesahi : ce n'est pas justement "Sylva" de Vercors ?

    Posté par Lilly, 06 juillet 2010 à 14:22 | | Répondre
  • j'ai lu ce livre il y a longtemps après avoir vu une adaptation magique au théâtre de la tempete à la cartoucherie à vincennes; le texte était récité par un homme (le héros) il ne bougeait pas, les émotions seules passaient par son visage et son corps, derrière lui il y avait une femme avec un simple et grotesque masque de renard. c'est elle qui bougeait derrière lui , et bien sur elle s'animait de plus en plus au fur et à mesure que sa liberté prenait corps pour finir par danser réellement

    merci pour ce souvenir qui m'est revenu d'une manière si intense en lisant ton blog passionnant

    Posté par dalloways, 19 octobre 2010 à 23:29 | | Répondre
  • Dalloways : ça avait l'air d'être une excellente adaptation. Merci de ta visite !

    Posté par Lilly, 20 octobre 2010 à 19:10 | | Répondre
  • j'y ai repensé aujourd'hui et en cherchant sur le net j'ai retrouvé ! ce n'était pas du tout à la cartoucherie mais à aubervilliers dans une mise en scène de bezace
    Lien avec photo ici :
    http://www.theatredelacommune.com/fr/femme.htm
    à bientôt

    Posté par dalloways, 20 octobre 2010 à 23:35 | | Répondre
  • Dalloways : j'y ai jeté un coup d'oeil, mais je pense que je verrai ça de plus près dans une quinzaine de jours, là je suis débordée. Merci pour le lien !

    Posté par Lilly, 30 octobre 2010 à 12:18 | | Répondre
  • Coïncidence !!!

    Bonsoir, j'ai lu ce livre il y a 40 ans j'avais 15 ans ! (Sur les conseils de ma mère). Je n'ai jamais oublié cette lecture troublante...mais je ne me souvenais pas du titre ; alors avec des mots clefs, recherche sur internet et ..Wahou !! Et grâce â Lilly et ses livres Merci. (mon petit nom est Lily...!!!)

    Posté par Emmaolympe, 27 août 2012 à 04:42 | | Répondre
  • Ca m'est arrivé aussi, donc je suis contente d'avoir pu vous aider.

    Posté par Lilly, 27 août 2012 à 12:20 | | Répondre
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