lilly et ses livres

30 janvier 2016

Les fiancés de l'hiver (La passe miroir, tome 1) - Christelle Dabos

 

61xRkwKL9wLDepuis la Déchirure, le monde est divisé en arches qui n'ont que peu de contacts entre elles. Chacune de ces arches est gérée par un esprit de famille, aïeul de tous les habitants de son territoire. Ophélie vit sur Anima avec ses parents, ses frères et soeurs, ses tantes et oncles, et surtout ses inombrables cousins. Son rôle est de tenir le musée familial qui renferme des objets se rapportant à l'histoire de sa famille. C'est une lectrice remarquable. En effet, en touchant les objets, elle peut lire leur histoire et celle de leurs propriétaires successifs. Par ailleurs, c'est une passeuse de miroirs, ce qui lui permet de se déplacer d'un miroir à l'autre et parfois d'échapper aux pressions exercées sur elle par sa mère et sa soeur. Car cette jeune femme maladroite et peu attentive à son apparence a la mauvaise habitude de décevoir sa famille quand il s'agit de la marier. Elle a déjà refusé deux cousins, mais le troisième mariage qu'on lui propose semble difficile à refuser. Il a été organisé par les Doyennes, sans consultation de sa famille, et surtout, avec un habitant du Pôle !
La rencontre avec son fiancé, le brutal et taciturne Thorn, la laisse perplexe. Pourquoi les Dragons veulent-ils de cette union alors que Thorn semble aussi hostile qu'Ophélie à l'idée de se marier ? Pourquoi les Doyennes d'Anima ont-elles choisi Ophélie ? Et surtout, pourquoi les gens semblent-ils si hostiles les uns envers les autres sur la Citacielle du Pôle, la nouvelle demeure d'Ophélie ?

J'ai ouvert ce livre avec énormément d'attentes. Il est encensé de partout, le second tome vient de sortir et semble provoquer l'hystérie chez certaines (je n'ai pas encore lu d'avis de garçons). Pourtant, ces derniers temps la littérature jeunesse m'agace. J'en ai toujours lu, j'y ai découvert des pépites, mais mes dernières lectures étaient pleines de clichés et de facilités.
Je vais tout de suite mettre un terme à l'insoutenable suspens que j'ai créé avec mon premier paragraphe : j'ai absolument adoré Les fiancés de l'hiver. Cela faisait longtemps, tous genres confondus, que je n'avais pas plongé dans un livre avec un tel plaisir.
Le monde créé par Christelle Dabos s'inspire de nombreux autres que j'apprécie énormément. L'auteur plante son décor essentiellement dans la première partie du roman, mais prend le soin de décrire chaque nouvel objet ou nouveau personnage avec soin, de façon à ce que l'on s'imerge complètement dans cet univers. On pense à Philip Pullman, à Hayao Miyazaki pour la Citacielle, la magie et les illusions, mais aussi pour son personnage féminin.
Ophélie est une jeune femme peu attrayante (et peu soucieuse de son apparence), maladroite, mais surtout doté d'un fort caractère et d'une grande curiosité. Les autres personnages ont tous leur place, aucun n'est là pour le décor (même si certains cachent très bien leur jeu). On pourrait penser que le duo (trio ?) amoureux risque de glisser du côté du cliché (la jeune et effacée jeune fille qui se révèle peu à peu rencontre le taciturne et brutal Thorn et va briser la glace qui lui sert de coeur...), mais Christelle Dabos gère parfaitement cet aspect de l'histoire en le développant juste assez pour lancer l'intrigue sentimentale tout en nous épargnant le moindre passage dégoulinant. Les histoires d'amour ne sont d'ailleurs pas heureuses au Pôle ou sur Anima.
L'intrigue se met doucement en place dans ce premier tome, et nous fait essentiellement nous interroger sur le fonctionnement de la société du Pôle. Loin de l'ambiance familiale d'Anima, le monde de Thorn est divisé en castes, en familles rivales aux pouvoirs redoutables. Les faux-semblants, les meurtres et les complots sont légions. Ophélie tente tant bien que mal de se faire discrète tout en enquêtant sur les raisons de sa présence dans ces lieux et sur les très nombreuses choses que son fiancé lui cache. On a beau être dans un roman jeunesse, Christelle Dabos ne se gêne pas pour décrire des scènes et des personnages à la limite du glauque, Farouk en tête (bon, on n'est pas chez Ian McEwan à ses débuts non plus).

Sans avoir la profondeur d'A la croisée des mondes (la série à laquelle j'ai le plus pensé en lisant ce livre), La Passe-Miroir est un roman remarquable et passionnant de bout en bout. Il me tarde de découvrir la suite.

Gallimard. 528 pages.
2013.

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20 janvier 2016

Le complot contre l'Amérique - Philip Roth

51DgC-NjtoLPhilip Roth a sept ans lorsque Charles Lindbergh, héros de l'aviation et antisémite notoire, remporte l'élection présidentielle américaine de 1940, privant ainsi Franklin D. Rossevelt d'un troisième mandat, et les Alliés d'une aide certaine dans leur combat contre l'Allemagne nazie.
Si certains juifs décident de travailler avec l'administration Lindbergh, d'autres, dont la famille Roth, sont effondrés par la nouvelle et redoutent le pire. Car les républicains ont beau jurer qu'ils n'oeuvrent que pour le bien de leur patrie, et qu'ils ne visent aucune communauté en particulier, les comportements antisémites se multiplient sans réaction ferme des autorités. De plus, les relations diplomatiques avec le régime hitlérien ont beau se faire sous couvert de vouloir préserver la paix aux Etats-Unis, elles semblent trop cordiales pour tromper les esprits critiques.

C'est une remarque de Cuné dans un de ses billets qui m'a poussée à enfin ouvrir un roman de Philip Roth, qui me tentait et m'effrayait depuis des années. J'aime l'histoire, les dystopies/uchronies, les romans sur l'enfance, alors celui-ci m'a comblée.
J'ai trouvé l'auteur très habile de mêler ses souvenirs d'enfance à une histoire qui n'a pas existé. Cela donne au récit une authenticité qui trouble le lecteur et lui fait ressentir d'autant plus fortement le drame de l'élection de Lindbergh. J'ignore si les incidents antisémites que vit son petit personnage ont eu lieu, mais j'imagine qu'il s'est servi de sa propre expérience pour relater l'expulsion de la famille Roth d'un hôtel de Washington et surtout les remarques des personnages qu'ils croisent.
Ce qui démarque cette uchronie de beaucoup d'autres (pourtant appréciées dans ces pages) sorties ces dernières années, c'est son actualité et l'engagement clair de son auteur. En lisant ce livre, je n'ai pu que penser à certains événements politiques actuels. L'élection de Lindbergh décomplexe un discours autrefois chuchoté par ses partisans. En France en 2015, grâce à l'intervention de politiques pas forcément d'extrême-droite, il n'est plus surprenant de tenir publiquement et fièrement des propos racistes ou de se vanter de voter pour des idées nauséabondes. Je me suis récemment demandé si la caissière qui me parlait des réfugiés comprendrait que je signale ses propos inadmissibles à sa direction il y a quelques semaines.
Ce que raconte ce livre, c'est aussi la façon dont une famille vit cet événement dramatique. Très peu d'autres personnages interviennent en dehors du cercle familial des Roth, et le théâtre des événements est essentiellement leur petit trois pièces du quartier juif de Newark. Chacun des membres de la famille vit l'élection de Lindbergh et ses conséquences sur sa vie à son échelle. Les parents de Philip sont effondrés, et leur responsabilité d'adulte vis à vis des enfants qu'ils ont à charge est difficile à tenir (faut-il fuir ? résister pour montrer l'exemple, au risque de perdre beaucoup socialement ?), la tante Evelyn y voit un moyen d'élever sa médiocre existence. Pour les plus jeunes, ils ne peuvent que mêler cette crise aux bouleversements qu'ils traversent en raison de leur âge. L'un s'engage dans l'armée canadienne, l'autre collabore en guise de crise d'adolescence. Le petit Philip, lui, ne comprend pas tout, écarquille les yeux, et continue à être un enfant. Quelles que soient les circonstances, un enfant rêve d'aventure, d'ailleurs, et n'ose pas se rendre à la cave sans demander aux morts qui s'y cachent de ne pas l'effrayer.

La maîtrise de Roth s'exprime jusqu'au bout. Ne pas savoir exactement ce qu'il advient de Lindbergh était la meilleure des fins. Après tout, ceci n'était qu'un fantasme, un cauchemar.

Un très beau livre et une belle rencontre avec Philip Roth.

Folio. 557 pages.
Traduit par Josée Kamoun.
2004 pour l'édition originale.

 

13 janvier 2016

Le bonhomme de neige - Jo Nesbø

product_9782070467068_195x320Dans le liste des auteurs scandinaves réputés pour leurs polars, Jo Nesbø tient une place de choix grâce aux enquêtes d'Harry Hole. Folio m'ayant proposé Le bonhomme de neige dans son joli coffret, je n'ai pas commencé la série dans l'ordre, et j'en suis ravie.

Alors que plusieurs femmes disparaissent mystérieusement, laissant derrière elles un bonhomme de neige dotés de certains objets (ou pire) leur appartenant, Harry Hole et son équipe commencent à se demander s'ils n'ont pas affaire au premier tueur en série sur le sol norvégien. Cependant, les liens entre les disparues semblent inexistants. Toutes disparaissent le jour des premières neiges, mais la raison pour laquelle le tueur les sélectionne reste mystérieuse. En remontant dans les archives à un niveau national, il semble par ailleurs que les victimes sont dispersées dans le temps et dans l'espace.
Le seul indice est une lettre envoyée à Harry Hole comme une revendication, un bien maigre point de départ.

Je lis toujours aussi peu de romans à suspens, mais en période hivernale, j'aime me blottir dans un plaid sur mon fauteuil, avec ma tasse de thé et un livre dans lequel la neige tombe en abondance.
Alors oui, on a droit à un inspecteur bourru, dont la relation à l'alcool est problématique, dont les relations avec les femmes sont encore plus désastreuses. L'enquête est bourrée de rebondissements, de faux suspects, de coïncidences troublantes. Il ne faut pas rechercher ici un bouleversement des codes du genre. Mais ça fonctionne très bien, ça fait peur et ça tient en haleine tout du long.
L'écriture est telle qu'on voit très facilement les scènes décrites (surtout la dernière scène avec une potentielle victime du bonhomme de neige). Le meurtrier et d'autres personnes suspectes tiennent la première place dans de nombreuses scènes, ce qui met le lecteur au premier rang pour assister aux meurtres et fait bien monter sa tension. Je me suis fais la réflexion qu'une adaptation de ce roman devrait intéresser de nombreuses personnes, et d'après notre amie Wikipédia, Martin Scorcese en personne a prévu d'en faire un film avec Michael Fassbender !!

Un bon polar difficile à lâcher en cours de route.

D'autres avis chez Maggie et Miss Léo.

Merci à Anne-Laure des éditions Folio pour le livre.

Folio. 584 pages.
Traduit par Alex Fouillet.
2007 pour l'édition originale.

 

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10 janvier 2016

Tarte amandine aux poires

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Cela fait quelques mois que je me dis qu'il manque une rubrique cuisine par ici. Je suis un véritable cliché. En plus d'aimer lire avec un plaid sur les genoux, j'aime accompagner ces moments de pauses gourmandes. Je suis loin d'être une cuisinière hors pair, mais j'ai découvert grâce à certaines personnes et plus récemment en lisant quelques blogs de cuisine, qu'on pouvait faire beaucoup de choses très simplement.

Je commence aujourd'hui avec une tarte, parce que c'est le type de gâteaux que je préfère.

Pour la pâte :

100g de beurre
100g de sucre
1 oeuf
210g de farine

Je n'aime pas beaucoup les pâtes du commerce. Celle-ci se fait en moins d'une minute à l'aide d'un robot. Il suffit de mélanger d'abord le beurre et le sucre. Ensuite, rajouter l'oeuf, puis la farine.
Etaler la pâte dans le moule et la faire précuire à 180° pendant une vingtaine de minutes (les bords doivent être dorés).

Pour la crème aux amandes :

70g de sucre
2 oeufs
100g de poudre d'amandes
15cl de crème fraîche

Fouetter les oeufs et le sucre. Rajouter la poudre d'amandes puis la crème fraîche.

Sur le fond de tarte précuit, disposer des demi-poires au sirop. Ajouter la crème aux amandes puis saupoudrer le dessus de la tarte avec des amandes effilées.

Faire cuire à 180° pendant 30 minutes. A la sortie du four, badigeonner la tarte avec le sirop de poire.

Déguster.

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06 janvier 2016

Thérèse Raquin - Emile Zola

product_9782070418008_195x320Dès les premières lignes, lorsqu'on ouvre un Zola, il est impossible de ne pas être happé, tant les décors sont précis et vivants (oui, j'ai décidé d'écrire des choses étranges). C'est dans le passage du Pont-Neuf que le drame de la famille Raquin va se jouer, et nous y pénétrons pour la première fois alors que les protagonistes ont disparu depuis des années.

Thérèse Raquin est recueillie encore enfant par sa tante, qui l'élève du côté de Vernon, avec de son fils maladif, Camille. A l'âge adulte, les deux jeunes gens se laissent marier et mènent une vie calme à la campagne, jusqu'au jour où Camille décide de se rendre à Paris pour réussir sa vie professionnelle.
Mme Raquin finance pour elle-même et sa belle-fille l'achat d'une boutique surplombée par un appartement où ils logent. La monotonie de la vie que mène la famille n'est rompue que lors des soirées du jeudi, où un ancien commissaire de police, ami de Mme Raquin, vient en compagnie de son fils et de l'épouse de ce dernier.
La morne et maléable Thérèse est cependant transfigurée lorsque Camille invite un soir Laurent, une vieille connaissance. 

Après plus de deux ans sans lire Zola, j'avais oublié à quel point ses livres sont puissants.
Tout d'abord, je l'ai dit en introduction, ses descriptions des décors, des personnages, des scènes sont d'une qualité que je ne crois pas avoir croisée chez un autre auteur à part Balzac. On peut lui reprocher d'en faire toujours plus dans la noirceur, mais la scène à la morgue est l'une des plus fortes du roman.

"La Morgue est un spectacle à la portée de toutes les bourses, que se payent gratuitement les passants pauvres ou riches. La porte est ouverte, entre qui veut. Il y a des amateurs qui font un détour pour ne pas manquer une de ces représentations de la mort. Lorsque les dalles sont nues, les gens sortent désappointés, volés, murmurant entre leurs dents. Lorsque les dalles sont bien garnies, lorsqu’il y a un bel étalage de chair humaine, les visiteurs se pressent, se donnent des émotions à bon marché, s’épouvantent, plaisantent, applaudissent ou sifflent, comme au théâtre, et se retirent satisfaits, en déclarant que la morgue est réussie, ce jour-."

Si Zola fascine toujours autant, c'est bien pour ce qu'il arrive à saisir et à retranscrire de la nature humaine. Nous connaissons les Rougon-Macquart et leurs vices, les personnages de ce roman sont tout aussi cupides, lâches et égoïstes, des amants meurtriers aux invités du jeudi soir qui considèrent qu'une hôte n'a pas à pleurer son fils devant ses invités.

Mais ce qui frappe surtout dans ce livre, ce qui le différencie de ceux de l'auteur que j'ai lus jusqu'à présent, c'est son appartenance au roman policier et au fantastique. En immense auteur, Zola n'aborde cependant pas ces genres de façon traditionnelle. Ainsi, nous vivont le meurtre, ses préparatifs et ses suites avec le point de vue des meurtriers. De plus, ce qui nous est décrit ne concerne pas le fait de savoir si oui ou non, ils seront pris. Laurent et Thérèse ont tué pour être ensemble, mais leur humanité leur revient en pleine face dès lors qu'ils n'ont plus de calculs froids à faire. C'est là qu'intervient le fantastique. A proprement parler, il n'y a rien de surnaturel dans Thérèse Raquin. Pourtant on y croise le fantôme le plus terrifiant. Zola, décrit les remords des meurtriers et leurs terreurs en jouant avec les décors, les ombres... La morsure de Camille dans la nuque de Laurent semble aussi vivante que le portrait du défunt, le corps de la victime se presse constamment contre les deux amants, entre eux.

Enfin, le portrait de Thérèse fascine. Elle est initialement en retrait, bien comme il faut, docile. Son coup de foudre pour Laurent en fait une créature fougueuse, sexuelle et volontaire. D'insipide, voire laide, elle devient belle au point de surprendre son amant qui voyait en elle une façon facile de se soulager. Elle est la digne compagne des personnages féminins de romans qui, comme elle, se perdent pour avoir voulu vivre.

C'est toujours un bonheur de lire Zola.

Folio. 344 pages.
1867.

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31 décembre 2015

Bilan littéraire 2015


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Une dixième année s'achève dans ces pages (même si en 2006, le blog n'avait que quelques mois). Je suis bien loin du nombre de lectures que je pouvais faire en tant que toute jeune étudiante, mais les livres ont toujours une immense place dans ma vie.

Sur le plan personnel, 2015 a été une année plutôt charnière, avec du très très bon mais aussi du très douloureux. J'ai perdu l'une des personnes les plus importantes de ma vie, et si je déroge à la règle que je me suis fixée de ne pas donner de détails trop précis sur ma vie dans ces pages, c'est parce qu'elle en a inspiré un certain nombre.

Au niveau de mon bilan annuel, j'ai lu 50 livres, dont 35 romans. Je retiens surtout le premier livre lu en 2015, Le mur invisible de Marlen Haushofer, coup de coeur surprise. Les classiques m'ont comblée avec L'étranger d'Albert Camus, dont j'ai aussi adoré l'adaptation en bande-dessinée par Jacques Ferrandez, MacBeth de William Shakespeare (je n'ai pas pu voir le film et Thérèse Raquin d'Emile Zola (billet à venir).

Du côté des déceptions, L'âge difficile d'Henry James remporte la triste palme. Evelyn Waugh avec Le cher disparu et Tennessee Williams avec La nuit de l'iguane m'avaient habituée à mieux.
Côté bandes-dessinées, outre l'adaptation de Camus, j'ai eu des coups de coeur pour A silent voice, un manga sur le harcèlement scolaire, la très belle adaptation de Chaque soir à onze heures et 120, rue de la gare, de Tardi.

J'ai lamentablement échoué à mon challenge Me, myself and I, lancé par Romanza. J'ai bien lu The rain before it falls de Jonathan Coe en anglais, mais je ne l'ai pas chroniqué sur mon blog.

Je vous souhaite à toutes et à tous une merveilleuse année 2016, remplie de lecture et de joies.

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05 décembre 2015

L'intérêt de l'enfant - Ian McEwan

A14768Fiona Maye, soixante ans, est une magistrate renommée exerçant aux affaires familiales. Alors qu'elle traverse une crise conjugale, elle est confrontée à des cas judiciaires délicats. L'un d'entre eux fait la une des journaux. Un jeune homme de dix-sept ans atteint de leucémie refuse d'être transfusé en raison de son appartenance aux Témoins de Jéhovah.

Vous connaissez mon admiration pour Ian McEwan, auteur avec lequel j'aime jouer et qui aime piéger ses personnages et ses lecteurs.

En ouverture de ce roman, un extrait du Children Act, rappelant que "l'intérêt de l'enfant" prime sur tout dans les décisions de justice. Mais quelles sont les frontières de cette institution ? Comme souvent avec l'auteur, la réponse est froidement livrée à la fin du roman. Fiona est une pure héroïne de McEwan. Elle réalise les chaînes qui la retiennent aussi bien dans sa vie intime (où, pour une femme, faire pitié [signifie] en quelque sorte votre mort sociale, comme au XIXe siècle) que dans son métier. Assez âgée, elle appartient à une institution vieillissante, qui délaisse le contact humain pour "plus de cases à cocher, de rapports à croire sur parole". Qui doit remplir des quotas de condamnation pour viol et qui s'appuie de plus en plus sur des jurés qui s'informent sur internet.

Sa rencontre avec Adam est révélatrice de la difficulté de son métier de juge pour enfants. Cette affaire surmédiatisée concerne un adolescent auquel il ne manque que trois petits mois pour être un adulte. Sa foi lui interdit de recevoir le sang d'un autre, et la maturité du patient semble indéniable. Ici, le jugement de Fiona ne concerne pas ce qu'elle-même pense des Témoins de Jéhovah, elle doit se limiter à décider s'il faut respecter sa décision ou lui sauver la vie.
Or, ces limitations sont incompréhensibles pour un tout jeune homme en manque de repères et qui commence à percevoir la réalité de la vie, celle où les croyants les plus déterminés attendent simplement qu'on prenne les décisions à leur place, celle où ceux qu'on a cru voir comme des alliés, presque des amis, ne vous considèrent que comme un travail accompli.

Dans sa construction et dans son style, je trouve ce livre à rapprocher notamment de Sur la plage de Chesil. Le narrateur est extérieur, les faits sont exposés sans parti pris de l'auteur. Pourtant, cette sobriété dans L'intérêt de l'enfant m'a beaucoup trop laissée en dehors de l'histoire, et l'absurdité de ce qui se produit m'est apparue de façon beaucoup moins éclatante que d'habitude. D'ordinaire, on ressort d'un McEwan complètement bouleversé pour le personnage. Ici, Fiona est choquée, mais j'ai du mal à voir sa vie ne pas reprendre son cours normal assez rapidement. D'autant plus que sa solitude apparaît de façon bien moins éclatante que d'ordinaire.

Ian McEwan avait un sujet délicat à traiter. S'agissant d'enfants et de religion, il ne fallait surtout pas tomber dans le pathos. A l'inverse, il s'est peut-être trop retenu.

Lewerentz est dithyrambique. Un autre avis très intéressant ici.

Gallimard. 231 pages.
Traduit par France Camus-Pichon.
2014 pour l'édition originale.

15 novembre 2015

Petit éloge de la lecture - Pef

41BuDRiIggLPef est un nom que je croise depuis de nombreuses années en tant qu'auteur-illustrateur de livres pour la jeunesse. Dans ce Petit éloge de la lecture, il livre des anecdotes, brode quelques histoires, tout ça autour du thème de la lecture.

La première chose qui frappe en ouvrant ce livre, c'est le style, très soutenu. Pef évoque à un moment son amour de la poésie. En tant qu'auteur jeunesse, il me semble aussi évident qu'il maîtrise très bien la langue française et aime en jouer. Sinon, comment parvenir à choisir efficacement des mots, des phrases, à la portée des plus jeunes ? Dans cet ouvrage où il s'adresse surtout à des adultes,  Pef nous offre des passages magnifiques, mais aussi d'autres où les envolées lyriques tombent un peu à plat voire sont difficiles à comprendre sans une concentration maximale.
Le conteur d'histoires ressort souvent. On croise à plusieurs reprises L'homme au casque d'or, une peinture dont la parternité a fait couler beaucoup d'encre. Je ne connaissais pas cette oeuvre avec laquelle Pef semble avoir une relation si particulière. Dans le livre, sa localisation même pose question d'une très jolie façon. Qui n'a jamais considéré qu'un livre, une peinture, une chanson, qui résonne de façon un peu particulière en lui, lui appartient davantage qu'aux autres ?
Nous ne lisons pas seulement des livres et des tableaux, mais aussi le sol sous nos pieds nus, nos souvenirs. Nous nous faisons les lecteurs indiscrets de lettres intimes que nous réinterprétons à notre sauce. Pef a beau parler à des adultes, nous replongeons souvent en enfance, avec nostalgie. L'auteur évoque ces histoires qui nous ont marqués mais dont le titre nous échappe désormais, ces livres prêtés et jamais rendus qui nous manquent, les sourcils sceptiques de certains face aux bandes-dessinées, l'un de ces art qui continue à être considéré au mieux comme une lecture moins prestigieuse que celle des romans, au pire comme une menace pour la culture.

Enfin, Pef parle de l'auteur qu'il est et de ses belles rencontres, parfois drôles, parfois étranges avec d'autres artistes : Robert Doisneau, Milena Agus...

Une lecture sympathique qui nous renvoie vers nos propres expériences de lecture.

Merci à Anne-Laure des éditions Folio pour le livre.

Folio. 141 pages.
2015.

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27 octobre 2015

1Q84 - Haruki Murakami

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Pour une fois, j'ai une bonne excuse à mon long silence. Je lisais un roman de plus de 1500 pages. Oui, parce qu'on nous vend 1Q84 comme un livre en trois parties distinctes, mais en fait on ne comprend rien si on s'arrête en route (les mauvaises langues diraient qu'on n'y comprend pas non plus grand chose quand on le lit en entier).
Donc, au lieu de mettre quinze jours à lire cette oeuvre de Murakami, il m'a fallu un bon mois et demi.

De quoi ça parle ? C'est compliqué. Nous sommes à Tokyo en 1984 et nous suivons alternativement deux personnages qui n'ont à première vue pas le moindre lien.
Ca commence doucement. Une jeune femme, Aomamé, est coincée dans un taxi sur la voie rapide. Le chauffeur a allumé la radio qui passe la Sinfonietta de Janacek (moi non plus je ne connaissais pas). Craignant d'être en retard à un rendez-vous, Aomamé décide, sur les recommandations de son chauffeur, de prendre un escalier de secours et de rejoindre la gare la plus proche. Le chauffeur la prévient alors que la réalité pourrait bien être alterée une fois qu'elle sera arrivée en bas des escaliers.
De son côté, Tengo Kawana est un jeune professeur de maths et un écrivain non publié dont l'existence n'a rien de remarquable, jusqu'au jour où l'éditeur qui l'a remarqué lui propose de servir de ghostwriter pour le livre d'une jeune fille de dix-sept ans. Celle-ci, Fukaéri, a une imagination débordante, mais elle manque de style pour que son livre se vende.
De ces deux actes, certes illégaux, mais plutôt insignifiants, vont découler des événements de plus en plus incompréhensibles.

Bien entendu, j'ai décidé de lire ce livre CVT_1Q84-Livre-3--Octobre-Decembre_1586en raison du titre, qui fait immanquablement penser au superbe roman d'Orwell. Au final, les liens entre les deux oeuvres sont peu évidents. L'histoire se passe en 1984, il est question d'une secte dérivée du communisme, diverses allusions sont faites à Orwell, mais l'oeuvre de Murakami prend clairement une direction qui lui est propre. 1Q84, c'est surtout un livre fantastique (au sens littéraire du terme). Nous débutons dans un monde normal, puis nous découvrons que les petits lutins et des choses vraiment beurk peuvent avoir une sorte d'explication, avant de ressortir de ce livre en nous demandant si tout ça n'est pas le fruit d'une grosse hallucination.

1Q84 est un monde fascinant, dans lequel j'ai adoré être plongée. Il m'a séduite par sa poésie, terrifiée par moments aussi (il n'y a rien de plus effrayant que les petites choses inoffensives, les enfants ou les Little people en tête). Murakami arrive à capter l'attention du lecteur grâce à un talent de conteur remarquable, ce qui fait qu'on lui pardonne les nombreuses répétitions. Le rythme est étrange, à la fois rapide et très lent. Rien ne semble se passer, et pourtant nous assistons à des meurtres, des phénomènes surnaturels, des fuites, des mises au point. La routine est aussi rompue dans le troisième tome, où un troisième narrateur entre en jeu.

Dans les trucs gonflants (oui, parce que je suis malgré tout un peu partagée), il y a l'histoire d'amour entre Aomamé et Tengo, sur laquelle se concentre le dernier tome. Les seins de la jeune femme occupent aussi une place à mon sens assez excessive dans ce livre. C'est d'autant plus regrettable que des personnages disparaissent de la scène sans explication pour laisser la place au couple central. Fukaéri par exemple. Au moment où l'on commence à percevoir une explication à ses actes, où l'auteur soulève une interrogation essentielle (qui avons-nous vraiment en face de nous ? ), l'intrigue s'en détourne pour ne plus y revenir. Je n'ai rien contre les livres qui laissent des questions en suspens, la frustration a du bon, mais dans ce livre, j'ai l'impression que Murakami se concentre sur quelque chose qui n'est pas essentiel, et tombe dans la facilité, faisant d'une oeuvre originale une lecture qui laisse un arrière-goût de mièvrerie.

Un pavé qui se lit avec beaucoup de plaisir et servi par un suspens qui tombe malheureusement un peu à plat dans la dernière ligne droite. A découvrir.

Belfond. 3 tomes (environ 1800 pages).
Traduit par Hélène Morita.
2009-2010.

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31 août 2015

Neverwhere - Neil Gaiman

jl5613-2001Richard Mayhew mène une vie simple et banale. Un soir, alors qu'il se rend au restaurant avec sa fiancée, une jeune fille ensanglantée lui demande de l'aide tout en refusant qu'il appelle les secours. Abandonnant sa compagne furieuse derrière lui, il emmène l'inconnue chez lui et la soigne. Il s'agit en réalité de Porte, la fille de Lord Portico, un important personnage du Londres d'En Bas, monde dont Richard découvre l'existence. Lord Portico vient d'être assassiné, et ses meurtriers poursuivent Porte pour la tuer également. Finalement, le marquis de Carabas intervient et emmène Porte avec lui pour la protéger, laissant Richard retourner à sa vie.
Cependant, dès le lendemain, il s'aperçoit qu'il n'existe plus pour personne. Ayant perdu son travail, son appartement, ses amis et toutes ses ressources, il décide de retrouver Porte et de pénétrer dans le monde d'En Bas.

Décidément, moi qui avait été très déçue lors de ma première rencontre avec Neil Gaiman, puis séduite par ma seconde lecture de cet auteur, je vais finir par le ranger parmi ceux que j'affectionne le plus.
Ce livre est assez particulier dans sa conception, puisqu'il s'agit à l'origine d'une série que Neil Gaiman (qui était le créateur de la version télévisée) a adaptée à l'écrit. Cela explique sans doute pourquoi le roman grouille de descriptions très précises et amusantes du monde d'En Bas. J'ai adoré m'y promener, bien qu'il soit plus inquiétant que les mondes parallèles de livres tels Harry Potter ou A la croisée des mondes. Richard découvre un monde qui semble être bloqué à l'ère victorienne, dont les quelques membres qui s'aventurent à la surface de la Terre sont à nos yeux des sans-abris ou des fous qui parlent seuls. Sur les marchés, on s'arrache des choses abîmées, sales, mortes, et l'on se sustente avec des plats à base de chiot ou de chat. Les tueurs qui poursuivent Porte sont d'une cruauté et d'une violence rares, et les morts auxquelles nous assistons sont décrites avec moults détails. Heureusement, de nombreux passages très drôles détendent l'atmosphère, et rien n'est gratuit.
Dans la quête que poursuivent Porte et ses compagnons, le suspens est omniprésent. A l'exception du duo formé par les horribles Croup et Vandemar, tous les personnages semblent capables de révéler un visage tout autre que celui qu'ils présentent au premier abord. Même Richard, qui se contente d'exister au début du livre, se met à rêver de devenir l'égal des héros légendaires.
Pour les amateurs de la capitale anglaise, Neverwhere est également un livre qui rend un magnifique hommage à Londres. On y rencontre l'ange Islington, les moines de Blackfriars, on visite des stations de métro inconnues, les toits de la ville, on cherche l'un des secrets du British Museum...

Un très beau livre !

L'avis de Cachou.

J'ai lu. 350 pages.
Traduit par Patrick Marcel.
1996 pour l'édition originale.

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