lilly et ses livres

22 avril 2014

Les filles de l'ouragan - Joyce Maynard

Les Filles de l'ouragan

Pour moi, Joyce Maynard, c'était à première vue une personne méprisable. Construire sa réputation et se faire de l'argent sur le dos de Salinger, qui était connu pour ne pas supporter que l'on s'imisce dans sa vie privée, ça me dérange.
Puis les blog sont passés par là, et j'ai mis mes reproches de côté pour découvrir Les filles de l'ouragan.

Ruth Plank et Dana Dickerson sont toutes les deux conçues lors d'un ouragan et naissent le même jour dans le même hôpital. Ces deux "soeurs d'anniversaire" n'ont pas grand chose en commun, mais leurs mères s'arrangeront pour qu'elles se croisent régulièrement durant toute leur vie.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je suis très moyennement convaincue par ce livre.
Ca avait pourtant bien commencé avec les récits alternés de Ruth et de Dana. Ruth est élevée dans une famille de fermiers avec ses soeurs. Elle se sent très proche de son père qu'elle adore suivre dans son travail, mais ne comprend pas la froideur qu'elle lit dans les yeux de sa mère. Dana mène une vie complètement différente. Ses parents se complaisent dans la désinvolture, déménageant au gré des idées farfelues du père, et vivant des oeuvres de la mère. Chacune des jeunes filles se sent à l'écart, seule, et il est difficile de ne pas s'y attacher.

Dans ce roman, il est aussi question de l'évolution de la société américaine. Ruth se rend à Woodstock, rejoint le frère de Dana qui s'est réfugié au Canada pour échapper à la guerre du Viêtnam. Le domaine des Plank subit des intemperries et les vautours sont toujours plus nombreux à attendre qu'il soit vendu. Dans les années 1980, Dana, qui vit avec une femme universitaire, voit cette dernière perdre son poste de titulaire en raison de sa sexualité.
C'est donc toute une époque qui est apparaît derrière nos personnages, et c'est pas mal fait, même si je ne trouve pas que ce soit traité de façon originale.

ATTENTION Spoilers :

Mais mon principal problème avec ce livre est que je n'ai pas compris le besoin de créer un grand mystère (qui n'en est un que si l'on est ultra naïf au passage). Très vite, des indices énormes font comprendre au lecteur qu'il y a eu erreur sur la marchandise. Ruth est dédaignée par sa mère qui ne semble agir que par devoir et non par instinct maternel envers elle. Elle est aussi passionnée d'art et éprouve un grand attachement pour la ferme paternelle. Dana a pour sa part tout de la fermière forte et peu féminine. Je veux bien avoir l'esprit ouvert, mais l'amour de l'agriculture ou de l'art ne sont pas inscrits dans les gènes. Ici, on peut deviner l'identité des parents des deux personnages rien qu'en observant leur caractère...

Fin des spoilers

Je crois que je n'aime pas spécialement la manie qu'ont beaucoup d'auteurs américaines (Andrew Sean Greer, Laura Kasischke...) de créer un rebondissement final aussi bancal qu'inutile. On peut écrire sur la famille, le passé, l'adolescence, le sentiment de ne pas être à sa place sans inventer une histoire à coucher dehors.

J'ai lu ce livre avec intérêt dans l'ensemble, parce que j'aime la littérature américaine et qu'il traite des thèmes que j'apprécie particulièrement, mais je trouve que Joyce Maynard ne se distingue pas spécialement, que ce soit par son style ou par le fond de son livre.

Theoma, Miss Léo, Mrs Figg et Emma ne sont pas du tout d'accord avec moi.

Philippe Rey. 330 pages.2010 pour l'édition originale.

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30 mars 2014

"Et lorsque tout s'écroula, il ne sut que tirer, car il n'avait rien appris d'autre."

14La guerre est terminée, et les soldats rentrent chez eux. Ernst est l'un d'eux. Il a passé des années dans les tranchées, et retourne dans sa ville, retrouve ses parents et les bancs de l'école pour devenir instituteur. Mais reprendre le cours de sa vie est impossible quand on attend de lui qu'il soit un tout jeune homme, encore presque un enfant, alors qu'il est allé plus loin que tous ces gens restés à l'arrière.

Après est une véritable suite à A l'ouest, rien de nouveau. On y avait laissé nos jeunes soldats trop vite précipités dans l'âge adulte, désemparés devant l'inutilité de cette guerre et prêts à poser des questions.
Lorsque le livre débute, la rumeur court que cette fois, c'est la bonne, la paix va être signée. Les soldats ont du mal à le croire, surtout lorsqu'on les envoie au charbon une dernière fois pour la forme, et qu'on en voit mourir encore plus inutilement que les autres.
Finalement, le signal est donné, ils peuvent prendre la route du retour. Tout est confus, ils ne réalisent pas encore qu'ils circulent sans risque pour la première fois depuis des années. Le choc est tel qu'il n'est pas question d'être euphorique, les soldats restent bien regroupés, un peu comme s'ils craignaient la suite. 

Ce que montre Erich Maria Remarque dans ce livre, c'est l'impossible compréhension entre ceux qui ont fait la guerre et ceux qui n'y sont pas allés. Les anciens combattants semblent presque gêner la société allemande, leur présence empêchant d'oublier qu'une guerre est passée par là. On leur jette quelques vêtements pour les remercier, puis on les laisse se débrouiller ou crever de faim. Ernst et ses camarades sont plutôt débrouillards et leur condition physique n'est pas trop ébranlée, mais la procession des anciens combattants décrite à la fin du livre, qui fait défiler les mutilés de guerre comme d'inombrables morts-vivants, insiste sur le désintérêt dont les anciens soldats ont été victimes. Même parmi ses proches, Ernst se sent étranger. Ses parents ne comprennent pas qu'il quitte son travail d'instituteur. Pour eux aussi la guerre a été synonyme de privations et ils ne comprennent pas qu'elle a pris bien plus à leur fils.

Au début, en dehors des excès de rage des uns et des autres, nos jeunes anciens soldats ne s'en sortent pas trop mal. Ils sont ensemble, magouillent pour trouver de la nourriture, règlent leurs comptes et se soutiennent. Jusqu'au jour où ils réalisent qu'ils ne portent plus l'uniforme et que les simples cordonniers sont redevenus simples cordonniers quand les plus aisés ont retrouvé leur statut social. Ce n'est qu'un détail, mais cela montre à quel point ils sont seuls, et plusieurs d'entre eux ne trouvent qu'une seule façon d'y remédier. 

"Ah ! au front, c'était plus simple. Là-bas, il suffisait d'être vivant pour que tout aille bien !"

On pourrait s'attendre à les voir hurler, comme ils se l'était promis, pourtant ce n'est pas le cas. Il faut attendre que l'un des soldats soit jugé pour meurtre pour qu'enfin l'un de ces soldats mette la société en accusation. Parce qu'ils sont vidés, littéralement, et parce qu'ils savent à quel point le gouffre qui les sépare du monde des vivants est profond, rendant le dialogue impossible.

Ce que l'on ressent tout de suite en ouvrant Après, c'est qu'il s'agit d'un livre écrit avec les tripes, plein d'amertume et de lassitude malgré la franche camaraderie qui règne entre nos survivants. C'est toujours très bien écrit, mais il est difficile de ne pas en sortir écoeuré.

L'avis d'Aaliz.
Merci à Lise pour le livre.

Folio. 397 pages.
Traduit par Raoul Maillard et Christian Sauerwein.
1931 pour l'édition originale.

18 mars 2014

Sweet sixteen - Annelise Heurtier

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Sweet sixteen, c'est normalement l'occasion pour une jeune fille de fêter ses seize ans dans la joie et la bonne humeur. Ce ne sera pas le cas pour Molly. En 1957, avec huit autres adolescents noirs, elle s'est portée volontaire pour intégrer un grand lycée blanc de l'Arkansas. Mais dans cet Etat sudiste, plus de 80% de la population est contre le mélange des Blancs et des Noirs.

Attention, voilà un coup de coeur jeunesse !
Si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous savez que j'aime les romans ancrés dans l'Histoire. De cette tentative d'instaurer la mixité en milieu scolaire aux Etats-Unis, je n'avais qu'une vague connaissance. Dans ce livre, nous suivons tout le processus jusqu'à son échec final, et la reconstitution est particulièrement réussie et frappante.
Annelise Heurtier a choisi deux personnages pour nous raconter son histoire. D'un côté, nous avons Molly Costello, qui s'engage dans des événements dont elle ne perçoit pas tout de suite la portée. Avec ses camarades, elle souhaite simplement étudier dans un bon lycée. Le jour de la rentrée, le gouverneur, désobéissant ainsi à la Cour Suprême, aligne ses soldats pour empêcher les neufs candidats retenus d'entrer, et ne fait rien pour les protéger des milliers de personnes venues crier leur indignation de voir des Noirs entrer dans un lycée pour les Blancs. Il faudra finalement une intervention du président Eisenhower en personne et l'envoi de mille soldats pour assurer la protection des adolescents pour que Molly intègre le Lycée central.
De l'autre côté, nous écoutons le témoignage de Grace. Cette jeune fille très populaire est la meilleure amie de Brooke Sanders, la fille de l'une des pires opposantes au projet d'intégration. Grace n'est pas aussi radicale, bien que baignant dans une société raciste, et elle prend rapidement Molly en pitié. Toutefois, il s'agit avant tout d'une adolescente de quinze ans qui se préoccupe d'abord de son apparence, et elle n'a pas vraiment envie de risquer sa réputation et surtout sa relation avec le sublime Sherwood Sanders pour défendre les nouveaux élèves.
Sweet sixteen ne nous épargne rien des brimades dont Molly et ses camarades sont victimes. Plus que cette violence verbale et physique, ce qui choque est le fait que ce racisme ait pu être aussi normal il y a quelques décennies seulement (cela dit, quand on voit la manière décomplexée dont les gens ont défilé contre le mariage gay et tenu des discours à vomir sans gêne, il y a de quoi réfléchir sur l'ouverture d'esprit des gens actuellement). On pourrait penser les lycéens plus ouverts que leurs parents, c'est loin d'être le cas.

Voilà donc un livre très intéressant pour son côté historique, et facile à lire dès 13 ans car on n'a jamais le temps de souffler.

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27 février 2014

Le passeur - Lois Lowry

9782211021661

Jonas a onze ans. Il vit avec ses parents et sa soeur dans une communauté qui semble stricte mais soucieuse du bien commun. Il attend avec impatience la cérémonie qui fera de lui un douze ans et durant laquelle on lui attribuera une profession. Malgré la bienveillance de sa famille et la tranquilité de son existence, il ressent des émotions étranges à l'égard des choses et des gens comme Gabriel, ce bébé dont son père nourricier a la garde et qui refuse de dormir. Le jour de la cérémonie tant attendue, la situation se précise quand Jonas se voit attribuer à la surprise générale la fonction de dépositaire de la mémoire.

Alors que les dystopies sont à la mode dans la littérature jeunesse, j'ai voulu me plonger dans une oeuvre un peu plus ancienne. Aujourd'hui, avec l'explosion des technologies de l'information et de la communication, les réseaux sociaux, Google, je trouve que le genre de société décrit est un peu trop proche du nôtre, alors qu'il y a encore quelques années (vingt dans le cas présent), les auteurs devaient pousser plus loin pour rendre leurs oeuvres intéressantes.
Le passeur est un livre court et assez frustrant en raison de sa fin très floue. Cependant, je l'ai trouvé très intéressant et original si on le compare à des livres comme Huger Games, Starters de Lissa Price ou Promise d'Allie Condie (qui ont de grandes qualités malgré tout, surtout la première). Le héros du Passeur est un adolescent qui ouvre les yeux suite à un événement inattendu, mais sa situation est différente. Pas de triangle amoureux, ce qui fait un bien fou quand on a lu les trois autres oeuvres citées. En fait, Jonas est seul ou presque, parce que sa société est pire. Après l'Identique, toutes les émotions fortes ont été annulées, les couleurs ont disparu, les mots ont été aseptisés et la mémoire anéantie. Seul le Passeur peut jouer un rôle de mentor pour Jonas, mais pas jusqu'au bout.
Loïs Lowry ne prend pas non plus de gants pour évoquer certains sujets. J'ai été surprise de trouver une évocation si claire du désir sexuel à travers un rêve de Jonas qui se retrouve à prendre une pilule anésthésiante. On a beau avoir des meurtres et des poursuites dans les séries actuelles, le discours est beaucoup plus sage concernant les rapports entre les personnages dont les émotions ne sont pourtant pas bridées. En parlant de la violence, elle est également plus forte ici, malgré le calme et le détachement avec lesquels les scènes de mort sont décrites. Le père de Jonas tue ainsi de sang froid un nouveau-né dont on ne nous épargne aucun soubresaut.
Enfin, l'intérêt d'une dystopie étant de raisonner dans notre monde actuel, Le Passeur remplit son rôle non pas en dénonçant des dérives précises comme la téléréalité ou la poursuite de la jeunesse éternelle, mais en insistant sur un point plus global : l'importance de la mémoire, de l'Histoire. Même douloureuse, elle permet aux individus de faire des choix éclairés. La communauté de Jonas a décidé de s'en passer et tourne en rond, instituant des pratiques ignobles. Sans aller dans l'excès, lorsqu'on entend certains hommes politiques s'exprimer sur l'intérêt de la culture ou de l'enseignement de l'histoire-géographie, ça donne envie de les étouffer avec des copies de ce roman.

Voilà donc un livre qui se lit très facilement et dont le propos n'a pas pris une ride qui a toute sa place dans les bibliothèques des amateurs du genre.

L'Ecole des loisirs. 221 pages.
1994 pour l'édition originale.

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02 février 2014

" Les plus belles choses, disait-il toujours, vivent une nuit et s'évanouissent avec le matin. "

56757571Rien de tel, pour mettre un terme à une panne de lecture, que de se tourner vers les auteurs qui savent vous envoûter. Cela faisait presque cinq ans que je n'avais pas lu Kazuo Ishiguro, mais les retrouvailles ont été somptueuses.

1948. Masugi Ono est un peintre retraité. Il s'est retiré dans une villa confortable avec la plus jeune de ses filles, Noriko. Alors que les négociations pour le mariage de cette dernière sont en cours, il se remémore sa jeunesse, ses erreurs, et observe le basculement du Japon vers un nouveau monde.

Comme à son habitude, c'est par le biais d'un narrateur faisant le bilan de sa vie que Kazuo Ishiguro s'exprime. Le début est donc posé, assez vague. On comprend qu'Ono a été un personnage important, et sa vie semble tranquille. A mesure qu'il fait des allers-retours dans le temps, on perçoit cependant qu'il a beaucoup perdu avec la guerre, mais qu'il n'est pas seulement une victime pour la société japonaise.
Un artiste du monde flottant devient en fait assez vite un livre parlant de l'histoire du Japon. Il nous explique comment ce pays a basculé vers l'impérialisme, à quel point le patriotisme a compté durant la guerre, et comment il a fallu gérer l'après, les conséquences de la capitulation. Le tout est fait avec beaucoup de retenue et de finesse. Kazuo Ishiguro met l'accent sur l'être humain, reste à son niveau, et c'est ce qui rend son livre aussi réussi.

"Nous avons été des hommes ordinaires durant une époque qui ne l'était pas : nous n'avons pas eu de chance."

J'ai une connaissance très limitée de la littérature japonaise, mais il semble y avoir de nombreuses oeuvres traduisant le malaise des générations nées après la Deuxième Guerre mondiale vis à vis de ce que leurs aînés ont fait, comme on peut en trouver en Allemagne. Les mentalités japonaises ont évolué. Les visées expansionnistes, le rejet du modèle occidental font partie du passé, et ce livre met l'accent sur les différents bouleversements que cela entraîne dès la fin de la guerre. Ono rencontre des jeunes gens très désireux de tirer un trait sur la guerre. Le ménage est fait dans les entreprises, le suicide de certains dirigeants est accueuilli avec soulagement, un homme handicapé est roué de coups parce qu'il continue à entonner des chants patriotiques.
Ono lui-même est renié par ses anciens disciples car ce livre pose aussi la question des finalités de l'art. Clairement, plusieurs visions s'opposent dans ce livre par le biais des grands maîtres que l'on croise. Le peintre doit-il peindre l'invisible, rester dans le monde flottant, ou au contraire ancrer son travail dans le monde réel ? Ono est allé au-delà de cette dernière conception de son travail. Il a "trahi" son ancien maître pour soutenir la politique de propagande de son pays. Bien que rempli de bonnes intentions, il ne peut que reconnaître son erreur quelques années plus tard. D'abord de manière sous-entendue, puis clairement lorsque s'achève le livre.

Probablement l'un des meilleurs romans de l'auteur (je sais, je dis ça à chaque fois). 

Un artiste du monde flottant - Kazuo Ishiguro
Folio. 342 pages.

Traduit par Denis Authier.
1986 pour l'édition originale.

 



23 janvier 2014

Le signe des quatre - Sir Arthur Conan Doyle

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Difficile pour moi de me plonger dans un livre en ce début d'année. Même les bandes-dessinées m'épuisent d'avance, et je préfère buller devant ma télévision. Heureusement, la BBC est là, et avec la nouvelle saison de Sherlock (déjà finie...), j'ai eu envie de me replonger dans les aventures du célèbre détective.

Sherlock Holmes non plus n'est pas en grande forme lorsque l'histoire débute. Pour passer le temps, il se drogue sous le regard réprobateur de son fidèle Watson. L'arrivée d'une nouvelle cliente, Mary Morstan, va cependant lancer les deux hommes dans une nouvelle enquête.
Cette jeune femme qui ne laisse pas le Dr Watson indifférent sollicite l'aide de Sherlock Holmes suite à la réception d'une curieuse lettre l'informant qu'elle a été privée d'une partie de l'héritage de son père. Son interlocuteur est en fait le fils d'un officier ayant vécu et travaillé en Inde avec le capitaine Morstan. Il prétend être en possession d'un trésor dont la moitié doit revenir à Mary Morstan. Mais avant que les choses aient eu le temps d'être éclaircies, un meurtre est commis et le trésor volé.

Si je n'ai pas été subjuguée par ce livre autant que j'avais pu l'être par Le chien des Baskerville, j'ai au moins bénéficié d'un effet de surprise dont je pensais être dispensée. En effet, je croyais avoir lu la résolution de l'énigme il y a des années, mais je dois confondre avec une autre histoire.
J'ai aussi apprécié comme toujours le personnage de Sherlock Holmes dont le caractère est encore une fois détaillé. Très secret comme à son habitude, il montre à quel point il dispose de moyens intellectuels et matériels (les gamins des rues) qui lui permettent de supplanter ses adversaires et la police, encore une fois ridiculisée.
Cependant, j'ai trouvé que l'histoire traînait un peu trop, excepté sur la fin. Dans le genre trésor volé ayant donné lieu à une malédiction, je préfère de loin Pierre de Lune de Wilkie Collins.
J'ai également grincé des dents en assistant à l'amour naissant de Watson et de Mary Morstan. Des évanouissements jusqu'à la réplique mielleuse du docteur sur le fait que le seul trésor qui l'intéresse est la dame de ses pensées, on ne nous épargne peu de choses en une centaine de pages.

Une enquête plutôt sympathique mais pas exceptionnelle.

Librio. 122 pages.
Traduit par Lucien Maricourt.

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12 janvier 2014

Zeitoun - Dave Eggers

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Zeitoun est un entrepreneur venu de Syrie établi à la Nouvelle Orléans depuis plus de dix ans en août 2005. Marié à une Américaine convertie à l'Islam, Kathy, il est aussi le père de trois filles et son activité professionnelle en fait une personne très respectée. 
Lorsque Katrina  s'abat sur la Nouvelle Orléans, il reste d'abord pour s'occuper de ses biens, puis se met à arpenter la ville, sur son canoë, afin de secourir des habitants et des animaux.  
Au bout de quelques semaines, il est finalement arrêté et accusé de pillage par les autorités.               

Ce livre est assez particulier dans sa forme. En fait, il raconte une histoire vraie. Les personnages existent, les faits se sont réellement produits. C'est cependant écrit comme un roman, avec des dialogues, des pensées retranscrites. Ca ne m'a pas du tout gênée en fin de compte, mais j'avoue avoir été un peu surprise. 
N'allez donc pas chercher un grand roman ici, l'intérêt principal de Zeitoun est qu'il nous rapporte comment la première puissance mondiale a géré le fait qu'une de ses grandes métropoles se soit transformée en espace du tiers monde suite à une catastrophe naturelle mal anticipée.       
Au début, les habitants de la Nouvelle-Orléans ne croient pas du tout au danger de Katrina. Zeitoun en a vu d'autres, il ne voit pas en quoi cela pourrait être différent cette fois. Même lorsque Kathy décide de fuir, et que les autorités ordonnent l'évacuation de la ville, il décide de rester, inconscient du danger.
Lorsque Katrina s'abat finalement sur la ville, la situation dépasse toutes les prévisions. La plupart des quartiers de la Nouvelle-Orléans sont inondés, il n'y a évidemment plus d'électricité, les habitants sont obligés de se réfugier dans les étages et d'attendre une aide qui ne vient pas forcément.
L'évacuation, qui ne devait initialement durer que quelques jours se prolonge. De nombreux animaux ont été laissés par leurs propriétaires et meurent donc de faim. Dans les rues, l'eau est de plus en plus polluée et les pillages commencent. Au début, Zeitoun se sent en sécurité. Il utilise son canoë pour aider des gens, surveiller des maisons. Il veut se rendre utile à cette ville qui lui a apporté la stabilité et ignore donc les supplications de sa femme et de son frère qui lui demandent de partir.
La tension monte au fil des jours, Zeitoun et le lecteur le sentent, mais l'entrepreneur décide de l'ignorer. Puis, Kathy doit affronter plusieurs semaines de silence, d'un seul coup. Elle apprend seulement grâce à un religieux qui a décidé d'enfreindre la loi que son mari a été arrêté et qu'il est emprisonné. En fait, Zeitoun et plusieurs de ses compagnons ont passé quelques nuits dans une prison de fortune, à dormir à même le sol et à se voir attribuer de la nourriture ne respectant pas ses convictions religieuses avant d'être tranférés vers une maison d'arrêt. L'attitude des gardiens dans ce premier lieu est à vomir. La situation est tellement hors de contrôle qu'ils gazent les prisonniers, s'en prenant même à un homme visiblement handicapé qui n'a pas respecté des consignes qu'ils ne peut pas comprendre.
Nous sommes dans une Amérique post-11 Septembre, et cela a un impact très fort sur ce qui arrive à Zeitoun. Certes, il n'est pas le seul à être arrêté, et parmi les prisonniers accusés injustement de pillage, certains sont des Américains pur jus. Cependant, de par ses origines, Zeitoun est suspecté de bien plus. Il faut à Kathy une énergie folle et de nombreux contacts pour avoir l'assurance que son mari est bien en vie, et encore plus pour le voir et le faire libérer. 

Viennent alors les questions : comment une ville comme la Nouvelle-Orléans a t-elle pu être dévastée dans de telles proportions par un ouragan ? Comment les autorités ont-elles pu être prises de cours à ce point ? Comment la situation a t-elle ensuite pu dégénérer, donnant libre cours aux pillages d'une part, aux arrestations arbitraires et au non respect des bases de la justice d'un sytème démocratique d'autre part ?                        

C'est évidemment une histoire révoltante et un livre à charge. A découvrir.           

Merci à Lise pour le livre.

Folio. 416 pages.
Traduit par Clément Baude. 
2009 pour l'édition originale.

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01 janvier 2014

Bilan littéraire 2013 et Bonne année !

Malgré les apparences, je suis toujours en vie. Juste une baisse de forme et pas mal de choses à faire en cette fin d'année 2013. Mais alors que 2014 commence, il est l'heure de revenir sur mes lectures annuelles.

On commence comme toujours par des nombres : j'ai donc lu cette année 68 romans, recueils de nouvelles et contes. C'est donc en hausse par rapport à 2012. J'ai aussi dévoré 45 BD, mangas et comics. Mes challenges m'ont permis de voyager. J'ai passé une partie de mon été en Afrique (trois romans), vu l'Australie, le Canada, j'ai poursuivi ma découverte de la littérature jeunesse et de la littérature scandinave.

Parmi ces livres, quelques très belles découvertes :

- Entre ciel et terre de Jón Kalman Stefánsson. Un livre qui m'a bouleversée. J'aurais lu quelques romans scandinaves cette année, et j'en suis heureuse, je voulais m'y mettre depuis longtemps.

- Côté guerre, je retiens A l'ouest rien de nouveau d'Erich Maria Remarque ainsi que le très beau Chemin des âmes de Joseph Boyden. Je pense qu'il y en aura d'autres en cette année 2014.

- J'ai aussi passé un délicieux moment avec mon Zola de l'année, même si ce n'était pas le meilleur.

- Enfin, mes plus grands amours restent les Anglais. Elizabeth Gaskell, Virginia Woolf, Jane Austen, Agatha Christie ainsi que la découverte de Jonathan Coe ont rythmé mon année.

La bande-dessinée m'a aussi offert de très beaux coups de coeur :

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Je vous souhaite à toutes et à tous une merveilleuse année 2014 pleine de lectures enivrantes, de découvertes et de réussites !

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27 novembre 2013

Hunger Games : l'embrasement - Suzanne Collins

suzanne-collins-Hunger-Games-LembrasementDepuis qu'elle a survécu aux Hunger Games, Katniss Everdeen est retournée chez elle dans le district Douze. La vie s'est un peu améliorée pour les siens. Elle s'est installée avec sa mère et sa soeur dans une confortable maison du village des vainqueurs, à proximité de chez Haymitch, son ancien mentor, et de Peeta, avec lequel elle n'a plus que des relations cordiales. Katniss a aussi retrouvé Gale, son meilleur ami, et ensemble ils ont repris leurs parties de chasse.
Mais alors que la Tournée des vainqueurs s'apprête à démarrer, elle reçoit une visite du président Snow, qui lui fait comprendre qu'elle est devenue une menace pour le Capitole depuis qu'elle l'a défié. Et de fait, de nombreux éléments confirment que la révolte est proche dans les districts. Alors que les soixante-quinzièmes Hunger Games s'apprêtent à commencer, le pouvoir en place doit frapper un grand coup pour se maintenir.

Alors que le deuxième film vient de sortir au cinéma, je me suis dit qu'il était grand temps de poursuivre ma découverte de la trilogie de Suzanne Collins, dont le premier tome m'avait beaucoup plu. J'avais peur que ce second volet soit répétitif, mais l'auteur a très bien contourné le problème.
Déjà, j'ai été ravie de retrouver les personnages, en particulier Haymitch, toujours aussi torturé, brutal et attachant. Les petits nouveaux sont très vite sympathiques aussi, surtout Finnick et Mags, même si on ne sait pas trop sur quel pied danser avec le premier, qui paraît être un double de Cato parfois. Le trio Gale-Katniss-Peeta m'a cependant un peu agacée. J'en ai marre de voir ce schéma sans cesse reproduit dans les sagas jeunesse. Heureusement, cette question reste au second plan la plupart du temps.
Ensuite, les cartes semblent redistribuées. Si dans le premier tome, Katniss et les autres subissaient la loi du Capitole, cette fois les langues se délient et les gens passent à l'action. Les deux premiers tiers du roman se déroulent en dehors de l'arène. De nombreuses pages sont consacrées à la description des conditions de vie dans les districts. Les gens continuent à être exploités et à mourir de faim tandis qu'au Capitole, on se gave jusqu'à en vomir. Mais les signes qu'il se passe quelque chose se multiplient. En réponse, le gouvernement décide de frapper fort, d'exécuter sommairement les fauteurs de trouble et de renforcer le contrôle des populations. Katniss prend peu à peu conscience qu'elle est l'étincelle qui peut tout déclencher, mais sa position est dangereuse.
Une fois dans l'arène, rien n'est pareil non plus. Et pour cause, les participants se connaissent, sont souvent liés, et surtout ils n'ont pas grand chose à perdre. Cette soixante-quinzième édition n'est qu'une erreur de plus pour un gouvernement qui fonce droit vers la révolte en voulant l'empêcher. Le suspens est moindre, on sait que Peeta et Katniss vont s'en sortir, mais il reste toutefois quelques magouilles d'Haymitch et des autres à dévoiler.

Un tome de transition, qui se dévore à toute allure, peut-être un peu trop sur la fin. J'ai hâte de le voir transposé à l'écran.

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Pocket Jeunesse. 398 pages.
Traduit par Guillaume Fournier.
2009 pour l'édition originale.

 

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06 novembre 2013

Son Excellence Eugène Rougon - Emile Zola

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Alors que tout Paris se prépare à célébrer le baptême du prince impérial, Eugène Rougon démissionne de la présidence du Conseil d'Etat. Ses amis se précipitent chez lui pour le réconforter et l'assurer de leur soutien. Parmi eux, la belle Clorinde est déterminée à l'aider à reconquérir le pouvoir.
Le grand homme a beau jurer qu'il ne souhaite plus que devenir propriétaire terrien et s'éloigner de la vie politique, ses proches ne sont pas dupes et refusent encore moins de renoncer aux privilèges qu'il leur avait promis avant sa chute.

Bon, ce livre ne sera pas mon Zola préféré, je reste sous le charme de La Curée, mais il reste un excellent roman.
Le sujet central est la politique sous le Second Empire, et là où il y a du pouvoir, il y a toujours un Rougon. Eugène, fils de la terrible Félicité, est entouré d'une clique que nous ne quitterons pas du livre, qui est en effet une succession de scènes où ces personnages se retrouvent (baptême impérial, soirée entre amis, bal à la préfecture des Deux-Sèvres...). Comme nous sommes chez Zola, les personnages sont bien entendu tous plus vils, intéressés et détestables les uns que les autres. J'ai même eu de la peine pour Rougon, c'est dire. Ses "amis" attendent de lui des pluies de faveur, lui en veulent de ne pas accomplir de miracle, et lorsqu'ils s'aperçoivent que sa chute est inéluctable, ils ne font qu'agir pour la précipiter un peu plus tout en sauvant leur peau.
Clorinde est un personnage particulièrement révélateur à ce sujet. Cette jeune et belle italienne que Rougon ne parvient pas à saisir sait se rendre aussi irrésistible aux yeux des grands hommes que fatale lorsqu'elle décide de détruire un homme qui l'a vexée et qui ne peut plus lui servir. Sa cruauté envers Rougon lors de la vente de charité à l'Orangerie est magistralement décrite par Zola.
Cela dit, cette attitude de toujours se raccrocher aux branches et de ne pas hésiter à renier ses précédentes prises de position pour conserver sa place dans la vie politique me semble réaliste et toujours très actuelle.

"En France, dès qu'il y a cinq messieurs dans un salon, il y a cinq gouvernements en présence. Ca n'empêche personne de servir le gouvernement reconnu. Hein, n'est-ce pas ? C'est histoire de causer."

Derrière ces personnages et leurs manigances, Zola décrit la vie politique sous Napoléon III, les bouleversements dans l'attitude de celui qui était pourtant arrivé au pouvoir dans une république avant d'être proclamé empereur, de faire museler la presse et d'encourager les excès de zèle du ministère de l'Intérieur.

"... je vous conseille de frapper haut. Vous avez bien là-bas des avocats, des négociants, des pharmaciens, qui s'occupent de politique. Coffrez-moi tout ce monde là. Ca fait plus d'effet."

Etrangement, les choses ne tournent pas si mal. Heureusement qu'Eugène est un Rougon, et non pas un Mouret ou un Macquart... Il est quand même bien seul avec tout son pouvoir.

Folio. 474 pages.
1876 pour l'édition originale.

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