lilly et ses livres

18 juin 2014

Une fille, qui danse -Julian Barnes

barnesTony Webster, un homme d'âge mûr, revient sur sa jeunesse, et notamment sur sa relation avec Adrian. Cet ami, jeune homme aussi brillant que fascinant s'est suicidé alors qu'il était étudiant à Cambridge. C'est à l'occasion d'une succession inattendue quarante ans plus tard que notre narrateur voit toutes ses certitudes concernant ce drame ébranlées.

Ce livre, mon premier de Julian Barnes, m'a donné du fil à retordre. Il est très court, mais sa lecture requiert de l'attention et une lecture rapide afin de ne pas oublier les éléments du début.
Tout commence de façon très banale. Tony et ses deux amis d'enfance voient un jour s'agréger à leur groupe un nouvel élément, Adrian, qui devient très vite la personne la plus importante de leur vie.
Les jeunes gens ont un professeur d'histoire qui leur pose une question qui provoquerait des évanouissements chez les élèves actuels pour cause de réflexion trop intense, mais qui va ici résonner durant tout le récit : "Qu'est-ce que l'Histoire ?" A cela, Adrian répond par une citation : "L'Histoire est cette conviction issue du point où les imperfections de la mémoire croisent les insuffisances de la documentation."
Cette réponse très pompeuse est à la hauteur du génie du personnage tel que Tony se le représente. Sa vie durant, il s'expliquera le suicide d'Adrian en s'aidant des discours du jeune homme. Lui-même se voit comme un être ordinaire, ennuyeux même, marié puis divorcé d'une femme sans mystère. Il a conscience de subir sa vie, contrairement à Adrian, qui a choisi l'heure de sa mort. 

Lorsqu'il apprend que la mère de Veronica, son ancienne petite-amie, celle qu'il avait délaissée avant qu'elle n'entame une relation avec Adrian, lui lègue le journal de ce dernier qu'elle a conservé depuis quarante ans, Tony croit qu'il va pouvoir comprendre plus en détails le comportement de son ami. Dans les bribes qu'il obtient, il croit saisir un code, et son incompréhension face à Veronica qui ne cesse de lui répéter qu'il n'a jamais rien compris grandit toujours un peu plus.

il faut attendre les dernières pages pour saisir le mépris de Veronica. Entre-temps, Julian Barnes a bien joué avec nos nerfs. Pourquoi la mère de Veronica a t-elle mis Tony en garde contre sa fille lorsqu'ils sortaient ensemble ? Pourquoi lui a t-elle légué ce journal ? Comment est-il arrivé en sa possession ? Que contenait-il ? Y a t-il encore des non-dits entre Veronica et Tony ?

En fait, ce que Tony et Adrian lui même n'avaient pas bien perçu, c'était qu'ils ne savaient pas tout. Ecouter son professeur oblige peut-être à réaliser que la vie est souvent tristement banale, mais cela évite aussi parfois de se tromper toute sa vie.

Simplement brillant.

Merci à Anna pour le livre.

Folio. 211 pages.
Traduit par Jean-Pierre Aoustin.
2011 pour l'édition originale.

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15 juin 2014

Harry Potter et la Chambre des Secrets - J.K. Rowling

arton495Attention, introduction très ennuyeuse. Vous pouvez passer directement au paragraphe 4 si vous le souhaitez.

Lorsqu'on découvre un livre qui nous marque comme Harry Potter m'a marquée, on ne se souvient pas seulement de ce que sa lecture nous a procuré. On se souvient de tous les détails qui ont conduit à sa lecture, du lieu où on l'a lu, et avec le recul, on découvre à quel point il nous a construit. C'est Harry Potter qui m'a fait comprendre que je pouvais être bonne en anglais. Je me rappelle avoir lu ce deuxième tome lors d'un voyage à l'autre bout du monde, tout en révisant le vocabulaire de la série pour le contrôle d'anglais qui m'attendait à la rentrée. Ca m'avait passionnée, et c'est ce qui m'a permis de me lancer dans la lecture du troisième tome en version originale quelques mois plus tard, encore lors d'un voyage.

Sans Harry Potter, je n'aimerais peut-être pas autant l'Angleterre et la langue anglaise. Je n'aimerais peut-être pas autant les livres. Je n'aurais peut-être pas fait les études que j'ai faites, ni choisi le métier que j'exerce aujourd'hui. Il n'y aurait peut-être pas eu Virginia Woolf, puis E.M. Forster, ou Jane Austen.

Pour résumer, au cas où vous ne l'auriez pas compris, j'aime, je vénère Harry Potter, alors pour débuter le mois anglais par ici, il fallait bien lui consacrer un petit billet.

Dans ce deuxième tome, on retrouve notre jeune sorcier encore en vacances chez les horribles Dursley, attendant avec impatience de retrouver Poudlard et ses amis Ron et Hermione.
Mais la veille de la rentrée, un elfe de maison nommé Dobby apparaît dans sa chambre, et le supplie de ne pas retourner dans son école de sorcellerie. Sans rentrer dans les détails, il le prévient qu'un danger mortel le guette.
Harry est intrigué, mais il n'est pas question pour lui d'obéir à la prudence. Il fait donc sa deuxième rentrée entouré de ses amis, retrouve la maison Gryffondor, le Professeur Dumbledor, Hagrid, et surtout la joie d'être dans un lieu où il se sent à sa place.
Cependant, très vite, des agressions se produisent dans le château. Des habitants sont retrouvés pétrifiés, sans que leur agresseur puisse être identifié. Une rumeur se répand alors, disant que la Chambre des Secrets a été ouverte, libérant dans l'école une terrible créature.

Ce que j'aime dans les premiers tomes d'Harry Potter, c'est leur côté un peu enfantin. Il n'y a pas encore eu les horribles pertes des tomes suivants, et finalement on est aussi émerveillés que Harry face à ce monde magique créé par J.K. Rowling.
Les matches de Quidditch sont toujours aussi formidables à suivre, les bêtises de notre petit trio amusantes, et voir Harry grandir, se chercher, toujours aussi émouvant.
Dans ce deuxième tome, le fil conducteur est l'enquête qui vise à découvrir qui est l'héritier de Serpentard, et comment, si elle existe, la Chambre des Secrets a été ouverte. Cela nous amène à remonter dans le passé, et à en apprendre davantage sur Voldemort et sa jeunesse. Son lien avec Harry est exploré plus en profondeur, et comme notre héros, on se demande ce que signifient ces ressemblances troublantes entre le jeune sorcier et le terrible mage noir. Il est agréable de noter que des éléments des tomes suivants sont introduits. Il est question de la prison d'Azkaban, Ron est moins agacé qu'autrefois par Hermione, et un certain objet n'a pas du tout la même importance lorsqu'on connaît déjà la fin de l'histoire.
Ce que j'aime dans ce tome, c'est aussi qu'il permet à J.K. Rowling d'aborder des thèmes graves comme le racisme en les transposant dans son univers. L'appellation "Sang-de-Bourbe" pour désigner les sorciers nés de parents Moldus équivaut sans aucun doute aux surnoms ignobles donnés aux personnes de couleur ou juives par exemple. On retrouve dans les propos et l'attitude de Malefoy et ses amis la même méchanceté, la même ignorance, et la même éducation lamentable que l'on constate chez les individus racistes, homophobes ou autres.

Encore une relecture dont je ressors enchantée.

C'est ma première participation au mois anglais de Titine, Lou et Cryssilda.

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04 juin 2014

Le peintre d'éventail - Hubbert Haddad

3218992835_1_2_CXL00NYqAprès des années d'absence, Hi-han retourne voir Matabei, son vieux maître. Celui-ci lui livre alors l'histoire de sa vie, dans la pension de Dame Hison, où il fut amant de l'ancienne courtisane puis jardinier.

J'ai mis un moment à me plonger dans ce livre. J'ai même songé à renoncer, tellement les descriptions me gonflaient, tellement les petites phrases de début et de fin de chapitre me semblaient surfaites. Je ne suis pas quelqu'un de patient, peu d'auteurs parviennent à me captiver avec des pages entières de descriptions.

Et puis, j'ai décidé de me secouer, de lâcher prise et de me concentrer, pour finalement laisser la magie opérer.
Le peintre d'éventail, c'est une drôle d'histoire. Le prologue laisse entendre qu'il faut s'attendre à découvrir une histoire captivante, à un personnage extraordinaire (ce fameux peintre d'éventail), mais lorsque la rencontre se produit, c'est déstabilisant d'une façon que l'on n'avait pas anticipée.
L'espace dans lequel se déroule l'action est très restreint. Une maison semblant hors du monde, ainsi que quelques montagnes et un lac alentours. Le nombre des acteurs aussi est réduit : à peine une dizaine, les habitants de la pension, presque des fantômes au début tellement ils se confondent. Puis, on se met à distinguer Dame Hison, les amants Ken et Anna, le maladroit Hi-han, et surtout Matabei et son obsession pour le jardin. Ils nous deviennent familiers, et dans ce havre de paix on se prend à se sentir en sécurité, apaisé.
Chacun de ces personnages a fuit le monde. Dame Hison est une ancienne courtisane, Ken et Anna fuient la haine d'un mari jaloux, Enjo est une jeune fille égarée. Ils semblent n'exister que dans le monde clos que forment la maison et son magnifique jardin.
L'art de communier avec la nature, de la dessiner, de l'écrire, est d'abord maîtrisé par Osaki qui le transmet à Matabei. Lorsque Hi-han rejoint la demeure, le nouveau jardinier tente de l'initier.

Puis, tout s'écroule. Matabei était arrivé à la pension de Dame Hison en partant sur les traces de la jeune fille qu'il avait renversée sous un tunnel à Kobe, peu avant le tremblement de terre. La seconde réplique de ce drame précipite à nouveau Matabei dans une réalité insupportable.

Pourtant, Hubert Haddad ne modifie son écriture à aucun moment. Le rythme reste calme, et c'est sans doute ce qui m'a le plus impressionnée dans ce livre : comment l'auteur parvient à faire passer tant de choses, tant d'émotions en restant si simple dans son propos.

Un beau moment de lecture.

Merci à Lise et Anna de Folio pour le livre.

Folio. 179 pages.
2013 pour l'édition originale.

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24 mai 2014

Code 1879 - Dan Waddell

code-1879Grant Foster, inspecteur bourru, est appelé sur une scène de crime étrange. La victime a été amputée des deux mains, tuée, puis déposée dans un cimetière. Sur sa poitrine, on a également gravé un étrange message composé de lettres et de chiffres. Très vite, la collègue de Foster, Heather Jenkins pense qu'il s'agit d'une référence d'acte civil. Elle fait donc appel à Nigel Barnes, un généalogiste désabusé, pour retrouver le dossier. Tous les trois découvrent alors que le meurtre est en lien avec une série de crimes commis en 1879.

Si, comme moi, vous avez du mal à vous concentrer pour lire en ce moment, voilà un livre que je peux vous recommander. C'est très classique, mais prenant, et on ne refuse jamais un petit séjour dans la capitale anglaise.
J'ai adoré me promener dans le Londres d'aujourd'hui en cherchant les traces de la ville de 1879. Nigel est passionné par son travail de souris, et avec lui on découvre des rues cachées et des anecdotes (comme celle de Leinster Gardens, dont il était aussi question dans la dernière saison de Sherlock).
L'enquête à résoudre est également intéressante. Pourquoi cette affaire de 1879 refait-elle surface ? Quels sont les motivations du meurtrier ? Quel est le lien entre les victimes ? Pourquoi ces mutilations sur les corps ? Le suspens est très présent, et l'on démêle les fils de l'enquête de façon très progressive en suivant tour à tour l'inspecteur et le généalogiste dans leur travail, stressant et nous décourageant avec eux presque jusqu'au bout.
Presque, car j'ai trouvé la fin très maladroite. Suivre l'enquête en alternant les points de vue de Grant et Foster permet de la rendre palpitante durant la majeure partie du livre, mais lorsque la dernière victime est enlevée, c'est franchement énorme et les informations que l'on apprend sont répétitives.

Pas un grand livre donc, mais un trio d'enquêteurs sympathiques que je pense retrouver une prochaine fois.

C'est grâce à Titine que je me suis lancée dans cette lecture. Lou est très enthousiaste.

 

 

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30 avril 2014

Divergente - Veronica Roth

CV-prov_Divergente12Parmi toutes les séries dans la même veine que Hunger Games publiées ces dernières années, Divergente semble particulièrement bien s'en sortir puisque le premier tome vient d'être adapté au cinéma. J'ai débuté ma lecture un peu pour suivre le mouvement, il faut bien l'avouer, mais être une brebis a parfois du bon.

Pour mettre un terme aux guerres, il a été décidé de diviser la société en cinq factions, chacune étant au service d'une qualité. "Les Altruistes répondent à notre besoin en responsables politiques dévoués. Les Sincères nous fournissent des responsables juridiques honnêtes et dignes de confiance. Les Erudits nous donnent des enseignants et des chercheurs de haut niveau. Les Fraternels nous procurent des conseillers et des soignants compréhensifs. Et les Audacieux nous protègent des menaces extérieures."
Beatrice appartient à une famille altruiste. Elle a seize ans, et son frère Caleb et elle s'apprêtent à choisir la faction où ils feront leur vie. Pour les guider, des tests sont réalisés. Cependant, lorsque vient le tour de Beatrice, il apparaît qu'elle ne correspond à aucune des cinq factions. Elle est Divergente, ce qu'elle doit absolument cacher sans comprendre pourquoi.

J'ai passé un excellent moment avec ce livre pour plusieurs raisons. D'abord, on ne s'ennuie pas une seconde. Beatrice (qui devient Tris lorsqu'elle choisit de rejoindre les Audacieux) subit une initiation très dure, pleine de rebondissements pour devenir une Audacieuse.
La peinture des personnages est également réussie. On a des méchants très méchants, mais la plupart des personnages montrent plusieurs facettes. Les novices audacieux sont en compétition, et les coups bas sont d'autant plus nombreux que certains sont des tueurs nés. La jeune fille se rend aussi compte rapidement que même l'amitié a des limites, et que dans certains contextes il est difficile de ne pas devenir soupçonneux. Même le monde des adultes dirigeants comporte des surprises et démontre que l'on ne peut effacer l'homme derrière des valeurs.
La façon dont est traitée l'histoire est aussi intéressante. Le style n'est pas très poussé, mais il y a beaucoup de passages amusants et les surprises sont nombreuses sans paraître trop artificielles. J'ai particulièrement apprécié le fait que ce livre soit moins aseptisé que beaucoup de romans du même genre. Il y a des passages très violents, d'autres qui coupent le souffle au lecteur, et il est même question de sexualité (non, parce que des fois on a vraiment l'impression que les adolescents des livres jeunesse ne sont jamais tourmentés par leurs hormones) même si ça reste très sage. Mon seul bémol concerne la traduction de certaines phrases. J'ai trouvé étrange que la mère de Tris parle de se faire "rembarrer" par exemple.

Un bon livre pour réfléchir sur l'importance du libre-arbitre tout en se divertissant.

Nathan. 445 pages.

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22 avril 2014

Les filles de l'ouragan - Joyce Maynard

Les Filles de l'ouragan

Pour moi, Joyce Maynard, c'était à première vue une personne méprisable. Construire sa réputation et se faire de l'argent sur le dos de Salinger, qui était connu pour ne pas supporter que l'on s'imisce dans sa vie privée, ça me dérange.
Puis les blog sont passés par là, et j'ai mis mes reproches de côté pour découvrir Les filles de l'ouragan.

Ruth Plank et Dana Dickerson sont toutes les deux conçues lors d'un ouragan et naissent le même jour dans le même hôpital. Ces deux "soeurs d'anniversaire" n'ont pas grand chose en commun, mais leurs mères s'arrangeront pour qu'elles se croisent régulièrement durant toute leur vie.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je suis très moyennement convaincue par ce livre.
Ca avait pourtant bien commencé avec les récits alternés de Ruth et de Dana. Ruth est élevée dans une famille de fermiers avec ses soeurs. Elle se sent très proche de son père qu'elle adore suivre dans son travail, mais ne comprend pas la froideur qu'elle lit dans les yeux de sa mère. Dana mène une vie complètement différente. Ses parents se complaisent dans la désinvolture, déménageant au gré des idées farfelues du père, et vivant des oeuvres de la mère. Chacune des jeunes filles se sent à l'écart, seule, et il est difficile de ne pas s'y attacher.

Dans ce roman, il est aussi question de l'évolution de la société américaine. Ruth se rend à Woodstock, rejoint le frère de Dana qui s'est réfugié au Canada pour échapper à la guerre du Viêtnam. Le domaine des Plank subit des intemperries et les vautours sont toujours plus nombreux à attendre qu'il soit vendu. Dans les années 1980, Dana, qui vit avec une femme universitaire, voit cette dernière perdre son poste de titulaire en raison de sa sexualité.
C'est donc toute une époque qui est apparaît derrière nos personnages, et c'est pas mal fait, même si je ne trouve pas que ce soit traité de façon originale.

ATTENTION Spoilers :

Mais mon principal problème avec ce livre est que je n'ai pas compris le besoin de créer un grand mystère (qui n'en est un que si l'on est ultra naïf au passage). Très vite, des indices énormes font comprendre au lecteur qu'il y a eu erreur sur la marchandise. Ruth est dédaignée par sa mère qui ne semble agir que par devoir et non par instinct maternel envers elle. Elle est aussi passionnée d'art et éprouve un grand attachement pour la ferme paternelle. Dana a pour sa part tout de la fermière forte et peu féminine. Je veux bien avoir l'esprit ouvert, mais l'amour de l'agriculture ou de l'art ne sont pas inscrits dans les gènes. Ici, on peut deviner l'identité des parents des deux personnages rien qu'en observant leur caractère...

Fin des spoilers

Je crois que je n'aime pas spécialement la manie qu'ont beaucoup d'auteurs américaines (Andrew Sean Greer, Laura Kasischke...) de créer un rebondissement final aussi bancal qu'inutile. On peut écrire sur la famille, le passé, l'adolescence, le sentiment de ne pas être à sa place sans inventer une histoire à coucher dehors.

J'ai lu ce livre avec intérêt dans l'ensemble, parce que j'aime la littérature américaine et qu'il traite des thèmes que j'apprécie particulièrement, mais je trouve que Joyce Maynard ne se distingue pas spécialement, que ce soit par son style ou par le fond de son livre.

Theoma, Miss Léo, Mrs Figg et Emma ne sont pas du tout d'accord avec moi.

Philippe Rey. 330 pages.2010 pour l'édition originale.

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30 mars 2014

"Et lorsque tout s'écroula, il ne sut que tirer, car il n'avait rien appris d'autre."

14La guerre est terminée, et les soldats rentrent chez eux. Ernst est l'un d'eux. Il a passé des années dans les tranchées, et retourne dans sa ville, retrouve ses parents et les bancs de l'école pour devenir instituteur. Mais reprendre le cours de sa vie est impossible quand on attend de lui qu'il soit un tout jeune homme, encore presque un enfant, alors qu'il est allé plus loin que tous ces gens restés à l'arrière.

Après est une véritable suite à A l'ouest, rien de nouveau. On y avait laissé nos jeunes soldats trop vite précipités dans l'âge adulte, désemparés devant l'inutilité de cette guerre et prêts à poser des questions.
Lorsque le livre débute, la rumeur court que cette fois, c'est la bonne, la paix va être signée. Les soldats ont du mal à le croire, surtout lorsqu'on les envoie au charbon une dernière fois pour la forme, et qu'on en voit mourir encore plus inutilement que les autres.
Finalement, le signal est donné, ils peuvent prendre la route du retour. Tout est confus, ils ne réalisent pas encore qu'ils circulent sans risque pour la première fois depuis des années. Le choc est tel qu'il n'est pas question d'être euphorique, les soldats restent bien regroupés, un peu comme s'ils craignaient la suite. 

Ce que montre Erich Maria Remarque dans ce livre, c'est l'impossible compréhension entre ceux qui ont fait la guerre et ceux qui n'y sont pas allés. Les anciens combattants semblent presque gêner la société allemande, leur présence empêchant d'oublier qu'une guerre est passée par là. On leur jette quelques vêtements pour les remercier, puis on les laisse se débrouiller ou crever de faim. Ernst et ses camarades sont plutôt débrouillards et leur condition physique n'est pas trop ébranlée, mais la procession des anciens combattants décrite à la fin du livre, qui fait défiler les mutilés de guerre comme d'inombrables morts-vivants, insiste sur le désintérêt dont les anciens soldats ont été victimes. Même parmi ses proches, Ernst se sent étranger. Ses parents ne comprennent pas qu'il quitte son travail d'instituteur. Pour eux aussi la guerre a été synonyme de privations et ils ne comprennent pas qu'elle a pris bien plus à leur fils.

Au début, en dehors des excès de rage des uns et des autres, nos jeunes anciens soldats ne s'en sortent pas trop mal. Ils sont ensemble, magouillent pour trouver de la nourriture, règlent leurs comptes et se soutiennent. Jusqu'au jour où ils réalisent qu'ils ne portent plus l'uniforme et que les simples cordonniers sont redevenus simples cordonniers quand les plus aisés ont retrouvé leur statut social. Ce n'est qu'un détail, mais cela montre à quel point ils sont seuls, et plusieurs d'entre eux ne trouvent qu'une seule façon d'y remédier. 

"Ah ! au front, c'était plus simple. Là-bas, il suffisait d'être vivant pour que tout aille bien !"

On pourrait s'attendre à les voir hurler, comme ils se l'était promis, pourtant ce n'est pas le cas. Il faut attendre que l'un des soldats soit jugé pour meurtre pour qu'enfin l'un de ces soldats mette la société en accusation. Parce qu'ils sont vidés, littéralement, et parce qu'ils savent à quel point le gouffre qui les sépare du monde des vivants est profond, rendant le dialogue impossible.

Ce que l'on ressent tout de suite en ouvrant Après, c'est qu'il s'agit d'un livre écrit avec les tripes, plein d'amertume et de lassitude malgré la franche camaraderie qui règne entre nos survivants. C'est toujours très bien écrit, mais il est difficile de ne pas en sortir écoeuré.

L'avis d'Aaliz.
Merci à Lise pour le livre.

Folio. 397 pages.
Traduit par Raoul Maillard et Christian Sauerwein.
1931 pour l'édition originale.

18 mars 2014

Sweet sixteen - Annelise Heurtier

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Sweet sixteen, c'est normalement l'occasion pour une jeune fille de fêter ses seize ans dans la joie et la bonne humeur. Ce ne sera pas le cas pour Molly. En 1957, avec huit autres adolescents noirs, elle s'est portée volontaire pour intégrer un grand lycée blanc de l'Arkansas. Mais dans cet Etat sudiste, plus de 80% de la population est contre le mélange des Blancs et des Noirs.

Attention, voilà un coup de coeur jeunesse !
Si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous savez que j'aime les romans ancrés dans l'Histoire. De cette tentative d'instaurer la mixité en milieu scolaire aux Etats-Unis, je n'avais qu'une vague connaissance. Dans ce livre, nous suivons tout le processus jusqu'à son échec final, et la reconstitution est particulièrement réussie et frappante.
Annelise Heurtier a choisi deux personnages pour nous raconter son histoire. D'un côté, nous avons Molly Costello, qui s'engage dans des événements dont elle ne perçoit pas tout de suite la portée. Avec ses camarades, elle souhaite simplement étudier dans un bon lycée. Le jour de la rentrée, le gouverneur, désobéissant ainsi à la Cour Suprême, aligne ses soldats pour empêcher les neufs candidats retenus d'entrer, et ne fait rien pour les protéger des milliers de personnes venues crier leur indignation de voir des Noirs entrer dans un lycée pour les Blancs. Il faudra finalement une intervention du président Eisenhower en personne et l'envoi de mille soldats pour assurer la protection des adolescents pour que Molly intègre le Lycée central.
De l'autre côté, nous écoutons le témoignage de Grace. Cette jeune fille très populaire est la meilleure amie de Brooke Sanders, la fille de l'une des pires opposantes au projet d'intégration. Grace n'est pas aussi radicale, bien que baignant dans une société raciste, et elle prend rapidement Molly en pitié. Toutefois, il s'agit avant tout d'une adolescente de quinze ans qui se préoccupe d'abord de son apparence, et elle n'a pas vraiment envie de risquer sa réputation et surtout sa relation avec le sublime Sherwood Sanders pour défendre les nouveaux élèves.
Sweet sixteen ne nous épargne rien des brimades dont Molly et ses camarades sont victimes. Plus que cette violence verbale et physique, ce qui choque est le fait que ce racisme ait pu être aussi normal il y a quelques décennies seulement (cela dit, quand on voit la manière décomplexée dont les gens ont défilé contre le mariage gay et tenu des discours à vomir sans gêne, il y a de quoi réfléchir sur l'ouverture d'esprit des gens actuellement). On pourrait penser les lycéens plus ouverts que leurs parents, c'est loin d'être le cas.

Voilà donc un livre très intéressant pour son côté historique, et facile à lire dès 13 ans car on n'a jamais le temps de souffler.

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27 février 2014

Le passeur - Lois Lowry

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Jonas a onze ans. Il vit avec ses parents et sa soeur dans une communauté qui semble stricte mais soucieuse du bien commun. Il attend avec impatience la cérémonie qui fera de lui un douze ans et durant laquelle on lui attribuera une profession. Malgré la bienveillance de sa famille et la tranquilité de son existence, il ressent des émotions étranges à l'égard des choses et des gens comme Gabriel, ce bébé dont son père nourricier a la garde et qui refuse de dormir. Le jour de la cérémonie tant attendue, la situation se précise quand Jonas se voit attribuer à la surprise générale la fonction de dépositaire de la mémoire.

Alors que les dystopies sont à la mode dans la littérature jeunesse, j'ai voulu me plonger dans une oeuvre un peu plus ancienne. Aujourd'hui, avec l'explosion des technologies de l'information et de la communication, les réseaux sociaux, Google, je trouve que le genre de société décrit est un peu trop proche du nôtre, alors qu'il y a encore quelques années (vingt dans le cas présent), les auteurs devaient pousser plus loin pour rendre leurs oeuvres intéressantes.
Le passeur est un livre court et assez frustrant en raison de sa fin très floue. Cependant, je l'ai trouvé très intéressant et original si on le compare à des livres comme Huger Games, Starters de Lissa Price ou Promise d'Allie Condie (qui ont de grandes qualités malgré tout, surtout la première). Le héros du Passeur est un adolescent qui ouvre les yeux suite à un événement inattendu, mais sa situation est différente. Pas de triangle amoureux, ce qui fait un bien fou quand on a lu les trois autres oeuvres citées. En fait, Jonas est seul ou presque, parce que sa société est pire. Après l'Identique, toutes les émotions fortes ont été annulées, les couleurs ont disparu, les mots ont été aseptisés et la mémoire anéantie. Seul le Passeur peut jouer un rôle de mentor pour Jonas, mais pas jusqu'au bout.
Loïs Lowry ne prend pas non plus de gants pour évoquer certains sujets. J'ai été surprise de trouver une évocation si claire du désir sexuel à travers un rêve de Jonas qui se retrouve à prendre une pilule anésthésiante. On a beau avoir des meurtres et des poursuites dans les séries actuelles, le discours est beaucoup plus sage concernant les rapports entre les personnages dont les émotions ne sont pourtant pas bridées. En parlant de la violence, elle est également plus forte ici, malgré le calme et le détachement avec lesquels les scènes de mort sont décrites. Le père de Jonas tue ainsi de sang froid un nouveau-né dont on ne nous épargne aucun soubresaut.
Enfin, l'intérêt d'une dystopie étant de raisonner dans notre monde actuel, Le Passeur remplit son rôle non pas en dénonçant des dérives précises comme la téléréalité ou la poursuite de la jeunesse éternelle, mais en insistant sur un point plus global : l'importance de la mémoire, de l'Histoire. Même douloureuse, elle permet aux individus de faire des choix éclairés. La communauté de Jonas a décidé de s'en passer et tourne en rond, instituant des pratiques ignobles. Sans aller dans l'excès, lorsqu'on entend certains hommes politiques s'exprimer sur l'intérêt de la culture ou de l'enseignement de l'histoire-géographie, ça donne envie de les étouffer avec des copies de ce roman.

Voilà donc un livre qui se lit très facilement et dont le propos n'a pas pris une ride qui a toute sa place dans les bibliothèques des amateurs du genre.

L'Ecole des loisirs. 221 pages.
1994 pour l'édition originale.

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02 février 2014

" Les plus belles choses, disait-il toujours, vivent une nuit et s'évanouissent avec le matin. "

56757571Rien de tel, pour mettre un terme à une panne de lecture, que de se tourner vers les auteurs qui savent vous envoûter. Cela faisait presque cinq ans que je n'avais pas lu Kazuo Ishiguro, mais les retrouvailles ont été somptueuses.

1948. Masugi Ono est un peintre retraité. Il s'est retiré dans une villa confortable avec la plus jeune de ses filles, Noriko. Alors que les négociations pour le mariage de cette dernière sont en cours, il se remémore sa jeunesse, ses erreurs, et observe le basculement du Japon vers un nouveau monde.

Comme à son habitude, c'est par le biais d'un narrateur faisant le bilan de sa vie que Kazuo Ishiguro s'exprime. Le début est donc posé, assez vague. On comprend qu'Ono a été un personnage important, et sa vie semble tranquille. A mesure qu'il fait des allers-retours dans le temps, on perçoit cependant qu'il a beaucoup perdu avec la guerre, mais qu'il n'est pas seulement une victime pour la société japonaise.
Un artiste du monde flottant devient en fait assez vite un livre parlant de l'histoire du Japon. Il nous explique comment ce pays a basculé vers l'impérialisme, à quel point le patriotisme a compté durant la guerre, et comment il a fallu gérer l'après, les conséquences de la capitulation. Le tout est fait avec beaucoup de retenue et de finesse. Kazuo Ishiguro met l'accent sur l'être humain, reste à son niveau, et c'est ce qui rend son livre aussi réussi.

"Nous avons été des hommes ordinaires durant une époque qui ne l'était pas : nous n'avons pas eu de chance."

J'ai une connaissance très limitée de la littérature japonaise, mais il semble y avoir de nombreuses oeuvres traduisant le malaise des générations nées après la Deuxième Guerre mondiale vis à vis de ce que leurs aînés ont fait, comme on peut en trouver en Allemagne. Les mentalités japonaises ont évolué. Les visées expansionnistes, le rejet du modèle occidental font partie du passé, et ce livre met l'accent sur les différents bouleversements que cela entraîne dès la fin de la guerre. Ono rencontre des jeunes gens très désireux de tirer un trait sur la guerre. Le ménage est fait dans les entreprises, le suicide de certains dirigeants est accueuilli avec soulagement, un homme handicapé est roué de coups parce qu'il continue à entonner des chants patriotiques.
Ono lui-même est renié par ses anciens disciples car ce livre pose aussi la question des finalités de l'art. Clairement, plusieurs visions s'opposent dans ce livre par le biais des grands maîtres que l'on croise. Le peintre doit-il peindre l'invisible, rester dans le monde flottant, ou au contraire ancrer son travail dans le monde réel ? Ono est allé au-delà de cette dernière conception de son travail. Il a "trahi" son ancien maître pour soutenir la politique de propagande de son pays. Bien que rempli de bonnes intentions, il ne peut que reconnaître son erreur quelques années plus tard. D'abord de manière sous-entendue, puis clairement lorsque s'achève le livre.

Probablement l'un des meilleurs romans de l'auteur (je sais, je dis ça à chaque fois). 

Un artiste du monde flottant - Kazuo Ishiguro
Folio. 342 pages.

Traduit par Denis Authier.
1986 pour l'édition originale.

 



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