lilly et ses livres

27 janvier 2017

Vango. 1 : Entre ciel et terre - Timothée de Fombelle

Source: Externe

Alors qu'il s'apprête à être ordonné prêtre à Notre-Dame de Paris, la police arrive pour arrêter Vango. Le jeune homme utilise alors ses capacités de grimpeur pour échapper aux autorités. Mais le commissaire Boulard n'est pas le seul à vouloir discuter avec Vango. Des tirs de provenance inconnue rebondissent sur les pierre de la cathédrale sans atteindre leur cible, et une mystérieuse jeune femme rousse ne rate pas une miette de la scène.
Pourquoi ce garçon dont beaucoup pensent le plus grand bien est-il pourchassé par autant de gens ? Qui est-il ? Quel danger peut-il représenter ?

Timothée de Fombelle est un auteur que je souhaite découvrir depuis qu'il a séduit les lecteurs avec Tobie Lolness il y a déjà dix ans. Vango avait tout pour me plaire, et je suis à la recherche d'un coup de coeur jeunesse du niveau de La Passe-Miroir (dont le troisième tome est enfin achevé !!! ).
Timothée de Fombelle est un conteur de grande qualité. Ici, il mélange les genres. Certains personnages ont réellement existé : Hugo Eckener en tête, tentant de résister à la montée du nazisme, même si le plus inquiétant est évidemment Staline, dont l'ombre se contente de planer de façon menaçante pour l'instant. D'autres personnages semblent sortis tout droit des contes de fées, comme le violoniste, la jeune fille aisée qui passe ses nuits sur les toits, Mademoiselle, ses protecteurs et évidemment le grand amour de Vango (je n'en dis pas plus pour l'instant). Nous croisons même quelques pirates et une île mystérieuse et secrète.
Si Vango est le point vers lequel convergent tous les événements, nous découvrons son histoire par le biais des différents personnages qui l'ont cotoyé. Lui-même n'a pas tous les éléments en tête, et il devient vite évident qu'un mystère qui le dépasse largement entoure son passé. Quel rôle Hugo Eckener et ses amis ont joué pour qu'un cruel mafieux les pourchasse ? Quel est le lien avec Vango ? Où le commissaire Boulard a-t-il mis les pieds sans en avoir encore conscience ?

Il est difficile de se faire un véritable avis avec la seule lecture du premier tome de Vango qui expose les faits et soulève d'inombrables questions. Il suscite une curiosité et une envie vorace de découvrir le fin mot de l'histoire, ce que je vais m'empresser de faire.

Titine, Saleanndre et la chèvre grise ont également été conquise.

Je remercie Folio pour ce livre.

Folio. 448 pages.
2012 pour l'édition originale.

 

 

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02 janvier 2017

Bilan littéraire 2016

@Lilly et ses livres

En septembre, Lilly et ses livres a fêté ses dix ans d'existence. Inutile de dire que je ne suis plus tout à fait la même qu'à à peine vingt ans et que ma situation a complètement changé (est-ce que ça fait vielle peau si je dis que je suis bien plus épanouie aujourd'hui ? ).
Il m'est arrivé de nombreuses fois de me demander si je devais tout arrêter. Je suis peu présente, et je trouve que la plupart des nouveaux blogs ne correspondent pas du tout à mes goûts littéraires personnels (or, je lis des blogs surtout pour faire des découvertes) quand beaucoup que j'appréciais ont fermé leurs portes. J'ai tenté de trouver des chaînes Booktube, mais dans l'immense majorité elles ne parlent que de littérature Young Adult à succès.
Il reste cependant quelques blogs incontournables que je connais depuis des années et dont les blogueuses sont devenues si familières. En passant un peu de temps sur les blogs de leurs commentatrices, j'ai découvert que certaines tenaient des blogs très intéressants, et j'ai même fini par trouver quelques chaînes Booktube intéressantes.
Et puis surtout, il faut bien avouer que j'aime beaucoup mon blog, et qu'au fond je sais bien que je veux continuer à l'alimenter.

Cette année, j'avais un seul objectif, lire davantage. C'est chose faite, même si beaucoup de mes lectures, faites par obligation professionnelle, ne m'ont pas beaucoup touchée. J'arrive donc à un total de 62 livres, dont 52 romans. J'ai donc bouclé le challenge Me, myself and I de Romanza.

Parmi eux, quelques gros coups de coeur :

La Passe-Miroir de Christelle Dabos : les deux premiers tomes ont enchanté mon début d'année, et j'ai bondi partout en apprenant que le troisième était bouclé.
L'Appel de la forêt de Jack London : je veux tout découvrir de cet auteur.
La physique des catastrophes de Marisha Pessl : un pavé mélangeant les genres qui se dévore.

Une déception notable avec Une page d'amour d'Emile Zola, mais il devrait se reprendre très vite.

Je ne pouvais pas terminer ce bilan sans avoir une pensée pour les inoubliables Alan Rickman et Carrie Fisher, dont les décès m'ont beaucoup attristée.

Je vous souhaite à tous une très belle année 2017, avec des lectures enchanteresses !

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27 décembre 2016

Regarde les lumières mon amour - Annie Ernaux

Source: Externe

Le supermarché peut-il être objet d'écriture ?

"Nous choisissons nos objets et nos lieux de mémoire ou plutôt l'air du temps décide de ce dont il vaut la peine qu'on se souvienne. Les écrivains, les artistes, les cinéastes participent de l'élaboration de cette mémoire."

Le succès des romans "tranches de vie" témoigne de l'intérêt que nous éprouvons pour les témoignages autour des métiers que nous côtoyons et pensons connaître. Beaucoup de lecteurs ont ri aux anecdotes d'une caissière ou découvert le quotidien d'un vigile avec ce type de livres. Cependant, une fois ces ouvrages refermés, il me manquait une invitation à me questionner, un "et après ?". Annie Ernaux est une simple cliente de supermarché, mais dans son très court journal consignant les visites effectuées dans le magasin Auchan des Trois Fontaines à Cergy, elle nous invite à nous interroger sur ce que notre rapport au supermarché dit de nous et de notre société.

Comme elle est écrivain, Annie Ernaux se demande ce qui explique l'absence des supermarchés dans la littérature. Pourquoi n'ont-ils pas accédé à la "dignité littéraire" un demi-siècle après leur apparition ? Après tout, il s'agit de l'un des rares endroits où tout le monde ou presque se croise, "où chacun a l'occasion d'avoir un aperçu sur la façon d'être et de vivre des autres", que ce soit par les heures ou ils fréquentent un lieu ou par les articles qu'ils posent sur le tapis roulant. Mais un supermarché, c'est de façon communément admise l'opposé de la culture. A tel point qu'y acheter un livre est un acte presque honteux. Pourquoi alors l'écrivain s'y intéresserait-il ? 
Autre raison évidente à cette absence du lieu dans la littérature : "les super et hypermarchés demeurent une extension du domaine féminin". Tout est fait essentiellement pour les femmes, à commencer par la publicité beaucoup plus agressive quand il s'agit de toucher ce public. Les rayons jouets estampillés "filles" apprennent même à jouer aux courses dès le plus jeune âge.

Bref, le supermarché, un sous-sujet. Et pourtant...

On dit toujours d'Annie Ernaux qu'elle a une écriture plate. Ici, elle décrit sans le moindre effet de style, sans chercher à provoquer le rire ou la consternation. Ses phrases sont dépouillées, froides, laconiques. Elle rend l'inhumanité de la grande distribution en égrénant à la manière de dépêches AFP les destructions meurtrières d'usines fabriquant des produits pour Auchan, Carrefour et autres chaînes de magasins grand public. Elle compte les caisses libre-service qui remplacent peu à peu les caissières, décrit l'empressement de chacun à la caisse, évoque les chariots arpentant les rayons sans que les regards de leurs chauffeurs ne se croisent une seule fois. Elle rend visible ce que nous ne voyons pas, à savoir tous ces gens qui sont des personnages trop souvent dissimulés par l'omniprésence de l'hypermarché quand nous faisons nos courses. Rien que du vrai que n'importe qui pourrait confirmer, mais qui fixé sur une page glace et interpelle.

Brillant.

L'avis de Clara.

Folio. 2016.
96 pages.

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07 décembre 2016

Delphine de Vigan et l'autofiction

Lorsque ce blog a ouvert ses portes il y a dix ans, j'éprouvais un mépris énorme pour tout ce qui pouvait être étiqueté "autofiction". Je reprochais à la littérature française contemporaine son incapacité à créer des romans avec une "vraie histoire", dépaysante et avec des personnages inventés*.
Cette année, je suis devenue vieille j'ai découvert deux auteurs qui ont remis en cause cette opinion : Camille Laurens et surtout Delphine de Vigan.

Delphine de Vigan s'est d'abord fait connaître avec No et moi, adapté au cinéma en 2007. Il avait connu un certain succès sur les blogs, mais c'est avec Rien ne s'oppose à la nuit que les éloges sur cet auteur ont commencé à pleuvoir autour de moi et sur la blogosphère. L'an dernier, j'ai finalement décidé de craquer après la sortie de son dernier livre. Seul souci, il serait très dommage de découvrir D'après une histoire vraie sans avoir lu le livre qui l'a inspiré, puisqu'au livre sur la mère a succédé le livre sur les conséquences d'une telle entreprise de déballage.

9782253164265-001-TDans Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan décide d'écrire sur sa mère après le suicide de celle-ci.  En racontant son enfance, puis sa vie d'adulte avant et après la naissance de ses enfants, l'auteur livre l'histoire de sa famille sans prendre le soin de dissimuler les drames et la laideur de sa famille.

Qui était Lucile ?

La mère décrite par Delphine de Vigan est une femme dont l'équilibre mental est si fragile qu'il s'effondre à de multiples reprises. L'enfance de Lucile, membre d'une famille nombreuse du milieu du XXe siècle rappelle les photos en noir et blanc ayant un air de bonheur et d'insouciance. Mais entre les chamailleries et les sorties à l'extérieur ont lieu des drames publics et d'autres qui seront cachés autant que possible.
Dans ce livre sur la mère de l'auteur, le personnage principal semble étrangement plutôt être Delphine de Vigan elle-même. Après la découverte du corps de sa mère, elle ressent le besoin d'écrire sur cette femme avec laquelle les relations ont souvent été complexes. Mais comment écrit-on une biographie ? Et puis, comment ne blesser personne ? Le travail de l'écrivain est délicat lorsqu'il ressent un devoir de vérité tout en sachant que celui-ci va nécessairement engendrer des brouilles familiales. Pour trouver sa mère, et surtout savoir pourquoi elle était brisée, Delphine de Vigan doit attaquer des membres de sa famille. Or, n'importe qui ayant dû briser un silence sait que pour beaucoup, on n'attaque pas les morts, et encore moins l'image idéal qu'on en garde.  

daprès-une-histore-vraieUne telle entreprise va provoquer chez l'auteur un épuisement profond. C'est ce qu'elle évoque dans la "suite" de son livre, D'après une histoire vraie.

En 2011, le succès du roman que Delphine de Vigan a écrit sur sa mère est tel qu'il lui ouvre de nombreuses portes et que les lecteurs se pressent dans les librairies et les salons pour la rencontrer.
Un soir qu'elle culpabilise d'avoir refusé de signer un dernier autographe, elle fait la rencontre de L.

L. est le genre de femme que Delphine de Vigan n'est pas : toujours tirée à quatre épingles, mystérieuse, confiante. Alors que l'auteur s'interroge sur la possibilité d'écrire encore après un livre aussi intime que Rien ne s'oppose à la nuit, L. se montre de prime abord plus ambitieuse encore que Delphine. Pour L., la fiction n'est plus dans des personnages et des histoires imaginées, mais bien dans le réel. Tout ce que Delphine a écrit avant le roman qui l'a propulsée sur le devant de la scène est inutile et il n'y a aucun retour en arrière possible.
J'avais initialement prévu de lire Misery de Stephen King, dans lequel Delphine de Vigan a puisé pour écrire son livre, mais un amateur du grand auteur américain a découragé la trouillarde que je suis de le faire. Je me suis donc contentée du résumé, qui me semble déjà interessant pour faire le parallèle entre les deux duos auteur/amateur de plus en plus effrayant.
Encore une fois, le personnage de L. est ici présent essentiellement pour faire ressortir les fragilités, les questionnements de Delphine. Avec le départ programmé de ses enfants nouveaux bacheliers, un compagnon absent et des lettres anonymes menaçantes de la part d'un membre de sa famille ayant été blessé par son précédent livre, l'auteur est vulnérable. L. va pouvoir la réconforter puis l'enfermer. Au fur et à mesure que le livre se transforme en thriller et en huis-clos entre les deux femmes, la question de l'écriture de soi devient de plus en plus centrale. Jusqu'au dénouement brillant. 

D'après une histoire vraie se rapproche davantage d'une fiction telle qu'on conçoit cette appellation que Rien ne s'oppose à la nuit. Ses rouages sont plus complexes et le lecteur se sent déboussolé après l'avoir refermé. Pourtant, rien ne nous dit non plus que Delphine de Vigan n'a pas joué avec nous depuis le début. Et finalement, c'est ce doute qui me plaît. Je me moque que tel ou tel élément soit autobiographique ou complètement imaginé. En écrivant une autofiction, l'auteur se rapproche ici du lecteur qui ne peut que voir dans ce diptyque des points communs avec sa propre histoire pour mieux l'engluer. Et j'en redemande.

* D'après Le Magazine Littéraire du mois de septembre, l'autofiction est de plus en plus remplacée par l'exofiction. A croire que mes lubies ne me permettront jamais d'être à la mode, j'ai horreur de ça...

L'avis d'Yspaddaden.

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16 octobre 2016

L'enfant qui criait au loup - Gunnar Staalesen

111111Comme de nombreux auteurs scandinaves, Gunnar Staalesen est connu chez nous pour ses polars et pour le personnage de son enquêteur principal, Varg Veum.

Ce dernier a débuté aux services de la protection de l'enfance. C'est là qu'il rencontre Janegutt, âgé de quelques années à peine, pour la première fois. Sa mère étant soupçonnée de maltraitance, il est adopté par un couple bien sous tous rapports. Pourtant, quelques années plus tard, Varg Veum retrouve le jeune garçon dans des circonstances dramatiques. La dernière fois qu'on fait appel à lui au sujet de cet enfant, c'est parce qu'il s'est retranché avec une otage après avoir assassiné ses parents adoptifs et a indiqué ne vouloir parler qu'à Veum. Ce dernier, devenu détective privé raté, accepte de se rendre sur les lieux du carnage. 

Je n'ai pas lu les autres romans de Gunnar Staalesen mettant en scène son inspecteur, mais j'ai l'impression que L'enfant qui criait au loup est particulier dans la mesure où il couvre une immense partie de la carrière de Varg Veum. On découvre son parcours professionnel, l'échec de son mariage, ses difficultés à se construire une carrière de détective. Pourtant, peut-être parce que je n'ai pas eu l'occasion de m'attacher à ce détective avec ses autres enquêtes, je n'ai pas éprouvé beaucoup d'empathie pour ce personnage qui ne se livre pas vraiment. 
Au niveau de l'enquête policière en elle-même, je trouve ce roman bien loin d'autres policiers scandinaves. L'enquête est intrigante, mais pas palpitante. A aucun moment je n'ai senti mon sang se glacer. J'avais soupçonné le meurtrier en me disant que ce serait caricatural de le choisir et compris depuis longtemps pourquoi l'un des personnages agit comme il le fait tout au long du livre.
Au final, j'ai surtout vu dans ce roman une peinture peu reluisante de la politique de protection de l'enfance en Norvège. J'ai aussi apprécié la peinture de Bergen, loin de l'image parfaite de la Scandinavie que l'on a tendance à véhiculer chez nous (criminalité très faible, résultats scolaires excellents, prise en charge remarquable des personnes âgées...).

Une petite déception.

Merci aux éditions Folio pour ce livre.

Folio. 480 pages.
Traduit par Alexis Fouillet.

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14 octobre 2016

Harry Potter and the cursed child - J.K. Rowling

Harry_Potter_and_the_Cursed_Child_Special_Rehearsal_Edition_Book_CoverUn nouvel Harry Potter, neuf ans après la fin de la série, je ne pouvais pas rater ça. Après les sept premiers romans et les trois livres annexes, c'est sous la forme d'une pièce de théâtre que l'on retrouve notre petit sorcier à la cicatrice en forme d'éclair.

L'histoire se déroule dix-neuf ans après la Bataille de Poudlard, qui a vu le trio formé par Harry, Ron et Hermione triompher de l'horrible Voldemort. Harry est désormais père de famille, et son deuxième fille, Albus Severus (pauvre gosse), s'apprête à entrer à Poudlard.
Seulement, le jeune garçon a le sentiment de vivre en permanence dans l'ombre de son célèbre père et de ne pas être son digne fils. A peine arrivé à Poudlard, les choses se compliquent quand le Choixpeau magique l'envoie à Serpentard et que son nouveau meilleur ami s'appelle Scorpius Malfoy.

Si je pense que la pièce doit valoir le coup lorsqu'on est fan d'Harry Potter, la lecture du livre me semble dispensable. Retrouver les personnages que nous avons laissés jeunes adultes est sympathique, mais ils semblent être exactement les mêmes que vingt ans plus tôt. Harry est toujours un peu perdu, Hermione brillante, Ron maladroit mais bien gentil et Ginny parfaitement altruiste et puissante etc (je ne l'aime vraiment pas). L'histoire en elle-même n'a rien de révolutionnaire, elle reprend des grosses ficelles qui fonctionnent toujours sans être pasionnantes (les difficultés de compréhension entre Harry et son fils, l'amitié compliquée entre Albus et Scorpius). Le grand méchant n'est pas si malin (ceux qu'il roule encore moins...) et on l'oubliera très vite ainsi que la plupart du livre.

C'est une lecture que j'ai faite assez facilement parce que j'aime cet univers devenu familier à force de relectures et de revisionnages. Elle est très loin d'être aussi travaillée que les romans, et je suis assez d'accord à ceux qui mettent cette pièce au même plan que les fanfictions. Sauf que c'est signé J.K. Rowling. Pour ceux qui ne connaissent pas du tout Harry Potter, je pense que commencer par cette pièce serait une grosse erreur.

Little Brown. 352 pages.
2016.

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15 septembre 2016

Celle que vous croyez - Camille Laurens

A14387Camille Laurens est un auteur que j'ai découvert à l'occasion de la polémique l'opposant à Marie Darrieussecq qui avait fait couler beaucoup d'encre il y a quelques années. N'ayant jamais lu ni l'une ni l'autre, j'avais simplement été découragée de me plonger dans leurs oeuvres. C'est Carolivre qui a publié une vidéo faisant une présentation alléchante de ce livre qui m'a fait changer d'avis.

Claire est en hôpital psychiatrique. Cette femme brillante, cinquantenaire, divorcée et mère de deux enfants, a chaviré quelques années plus tôt.
Alors dans une relation toxique avec un certain Joël, elle décide pour l'espionner de faire par le biais d'un faux profil Facebook, une demande d'amitié à son colocataire, Chris. Celui-ci est un photographe trentenaire très conscient de l'effet qu'il produit sur la gente féminine. Chris tombe immédiatement sous le charme du personnage créé par Claire, et cette dernière ne tarde pas à se prendre bien trop au jeu également.

Ce livre pourrait être une banale histoire d'amour qui a mal tourné, mais le profil de l'héroïne, la construction du livre et le style de l'auteur en font un très bon roman.
D'abord, la narratrice raconte ce qui lui est arrivé, à toute allure, sans reprendre son souffle. L'ensemble est brouillon, décousu. Elle s'adresse à un psychiatre que l'on n'entend qu'à travers sa patiente, lorsqu'elle reformule ses questions. Cette partie est sous tension, car on sait qu'il s'est passé quelque chose d'horrible, mais on ignore quoi, et dans quel mesure Claire est responsable.
Puis, par deux fois, on pense toucher la vérité. Les personnages sont toujours les mêmes, mais ils ne tiennent plus le même rôle, et on referme finalement ce livre en se demandant si l'auteur ne s'est pas un peu moqué de nous. Ce roman est-il un roman totalement inventé ? de l'autofiction ? un peu des deux ?
Dans tous les cas, à travers son personnage, Camille Laurens en profite pour évoquer la place peu reluisante accordée aux femmes de plus de cinquante ans (voire moins) dans notre société. La charge est violente, mais elle corrobore ce que j'ai moi-même constaté plusieurs fois dans mon entourage (même si la presse nous assure ces derniers jours que les femmes sont de plus en plus nombreuses à avoir un compagnon plus jeune, au moins 10% ! *). Tout, la littérature, les sites de rencontres, le monsieur avec qui l'on discute qui se détourne dès qu'une jeune fille arrive, comme si sa précédente interlocutrice était transparente, tout rappelle aux femmes qu'elles ont une date de péremption.
Alors, dans ce monde, comment ne pas céder à la tentation de se créer un personnage ? Tout le monde le fait après tout. Je connais peu de profils qui montrent autre chose qu'une vie parfaite sur les réseaux sociaux. Notre narratrice vole donc une identité et en savoure les avantages tout en sachant que le temps lui est compté. Et là, ironie du sort, c'est bien son expérience qui lui permet de savoir ce que Chris veut entendre, et comment le séduire. Cela dit, l'auteur nous propose une héroïne loin d'être irréprochable elle-même, pleine de failles et agaçante, ce qui évite de rendre le tout trop manichéen.

Une réflexion originale sur certains aspects de notre société. J'ai été bluffée par cette première lecture de Camille Laurens.

Les avis de Papillon et de Violette.

*Non, je ne suis pas du tout sarcastique.

Gallimard. 192 pages.
2016.

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23 août 2016

Ma bibliothèque : Lire, écrire, transmettre - Cécile Ladjali

ladjaliN'importe quel lecteur, lorsqu'il se rend chez une connaissance, ne peut s'empêcher de regarder la bibliothèque (si elle existe). C'est indiscret, cela donne tellement d'indications celui qui la possède. Alors, lorsque Cécile Ladjali nous invite d'elle-même à découvrir ses livres, il n'y a pas le moindre scrupule à avoir.

On se figure dès les premières pages le lieu qu'elle décrit. "Elle tient sur un grand mur de pierre. Une colonne de livres la prolonge sur la gauche. Et au milieu, il y a une porte. Quand il entre dans l'appartement, le visiteur paraît au milieu des in-folio, et quand il en sort, il disparaît englouti par eux." Cette bibliothèque a bien entendu été construite au fil des envies, des rencontres et des travaux de sa propriétaire. Elle a son propre classement, personnel. On y trouve les auteurs qu'elle a aimés, les auteurs aujourd'hui délaissés, les livres de ses amis écrivains, des livres plus ou moins chéris, certains toujours à portée de vue, d'autres presque dissimulés.
Aux énumérations s'ajoutent des passages sur les auteurs importants. Virginia Woolf, Dostoïevski, Emily Dickinson, Paul Celan et Ingeborg Bachmann (évidemment)... Et au milieu de ces poètes et romanciers, George Steiner, le "maître" de Cécile Ladjali. Tous, ils permettent à cette dernière de s'interroger sur l'écriture, le rapport entre la lecture et le travail de l'écrivain, la possibilité d'innover dans l'art, la transmission (faut-il un intermédiaire ? quel est son rôle ? tout le monde peut-il être touché par les plus grands ?). "Qu'est-ce qu'un classique ? Un texte que l'on relit, et qui nous semble toujours nouveau. Une fable qui nous en apprend davantage sur nous-mêmes que sur le monde. Un poème qui nous parle plus que nous le disons. Pourquoi refuser aux élèves pareils enchantements ?"
En évoquant sa bibliothèque, Cécile Lajali nous parle avant tout d'elle-même et de son métier d'écrivain. Elle nous raconte la genèse de ses livres, qui évoquent (pour ceux que je connais du moins) directement des auteurs qu'elle aime, le besoin irrépressible d'écrire sur un sujet, sa peur d'être illégitime pour parler d'une guerre, son sentiment de petitesse lorsqu'on la sermonne sur ce qu'elle a dit de Paul Celan.
Les écrivains, nous dit-elle, ont un pouvoir certain, celui du langage. Celui-ci n'est pas sans risque, il a inspiré nombre de bourreaux. Mais c'est avant tout un pouvoir merveilleux qui permet à celui qui prend le temps de lire d'avancer dans sa réflexion. A condition bien entendu de vivre, de désirer, en dehors des livres. D'être soi, pas semblable à ses maîtres.

Lorsqu'elle évoque George Steiner, Cécile Ladjali le décrit comme étant "de ceux qui ne placent rien au-dessus de la création authentique". Elle égratine au passage la critique, qui "oublie trop souvent qu'elle est au service des textes, et non l'inverse". Après avoir décrit sa bibliothèque, l'auteur rappelle que le rapport entre le texte et le lecteur est avant tout personnel, que l'analyse technique (surtout scolaire) peut l'abîmer. Sans aucun doute. Cependant, parce que je sais que je peux prendre et laisser ce que je veux dans les livres qui parlent de livres, et parce que j'aime la plume de Cécile Ladjali, je me suis laissée envoûtée par cet essai.

Un grand merci à Margotte dont l'avis m'a donné envie de faire cette lecture.

Seuil. 196 pages. Version électronique.
2014.

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08 juin 2016

La Passe-miroir. 2. Les disparus du Clairdelune - Christelle Dabos

couv49338046Après un premier tome enchanteur qui a conquis de nombreux lecteurs (dans l'actualité, Gallimard a proposé son concours du premier roman jeunesse pour la deuxième fois, et le lauréat vient d'être dévoilé), Christelle Dabos nous permet de retrouver ses personnages dans un deuxième opus à nouveau très réussi.

Ophélie doit cesser de dissimuler son identité et faire son entrée officielle en tant que fiancée du sinistre Thorn à la cour de Farouk, le redoutable esprit de famille du Pôle. Bien que celui-ci tombe curieusement sous le charme de la maladroite jeune fille, la position du clan des Dragons, décimé depuis le terrible accident de chasse du tome précédent, reste précaire. Quelqu'un semble de plus décidé à ce que le mariage de l'intendant et de la jeune animiste n'ait jamais lieu, par crainte qu'il ne permette le déchiffrage du Livre de Farouk. Cet enjeu semble si important que des disparitions commencent à se produire au Clairdelune, l'ambassade, le seul lieu sûr du Pôle jusqu'à présent.
Et comme la situation n'était pas assez inquiétante, la famille d'Ophélie annonce son arrivée au Pôle.

J'avais dévoré le premier tome, je n'ai fait qu'une bouchée du second. Retrouver le Pôle et ses illusions, ses complots, la maladresse d'Ophélie, les tentatives de Thorn de se comporter en être humain, a été un véritable délice.
L'intrigue avance beaucoup. Bien entendu, de nombreuses questions restent en suspens (Christelle Dabos ayant décidé de nous gâter avec quatre tomes), mais les personnages se dévoilent, et leurs projets également. Par ailleurs, nous quittons Ophélie à intervalles réguliers dans ce tome pour découvrir les souvenirs intrigants d'un jeune être. Le fameux "Dieu" (dont il est question de façon si succinte dans le tome précédent, qu'on pense à des passages sans importance), commence à apparaître, et il ferait presque peur.
La Déchirure qui a fait naître les arches se met à occuper une place de plus en plus centrale. L'intrigue amoureuse est également développée, et si les ficelles utilisées n'ont rien de très original, je n'ai pas boudé mon plaisir et le couple formé par Ophélie et Thorn a fait battre mon grand coeur.

Je pourrais regretter le fait que les membres de l'entourage d'Ophélie (Bérénilde en tête) semblent avoir été privés des aspects de leur personnalité qui en faisait des êtres avec lesquels on ne savait pas sur quel pied danser, mais ce deuxième tome est autant un coup de coeur que le premier.

A quand la suite ?

Gallimard. 549 pages.
2015.

 

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02 juin 2016

Magies secrètes - Hervé Jubert

couv35280622Il se passe des choses étranges à Sequana. Des femmes de l'aristocratie se sont retrouvées figées lors de la constitution d'un tableau vivant, un parasite semble prendre possession des corps, et Udolphe, le neveu d'Obéron III et de l'impératrice Titania, a été enlevé. D'après le message envoyé à l'ingénieur-mage Georges Beauregard, le prisonnier sera amputé d'une extrémité toutes les vingt-quatre heures, puis de la tête le cinquième jour.
Que se passe t-il dans la Féerie ? Pourquoi Beauregard est-il le destinataire du message ? Quel lien avec son étrange rêve dans lequel il a vécu les derniers instants d'un poète suicidé ?

Magies secrètes est le premier tome des aventures de l'ingénieur-mage Beauregard. Il s'agit d'un roman initialement publié dans une collection jeunesse, ce que j'ai deviné assez rapidement en débutant ma lecture. Il y a beaucoup d'action, quelques scènes gentiment sanglantes pour ravir les adolescents (et les autres) en manque d'hémoglobine et surtout de l'humour. De nombreuses notes de bas de page faisant penser à Terry Pratchett alimentent le récit de détails complémentaire et d'anecdotes loufoques. On pense aussi parfois à une version parisienne de Neverwhere de Neil Gaiman (qui reste un bon cran au-dessus tout de même).
En tant que premier volet d'une série, l'accent est essentiellement mis sur l'univers créé par Hervé Jubert. Il devient vite évident que l'action se situe dans un Paris haussmannien relevé à la sauce steampunk. Les transformations du préfet de la capitale, appelé baron Hoffmann ici, servent à évoquer un monde dont les bouleversements sont défavorables aux membres de la Féérie, qui cohabitaient jusqu'à présent avec les autres habitants de Sequana.
Au niveau de l'enquête, je dois admettre qu'elle ne m'a pas passionnée. J'ai préféré la découverte des personnages, dont beaucoup semblent receler des mystères, à commencer par Beauregard lui-même et sa protégée, Jeanne.

Une lecture sympathique. Je lirai volontiers les tomes suivants.

Les avis de La tête dans les livres (très semblable au mien, même si elle déplore un manque d'action général) et de Nourritures en tout genre, beaucoup moins enthousiaste.

Je remercie les éditions Folio pour ce livre.

Folio. 300 pages.
2012 pour l'édition originale.

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