lilly et ses livres

13 avril 2015

L'âge difficile - Henry James

imageM. Longdon, un vieux gentleman, renoue avec la vie londonienne. C'est ainsi qu'il devient le protecteur de Nanda Brookenham, la petite-fille de la femme qu'il a passionément aimée autrefois. Celle-ci s'apprête à faire son entrée dans le monde, un monde odieux.

Dire que cette lecture a été laborieuse est un sacré euphémisme. Pour résumer la situation, lorsqu'on me demandait de quoi parlait ce roman, j'étais très embarassée. Il est très difficile à résumer, et on ne peut pas le lire distraitement sans devoir tout reprendre pour saisir les allusions ultérieures.

Nous entrons en tant que simples témoins dans les discussions de tout un cercle de connaissances (je n'ose écrire amis). Ils parlent essentiellement d'amour, de liaisons et de mariages, le tout sur fond d'argent, de pédanterie et de vieux souvenirs. Si ce résumé fait de prime abord penser à Edith Wharton ou à tout autre auteur ayant fait des discussions de salon son sujet principal, il n'en est rien tellement la forme est différente.
Ici, les personnages, qui semblent être des gens très respectables dans un premier temps, deviennent tous plus méprisables les uns que les autres au fur et à mesure que l'on saisit leurs sous-entendus. Là où d'autres utilisent un narrateur pour expliciter la situation, James laisse son lecteur saisir l'essence de ses personnages directement à la source, en leur servant des dialogues d'une très grande finesse (parfois un peu trop pour une lectrice pas toujours concentrée telle que moi) et en abondance.
Cet art des dialogues est vraiment ce qui a retenu mon attention même s'il rend les personnages trop mécaniques dans leur attitude à mon goût. On se croirait devant une pièce dont les acteurs récitent le texte d'un voix monocorde. Les choses dont il est question sont évoquées avec une grande froideur ou une passion qui sonne complètement faux. J'ai été destabilisée par l'absence totale de gestuelle, ou d'indications sur le ton employé pour prononcer les dialogues (j'ai l'air d'une folle en reprochant à un livre de ne pas avoir de son et d'image...).

En raison de ce manque de repères, j'ai attendu vainement des indices pour comprendre. Je pensais que la fin éclairerait tout, mais je dois me contenter de supposer quels sont les personnages que James veut sortir du lot et le message qu'il transmet. 

Je suis déçue mais pas vaincue. Henry James est un auteur qui me résiste alors que je voudrais l'apprécier. J'ai trouvé ce livre interminable. Pourtant, je suis paradoxalement convaincue d'avoir eu affaire à un très grand auteur, le genre que l'on savoure quand on a enfin compris comment pénétrer dans son univers.

Je remercie Célia et les éditions Denoël pour ce livre.

Denoël. 571 pages.
Traduit par Michel Sager.
2015 (1889 pour l'édition originale).

 

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27 février 2015

La voix du couteau (Le chaos en marche, Livre 1) - Patrick Ness

voix_du_couteauNous sommes sur Nouveau Monde, à Prentissville, la seule colonie où les hommes ont survécu après la guerre contre les Spackle. Avant de disparaître, ces créatures ont eu le temps de propager le virus du Bruit sur la planète, tuant toutes les femmes et révélant à tous les pensées des hommes en continu.
C'est ainsi que Todd, qui aura treize ans dans un mois, sera le dernier enfant à atteindre l'âge adulte. Il vit dans une ferme auprès de ses pères adoptifs, Ben et Cillian. Il travaille dur, n'a pas pu étudier suite à une interdiction des livres et de l'apprentissage lorsqu'il était encore enfant.
Un jour qu'il se promène dans les marais avec son chien, il sent un trou dans le Bruit, un endroit vide de pensées. Cette révélation fait voler en éclats tout ce qu'il a toujours cru.

Ce livre a beaucoup plu sur la blogosphère il y a quelques années, et depuis, il figurait sur la liste des milliers de livres que je dois absolument lire un jour. Merci donc à Anna des éditions Folio de me l'avoir proposé, et d'avoir patienté pour la publication de mon billet qui devrait être rédigé depuis des semaines.

En ce qui concerne mon avis, je dois dire que je suis assez mitigée. Ca commence vraiment très bien et très fort. L'auteur fait en sorte que l'on soit aussi perdu que Todd durant presque tout le livre. Au niveau de la forme, Patrick Ness laisse à plusieurs reprises des blancs dans le texte pour nous perdre davantage, les mots employés par Todd sont étranges, ressemblent à des fautes de prononciation et d'orthographe sans qu'on comprenne pourquoi. En ce qui concerne l'histoire, la fuite, l'inquiétude pour Ben et Cillian, l'incompréhension face à certaines découvertes, nous les ressentons aussi fortement que Todd. De nombreuses pistes semblent pouvoir être explorées : la nature humaine, l'extrêmisme religieux, le surnaturel, la découverte d'un autre univers... La réflexion sur les multiples façons de communiquer lorsqu'on est un être humain est très intéressante. On peut mentir même lorsque nos pensées sont publiques, se dévoiler dans le silence. Si ce fait n'est pas révolutionnaire, il est développé de façon subtile, et je pense que pour le jeune public (auquel le livre s'adresse en premier lieu), ce livre peut permettre d'entamer une réflexion intéressante à ce sujet.
Dans son genre, La voix du couteau est aussi un livre intéressant car original dans son genre. Ce n'est pas du tout une de ces histoires à la Hunger Games. Le schéma est différent de ce que j'ai pu lire jusqu'à présent. Le héros se retrouve en fuite et engagé dans une recherche de la vérité qu'il n'a absolument pas provoquée. J'ai aussi eu l'impression d'être dans une ambiance de western avec l'armée de méchant à cheval écrasant tout sur son passage et armée seulement de fusils. Pas de matériel de haute technologie ici, seulement des éléments à la limite (et parfois un peu au-delà) du surnaturel. De la violence aussi, gratuite, et particulièrement dure à avaler.

Si le livre m'a cependant déçue, c'est parce que j'ai trouvé la fin trop longue à venir, les révélations décevantes, et parce que ce livre ne se suffit clairement pas à lui-même. Il est évident qu'un livre appartenant à une série doit donner envie de lire la suite. Mais ici, rien n'est bouclé, l'auteur n'exploite pas vraiment les pistes qu'il suit, tourne en rond, et on reste sur un goût d'inachevé.

Merci encore à Anna des éditions Folio.

Des avis chez Cachou (qui fait bien de souligner la fadeur du héros), Kathel et Cathulu.

 

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31 janvier 2015

Le mur invisible - Marlen Haushofer

cvt_le-mur-invisible_2772Pour commencer l'année 2015 (oui, il était temps...), voici un livre aussi étrange que captivant, auquel je n'aurais peut-être pas accordé d'attention sans le conseil avisé d'une libraire.

Une femme d'âge plutôt avancé se rend au chalet de chasse de sa cousine et du mari de celle-ci, Hugo. Peu après leur arrivée dans ce lieu reculé, le couple part au village et ne revient jamais. En effet, un mur invisible est apparu entre la clairière et la vallée, protégeant notre narratrice de ce qui a tué tous les hommes tout en la retenant prisonnière. Elle va dès lors devoir organiser sa survie dans la montagne avec pour seuls compagnons un chien, une chatte et une vache. Deux ans plus tard, elle débute le récit de ce qui lui est arrivé, avec les quelques stylos et feuilles de papier dont elle dispose.

D'après la postface, le contexte d'écriture de ce livre est important pour comprendre le point de départ du roman de Marlen Haushofer. Que signifie ce mur ? La peur d'une guerre nucléaire sans doute, le livre ayant été rédigé en pleine Guerre Froide. Vraisemblablement, notre narratrice a échappé à une attaque qui a fait d'inombrables victimes. Elle soupçonne même pire, qu'il n'y ait pas eu de vainqueur, que la course aux armements ait conduit à l'extinction pure et simple de la race humaine.

Mais ce livre ne s'arrête pas là. Il nous fait aussi réfléchir à ce qui fait appartenir au genre humain dès lors qu'il n'y a plus qu'une seule survivante. L'homme est un animal sociable, et notre héroïne n'a plus personne pour connaître et prononcer son nom. Elle ne nous dira jamais comment elle s'appelle, mais chacun de ses animaux se voit attribuer un nom, lui permettant ainsi de faire mine de vivre entourée et de combattre la solitude. Elle prend soin de ses bêtes, s'y attache, et souffre cruellement de leur perte.

Ce portrait de femme qui n'a plus rien à perdre est d'autant plus touchant qu'elle ne succombe jamais au désespoir. Elle tombe malade, a tout perdu, mais on s'identifie d'autant plus facilement à elle qu'elle ne passe pas son temps à se plaindre. Au contraire, elle se laisse aller à certaines confidences que son statut de dernière survivante lui autorise. Elle avoue que sa place de femme, d'épouse et de mère ne l'a pas autant comblée que ce qu'elle a toujours laissé croire. Cette catastrophe qu'elle vit est une libération pour elle dans une certaine mesure. S'il n'y a plus de regard extérieur, il n'y a plus non plus de faux-semblants. Ce mur n'a pas seulement fait d'elle une prisonnière.
Quelque part, pour la première fois, elle existe, vit l'instant présent, est dans un lieu où rien ne peut être dénaturé par une personne extérieure. A un moment, alors qu'elle tente de décrire quelque chose, elle réalise à quel point les mots ont le pouvoir de changer les choses, et à quel point ils peuvent être vains parfois.

Cette histoire, dans laquelle il ne se passe rien, et qui n'est que le récit des journées répétitives d'une femme qui doit subvenir à tous ses besoins en puisant ses ressources dans la nature, est difficile à lâcher. Ce n'est pourtant pas parce que je me sens l'âme d'un Robinson. Laissez-moi deux jours dans les même conditions et je vous assure que je vais surtout réussir à me couper un doigt, me casser une jambe et me faire encorner (et c'est loin d'être le pire scénario imaginable quand on connaît mes capacités). C'est cette tension permanente qui anime notre narratrice, ses réflexions, sa capacité à faire de ses bêtes et de son environnement de véritables personnages qui nous fait tourner les pages.

Si je devais vous résumer ce livre en quelques mots, "bizarre", "oppressant" et, curieusement, "espoir" sont ceux qui me viennent spontanément. Puis, je vous conseillerais de le découvrir, pour qu'il vous hante aussi.

L'avis de Cuné.

Actes sud.
1963 pour l'édition originale.

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02 janvier 2015

Bilan littéraire 2014 et Meilleurs voeux !!!

En ce début d'année 2015, je me plie à la tradition du bilan littéraire. En 2014, beaucoup de choses se sont passées (c'est très positif, je vous rassure), mais j'avoue que j'ai moins pris le temps de lire. Je le regrette, parce que quand je me plonge dans un livre, je me dis que c'est vraiment un plaisir particulier.

Alors, au niveau des chiffres, j'ai lu 43 livres dont 32 romans. Peut mieux faire, beaucoup mieux.
Je suis quand même très fière d'avoir enfin commencé à lire Marcel Proust, et je compte bien me lancer dans les tomes suivants en 2015. En revanche, pas d'Emile Zola cette année, je l'ai réalisé ce matin. Les classiques restent globalement mes grands amours, tout comme les auteurs anglais.

Parmi mes coups de coeur de l'année :

Esprit d'hiver de Laura Kasischke. Le genre de livre qui reste en tête pendant très longtemps.
Un artiste du monde flottant de Kazuo Ishiguro. Cette écriture si particulière qui me touche comme peu d'autres.
Le trône de fer, intégrale 2 de G.R.R. Martin. Un univers dans lequel je peux passer des jours sans me lasser.

Deux autres livres m'ont beaucoup plu, même si je ne sais pas si je peux parler de coups de coeur : Une fille, qui danse de Julian Barnes et Opération Sweet tooth de Ian McEwan sur lequel je ne désespère pas de vous faire un billet.

Du côté des déceptions, Mary Barton d'Elizabeth Gaskell, dont j'attendais beaucoup, une rencontre ratée avec Joyce Maynard, et un passage peu convaincant dans la littérature hispanophone avec Pablo de Santis.

Je vous souhaite une merveilleuse année 2015 ! Qu'elle vous apporte de la réussite et plein de bonheur.

Flocons_-_tombe_la_neige_ par Serge Melki 2009

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10 décembre 2014

La soif primordiale - Pablo de Santis

product_9782070455294_195x320Buenos Aires, années 1950. Santiago, jeune réparateur de machines et homme à tout faire d'un journal, se retrouve propulsé enquêteur spécialisé dans la recherche de personnes en lien avec l'occulte. Envoyé à la recherche d'informations sur les "antiquaires", il rencontre un professeur d'université et sa fille Luisa, dont il tombe amoureux. Mais celle-ci est fiancée à Montiel, un disciple de son père, et lorsque les deux hommes sont mêlés à un interrogatoire d'antiquaire qui s'achève par la mort de ce dernier, la vie de Santiago prend une tournure découlant entièrement de cet événement.

Autant le dire tout de suite, cette lecture a été pour moi un échec total. J'ai mis des semaines à terminer cette histoire manquant cruellement de rythme.
C'est vraiment une question de forme, car le fond y est. Le fantastique arrive de façon impromptue pour le héros, il assiste à un meurtre, passe de l'autre côté de la barrière. Avec la transformation vient la soif primordiale, mais aussi le métier de bouquiniste, l'amour des vieilles choses, et la quête d'un livre permettant à un vampire d'aimer une mortelle. Ces thèmes font généralement mouche tant ils sont indémodables ou précieux pour les boulimiques de lecture, mais ici ça ne fonctionne pas. Les événements, pourtant violents parfois, semblent déconnectés les uns des autres, les personnages ressemblent à des automates, rien n'est familier.
Impossible donc d'éprouver la moindre empathie pour les personnages, à commencer par Santiago. Il est jeune, passionné par les livres, mais complètement spectateur de sa propre vie. Pour le lecteur, relegué spectateur d'un spectateur, ça devient dur de se sentir impliqué.

Le thème de la soif primordiale, celle des vampires, m'a rappelé un film récent, Only lovers left alive. Le rythme y était pourtant très lent aussi, mais il possédait ce truc qui fait qu'on entre dans une histoire (non, je ne parle pas de Tom Hiddleston).

Les seuls passages qui m'ont plu sont ceux qui évoquent les livres et ce qu'ils révèlent de nous.

Pablo de Santis m'aura quand même permis, contre toute attente, de réaliser mon challenge Myself, qui consistait à lire un livre de langue espagnole cette année.

Merci à Anna pour cette lecture.

Vous pouvez trouver ici un avis dithyrambique et très intéressant sur ce livre.

Folio. 273 pages.
Traduit par François Gaudry.
2012 pour l'édition originale.

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28 octobre 2014

Les apparences - Gillian Flynn

78219143_oLe matin de leur cinquième anniversaire de mariage, la femme de Nick Dunne, Amy, disparaît. Restent dans la maison des traces de lutte ainsi que le premier indice de la chasse au trésor que la jeune femme avait organisée pour son époux.
Alors que la police puis le système médiatique s'emparent de l'affaire, il devient évident que les deux époux cachent de lourds secrets qui font de Nick le coupable idéal.

J'ai repéré Gillian Flynn depuis au moins un an, mais le choix de ce titre vient bien entendu du fait que l'adaptation est sortie récemment au cinéma.
Ce n'est pas un hasard, étant donné que ce thriller semble avoir été écrit pour être porté à l'écran. Les chapitres défilent à cent à l'heure, les indices pleuvent, les rebondissements aussi, les deux personnages principaux sont charismatiques, le cocktail parfait pour une adaptation à succès.
L'histoire de départ est plutôt banale, celle d'un couple marié qui s'enfonce dans l'ennui, la routine et les mensonges. Comme tant d'autres, Nick et Amy ont d'abord joué aux amants parfaits, persuadés d'être différents des couples de leur entourage qui s'étripent ou tentent de se dresser l'un l'autre pour correspondre à la personne cool qu'on a tous envie d'être et d'avoir auprès de soi. Une fois la passion retombée, l'arrivée du chômage, les problèmes de santé des parents de Nick, le retour dans le Missouri après la belle vie à New York, ont eu raison de tous ces efforts pour faire semblant d'être heureux.
Mais leur couple a beau suivre un parcours banal jusqu'au jour où Amy disparaît, ce qui apparaît au cours de l'enquête nous fait réaliser à quel point les Dunne ne sont pas un couple ordinaire. Ni certains de leurs proches. C'est à se demander lequel est le plus tordu dans toute l'histoire, et cette dimension psychologique, qui crée une ambiance aussi dérangeante que fascinante, est ce qui empêche de reposer le livre avant de l'avoir terminé. La fin ne met pas un terme à ce malaise, puisqu'elle révèle à quel point on peut se convaincre que tout va pour le mieux alors que c'est le contraire.
Outre la folie des personnages, impossible de ne pas évoquer celle des médias et de la société, dont le jugement est beaucoup plus important que celui rendu dans un tribunal. A l'heure de la téléréalité, il vaut mieux ne pas avoir un air trop désinvolte, être intérieurement dévasté ne suffira pas.

Gone girl.
Sonatine. 573 pages.
Traduit par Héloïse Esquié.
2012 pour l'édition originale.

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20 octobre 2014

Les robots ont-ils une âme ?

esprit-d-hiver,M119310Holly se réveille avec un horrible pressentiment le matin de Noël. Elle a trop dormi, son mari Eric aussi. Alors que ce dernier se précipite à l'aéroport pour y chercher ses parents, elle se retrouve seule avec leur fille, Tatiana. Holly doit donc se préparer à l'arrivée de toute sa belle-famille ainsi que de deux familles d'amis, mais rien ne va.

Esprit d'hiver avait beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie l'an dernier. Je savais donc que je devais m'attendre à un rebondissement final frappant, mais il a dépassé toutes mes prévisions et je termine ma lecture nauséeuse (certes, je suis malade aussi).
Il y a beaucoup de choses dans ce livre, un peu trop d'ailleurs, mais les romans de Laura Kasischke ont toujours un côté too much pour moi. D'habitude, c'est la fin qui me dérange le plus, cette fois c'est plus l'accumulation de choses qui sont arrivées à Holly dans sa vie et qui rassemblées semblent avoir une signification qui me gêne. Je ne crois pas au destin, ce qui fait que j'aurais toujours à redire sur les livres de cet auteur. Je sais, je l'aime pourtant assez pour en être à mon troisième livre d'elle, elle me fascine et m'agace à la fois.
Fermons cette parenthèse pour évoquer ce qui est une réussite totale dans ce livre, le huis-clos auquel on assiste, et la tension qui se fait de plus en plus forte au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'explication finale. Holly est une mère adoptive et plus généralement une femme angoissée, soucieuse de ce que l'on pense d'elle et désireuse de faire le bonheur de sa fille ramenée de Russie presque quatorze ans plus tôt. En ce jour de Noël, les invités vont se décommander les uns après les autres en raison de la mauvaise météo, laissant Holly en tête à tête avec une adolescente irritée, distante, puis progressivement violente et terrifiante.

Pourquoi Tatiana se change t-elle constamment ? Pourquoi accuse t-elle sa mère de choses complètement absurdes ? Qui est ce M. Inconnu qui harcèle Holly sur son portable ?

Par des allers-retours entre le présent et le passé, on remonte peu à peu le fil de l'histoire. Très habilement, Laura Kasischke nous laisse nous impatienter, capturer les indices qu'elle a semés, devenir presque hystérique à force de nous demander si l'on a trouvé la bonne explication (de la plus logique à la plus irrationnelle) à toute cette tension avant de nous asséner un coup de massue dans les dernières lignes.

Un roman sur la maternité très réussi et glaçant.

Les avis de Titine et d'Emma.

Esprit d'hiver. Laura Kasischke.
Christian Bourgeois.
283 pages. 2013

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13 septembre 2014

Mary Barton - Elizabeth Gaskell

002859023Dans le Manchester du XIXe siècle, la Révolution industrielle bat son plein. Les Barton et les Wilson sont deux familles ouvrières liées par une solide amitié. Elles ont déjà vécu des drames, le manque de travail, la faim, la perte d'un enfant, mais elles vivent dans un milieu où l'on se serre les coudes. Mary Barton est une adolescente au début du livre, qui se transforme en une magnifique jeune fille. Ne s'imaginant pas domestique, elle entre en apprentissage chez une couturière, et ne tarde pas à faire tourner les têtes. Son premier soupirant n'est autre que Jem Wilson, le fils du meilleur ami de son père, mais sa plus belle conquête, celle qui flatte son orgueil, est sans aucun doute celle d'Harry Carson, le fils d'un grand patron.

Je vais sans doute me sentir un peu seule, mais tant pis. Je suis déçue par ce livre que je trouve bien moins abouti que Nord et Sud (auquel il est indiscutablement lié) au point d'être franchement indigeste parfois.
C'est pourtant un livre ambitieux. Elizabeth Gaskell décrit la misère avec un réalisme étonnant. Beaucoup de personnages meurent dès le début du livre, souvent dans des conditions terribles. Nous découvrons la faim, les logements insalubres, les maladies qui touchaient les nombreux individus vivant en bas de l'échelle sociale. Ces descriptions, ajoutées aux discours de John Barton, le père de Mary, qui est aussi un représentant syndical important, font de Mary Barton un livre presque politique.
La tension monte entre les deux camps, celui des patrons et celui des ouvriers, jusqu'au point de non retour, qui lance l'enquête pour découvrir le coupable du meurtre qui a lieu au milieu du livre. C'est bien fait, car Elizabeth Gaskell utilise son intrigue amoureuse pour détailler la situation complexe des villes industrielles soumises aux lois du marché et insensibles à la souffrance humaine.
Je n'ai en revanche pas été sensible au discours religieux de l'auteur, qui rend les ficelles du livre très grossières à des moments cruciaux. Le meurtrier qui expire accablé par ses fautes, sa victime touchée par la grâce divine qui lui pardonne et devient le meilleur des patrons... C'est naïf au point de me donner la nausée. Dans le reste du livre, la religion reste omniprésente, guide énormément les personnages (qui supportent tout ou presque en son nom) et alourdit le texte.
J'ai également eu beaucoup de mal avec l'histoire d'amour principale. On insiste beaucoup trop dessus, et les hésitations, autoflagellations et autres sacrifices ne m'ont pas du tout fait rêver. Comme pour le reste, la première partie est mignonne, puis cela devient horriblement ennuyeux.

J'ai déjà lu cet auteur, et aucun de ses autres livres ne sent autant la poussière. Je pense que Mary Barton est intéressant car c'est une sorte de brouillon pour Nord et Sud, mais commencer par ce titre pour découvrir Elizabeth Gaskell serait une erreur.

Le regrettée Isil a écrit un billet en complet désaccord avec le mien.

Fayard. 464 pages.
Traduit par Françoise du Sorbier.
1848 pour l'édition originale
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22 août 2014

La bienfaitrice - Elizabeth von Arnim

la-bienfaitrice-elizabeth-von-arnimAnna Escourt est une source de déception perpétuelle pour sa belle-soeur Susie. A vingt-cinq ans, elle refuse de se marier et menace de partir balayer les rues plutôt que de continuer à dépendre des autres.
Lorsqu'elle reçoit à la mort de son oncle une propriété en Allemagne qui lui assure un revenu de deux cents livres par an, elle se rend immédiatement sur place en espérant ensuite rentrer en Angleterre et jouir à distance de sa nouvelle indépendance. Cependant, une fois arrivée, elle décide de rester et d'ouvrir sa demeure à des dames qui, comme elle, ont connu la pauvreté malgré leur haute naissance.

Voilà un roman absolument délicieux à découvrir aussi bien au bord de la plage qu'au coin du feu (oui, avec ce temps, j'ai fait les deux).
Anna est une de ces jeunes héroïnes anglaises comme on les aime. A la fois enthousiaste et naïve, elle met quelques temps à ouvrir les yeux dans ce monde d'hommes où les fortes têtes n'ont pas vraiment leur place. Sa famille veut qu'elle se marie, son régisseur allemand compte bien lui faire courber la tête, et ses ingrates pensionnaires la méprisent de les accueillir comme elle le fait au mépris des bonnes manières. 
Elizabeth von Arnim ne fait pas dans la dentelle, et rares sont les personnages qui ne nous deviennent pas odieux rapidement. Les femmes sont prisonnières de leur statut, qu'elles soient mariées, veuves ou célibataires. Susie est une parvenue, et tout son argent et son mariage avec un grand nom ne peuvent la faire intégrer les cercles qu'elle convoite. Les pensionnaires d'Anna, de haute naissance pour deux d'entre elles, préfèrent la faim et le froid plutôt que l'idée de travailler. Les hommes sont certains de leur supériorité, tyrannisent leurs épouses, et perdent la tête lorsqu'ils constatent qu'Anna est inconsciente que sa richesse nouvellement acquise n'est rien face à eux puisqu'elle appartient au sexe faible.

Heureusement que le bel Axel von Lohm est présent pour veiller au bien-être de la jeune fille. Face à tous ces vils personnages, il fait vraiment figure de chevalier en armure, mais on ne va pas faire les difficiles car il lui faut bien ça. Entre les manigances du régisseur qui rêve d'une briqueterie, le fils de la baronne qui fait une cour des plus lourdes et ridicules à Anna, le vicaire qui lui envoie des poèmes d'amour par le biais de sa nièce, le lecteur a de quoi s'amuser, mais notre héroïne le prend avec moins d'humour.

En résumé, on s'indigne, on rit et surtout on ne se prend pas la tête. Une lecture parfaite pour les vacances.

L'avis d'Eliza.
Archipoche. 360 pages.
1901 pour l'édition originale.

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11 août 2014

Du côté de chez Swann - Marcel Proust

9782253059097-TDevenu adulte, notre narrateur nous raconte ses vacances d'autrefois chez ses grands-parents, à Combray. Il nous confie ses peurs d'enfant, son amour pour sa mère, le bonheur des promenades, la vie avec ses grandes-tantes, la servante Françoise et le fameux Charles Swann au nom si doux.

Je pensais que le jour où je viendrais enfin vous parler de ma découverte de Marcel Proust, la fierté d'avoir accompli un immense exploit serait la plus forte, mais je suis en fait éblouie.
Lire ce livre nécessite assurément d'être disponible, car chaque phrase se savoure. Mais ce n'est ni lent, ni ennuyeux, ni triste. Au bout d'une cinquantaine de pages, j'ai réalisé que cet auteur allait rejoindre la liste des auteurs qui me touchent le plus. Lire Proust, c'est vraiment regarder dans un miroir. Il capte les émotions et les décrit comme personne, à tel point qu'on a l'impression que c'est de nous en particulier dont il est question.
En lisant ces longues phrases et en percevant cette obsession pour le temps et les émotions, on ne peut que penser à Virginia Woolf, même si cette dernière peint quand Proust exprime (je suis encore super claire...). En d'autres termes de pour le dire de façon grossière, là où Woolf utilise les éléments qui l'entourent pour décrire les tourments intérieurs, Proust est beaucoup moins abstrait. J'étais surtout curieuse de connaître notre Marcel national pour le comparer à la romancière anglaise, et finalement je les sens à la fois proches et très différents l'un de l'autre.

La construction du livre en lui-même est aussi habile que surprenante. La première partie, Combray, restitue les souvenirs d'enfance du narrateur. C'est sublime, drôle, plein d'anecdotes qui nous rappellent notre propre enfance. La seconde partie, Un amour de Swann, contient le récit de la relation entre Swann et Odette de Crécy. On se croirait presque dans un roman de Zola ou de Balzac lorsqu'on assiste aux réceptions chez les horribles Verdurin et que l'on voit Odette mener Swann par le bout du nez. Enfin, Noms de pays : le nom clôture le livre en une quarantaine de pages. Cette fois, notre narrateur redevient le personnage principal. Il semble avoir grandit depuis Combray, et tombe sous le charme de Gilberte Swann.
A première vue, les trois parties ne semblent pas interdépendantes. Je me souviens qu'il y a quelques années les élèves de classes préparatoires scientifiques devaient d'ailleurs lire la deuxième partie uniquement. En effet, l'époque n'est pas la même, les personnages sont différents. Pourtant, Swann est au moins un fantôme dans chacun des textes. Sa position, ses fréquentations que l'on nous présente dans la seconde partie, il en est question dès le début, lorsque la grande-tante du narrateur évoque son horreur des gens qui se lient à des personnes appartenant à une classe sociale distincte de la leur. Et l'on comprend tout à la fin que malgré la savoureuse dernière phrase de la seconde partie, Swann n'est pas parvenu à se tirer d'embarras. En fait, quand on tourne la dernière page, on n'a pas l'impression d'avoir lu trois livres, mais plutôt d'en avoir raté un gros morceau (d'où les six autres livres je pense).

Si je peux maintenant affirmer que Proust a beaucoup d'humour, il y a tout autant de nostalgie dans ce livre. A la fin bien sûr, lorsque le narrateur réalise que l'époque a changé, que les tenues de Mme Swann n'existeront plus jamais. Mais aussi dans la première partie, à chaque fois qu'un élément rappelle au narrateur son enfance, que ce soit par le biais de la fameuse madeleine ou d'autre chose :

" ce parfum d'aubépine qui butine le long de la haie où les églantiers le remplaceront bientôt, un bruit de pas sans écho sur le gravier d'une allée, une bulle formée contre une plante aquatique par l'eau de la rivière et qui crève aussitôt, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire traverser tant d’années successives, tandis qu’alentour les chemins se sont effacés et que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui les foulèrent. "

Après tout, quand il est question de "temps perdu", c'est assez normal d'être partagé entre le bonheur de ses souvenirs d'enfant et la tristesse d'avoir grandi.

Comme toujours lorsque j'évoque un livre de cette ampleur, je trouve mon billet minable tout en ayant besoin d'en garder une trace sur mon blog.
Alors pour fait un résumé très court, Du côté de chez Swann, c'est très très bien.

Les billets éclairés de Romanza et Titine.

Le livre de poche. 478 pages.
1913.

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