lilly et ses livres

18 septembre 2020

La Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur - Suzanne Collins

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Cela fait dix ans que le Capitole a écrasé la rébellion des districts. Les stigmates de la guerre sont encore très présents et les familles puissantes d'hier souvent ruinées. C'est le cas des Snow, autrefois puissants, qui peinent à se nourrir et n'ont plus pour seule richesse que leur luxueux appartement, presque vide. Ils ont cependant réussi à sauver les apparences, et Coriolanus Snow est un élève respecté de l'Académie.
Comme chaque matin, l'hymne du Capitole, "Coeur de Panem", retentit. Pourtant, c'est un jour spécial, celui de la Moisson, qui va désigner les deux tributs de chaque district participant aux Hunger Games. Pour la première fois, les concurrents auront un mentor, choisi parmi les élèves de l'Académie. Coriolanus Snow se voit attribuer le tribut le plus misérable, la fille du district Douze, celle qui est éliminée dans les premières minutes chaque année. D'abord humilié, il reprend espoir lorsqu'il découvre que son tribut pourrait bien lui apporter plus de gloire qu'il ne l'imaginait.

Si la plupart des romans jeunesse que j'ai lus ces dernières années ne m'ont pas laissé un souvenir impérissables, Hunger Games est d'un autre calibre (c'est sans doute la raison pour laquelle il a inspiré tant d'autres romanciers). Bien que Suzanne Collins n'ait pas inventé le concept du préquel contant la jeunesse d'un monstre, La Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur n'est pas comme je le craignais au premier abord une simple opération commerciale.

Contrairement à ce que laisse entendre le résumé, ce n'est pas seulement une histoire un peu banale racontant comment un pauvre orphelin déshérité va devenir le monstre de la série d'origine suite à une blessure amoureuse. Certes, Coriolanus va un peu bêtement tomber amoureux de son tribut. Lucy Gray Baird ressemble à un cliché sur pattes lorsqu'elle apparaît pour la première fois, époustouflante et insolente. Pourtant, leur relation n'a rien de sain, le triangle amoureux n'en est pas un et Coriolanus a déjà en lui toute l'ambition, le mépris et la lâcheté du Président Snow que rencontrera Katniss Everdeen des décennies plus tard. Avec ce livre, Suzanne Collins développe une vraie mythologie de son univers. On peut trouver les ficelles un peu trop nombreuses, mais j'ai particulièrement apprécié découvrir ce qui se cachait derrière les geais moqueurs et L'Arbre du pendu.
Et puis surtout, à travers cette histoire, Suzanne Collins nous offre une vraie réflexion sur la genèse des jeux. Comment gagne-t-on une guerre ? Le Capitole a choisi l'humiliation et l'anéantissement des districts. On se croirait au Traité de Versailles. Tout au long du roman, Coriolanus oscille entre cette voie, incarnée par la Docteur Gaul, Haute Juge, et la fin de la terreur que souhaite le parvenu Séjanus Plinth, camarade de classe de Coriolanus.
Je n'aurais jamais pensé que lire une troisième fois le récit des Hunger Games pourrait m'intéresser, pourtant l'auteur parvient à nouveau à nous fasciner avec ces mises à mort gratuites. Cette fois, il y a une sorte de mise en abîme, de jeux dans les jeux. La participation des mentors va bien au-delà de ce qui était prévu, qu'ils le veuillent ou non. Il y a une vraie violence dans ce livre, une cruauté peu courante en littérature jeunesse (bien que nous soyons loin de tourner de l'oeil, n'abusons pas).

Des retrouvailles très réussies.

Pocket. 607 pages.
Traduit par Guillaume Fournier.
2020.

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11 septembre 2020

Nickel Boys - Colson Whitehead

Whitehead

"Ils seraient toujours en cavale, quel que soit le moyen par lequel ils avaient quitté cette école."

Victime d'une erreur judiciaire, Elwood, jeune Noir réputé pour son sérieux et sensibilisé à la lutte pour les droits civiques, est envoyé à la Nickel Academy, un établissement pour mineurs délinquants.
Lui qui est convaincu qu'un avenir meilleur l'attend ne va pas tarder à apprendre de la plus brutale des manières que ses espoirs sont pour l'heure un doux rêve.

Colson Whitehead est un auteur que je veux découvrir depuis la publication d'Underground Railroad. Bien que j'accorde peu d'importance aux prix littéraires, le fait que Nickel Boys soit le deuxième Prix Pulitzer de l'écrivain m'a interpelée. Colson Whitehead y explore un nouveau pan de l'histoire et particulièrement celle des Noirs.

La force de ce livre ne réside pas dans l'originalité de la plume de son auteur, mais dans l'exposition froide des faits rapportés. Les seuls passages solennels sont des citations de Martin Luther King qui résonnent dans la tête du personnage principal. Avec des mots simples, un ton presque journalistique et sans jamais tomber dans le voyeurisme, Colson Whitehead nous plonge dans l'horreur.

Il est très facile de visualiser Nickel telle qu'Elwood la découvre pour la première fois, sous le beau soleil de Floride et bordée de grands espaces. L'école semble presque accueillante. Pourtant, dès le prologue, nous savons qu'elle dissimule des charniers.
Avant même de mettre les pieds à la Nickel Academy, Elwood a pu expérimenter la ségrégation raciale. Dans l'hôtel où travaille sa grand-mère, les Noirs ne sont que des employés. Son lycée leur fournit des livres ayant préalablement servi aux établissements réservés aux élèves Blancs et soigneusement annotés d'insultes racistes par ces derniers. Quant à la mésaventure qui conduit Elwood en maison de correction, elle ne serait jamais arrivée à un adolescent blanc.

Nickel Academy est une institution vieille de plusieurs décennies lorsqu'Elwood y est interné. De nombreuses dénonciations ont déjà eu lieu concernant les sévices subits par les adolescents. Les disparitions sont régulières. Mais, pas plus que dans Le Vagabond des étoiles de Jack London, qui décrivait aussi les tortures infligées dans les prisons californiennes, les détenus ne peuvent attendre d'aide de l'administration. L'école est prévenue des inspections, la corruption présente à tous les niveaux. Qui s'inquièterait du sort de délinquants sans famille ? Pas grand monde, encore moins s'ils n'ont pas la bonne couleur de peau.

Bouleversant et révoltant.

Albin Michel. 272 pages.
Traduit par Charles Recoursé.
2019 pour l'édition originale.

05 septembre 2020

L'Assassin Royal. Première Epoque, 2 - Robin Hobb

Assassin 2Le prince Royal a pris le trône des Six-Duchés en proclamant la mort de son frère Vérité. La reine Kettricken et le fou ont fuit vers le royaume des montagnes, mais aucune information fiable sur leur arrivée à bon port n'a filtré. Quant à Fitz, il est officiellement mort en traître dans les cachots royaux.
Avec l'aide d'Umbre et de Burrich, le bâtard survit cependant. Décidé à tuer Royal pour se venger de lui et accompagné de son fidèle Oeil-de-Nuit, il prend la route des duchés de l'intérieur.
Pendant ce temps, les Pirates Rouges continuent d'attaquer les côtes et de forgiser leurs habitants.

Si j'ai été tenue en haleine durant la première partie de cette Première époque, je dois admettre que cela a été beaucoup moins le cas cette fois. J'ai tenu bon afin d'achever le cycle sans risquer d'oublier des éléments importants entre mes lectures, mais Robin Hobb développe surtout des éléments qui ne sont pas ceux qui m'avaient séduite jusque-là.
En effet, à part Fitz et Oeil-de-Nuit, les personnages les plus emblématiques de l'Assassin Royal sont soit absents soit présents seulement à la fin du livre. Les nouvelles venues, Astérie et Caudron, sont moins attachantes et intrigantes que le Fou, Kettricken ou Umbre.
L'intrigue piétine. La route de Fitz jusqu'aux montagnes est trop répétitive à mon goût (on le pourchasse, il est découvert, il s'échappe et ainsi de suite).
Par ailleurs, je n'ai jamais été une grande adepte du personnage de Molly. Je trouve sa relation avec Fitz assez inintéressante et sans originalité. 

J'ai toutefois adoré en savoir plus sur l'Art, le Vif. Le système politique des Montagnes est ma définition d'un pouvoir politique sain. Et, heureusement, la dernière partie de la quête de Vérité est passionnante. L'intrigue reprend du poil de la bête et l'auteur boucle son cycle avec brio.

Une lecture en demi-teinte, mais que je ne regrette absolument pas d'avoir faite jusqu'au bout. Je lirai sans doute la suite ainsi que Les Aventuriers de la mer quand une envie de fantasy me reprendra.

J'ai Lu. 115 pages.
Traduit par Arnaud Mousnier-Lompré.
1997 pour l'édition originale.

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27 août 2020

Retour à Martha's Vineyard - Richard Russo

russo1971. Alors qu'ils viennent d'achever leurs études, Lincoln, Teddy et Mickey se retrouvent pour un week-end dans la maison familiale de la mère de Lincoln à Martha's Vineyard. Jacy, la fille dont ils sont tous les trois amoureux, se joint à eux.
A la fin du week-end, les trois garçons se séparent et ne se reverront pas avant de nombreuses années. Jacy, partie avant eux en laissant un mot disparaît. La police ne retrouvera jamais sa trace.
2015. Lincoln et sa femme, pour assurer leur stabilité économique mise à mal par la crise de 2008, décident de vendre la maison de Martha's Vineyard. Les trois amis, désormais des hommes d'âge mur, vont s'y retrouver.

Après mon coup de coeur pour Trajectoire, je voulais retrouver la plume de Richard Russo. Retour à Martha's Vineyard est un joli roman que j'ai savouré avec grand plaisir.

C'est un livre assez mélancolique, évoquant l'importance et l'inxorabilité de nos choix. Tout au long du récit, les personnages s'interrogent sur ce qui s'est joué en un week-end.
La question centrale, celle qui hante les trois amis concerne Jacy et ce qui lui est arrivé. Est-elle morte ? Si oui, le coupable est-il le voisin libidineux ou bien l'un d'entre eux ?
Derrière cette interrogation, Lincoln et Teddy remontent le fil de leur vie et se livrent à une véritable introspection. Près d'un demi-siècle plus tard, avec l'expérience, ils interprétent mieux certains gestes ou paroles. Qu'auraient-ils fait de leur vie à la lumière de ces connaissances s'ils les avaient eu en 1971 ?
Dans un premier temps, si l'aspect presque policier du livre qui m'a attirée, j'ai surtout été touchée par les découvertes que nous faisons sur ces trois hommes, Teddy en particulier. Avec une subtilité rare, Richard Russo nous montre à quel point la communication entre êtres humains est complexe. Même, voire surtout, entre membres d'une même famille.
Il nous prouve aussi que les actes que l'on trouve absurdes ou stupides ont souvent une explication très simple, à condition que les parties en jeu veuillent discuter.

En fond de toile, nous percevons l'histoire des Etats-Unis, de la Guerre du Viêtnam à l'Amérique pré-Trump. Le rêve américain n'est qu'une chimère.

Un roman d'une grande finesse.

Je remercie les Editions de la Table Ronde pour cette lecture.

La Table Ronde. 377 pages.
Traduit par Jean Esch.
2019 pour l'édition originale.

 

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09 août 2020

L'Assassin Royal. Première Epoque, 1 - Robin Hobb

9782290085998La famille des Loinvoyant règne sur Castelcerf et les Six-Duchés depuis plusieurs générations.
Lorsqu'un jeune garçon, âgé de six ans, est présenté à la cour comme le bâtard du prince Chevalerie, fils aîné du roi Subtil, la destinée de la famille régnante est bouleversée. Chevalerie renonce à son titre de Roi-servant au profit de son frère Vérité et se retire de la cour avec son épouse. La reine Désir, seconde épouse de Subtil et son fils, Royal, voient d'un très mauvais oeil ce nouveau venu.
L'enfant, baptisé Fitz, est confié aux bons soins de Burrich, le maître des écuries du roi et ancien homme de confiance de Chevalerie. Sur ordre du roi, il est aussi éduqué pour devenir un assassin aux services de son souverain.

Comme souvent avec les livres offrant une multitude d'intrigues et une importante galerie de personnages, il est très difficile de résumer la première partie de L'Assassin Royal. Je peux cependant vous assurer que si vous aimez comme moi vous plonger à l'occasion dans un cycle de fantasy, l'oeuvre de Robin Hobb devrait vous combler.
On y trouve un Moyen-Âge fantasmé, où la culture courtoise est de mise ainsi que les complots pour renverser les forces en place. Il est également question de pirates rouges volant l'âme de leurs otage, de passages secrets et de magies de l'esprit.
Bien que ce premier tome fasse plus de mille pages, les nombreux rebondissements poussent à lire frénétiquement les aventures de Fitz et de ses compagnons. Le jeune garçon est plutôt attachant, mais la noblesse de Vérité, l'audace de Kettricken, le mystère du fou ou encore la tendresse de vieil ours de Burrich en font des personnages tout aussi intéressants.
La densité des personnages féminins est un réel plaisir. Kettricken, dont je vous laisse découvrir le rôle, est à l'opposé des clichés habituels des princesses royales. Elle est certes belle, mais aussi massive, capable de se battre et très perspicace. Quant à Patience, elle cache une détermination à toute épreuve derrière son excentricité. Les soldats sont choisis pour leur aptitude au combat, indépendamment de leur sexe et même dans la famille royale c'est l'ordre de naissance seul qui détermine la succession.
Si le vilain Royal n'est pas le méchant le plus nuancé qui soit, ce n'est pas le cas de tous ceux qui se mettent en travers du chemin de Fitz dans son entreprise de servir son roi. De quoi être en permanence sur ses gardes.

Une lecture addictive, j'ai d'ailleurs déjà commencé la seconde partie.

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J'ai lu. 1118 pages.
Traduit par Arnaud Mousnier-Lompré.
1995-1996 pour l'édition originale.

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21 juillet 2020

Le Racisme est un problème de Blancs - Reni Eddo-Lodge

eddoJ'ai acheté ce livre à sa sortie en 2018, mais ma grossesse et la naissance de mon fils ne m'avaient pas laissé le temps d'en lire plus d'une centaine de pages. Dans le contexte actuel et suite à des discussions assez animées avec mes proches, j'ai pensé que cet essai de la journaliste Reni Eddo-Lodge pourrait nourrir ma réflexion de personne blanche et donc peu consciente des problèmes engendrés par le racisme.

En effet, ce que Reni Eddo-Lodge explicite dans ce texte est avant tout le fait que nous vivons dans une société où le racisme est omniprésent.
Reprenant les mots de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe pour les appliquer au clivage entre les Blancs et les Noirs, elle essaie de démontrer que la normalité est la blanchité. Être blanc, c'est ne pas avoir conscience de sa race*.

" Être blanc, c’est être humain ; être blanc, c’est universel. Je ne le sais que trop, car je ne suis pas blanche. "

Roxane Gay l'évoque aussi dans Bad Feminist, pour le spectateur ou le lecteur blanc, il est évident que les personnages sont blancs, que les manequins des magazines sont blancs et que les acteurs sont blancs. L'idée d'une Hermione Granger noire dans la pièce Harry Potter et l'Enfant maudit a fait monter au créneau d'inombrables personnes, comme s'il s'agissait d'une monstruosité.

L'auteur débute en nous donnant un aperçu de l'histoire du racisme en Grande-Bretagne déjà éloquent. Il faut attendre 1833 pour que l'Empire britannique abolisse l'esclavage, en offrant des compensations non pas aux victimes mais aux propriétaires terriens qui étaient lésés par l'interdiction d'utiliser des êtres humains comme des marchandises. Par la suite, les colonies furent utilisées durant les guerres mondiales puis très vite oubliées. Le métissage est encore un sujet de grande crispation aujourd'hui avec le spectre du fameux "grand remplacement" dont on discute aussi en France (les femmes blanches étant appelées à procréer abondamment avec des hommes blancs pour endiguer le problème). Quant aux relations des Noirs avec la police et la justice, elles sont parsemées d'histoires révoltantes.

Outre ces manifestations incontestables du racisme, ce que Reni Eddo-Lodge essaie avant tout de démontrer est la présence d'un "racisme systémique".

" Si toutes les formes de racisme étaient aussi faciles à détecter, à identifier et à dénoncer que l’extrémisme blanc, le travail des antiracistes serait un jeu d’enfants. Les gens croient que, s’il n’y a pas eu d’agression ou si le mot « nègre » n’a pas été prononcé, un acte ne peut pas être raciste. Tant qu’un Noir ne s’est pas fait cracher dessus dans la rue, ou qu’un extrémiste en costard n’a pas déploré le manque d’emplois, en Grande-Bretagne, pour les travailleurs britanniques, ce n’est pas du racisme (et encore, même si le politique en costard a effectivement prononcé ces mots, il faudra alors débattre du caractère raciste ou non de sa déclaration, car qu’y a-t-il de raciste à vouloir protéger son pays ?!). "

Pourtant, les Noirs ont des probabilités d'être arrêtés et inculpés par les forces de l'ordre bien supérieures à celles des Blancs (ces derniers bénéficient bien plus souvent d'un simple rappel à l'ordre), on leur administre davantage de tranquilisants dans les établissements psychiatriques, ils réussissent moins à obtenir des emplois intéressants. Le Noir fait peur, c'est lui le méchant, à tel point que Reni Eddo-Lodge elle-même se souvient qu'elle regardait la télévision avec ce prisme lorsqu'elle était enfant.
Elle répond aussi bien à ceux qui considèrent que nous vivons dans une ère post-raciale (ce que démontrerait l'élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis) ou qui déclarent "ne pas voir la couleur", qu'à ceux qui lui rétorquent qu'il existe un racisme anti-Blancs (ce à quoi elle répond qu'un Noir peut avoir des préjugés, mais que le racisme nécessite également de pouvoir exercer un pouvoir sur ses victimes) et que les Noirs aussi font de l'esclavage. Elle fustige la position de défense adoptée par les Blancs qui amène à couper court à toute conversation sur le racisme et à faire taire les Noirs qui craignent pour leurs relations amicales.

A ceux qui rejettent le combat contre le racisme décrétant que le féminisme ou la lutte des classes, sont les vrais combats, Reni Eddo-Lodge rétorque que les Noirs, et particulièrement les femmes noires sont sur-représentées dans les catégories sociales les plus basses. Les discriminations dont on est victime ne s'annulent pas entre elles mais se cumulent. Elle souligne l'attitude étrange des féministes blanches qui refusent l'idée d'un racisme ancré dans la société dont elles seraient complices.

" Les féministes savent bien ce qu’est le patriarcat, alors pourquoi tant de féministes ont-elles du mal à admettre l’existence de la blanchité en tant que structure politique ? "

Cela l'amène à justifier les groupes de discussion féministes réservés aux femmes noires. Même s'ils sont destinés à communiquer le fruit de leurs travaux par la suite, ils permettent à leurs membres de bénéficier d'un espace où elles peuvent témoigner de leurs expériences sans être remises en cause par des personnes qui se sentiraient visées.

Sur la question de la discrimination positive, elle est catégorique : il s'agit d'un outil essentiel.

" On insiste sur le mérite, comme si tous les dirigeants blancs actuels, quel que soit le secteur, n’en étaient arrivés là qu’à force de travail et sans aide extérieure. Comme si leur couleur de peau n’était pas en soi un « coup de pouce », comme si elle n’éveillait pas la sympathie d’un recruteur envers un candidat. Vu l’état calamiteux de la diversité dans chacun des secteurs que j’ai mentionnés plus haut, il faudrait être sacrément dupe pour croire que seul le talent explique ce monopole des hommes blancs d’âge mûr aux échelons supérieurs de la plupart des corps de métiers. Nous ne vivons pas en méritocratie. Prétendre que la réussite ne s’obtient qu’à force de travail est une forme d’ignorance délibérée. "

Un essai très agréable à lire, qui contrairement à ce que son titre tapageur pourrait laisser penser appelle à une prise de conscience collective. Reni Eddo-Lodge tient un propos clair, cohérent et se montre d'ailleurs assez optimiste quant à l'évolution de la situation.
Mon seul (minuscule) regret est qu'il n'y soit pas question d'appropriation culturelle. Malgré la lecture d'un excellent article dans Causette il y a quelques années et d'Americanah qui aborde le sujet, je n'ai toujours pas compris pourquoi certaines coiffures étaient autant sujettes à polémique.

Autrement. 290 pages.
Traduit par Renaud Mazoyer.
2017 pour l'édition originale.

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14 juillet 2020

Le Prince des marées - Pat Conroy

prince des marées

Un soir, Tom Wingo reçoit une visite de sa mère avec laquelle les relations sont pour le moins tendues. Savannah, sa soeur jumelle, célèbre poétesse résidant à New York, a tenté de mettre fin à ses jours. Etant au chômage depuis plus d'un an après avoir arrêté ses activités d'entraîneur de football dans des conditions scandaleuses, Tom décide de se rendre auprès de sa soeur. Le soir-même, sa femme lui annonce qu'elle le trompe et ignore si elle souhaite poursuivre leur vie commune.
Arrivé à New York, Tome tente d'aider la psychiatre de sa soeur, Susan Lowenstein, a comprendre ce qui, dans le passé des enfants Wingo, pourrait expliquer la détresse actuelle de Savannah. Ce faisant, Tom pourrait bien entreprendre involontairement sa propre psychothérapie.

Cette lecture, cela faisait des années que je l'attendais. Après ma déception avec Beach Music, on m'avait rassurée en me disant que Le Prince des marées était un chef d'oeuvre et que je ne pourrais qu'aimer.
Alors oui, je reconnais à Pat Conroy de grandes qualités de conteur. Si j'ai trouvé la fin trop longue, mon intérêt est resté assez constant durant la lecture de ce livre de plus de mille pages. L'humour grinçant de ses personnages, que j'avais déjà apprécié dans Beach Music, est irrésistible.
J'aime aussi énormément l'amour du Vieux Sud, et particulièrement de la Caroline du Sud qui transparaît dans ce livre. Pat Conroy ne nie pas ses énormes défauts, le conservatisme, le racisme de ses habitants. Pourtant, Tom et Savannah éprouvent pour leur terre natale un sentiment d'amour-répulsion qui caractérise aussi leurs relations avec leurs parents et leur enfance, qui a été aussi belle par moments que dévastatrice la plupart du temps. J'ai apprécié cette complexité que je trouve très réaliste.

Malheureusement, en relisant mon billet sur Beach Music je m'aperçois que j'ai exactement les mêmes reproches (et les mêmes compliments) à faire au Prince des marées. Il faut dire que c'est globalement la même histoire, et que là aussi le fil conducteur est difficile à trouver. Il est question de la Seconde Guerre mondiale, de l'intégration d'un étudiant noir, de violences sexuelles, de la Guerre du Viêtnam, d'écologie. Cela fait trop pour une seule famille. Je pense que l'on pouvait se contenter des aventures du marsouin blanc, du tigre domestique et du dédain de Colton pour les Wingo en laissant en arrière-plan une partie de la Grande Histoire. De même, la vie conjugale et parentale de Lowenstein me paraît inutilement développée.
Dès le début, nous savons que plusieurs drames se sont produits, dont la mort de Luke. Dans un roman traitant a priori de relations familiales très compliquées et des conséquences de notre enfance sur l'adulte que l'on devient, on s'attend à ce que certains liens soient établis. Les choix de l'auteur m'ont laissée perplexe et ont complètement gâché ce qui promettait d'être un moment fort en émotion.

L'avis de Karine.

Pocket. 1069 pages.
Traduit par Françoise Cartano.
1986 pour l'édition originale.

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10 juillet 2020

Etés anglais (La Saga des Cazalet I) - Elizabeth Jane Howard

étés anglaisChaque été, William et Kitty Cazalet reçoivent leur nombreuse famille dans leur demeure du Sussex. En cette année 1937, l'ambiance est particulière puisqu'Hitler adopte une attitude de plus en plus belliqueuse.
Sybil, l'épouse de Hugh Cazalet, s'apprête à donner naissance à son dernier enfant (à moins qu'il ne s'agisse de jumeaux). Villy, la femme d'Edward, se prépare également à ces retrouvailles familiales. Quant à la très jeune Zoë, mariée au troisième fils, elle a du mal à trouver sa place dans cette famille où elle est surtout la belle-mère maladroite et superficielle des enfants de son époux.
Du côté des plus jeunes, l'adolescence fait des ravages. Polly et Louise aimeraient bien se débarasser de leur encombrante cousine, Clary. Teddy et Simon reviennent de pension à la fois grandis et mal dans leur peau.
Bien qu'unis, les membres de la famille sont surtout préoccupés par leur petite personne. Seule tante Rachel, la vieille fille, se préoccupe de tout le monde, au détriment de son propre bonheur.

Sorti en début d'année, le premier tome de la Saga des Cazalet rencontre un joli succès. Il faut reconnaître que cette histoire permet de bien s'évader en temps de confinement.
Il m'a fallu un peu de temps pour m'intéresser à cette histoire. Les incessants changements de point de vue ont l'avantage de fluidifier la lecture, mais ils donnent au départ une impression de superficialité. La profusion de détails (l'auteur indique jusqu'au nombre de pots de chambre nécessaire à l'accueil des invités) m'a semblé excessive dans la première partie du livre.
Puis, les personnages ont commencé à devenir plus familiers et j'ai adoré les suivre à Londres puis à Home Place.

Dans ce premier tome de la Saga des Cazalets (qui compte quatre tomes originaux et un plus tardif), beaucoup de personnages sont encore très jeunes. Triturés entre les chamailleries enfantines et la prise de conscience d'enjeux plus sérieux, ils sont tour à tour attendrissants, agaçants et émouvants. Les filles vivent à une époque charnière, où les femmes n'ont pas envie d'avoir leur avenir tout tracé vers le mariage et la maternité. Quant aux garçons, ils sont coincés entre leur école où on les malmène et la perspective d'une guerre.

Du côté des adultes, ce sont surtout les femmes qui se révèlent intéressantes. Elles ont dû renoncer à toute idée de carrière professionnelle pour se marier, n'ont pas accès à la contraception qui leur permettrait de ne pas subir des grossesses non désirées et peuvent encore moins exprimer leur non désir d'enfant.
Les trois mariages des fils Cazalet sont remplis de non-dits et de faux-semblants. Les maris sont souvent décevants et typiques de leur époque, bien que généralement sympathiques (à une exception très notable). Seul Hugh, le frère aîné, blessé pendant la Première Guerre mondiale m'a touchée.

Les domestiques et les employés occupent une petite place dans ce tome (j'ai l'impression que beaucoup de déceptions sont causées par la comparaison avec Downton Abbey). J'ai adoré le personnage de Miss Milliment, l'enseignante de Polly et Louise, condamnée à vivre très modestement à cause de la mort de son fiancé, de son physique ingrat ne lui ayant pas permis d'en trouver un autre, et surtout de sa condition de femme.

" Quelle aubaine, quand Viola lui avait écrit pour qu’elle fasse la classe à Louise et par la suite à sa cousine Polly. Avant ce miracle, elle commençait à désespérer : l’argent laissé par son père lui procurait tout juste un toit sur la tête, et elle avait fini par ne plus avoir de quoi régler le bus jusqu’à la National Gallery, sans parler de l’entrée aux expositions payantes. La peinture était sa passion, en particulier les impressionnistes français, et, parmi eux, Cézanne était son dieu. Elle songeait parfois avec une pointe d’ironie qu’il était bizarre qu’on ait si souvent dit d’elle qu’elle faisait « un bien vilain tableau ». "

Ce n'est pas un coup de coeur, mais j'ai beaucoup aimé ce premier tome dans lequel règne une certaine douceur mêlée à des moments qui amorcent ou annoncent des tragédies. J'attends la suite avec impatience !

Les avis d'Hélène, Mimi et Nicole.

Quai Voltaire. 557 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff.
1990 pour l'édition originale.

06 juillet 2020

Le Guépard - Giuseppe Tomasi di Lampedusa

guépardAlors que l'Italie s'apprête à devenir une nation en conquérant le royaume des Deux Siciles, Don Fabrizio, prince de Salina, contemple la disparition de son monde. Ses enfants le déçoivent, sa pieuse épouse ne lui inspire plus que des sentiments fraternels. Seul Tancredi, son neveu, pourtant engagé auprès des Piémontais, suscite son affection.

Il m'est difficile de parler de cette œuvre. J'ai peur de vous rebuter alors qu'il s'agit d'un coup de coeur. Vous ne trouverez pas de passion contrariée ici, ni de batailles épiques. Toutes ces choses se passent au loin et le lecteur n'est témoin que de leur impact sur les Salina. Inexorablement, sous l'action du temps, Don Fabrizio, le vieux guépard, voit ses maisons se fissurer, ses terres être démembrées, son influence disparaître.

Ce livre étonnant a été accusé d'être réactionnaire lors de sa parution. En effet, l'ambiance est surranée et Don Fabrizio est décrit avec une admiration nostalgique. C'est un personnage superbe. Face à lui, la classe montante est incarnée par Don Calogero Sedàra, le maire de Donnafugata,  dont le style vestimentaire laisse à désirer et dont l'épouse, une simple paysanne est soigneusement cachée. Lorsque Tancredi s'éprend d'Angelica, la flamboyante fille de Don Calogero, personne n'imagine qu'il puisse naître un attachement entre un jeune homme de si haute naissance et la petite fille de celui qui était surnommé " Peppe ’Mmerda ".

Pourtant, le clairvoyant don Fabrizio est sincère lorsqu'il appelle le peuple de ses terres à voter contre ce qu'il représente. En refusant une fonction honorifique et inutile au nouveau sénat, il prouve également qu'il a accepté son sort. Sa fille ne se battra pas davantage quand la maison Salina ne sera plus habitée que par des fantômes ou le vieux chien de son enfance empaillé.

"J’appartiens à une génération malheureuse, à cheval entre les temps anciens et les nouveaux, et qui se trouve mal à l’aise dans les deux. De plus, comme vous-même avez pu vous en rendre compte, je suis sans illusions ; que ferait donc le Sénat de moi, d’un législateur inexpérimenté à qui manque la faculté de se leurrer lui-même, cette qualité essentielle requise pour ceux qui veulent guider les autres ? Ceux de notre génération doivent se retirer dans un coin et regarder les culbutes et les cabrioles des jeunes autour de ce fastueux catafalque. "

On pourrait éventuellement voir dans la description des membres du parti piémontais, qui truquent les élections, ou dans celle du fonctionnaire chargé de recruter un sénateur effrayé par les histoires horribles que les Siciliens prennent un malin plaisir à lui raconter, une taquinerie contre le nouveau régime.

" ...ces cochons de la Mairie engloutissent mon opinion, ils la mâchent et puis la chient transformée comme ils veulent. Moi, j’ai dit noir et eux me font dire blanc ! Pour une fois que je pouvais dire ce que je pensais, cette sangsue de Sedàra m’annule, comme si je n’avais jamais existé, comme si je n’étais rien mêlé à personne, moi qui suis Francesco Tumeo La Manna fils de feu Leonardo, organiste de l’Église Mère de Donnafugata, mille fois son maître à lui auquel j’ai même dédié une mazurka que j’ai composée quand est née cette… (et il se mordit un doigt pour se retenir) sa mijorée de fille ! "

J'y vois davantage une description des excès de toutes les révolutions ainsi qu'un fort attachement à la Sicile et à ses habitants.

Et puis, quelle finesse dans l'écriture ! Bien que l'on ressente la résignation du vieux guépard, l'auteur fait preuve d'un humour teinté d'amertume qui ajoute de la légèreté dans le récit au point que je me suis surprise à rire à plusieurs reprises.

Je vous recommande absolument ce livre aussi beau que tragique. 

Comme souvent, c'est Dominique qui m'a convaincue de découvrir enfin ce grand classique.

Audiolib. 9h05.
Lu par Denis Padalydès.
1958 pour l'édition originale.

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30 juin 2020

Vingt mille lieues sous les mers - Jules Verne

Vingt mille lieues sous les mersAlors qu'un supposé monstre marin géant sème la terreur sur toutes les mers du globe, un navire est affrété pour le capturer. Le Professeur Arronax, professeur au Musée d'Histoire naturelle de Paris, fait partie de l'équipage. Il est accompagné par son serviteur, le fidèle Conseil. A bord de l'Abraham Lincoln, ils font la connaissance d'un harponneur canadien, Ned Land.
L'expédition ne se déroule pas comme prévu, mais elle conduira nos personnages à vivre de nombreuses aventures jusqu'au fond des mers.

C'est Ellettres et Lili qui m'ont enfin décidée à découvrir Jules Verne, dont je ne crois pas avoir lu la moindre ligne ni même vu une seule adaptation jusque-là. Cette rencontre n'est pas un coup de foudre, mais je l'ai quand même appréciée.

La première raison pour laquelle ma lecture n'a pas été un succès complet est totalement indépendante de l'oeuvre de Jules Verne. La version audio est déplorable. Le lecteur a une voix semblable à celle des répondeurs vocaux des services après-vente. Il ne respecte pas la ponctuation et lit toutes les phrases avec le même enthousiasme benêt. Tous les personnages ont la même voix, ce qui est très perturbant. Moi qui écoute beaucoup de livres, c'est la première fois que je suis confrontée à ce problème.
En ce qui concerne le texte, certaines énumérations d'espèces de poissons m'ont un peu lassée et la vision du monde de Jules Verne est assez caractéristique du XIXe siècle. L'auteur n'est pas non plus toujours très fin lorsqu'il nous donne des explications scientifiques. Le ton professoral adopté par le Capitaine Nemo, qui explique en détails toutes ses inventions, n'est pas ce qu'il y a de plus passionnant, surtout pour un lecteur de notre époque.
Pour en finir avec les défauts du livre, les personnages manquent de profondeur à mon goût. Nous n'avons pas accès à leurs pensées profondes ni à aucun détail intime les concernant. Les trois "invités" du Nautilus parlent uniquement de leurs conditions de vie, de leur envie de partir de plus en plus pressante. Ils n'évoquent jamais le moindre la moindre personne qui les attendrait, comme s'ils étaient aussi retirés du monde que leur capitaine.

Malgré tout, coincée dans un sous-marin avec ces quatre personnages assez hermétiques, j'ai été plutôt captivée par l'histoire du Professeur Arronax. Nous explorons toutes les mers du monde, certaines batailles contre les éléments ou certains animaux sont épiques et donnent de la vivacité au récit.

Enterrement sous-marin -Edouard RiouSurtout, l'énigmatique Capitaine Nemo est un personnage à la hauteur de sa réputation. Dans Bleak House de Dickens, un personnage prend ce pseudonyme signifiant "personne" pour se dissimuler aux yeux du monde. Le commandant du Nautilus aussi a décidé de rayer sa personne de la surface. Il apparaît comme misanthrope, rejette la terre et ses habitants avec le plus grand dégoût. Ne se nourrissant que des produits de la mer, il a juré qu'il ne remettrait jamais les pieds sur un continent émergé. Malgré cela, il reste un homme comme en témoigne son attitude affable à l'égard de ses passagers. Son affection pour son équipage transparaît à plusieurs reprises. Plus tard, nous découvrons aussi qu'il n'a pas complètement tourné le dos à ses semblables mais je ne vous en dirais pas plus. Ce personnage est la force principale du livre.

J'ai aussi apprécié le discours écologiste de ce roman. Ce n'est pas la première fois qu'un auteur du XIXe siècle parle de la protection de l'environnement dans une oeuvre que je lis. J'imagine qu'un amoureux des merveilles de la Terre comme Verne ne pouvait ignorer ces questions.

 

" — A quoi bon, répondit le capitaine Nemo, chasser uniquement pour détruire ! Nous n’avons que faire d’huile de baleine à bord.

— Cependant, monsieur, reprit le Canadien, dans la mer Rouge, vous nous avez autorisés à poursuivre un dugong !

— Il s’agissait alors de procurer de la viande fraîche à mon équipage. Ici, ce serait tuer pour tuer. Je sais bien que

c’est un privilège réservé à l’homme, mais je n’admets pas ces passe-temps meurtriers. En détruisant la baleine australe comme la baleine franche, êtres inoffensifs et bons, vos pareils, maître Land, commettent une action blâmable. C’est ainsi qu’ils ont déjà dépeuplé toute la baie de Baffin, et qu’ils anéantiront une classe d’animaux utiles. Laissez donc tranquilles ces malheureux cétacés. Ils ont bien assez de leurs ennemis naturels, les cachalots, les espadons et les scies, sans que vous vous en mêliez. »

Je laisse à imaginer la figure que faisait le Canadien pendant ce cours de morale. Donner de semblables raisons à un chasseur, c’était perdre ses paroles. Ned Land regardait le capitaine Nemo et ne comprenait évidemment pas ce qu’il voulait lui dire. Cependant, le capitaine avait raison. L’acharnement barbare et inconsidéré des pêcheurs fera disparaître un jour la dernière baleine de l’Océan. "


Un première lecture de Jules Verne dont je ressors surtout intriguée. Il me faudra d'autres lectures pour me faire un avis sur l'auteur.

Audible. 17h02.
Lu par Mathieu Thomas.
1869-1870 pour l'édition originale.


Il existe aussi chez Folio. 705 pages.

 

Source: Externelogo-challenge-pavevasion