06 juin 2010

Chez les heureux du monde ; Edith Wharton

Edith_WhartonLe Livre de Poche ; 441 pages.
Traduit par Charles Du Bos.
The House of Mirth. 1905
.

Lily Bart est une jeune fille de la haute société new-yorkaise admirée de tous pour sa beauté. Cependant, cette orpheline de vingt-neuf ans est également très pauvre, depuis la ruine de son père dix années plus tôt. De ce fait, afin de ne plus dépendre des largesses irrégulières de la tante qui l'a recueillie ou de celles de ses amis, il est nécessaire pour elle de contracter un riche mariage.
Les prétendant
s ne manquent pas, et Lily sait ruser pour les séduire, même lorsqu'il est évident qu'ils ne pourront faire de bons maris pour elle.

"Percy Gryce l'avait assommée tout l'après-midi (rien que d'y songer semblait réveiller un écho de sa voix monotone), et pourtant elle ne pouvait l'ignorer le lendemain, il lui fallait poursuivre son succès, se soumettre à plus d'ennui encore, être prête à de nouvelles souplesses, et tout cela dans l'unique espoir que finalement il se déciderait peut-être à lui faire l'honneur de l'assommer à vie."

L'approfondissement de sa relation avec Selden, une ancienne connaissance qui ne possède pas une grande fortune, mais qui sait évoluer au milieu des aristocrates, va pourtant ébranler la jeune fille dans ses résolutions matrimoniales.

Je viens d'achever ma lecture de ce livre, et je suis donc profondément déprimée, mais Chez les heureux du monde n'en est pas moins un roman ambitieux qui m'a beaucoup plu.
A travers le personnage de Lily Bart et la question du mariage, Edith Wharton nous entraîne dans un milieu où la beauté est aussi éclatante que ses membres sont impitoyables pour ceux qui franchiraient les limites de ce qu'il peut supporter. L'on peut être une femme peu fortunée, divorcée, extravagante, et conserver une certaine réputation. Mais se mettre sur la route d'une vipère telle que Bertha Dorset, qui raconte des horreurs diffamantes sur vous, quand on est célibataire et que l'on n'a pas la force de rendre coup pour coup, vous assure des relations de plus en plus distantes avec vos amis d'hier. Lily est un personnage étonnant à cet égard. En effet, bien que son vœu le plus cher, selon elle, soit d'être à l'abri du besoin, elle se laisse manipuler et broyer, reculant devant chaque opportunité de rejeter ses livres de comptes parmi ses mauvais souvenirs. Elle a les habitudes de sa classe, ses préjugés, ses principes, et pourtant elle est victime de coups d'éclats qui lui sont fatals.
A la porte de la haute société se trouvent des personnages tout aussi méprisables, qui espèrent s'élever, malgré leur vulgarité, grâce à la fortune ou le mariage. Ils sont dédaignés par les "vrais" membres de ce milieu, mais leur affabilité est grande, et la vanité des aristocrates l'est tout autant. La société décrite par Edith Wharton est en pleine évolution, et la redistribution des ressources remet en cause la légitimité des anciens aristocrates dans leur rôle de classe supérieure. Il est clair qu'il va falloir trouver un compromis.
Avec une plume aussi précise qu'ironique, Edith Wharton évoque tout le ridicule de cette situation et cette prison dorée vers laquelle on acoure.

"Combien, vu de la cage, le monde extérieur semblait séduisant à Lily, tandis qu'elle entendait la porte claquer sur elle ! ... En réalité, elle le savait bien, la porte ne claquait jamais ; elle demeurait toujours ouverte ; mais la plupart des prisonniers étaient comme des mouches dans une carafe : une fois entrés, il ne pouvaient plus reconquérir leur liberté. L'originalité de Selden était de n'avoir jamais oublié le chemin de la sortie."

Ah ! Selden ! Evidemment, il est long à la détente, et trop effacé. Mais quel gâchis !

"Pourquoi appelons-nous toutes nos idées généreuses des illusions, et toutes nos idées médiocres des vérités ? "

Moi, ce type me donne envie de rêver. Et j'aurais aimé que Lily l'admette elle aussi (quoi, ce billet part totalement en vrille ? désolée, il y a de l'orage, et moi ça me stresse, et quand je stresse je dis tout ce qui me passe par la tête).

J'ai vibré, espéré, pleuré, enragé avec Lily Bart durant plus de quatre-cents pages. J'espère que vous en ferez autant.

Les avis de Casa nova, Papillon, Romanza et Céline.

Posté par lillounette à 18:13 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
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Commentaires sur Chez les heureux du monde ; Edith Wharton

    J'ai ce roman qui m'attend sur ma PAL et ton billet me donne envie de le sortir immédiatement de ma PAL mais avant je veux terminer deux lectures en cours... jamais 2 sans 3 mais là c'est trop ! Je sens que je ne vais pas trop rire mais ce roman a l'air passionnant dans la peinture d'une société et le portrait d'une femme. Hier j'ai acheté "Le temps de l'innocence" en film, car j'aime beaucoup l'univers de cette romancière...

    Posté par maggie, 06 juin 2010 à 18:40 | | Répondre
  • Je l'ai lu (en 1996) et suis mal remise de ce destin cruel, et de cette fin...

    Posté par keisha, 06 juin 2010 à 19:10 | | Répondre
  • Moi qui sors d'une période de bad moral, je crois que je vais passer. Ou peut-être le noter pour plus tard.

    Posté par Mélopée, 06 juin 2010 à 20:45 | | Répondre
  • Je l'ai acheté il n'y a pas longtemps ^^
    J'ai hâte de m'y mettre !

    Posté par Alicia, 06 juin 2010 à 21:01 | | Répondre
  • Tu enchaines les lectures tentantes !

    Posté par Choco, 06 juin 2010 à 21:11 | | Répondre
  • Je ne suis pas fan de cette romancière. C'est bizarre, j'en suis la première étonnée. Parfois, je me dis que je ne l'ai pas abordée avec les bons romans et que je devrai retenter.

    Posté par Manu, 06 juin 2010 à 22:22 | | Répondre
  • c'est sûrement le meilleur Wharton même s'il est très noir effectivement
    j'ai ralenti ma lecture à la fin, on sait que cela va mal finir et on a envie de secouer son amoureux transi et de lui insuffler du courage ! la bonne société en prend un rude coup avec ce portrait bien noir

    Posté par Dominique, 07 juin 2010 à 09:14 | | Répondre
  • En projet de lecture pour le challenge Wharton....

    Posté par George, 07 juin 2010 à 09:31 | | Répondre
  • Je l'avais adoré aussi, celui-ci. Un très très beau livre.

    Posté par Ofelia, 07 juin 2010 à 09:37 | | Répondre
  • Ca n'a pas l'air très joyeux tout ça, mais ton billet reste plutôt convaincant. A lire après une belle bluette pour revenir sur terre?

    Posté par zarline, 07 juin 2010 à 16:53 | | Répondre
  • Un livre magnifique, un destin cruel,un des mes Wharton préférés ! Bienvenue dans mon challenge !!

    Posté par Titine, 07 juin 2010 à 16:55 | | Répondre
  • l'adaptation avec Dana Scully/Gillian Anderson est sublime!

    Posté par Choupynette, 07 juin 2010 à 19:05 | | Répondre
  • Mais arrêêêête de me donner envie comme ça !
    Grâce à toi, j'aime l'orage parce que ça a un effet émouvant sur toi
    Je sais que je suis faite pour aimer cette Edith Wharton (dont je n'ai lu que "Le temps de l'innocence"), vivement que ma route croise à nouveau la sienne. Comme envie de connaître cette Lily-là

    Posté par erzébeth, 07 juin 2010 à 19:28 | | Répondre
  • Maggie : je n'ai pas encore lu "Le Temps de l'innocence", mais j'ai le livre depuis pas mal de temps. Le film a l'air excellent également.
    Pour ce livre-là, tu peux y aller sans hésiter !

    Keisha : on en ressort le coeur serré, c'est évident...

    Mélopée : si tu cherches un livre qui peut te faire rire jusqu'au bout, je t'en conseille en effet un autre.

    Alicia : il devrait te plaire !

    Choco : oui, mais en même temps les grands auteurs américains sont des valeurs sûres ;o)

    Manu : c'est dommage...

    Dominique : j'ai moi aussi eu du mal à le finir, c'est vraiment émouvant.

    Ofelia : je ne savais pas que tu aimais Wharton (ou si ?)

    Zarline : le choc risque d'être rude ! ;o)

    Merci Titine !

    Choupynette : j'ai du mal avec Gillian Anderson en fait...

    Erzébeth : ça te va bien de me dire ça !
    Tu as raison de vouloir rencontrer cette Lily, elle te plaira.

    Posté par Lilly, 07 juin 2010 à 19:54 | | Répondre
  • Bonjour Lilly,

    Merci de ce beau commentaire sur un livre qui m'a totalement bouleversée. Il symbolise un peu la définition du mot "plombant" pour moi, dans un sens objectif, non péjoratif. J'aime beaucoup Lawrence aussi mais le fait qu'il doute de Lily jusqu'à la dernière page m'a porté le coup fatal... J'ai bien aimé l'interprétation qu'en a donné Eric Stolz dans l'adaptation de Terence Davies.

    Merci de ton blog qui élargit très souvent mes horizons depuis ces dernières années !

    Posté par Alice, 09 juin 2010 à 20:38 | | Répondre
  • Non, je ne pense pas que tu savais. J'adore Wharton. J'ai lu "The house of mirth" et "The custom of the country", les deux sont superbes.

    Posté par Ofelia, 09 juin 2010 à 23:22 | | Répondre
  • Bonjour Alice ! Selden est agaçant par son manque de confiance en Lily, mais elle est tellement passive face aux attaques que je comprends qu'il doute d'elle.

    Ofelia : je note le deuxième alors !

    Posté par Lilly, 10 juin 2010 à 16:57 | | Répondre
  • Un superbe Wharton

    Pléonasme ?

    Posté par Cécile 2 Quoide9, 15 juin 2010 à 18:14 | | Répondre
  • Et dire que j'ai failli l'acheter ... (La couverture, le résumé me donnaient envie). Vais-je encore devoir me ruiner ? 8D

    Posté par Fréneuse, 16 juin 2010 à 16:08 | | Répondre
  • Cécile : je ne la connais pas encore assez, mais je pense qu'on n'en est pas loin.

    Fréneuse : j'en ai peur...

    Posté par Lilly, 16 juin 2010 à 20:38 | | Répondre
  • Il va falloir un jour que je commence avec cette romancière ! Surtout que j'ai noté dans ma LAL quelques ouvrages que je voudrais absolument découvrir. Et celui-ci en fait partie ... A suivre, donc ;-D

    Posté par Nanne, 19 juin 2010 à 18:23 | | Répondre
  • Je l'ai commencé le week-end dernier mais je n'arrivais pas à me plonger dedans... je n'aurais sans doute pas dû choisir un week-end à Barcelone pour ça, je n'avais pas beaucoup de temps pour me poser et j'étais assez claquée le soir... du coup je n'ai pas retrouvé le plaisir que je prends normalement en ouvrant un Wharton. Je l'ai mis de côté pour quelques jours ou un peu plus, le temps d'être à nouveau capable de l'apprécier.

    Posté par Lou, 19 juin 2010 à 20:59 | | Répondre
  • Nanne : je pense que ce livre est en effet l'un des plus importants de Wharton. J'ai aussi envie de te conseiller "Ethan Frome", je pense qu'il te correspond.

    Lou : je comprends... En tout cas, tu peux voir que c'était une bonne idée de me faire découvrir Wharton !

    Posté par Lilly, 20 juin 2010 à 12:37 | | Répondre
  • et tu as de la chance

    car tu n'as pas commencé par le meilleur de ceux que j'ai pu lire... ;o)

    Posté par Cécile 2 Quoide9, 05 juillet 2010 à 16:50 | | Répondre
  • Cécile : c'est lequel le meilleur selon toi ?

    Posté par Lilly, 06 juillet 2010 à 14:28 | | Répondre
  • J'adore Wharton, elle a un art des personnages assez fabuleux et une plume... Superbe!

    Posté par chiffonnette, 18 juillet 2010 à 08:36 | | Répondre
  • Chif': je suis bien d'accord, et après ma lecture récente des "Boucanières" je l'aime encore plus !

    Posté par Lilly, 01 août 2010 à 17:32 | | Répondre
  • Après un tel billet, j'ai très envie de le lire!

    Posté par dominique, 08 août 2010 à 10:19 | | Répondre
  • dominique : je pense que tu ne peux qu'être séduite.

    Posté par Lilly, 08 août 2010 à 21:00 | | Répondre
  • ton stress

    Je comprends parfaitement le stress et le gâchis que tu évoques et je les ai ressentis aussi en lisant ce livre qui m'a parfois irrité. Tu as eu une lecture plus analytique et moins impulsive que moi semble-t-il car ce que tu dis sur la redistribution des ressources et l'époque de mutation est très juste. C'est une clef passionnante du livre.
    C'est l'incapacité de Miss Barth à effectuer certains compromis et à ouvrir les yeux sur sa propre condition et sur ses sentiments qui m'a agacée. Oui, je le répète, quel gâchis !
    Mais quel roman aussi !!! Pas mon préféré de Wharton mais pour des raisons plus personnelles qu'objectives.

    Posté par Cécile 2 Quoide9, 25 août 2010 à 19:07 | | Répondre
  • "Pas mon préféré de Wharton mais pour des raisons plus personnelles qu'objectives."

    on se rejoint, même si je pense que tu as davantage été agacée que moi.

    Posté par Lilly, 30 août 2010 à 11:18 | | Répondre
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