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Pour une fois, j'ai une bonne excuse à mon long silence. Je lisais un roman de plus de 1500 pages. Oui, parce qu'on nous vend 1Q84 comme un livre en trois parties distinctes, mais en fait on ne comprend rien si on s'arrête en route (les mauvaises langues diraient qu'on n'y comprend pas non plus grand chose quand on le lit en entier).
Donc, au lieu de mettre quinze jours à lire cette oeuvre de Murakami, il m'a fallu un bon mois et demi.

De quoi ça parle ? C'est compliqué. Nous sommes à Tokyo en 1984 et nous suivons alternativement deux personnages qui n'ont à première vue pas le moindre lien.
Ca commence doucement. Une jeune femme, Aomamé, est coincée dans un taxi sur la voie rapide. Le chauffeur a allumé la radio qui passe la Sinfonietta de Janacek (moi non plus je ne connaissais pas). Craignant d'être en retard à un rendez-vous, Aomamé décide, sur les recommandations de son chauffeur, de prendre un escalier de secours et de rejoindre la gare la plus proche. Le chauffeur la prévient alors que la réalité pourrait bien être alterée une fois qu'elle sera arrivée en bas des escaliers.
De son côté, Tengo Kawana est un jeune professeur de maths et un écrivain non publié dont l'existence n'a rien de remarquable, jusqu'au jour où l'éditeur qui l'a remarqué lui propose de servir de ghostwriter pour le livre d'une jeune fille de dix-sept ans. Celle-ci, Fukaéri, a une imagination débordante, mais elle manque de style pour que son livre se vende.
De ces deux actes, certes illégaux, mais plutôt insignifiants, vont découler des événements de plus en plus incompréhensibles.

Bien entendu, j'ai décidé de lire ce livre CVT_1Q84-Livre-3--Octobre-Decembre_1586en raison du titre, qui fait immanquablement penser au superbe roman d'Orwell. Au final, les liens entre les deux oeuvres sont peu évidents. L'histoire se passe en 1984, il est question d'une secte dérivée du communisme, diverses allusions sont faites à Orwell, mais l'oeuvre de Murakami prend clairement une direction qui lui est propre. 1Q84, c'est surtout un livre fantastique (au sens littéraire du terme). Nous débutons dans un monde normal, puis nous découvrons que les petits lutins et des choses vraiment beurk peuvent avoir une sorte d'explication, avant de ressortir de ce livre en nous demandant si tout ça n'est pas le fruit d'une grosse hallucination.

1Q84 est un monde fascinant, dans lequel j'ai adoré être plongée. Il m'a séduite par sa poésie, terrifiée par moments aussi (il n'y a rien de plus effrayant que les petites choses inoffensives, les enfants ou les Little people en tête). Murakami arrive à capter l'attention du lecteur grâce à un talent de conteur remarquable, ce qui fait qu'on lui pardonne les nombreuses répétitions. Le rythme est étrange, à la fois rapide et très lent. Rien ne semble se passer, et pourtant nous assistons à des meurtres, des phénomènes surnaturels, des fuites, des mises au point. La routine est aussi rompue dans le troisième tome, où un troisième narrateur entre en jeu.

Dans les trucs gonflants (oui, parce que je suis malgré tout un peu partagée), il y a l'histoire d'amour entre Aomamé et Tengo, sur laquelle se concentre le dernier tome. Les seins de la jeune femme occupent aussi une place à mon sens assez excessive dans ce livre. C'est d'autant plus regrettable que des personnages disparaissent de la scène sans explication pour laisser la place au couple central. Fukaéri par exemple. Au moment où l'on commence à percevoir une explication à ses actes, où l'auteur soulève une interrogation essentielle (qui avons-nous vraiment en face de nous ? ), l'intrigue s'en détourne pour ne plus y revenir. Je n'ai rien contre les livres qui laissent des questions en suspens, la frustration a du bon, mais dans ce livre, j'ai l'impression que Murakami se concentre sur quelque chose qui n'est pas essentiel, et tombe dans la facilité, faisant d'une oeuvre originale une lecture qui laisse un arrière-goût de mièvrerie.

Un pavé qui se lit avec beaucoup de plaisir et servi par un suspens qui tombe malheureusement un peu à plat dans la dernière ligne droite. A découvrir.

Belfond. 3 tomes (environ 1800 pages).
Traduit par Hélène Morita.
2009-2010.