30 mai 2010

La Marquise d'O ; Heinrich von Kleist

untitledFlammarion ; 259 pages.
Traduit par M.-L. Laureau et G.La Flize. 1808
.

Mon billet révèle le fin mot de l'histoire. Ce n'est à mon avis pas du tout un secret, dès le début, ni l'intérêt principal du texte, mais si vous aimez ne rien connaître d'un livre avant de le découvrir, je vous conseille de ne pas aller au-delà de mon résumé.

La semaine dernière, j'ai reçu un ravissant paquet, envoyé par l'adorable Lou. A l'intérieur, plein de cadeaux très bien choisis, dont un recueil de nouvelles d'Heinrich von Kleist, un auteur allemand que je ne connaissais pas du tout.

La Marquise d'O est sans doute le texte le plus connu contenu dans ce livre, et en lisant le résumé je me suis précipitée dedans.
La marquise d'O. est une jeune veuve vertueuse, qui vit à M., en Italie auprès de son père, un colonel. Alors que la guerre sévit, la citadelle est attaquée. La marquise d'O., en tentant de fuir, est capturée par des soldats qui s'apprêtent à la violenter. Apparaît alors un officier russe, qui la libère, et la ramène, évanouie, auprès de sa famille. Les soldats qui ont tenté de s'en prendre à elle sont condamnés à mort et exécutés.
Après une absence prolongée durant laquelle le colonel et sa famille le croient mort, le jeune officier, le comte F., réapparaît, et demande la main de la marquise, qui lui demande de patienter.
Quelques temps plus tard, la marquise découvre qu'elle est enceinte. Bien qu'elle assure ne pas comprendre son état, son père la chasse de sa demeure.
Désireuse de donner un père à son enfant, la marquise décide de rendre l'affaire publique, et passe une annonce dans laquelle elle demande à celui qui a abusé d'elle de se présenter, afin qu'ils se marient. C'est alors que revient une nouvelle fois le comte F., qui semble toujours épris de la marquise.

En une cinquantaine de pages, Heinrich von Kleist nous offre un récit d'une très grande puissance. La langue est belle et rythmée, alternant les passages avec très peu de dialogues, où le détachement du narrateur est frappant, et les passages où les personnages parlent de façon abondante. Ce qui m'a le plus frappée est la lutte entre le Bien et le Mal (tels que la société les définit) que l'on distingue tout au long du récit. Le comteMarquise_20d_O_20_la_ F. est un homme bon, un homme d'honneur. Pourtant, parce que passion et Bien semblent s'opposer, l'expression de son état amoureux passe par un acte ignoble.   
En ce sens, on peut à mon avis rapprocher ce texte de Wuthering Heights, qui l'exprime de façon encore plus flamboyante et complexe (puisque Heathcliff ne poursuit plus rien après la mort de Catherine).
La dernière phrase de cette nouvelle est ainsi éloquente :

"...le comte, ayant demandé un jour à sa femme, dans un de leurs moments de bonheur, pourquoi, à cette date fatale du 3, où elle semblait prête à recevoir tel ou tel être vicieux, elle avait fui devant lui comme devant un démon d'enfer, elle se jeta à son cou et lui répondit qu'il ne lui fût point apparu comme un démon si, lors de sa première apparition devant elle, elle n'avait cru voir en lui un ange."

Le Bien est censé n'avoir qu'un seul visage, tout comme le Mal, et pourtant le comte nous déstabilise. Parce qu'il a l'apparence du Bien, la révélation de son appartenance aux ténèbres lui donne en plus le masque de la tromperie, et entraîne son rejet par la marquise qui se voit ainsi confrontée à ses propres pulsions.

L'ambiance, qui rappelle les atmosphères tendues des romans gothiques par certains côtés, ajoute à la puissance du propos. Les personnages expriment de façon spectaculaire leurs sentiments, et la tension monte très vite, jusqu'à des points de rupture, comme lorsque le colonel prend son pistolet et tire.
La place des femmes également a retenu mon attention. La marquise d'O. n'est pas une femme dépourvue de volonté et seulement attachée à ses valeurs. Elle possède une vraie force de caractère qui lui donne bien plus d'épaisseur que si elle n'était que le joli cygne blanc dont lui parle le comte, même si les torrents de larmes et les évanouissements ne sont jamais éloignés.

J'ai passé un excellent moment en compagnie de ce texte. Encore merci Lou pour la découverte !

D'autres avis chez Canthilde, Sylvie et Plume.

Posté par lillounette à 09:30 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
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Commentaires sur La Marquise d'O ; Heinrich von Kleist

    Le fait est que rien qu'avec le résumé on se doute un peu...

    Posté par keisha, 30 mai 2010 à 09:51 | | Répondre
  • Ton billet est magnifique et il me donne vraiment envie de lire ce recueil !!!

    Posté par maggie, 30 mai 2010 à 10:56 | | Répondre
  • Keisha : en fait, rien qu'avec les premières lignes du texte on se doute un peu... Il n'y a pas trente-six prétendants.

    Maggie : je n'ai pas encore lu les autres nouvelles, mais à mon avis celle-ci devrait te plaire.

    Posté par Lilly, 30 mai 2010 à 12:04 | | Répondre
  • Je ne connaissais pas du tout cet ouvrage ! Je note !

    Posté par Emjy, 30 mai 2010 à 18:13 | | Répondre
  • Je ne connaissais pas l'histoire, dis donc, c'est charmant.
    Mais faire passer autant de choses dans aussi peu de pages, ça vaut le détour... puis tu en parles si bien !

    (maintenant, je veux bien que tu nous parles de Vercors et de T. Gautier ) )

    Posté par erzébeth, 30 mai 2010 à 21:44 | | Répondre
  • Oh! Il faut vraiment que je le relise! Très jolie note.
    Et je t'ai taguée!

    Posté par casanova, 31 mai 2010 à 10:28 | | Répondre
  • Emjy : j'espère que ce sera également une jolie découverte pour toi ;o)

    Erzébeth ; pour Vercors, ça va être dur puisque je l'ai terminé depuis des mois, mais j'ai encore le livre sous la main. Et puis l'adaptation que j'ai vue est tellement jolie (et tellement à côté de la plaque) qu'il faudrait que je fasse un effort.

    Casanova : ça t'avait plu ? sinon, pour le tag, je vais essayer, mais je suis nulle à ces jeux-là.

    Posté par Lilly, 31 mai 2010 à 17:50 | | Répondre
  • Bonjour Lilly,
    Alors, j'ai réussi à comprendre en subtance ta critique tout ne connaissant pas le fin mot de l'histoire ... en appuyant sur la petite flèche à droite sur mon clavier lorsque je pressentais que tu allais nous en dévoiler un peu ! Dans tous les cas, la lecture accélérée n'a pas altéré mon envie de lire ce livre ... une fois que j'aurais fini Mrs Dalloway.

    Posté par Artsakountala, 01 juin 2010 à 08:56 | | Répondre
  • Ton billet me fait ressortir des rayons (poussiéreux)de ma bibliothèque le théâtre de Kleist : c'est Penthésilée que j'adorerais découvrir !

    Posté par rose, 01 juin 2010 à 12:59 | | Répondre
  • quel billet!! tu es sûre que tu n'as pas des parts dans la maison d'édition ;P
    je ne connaissais absolument pas, honte à moi. mais maintenant je n'ai plus d'excuse!

    Posté par Choupynette, 01 juin 2010 à 15:00 | | Répondre
  • Je suis bien contente d'avoir fait un aussi bon choix... rien que pour ton billet je suis ravie de t'avoir envoyé ce petit paquet

    Posté par Lou, 01 juin 2010 à 22:45 | | Répondre
  • Artsakountala : j'espère qu'il te plaira, mais prends ton temps avec "Mrs Dalloway" !

    Rose : je ne savais pas du tout qu'il avait écrit pour le théâtre, mais je vais me renseigner.

    Choupy : je ne connaissais pas non plus tu sais ;o)) Mais c'est effectivement un oubli à réparer.

    Lou : tu peux être ravie pour le reste du paquet également ;o)) encore merci !

    Posté par Lilly, 02 juin 2010 à 10:44 | | Répondre
  • Ce que j'ai en tête,actuellement concernant cette nouvelle, c'est le film qu'en a tiré Rohmer. Et Bruno Ganz dans le rôle du "prétendant"...

    Posté par dominique, 02 juin 2010 à 11:19 | | Répondre
  • Dominique : j'ai acheté le DVD, et j'en ai regardé une partie. Je n'ai vu qu'un film d'Eric Rohmer jusqu'à maintenant, mais j'avais adoré, donc je suis plutôt optimiste.

    Posté par Lilly, 02 juin 2010 à 18:35 | | Répondre
  • Je n'ai pas lu toute ta note mais ça fait très envie, je le note.

    Posté par Ofelia, 03 juin 2010 à 08:51 | | Répondre
  • Ofelia : excellente idée !

    Posté par Lilly, 03 juin 2010 à 22:42 | | Répondre
  • Je ne connaissais pas du tout! Mais doute ou pas doute, je note!!!

    Posté par Karine:), 15 juin 2010 à 17:13 | | Répondre
  • Karine : il devrait te plaire !

    Posté par Lilly, 16 juin 2010 à 20:39 | | Répondre
  • Voilà un grand classique de la langue allemande, Lilly ! Et qu'il est rare de lire sur les blogs les œuvres de Heinrich von Kleist ... Une belle initiative pour faire découvrir ses écrits. Personnellement, je n'ai pas lu ce roman, mais je me souviens de sa pièce de théâtre, "Le prince de Hombourg" ! A lire aussi ...

    Posté par Nanne, 19 juin 2010 à 18:09 | | Répondre
  • Nanne : j'ai honte quand je vois ma méconnaissance totale de la littérature allemande... heureusement que tu es là pour nous en parler un peu !

    Posté par Lilly, 20 juin 2010 à 12:34 | | Répondre
  • C'est pas Herbert von Kleist, c'est : Heinrich von Kleist.

    Posté par Sorella, 20 octobre 2010 à 20:28 | | Répondre
  • Sorella : oui merci, j'ai corrigé ! Je ne sais pas pourquoi j'ai mis Herbert dans le billet puisque dans le titre et le tag j'avais bien écrit Heinrich...

    Posté par Lilly, 30 octobre 2010 à 12:15 | | Répondre
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