Carnets Intimes ; Sylvia Plath
La Table Ronde. 221 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff.
Ce livre se divise entre des extraits du journal de Sylvia Plath et quelques unes de ses nouvelles. Pourtant, de même que les tranches de vie rapportées par Sylvia Plath semblent être des nouvelles, on devine très facilement la part autobiographique des récits de fiction. Souvent, elles se répondent (c'est d'ailleurs plus que clair pour La veuve Mangada, qui est le titre à la fois d'un extrait du journal et d'une nouvelle)
Nous suivons ainsi Sylvia Plath à Cambridge, au début de l'année 1956, fragile, peu sûre de ses talents de poète, et incertaine quant à sa vie amoureuse. Elle a bien un amoureux quelque part, un certain Richard, mais il est loin, et elle ne se prive pas d'observer (et plus si affinités) les hommes qu'elle rencontre. C'est cette année là qu'elle croise Ted Hughes pour la première fois. Elle évoque cette rencontre explosive, entre rêve et réalité, plus loin dans le recueil, avec Le Garçon au Dauphin, sans doute la plus belle des nouvelles. Elle est fascinée par lui avant même de le connaître, pour avoir lu certains de ses textes. Il vient lui parler, elle lui demande de briser les barrières qui la retiennent, puis le mord sauvagement à la joue.
Pas rancunier, bien au contraire visiblement, Ted Hughes tombe sous le charme de la jeune fille. Quelques mois plus tard, ils se marient, et se rendent en Espagne, où ils logent chez la veuve Mangada, une femme en qui Sylvia voit une sorte de sorcière. Les deux jeunes époux se retrouvent en effet confrontés à des inconvénients très matériels, auquels l'imagination de Sylvia donne un aspect presque magique quand elle tire une nouvelle des notes de son journal, où elle prend un malin plaisir à réécrire cette anecdote de façon à en sortir victorieuse.
Les deux derniers textes extraits du journal ont été écrits lors des dernières semaines de sa vie avec Ted Hughes. Ils vivent alors à la campagne avec leurs deux enfants. Rose et Percy B. sont des voisins, et Sylvia Plath va observer la mort lente de Percy. Enfin, Charlie Pollard et les apiculteurs évoque l'acquisition d'une ruche par Ted et Sylvia.
C'est dans les nouvelles que j'ai pris le plus de plaisir à retrouver Sylvia Plath. Son univers est à la fois sombre et enchanté. Elle est hantée par son enfance, par Alice au Pays des Merveilles, par la maternité, par la mort, alors vous imaginez quel étrange et complexe résultat tout ceci peut donner. Je l'ai dit plus haut, Le Garçon au Dauphin, où Sylvia s'appelle Dody et rencontre un Leonard qui semble magicien, est la nouvelle qui m'a le plus touchée.
"Pour toute réponse, Leonard tapa du pied. Il piétina le sol.Un coup sur le sol, et les murs disparurent. Un coup sur le sol, et le plafond s'envola vers le royaume des cieux. Arrachant le bandeau rouge que Dody avait dans les cheveux, il le mit dans sa poche. Une ombre verte, une ombre moussue, lui effleura la bouche. Et au coeur du labyrinthe, dans le sanctuaire du jardin, un adolescent de pierre se fêla et vola en éclats, brisé en millions de morceaux."
J'ai aussi été bouleversée par cette jeune fille qui se fait prendre en flagrant délit de mensonge dans Un jour de juin, et pour qui cela a une importance que personne ne peut mesurer. Par ce frère et cette soeur qui retournent à l'adolescence sur les lieux de leur enfance, et qui découvrent que ce qui leur semblait immense a rétrécit. Par cette petite fille que son père n'emmènera jamais plus chasser les bourdons, et celle dont le père doit partir dans un camp d'internement où l'on met les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui comprend que Dieu n'existe pas. Ou encore par cette jeune fille, un sosie d'Esther Greenwood, qui n'a personne à qui parler, à part le soleil, qu'elle déteste.
L'écriture de Sylvia Plath est empreinte de mystère, de poésie, de nature, et surtout d'elle même. Je suis incapable de parler de ce livre, mais il faut que vous lui fassiez une place.
Je suis ravie d'avoir accepté ce premier partenariat avec BOB et les éditions de la Table Ronde, et les remercie chaleureusement.
Commentaires sur Carnets Intimes ; Sylvia Plath
- Je découvre ce jour ce blog : des livres, une hôtesse au joli nom de Lilly (qui est aussi l'un de mes surnoms mais orthographié différemment), tout me donnait envie d'en faire l'un des mes favoris. Et ce billet d'aujourd'hui sur Sylvia Plath, que je ne connaissais pas, confirme ma première impression. Cela faisait longtemps que je cherchais un blog sur la lecture qui partage lês mêmes goûts que les miens et me conduise à faire de nouvelles découvertes : je l'ai trouvé. Hourra !
- Est-ce que c'est dans ce recueil où, à un moment donné, deux personnes (j'imagine que c'est la nouvelle avec le "pèlerinage" des ados) se retrouvent au bord de l'eau (mer, océan, j'ai oublié) et scrutent des galets ou du verre poli, ou quelque chose dans le genre ?
Parce que je pense avoir lu ce livre, mais je n'en garde que l'image que je viens de citer, ce qui est quand même terrible.
De toute façon, pas très envie de cage en ce moment, quand bien même elle contiendrait le plus bel oiseau du monde.
(ceci dit, tu présentes ce recueil de manière très, très séduisante) - Cathulu : je n'ai pas trouvé ton billet, il est en gestation ?
Rose : pour l'instant, je ne connais pas du tout sa poésie. Il faudrait que je lise au moins "Daddy". Ted Hughes me tente plus.
Artsakountala : bienvenue ici alors ;o) et merci !
Maggie : non, je ne dirais pas déjanté, ce n'est pas la lecture que j'ai faite de ces textes. Mais je pense que ça devrait te plaire.
Erzébeth : les deux enfants retrouvent un rocher sur lequel ils jouaient étant enfants. Il y a bien des galets, mais je ne sais pas s'il s'agit de cette nouvelle...
Merci Allie. Je pense que Plath saura te séduire ;o)
Dominique : tu as lu ses textes en prose ? - Bonjour à toi ! je viens juste de découvrir ton blog (en fait, je cherchais des infos sur Katarina Mazetti et je suis tombée chez toi)et je le trouve super. J'ai envie de lire plein de romans !!!
Moi aussi j'ai un blog, mais qui est orienté couture et loisirs créatifs. J'aimerais bien, si tu m'autorises bien sûr, te mettre dans mes liens pour faire partager ton blog à mes "copines de la couture".
Bon, je vais continuer ma lecture chez toi.
J'ai déjà vu qu'il y avait Une Vie de Maupassant (mon livre fétiche)ça commence bien ! - rien à dire sur Sylvia Plath -j'ai lu ses nouvelles il y a trop longtemps pour m'en souvenir- Par contre, je vois que tu es une inconditionnelle des "Envoûtés" de Gombrowicz, livre que j'ai conseillé à la pelle à une époque (je suis libraire) et ça me fait bien plaisir. D'ailleurs, j'ai repéré vite fait quelques titres parmi mes chouchous, aussi ai-je envie de t'en citer deux, que tu connais peut-être, sinon qui pourraient te plaire : "les Dukay" de Lajos Mihaly, saga hongroise en trois tomes, un régal, et "une odeur de gingembre" d'Oswald Wynd, très beau portrait de femme et premier roman d'un vieux monsieur anglais (écrit dans les années 50 je crois)
Je n'ai pas encore lu ses nouvelles mais ce que tu en dis me fait énormément penser à certains épisodes de sa vie. La morsure lors de sa première rencontre avec Ted Hughes a réellement eu lieu, sa relation au mensonge, bref, je retrouve ma Sylvia.
La nouvelle est un genre que j'aime énormément alors j'ai hâte de lire Plath à l'oeuvre là-dedans
- bonjour So'fil : j'aimerais tellement savoir faire quelque chose avec mes mains, quand je tombe sur les blogs de couture, je suis toujours jalouse
) Aucun problème pour le lien !
Vivi : j'ai acheté "Une odeur de gingembre" cette année, mais je ne l'ai pas encore lu. En revanche, je ne connais pas du tout les Dukay. Merci pour ces conseils !
Ofelia : je crois que la plupart, voire toutes les nouvelles sont autobiographiques de toute façon. Mais cette rencontre avec Ted !!
Lou : c'est vrai que je pense que tu apprécierais beaucoup ;o)
















