Eighty_Years_of_Book_Cove_006_1_Faber and faber ; 225 pages.
1954
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Lettre G du Challenge ABC :

J'ignore comment, mais j'ai réussi à passer le bac sans avoir jamais eu à étudier ni 1984 d'Orwell, ni Sa Majesté des mouches de Golding, ce qui relève plutôt de l'exploit si je me fie à mes amis et aux étiquettes indiquant chaque année que ces deux livres sont au programme de terminale. Heureusement, ma passion pour l'Angleterre et tout ce qui y touche m'a permis de réparer ces lacunes.

Un avion s'est écrasé sur une île du Pacifique, laissant un groupe de jeunes garçons anglais livrés à eux-mêmes. Conscients de la nécessité de s'organiser, ils désignent Ralph, l'un des plus âgés, qui semble à la fois fort, séduisant et sûr de lui, pour être leur chef. Ceci se fait au détriment d'un autre garçon, Jack, qui prend la tête d'un groupe de "chasseurs" pour nourrir le groupe. Ralph insiste également sur la nécessite qu'il y a de maintenir un feu en permanence au cas où un bateau passerait à proximité de l'île. La situation, bien que fragile, est stable dans un premier temps, car les garçons sont encore guidés par les principes qu'on leur a inculqués. 
Cependant, si l'île est belle le jour, la nuit rôde une "bête" qui effraie peu à peu le groupe de garçons, des plus petits aux plus grands. La cruauté n'a pas non plus disparu. Le garçon obèse, asthmatique et trop sérieux, est immédiatement surnommé Piggy par ses camarades, et a bien du mal à se faire entendre. C'est dans cette voie de la déraison que les naufragés risquent en permanence de s'engouffrer, sans retour possible.

Sur la quatrième de couverture de mon édition, mon cher E.M. Forster décrit ce livre en quelques mots : "Beautifully written, tragic and provocative". Je suis on ne peut plus d'accord. L'écriture de Golding nous emporte dans de très belles descriptions tout en maintenant une tension permanente, qui n'est brisé que par l'effroi suscité lors des drames qui secouent le groupe de garçons, quand des marches vers la déshumanisation sont franchies. Je pense notamment à la mort de Simon, qui précipite d'autant plus la fuite de toute une partie vers une situation où la haine et la conformité prennent le dessus que ceux qui prônent la raison décident de ne pas mettre de mots sur ce qui s'est passé.
Les personnages ou les fantômes qui occupent ce récit symbolisent une partie de l'âme humaine, chacun à leur manière. Les garçons sont isolés, dans le Pacifique, loin de tout danger extérieur, mais la bête est là qui rôde. Être loin de la guerre et des adultes, c'est aussi sentir peu à peu s'éloigner les contraintes imposées par la vie en société démocratique, et établir peu à peu ses propres règles.

"Roger gathered a hanful of stones and began to throw them. Yet there was a space round Henry, perhaps six yards diameter, into which he dare not throw. Here, invisible, yet strong, was the taboo of the old life. Round the squatting child was the protection of parents and school and policemen and the law. Roger's arm was conditioned by a civilization that knew nothing of him and in ruins."

Cela peut sembler d'autant plus choquant que ce sont des enfants qui sont mis en scène, et donc un symbole de pureté et d'innocence. Plus que le fait que Golding n'avait visiblement pas une grande confiance en l'esprit humain, ce qui m'a choquée est le fait de m'apercevoir que ces garçons, à peine adolescents pour quelques uns, et encore de très jeunes enfants pour les autres, perdent pied sans être capables de le réaliser. Lord of the Flies date de 1954, et il est difficile de ne pas voir des échos de ce qui s'est produit notamment dans le nazisme lorsqu'on lit ce livre.

Lord of the Flies est donc un roman dérangeant, mais aussi captivant, et toujours autant nécessaire.   

Erzébeth, plutôt convaincue.
Les avis déçus d'Allie et de Karine.
(je me sens très seule d'un coup)