Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ; Stefan Zweig
Le Livre de Poche ; 124 pages.
Traduit par Olivier Bournac et Alzir Hella.
1927.
Lettre Z du Challenge ABC :
J'aime beaucoup Zweig, mais pour une raison inexplicable, j'ai toujours un sentiment d'appréhension lorsque j'ouvre l'un de ses livres. Et pour celui-ci, c'était encore pire, j'étais certaine que j'allais m'ennuyer.
Nous sommes à Monte-Carlo, et les clients d'un hôtel sont sous le choc. Une femme d'une trentaine d'années, mariée et mère de famille, vient d'abandonner les siens pour fuir avec un jeune homme rencontré seulement quelques heures plus tôt. Bien entendu, les commentaires acerbes sont de la partie. Tous affirment que les deux amants se connaissaient de longue date, que la jeune femme était nécessairement dérangée, et que l'enlèvement était prévu depuis longtemps.
Seul notre narrateur s'oppose à cette vision, ce qui donne lieu à une forte dispute avec ses compagnons. Une vieille dame anglaise semble particulièrement intéressée par sa conception des choses et, après s'être assuré qu'il reste ferme sur ses positions, elle décide de se confier à lui, de lui raconter comment en vingt-quatre heures, la femme respectable qu'elle était a renoncé à tout.
Ce roman est une merveille ! Je pense même que je l'ai préféré à Lettre d'une inconnue, que j'ai longtemps confondu avec ce livre, et qui était jusque là mon favori de Zweig.
La patte de l'auteur est bien présente. L'ambiance est nostalgique, l'action ne se déroule pas au moment où nous la découvrons. La folie liée à une obsession guette, comme souvent chez Zweig. Folie ou humanité d'ailleurs, mais qui se révèle quoi qu'il en soit tragique.
La bonne société qui juge les "gourgandines" est remise en cause par ce portrait de femme qui n'avait pas prévu qu'elle serait celle qui aurait le droit de contempler la vie. Elle l'a payé cher, son coeur a été brisé et elle s'est sentie coupable pendant le restant de sa vie. Mais au final, sa rencontre avec notre narrateur est une récompense, un droit au soulagement. Zweig souligne les risques auxquels exposent les "bonnes manières". En étouffant les passions, elles éclatent avec une intensité encore plus violente, et au moment le moins opportun. "Seuls peut-être des gens absolument étrangers à la passion connaissent, en des moments tout à fait exceptionnels, ces explosions soudaines d'une passion semblable à une avalanche ou à un ouragan : alors, des années entières de forces non utilisées se précipitent et roulent dans les profondeurs d'une poitrine humaine". Et heureusement sans doute, parce qu'il est malheureux qu'un être humain dise que pendant plus de quarante ans, il n'avait rien vécu.
La minutie avec laquelle l'auteur étudie les caractères humains se révèle surtout dans la salle de jeux, endroit symbolique, où a lieu la rencontre entre Mrs C. et l'homme dont elle ne connaîtra jamais le nom. Etre impassible est un idéal dans une société tout en retenue, mais même dans les lieux où les émotions sont les plus dangereuses, les traîtres qui sont en nous se dévoilent. Je n'aurais jamais pensé lire un jour avec autant d'émotion des descriptions de mains, et pouvoir y trouver un tel désespoir !
Zweig m'a encore une fois fait passer un excellent moment, si vous n'avez pas encore découvert ce livre, il faut le faire au plus vite !
Karine :) , Karine, Keisha, Malice et bien d'autres ont également été conquis.
Commentaires sur Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ; Stefan Zweig
- J'ai de très jolis souvenirs de lecture de Zweig et finalement assez curieusement, je repousse toujours le moment où j'ouvrirai à nouveau un de ses romans. Pas vraiment la peur de m'ennuyer mais je n'ai pas vraiment envie de plonger dans son univers... alors que mes trois lectures ont été un vrai plaisir.
- Lael : mon clavier a fourché, merci ;o) Sinon, je ne garde aucun souvenir de "La confusion...", mais celui-ci est assurément bien meilleur !
Lou : celui-ci ne peut que te plaire, et je peux te le prêter ;o)
Titine : "Le voyage dans le passé" m'a fait passer un bon moment, mais je trouve avec le recul qu'il n'est pas comparable à celui-ci ou à "Lettre d'une inconnue" en intensité.
Reka: je vais me procurer le film
)
Keisha : j'ai adoré "Le joueur d'échecs" aussi, ça a été mon premier Zweig ;o)
Manu : tu devrais aimer sans problème ;o)
Mango : il a surtout été très prolifique, il faudrait que je m'attèle à ses biographies maintenant.
Virginie : ce fut un plaisir ;o)
Erzébeth : tu peux voir le film, ou le relire... - Je me rappelle ce livre.Je découvrais Zweig et j'avais brusquement l'impression de découvrir la littérature.Un coup terrible et une passion jamais éteinte.
"Lettre d'une inconnue" compte pourtant à mes yeux comme l'une des plus belles lettres d'amour jamais écrites.
Mais ce livre dont tu as fait un billet splendide est un chef-d'oeuvre, oui ! - Leiloona : si tu aimes Zweig, il est pour toi !
LN : moi aussi je devrais le lire plus souvent. Ca me donnerais sans doute plus d'assurance face à lui ;o)
Laurence : tu es gentille, mais je ne l'aime pas tant que ça ce billet... Sinon, je vois que l'on est d'accord sur mes deux chouchous de Zweig ;o) - Je plonge avec délice dans l'univers de Stefan Zweig à chaque lecture d'un de ses romans, essais ... Cet auteur est un être prodigieux qui ne nous a laissé que des ouvrages d'excellence ! "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme" est une de ses merveilles, Lilly. Si tu ne l'as pas encore fait, il te faut voir le film que j'avais trouvé aussi admirable (avec Agnès Jaoui).
- Nanne : je n'ai pas vu le film, mais ça viendra !
Karine
: c'est une bonne chose dans ce sens là ;o)
Belle de nuit : J'ai découvert Zweig avec "Le Joueur d'échecs", donc je ne m'attendais à rien. En plus, j'avais une prof de français passionnante, qui plaidait très bien sa cause. Mais celui-ci m'a davantage plu.














