15 juin 2009

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ; Stefan Zweig

resize_4_Le Livre de Poche ; 124 pages.
Traduit par Olivier Bournac et Alzir Hella.
1927.

Lettre Z du Challenge ABC :

J'aime beaucoup Zweig, mais pour une raison inexplicable, j'ai toujours un sentiment d'appréhension lorsque j'ouvre l'un de ses livres. Et pour celui-ci, c'était encore pire, j'étais certaine que j'allais m'ennuyer.

Nous sommes à Monte-Carlo, et les clients d'un hôtel sont sous le choc. Une femme d'une trentaine d'années, mariée et mère de famille, vient d'abandonner les siens pour fuir avec un jeune homme rencontré seulement quelques heures plus tôt. Bien entendu, les commentaires acerbes sont de la partie. Tous affirment que les deux amants se connaissaient de longue date, que la jeune femme était nécessairement dérangée, et que l'enlèvement était prévu depuis longtemps.
Seul notre narrateur s'oppose à cette vision, ce qui donne lieu à une forte dispute avec ses compagnons. Une vieille dame anglaise semble particulièrement intéressée par sa conception des choses et, après s'être assuré qu'il reste ferme sur ses positions, elle décide de se confier à lui, de lui raconter comment en vingt-quatre heures, la femme respectable qu'elle était a renoncé à tout.

Ce roman est une merveille ! Je pense même que je l'ai préféré à Lettre d'une inconnue, que j'ai longtemps confondu avec ce livre, et qui était jusque là mon favori de Zweig.
La patte de l'auteur est bien présente. L'ambiance est nostalgique, l'action ne se déroule pas au moment où nous la découvrons. La folie liée à une obsession guette, comme souvent chez Zweig. Folie ou humanité d'ailleurs, mais qui se révèle quoi qu'il en soit tragique.
La bonne société qui juge les "gourgandines" est remise en cause par ce portrait de femme qui n'avait pas prévu qu'elle serait celle qui aurait le droit de contempler la vie. Elle l'a payé cher, son coeur a été brisé et elle s'est sentie coupable pendant le restant de sa vie. Mais au final, sa rencontre avec notre narrateur est une récompense, un droit au soulagement. Zweig souligne les risques auxquels exposent les "bonnes manières". En étouffant les passions, elles éclatent avec une intensité encore plus violente, et au moment le moins opportun. "Seuls peut-être des gens absolument étrangers à la passion connaissent, en des moments tout à fait exceptionnels, ces explosions soudaines d'une passion semblable à une avalanche ou à un ouragan : alors, des années entières de forces non utilisées se précipitent et roulent dans les profondeurs d'une poitrine humaine". Et heureusement sans doute, parce qu'il est malheureux qu'un être humain dise que pendant plus de quarante ans, il n'avait rien vécu.
La minutie avec laquelle l'auteur étudie les caractères humains se révèle surtout dans la salle de jeux, endroit symbolique, où a lieu la rencontre entre Mrs C. et l'homme dont elle ne connaîtra jamais le nom. Etre impassible est un idéal dans une société tout en retenue, mais même dans les lieux où les émotions sont les plus dangereuses, les traîtres qui sont en nous se dévoilent. Je n'aurais jamais pensé lire un jour avec autant d'émotion des descriptions de mains, et pouvoir y trouver un tel désespoir !

Zweig m'a encore une fois fait passer un excellent moment, si vous n'avez pas encore découvert ce livre, il faut le faire au plus vite !

Karine :) , Karine, Keisha, Malice et bien d'autres ont également été conquis.



Commentaires sur Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ; Stefan Zweig

    chouette tu me donnes envie, je viens à peine de commencer La confusion des sentiments et je compte aussi lire Vingt quatre heures dans la vie d'une femme d'ailleurs on dit de ou dans, car la couverture du livre dit de et le titre dans?

    Posté par lael, 15 juin 2009 à 12:20 | | Répondre
  • J'ai de très jolis souvenirs de lecture de Zweig et finalement assez curieusement, je repousse toujours le moment où j'ouvrirai à nouveau un de ses romans. Pas vraiment la peur de m'ennuyer mais je n'ai pas vraiment envie de plonger dans son univers... alors que mes trois lectures ont été un vrai plaisir.

    Posté par Lou, 15 juin 2009 à 13:17 | | Répondre
  • Je crois aussi que c'est mon roman préféré de Zweig, j'affectionne la littérature de la Mitteleuropa qui véhicule toujours une grande mélancolie. Je dois bientôt lire "Le voyage dans le passé" de Zweig qui est resorti récemment.

    Posté par Titine, 15 juin 2009 à 13:41 | | Répondre
  • Le film avec Serrault et Jaoui est aussi magnifique !
    Celui-ci, je le lirai un jour

    Posté par Reka, 15 juin 2009 à 14:10 | | Répondre
  • Ffou, ça ne se fait pas de démarrer un billet de cette façon!! J'ai eu très peur...
    Ah Zweig, comment ai - je pu vivre sans te connaitre? (non , je n'ai rien fumé), un vrai bonheur cet écrivain.
    J'ai un coup de coeur pour Le joueur d'échecs, mais j'accepte d'autres avis, pourvu qu'on l'aime!

    Posté par keisha, 15 juin 2009 à 14:34 | | Répondre
  • Oh il est dans ma PAL depuis une éternité et il faut absolument que je l'en sorte car 1) j'aime Zweig 2) l'histoire m'attire énormément 3) ton commentaire achève de me donner envie !

    Posté par Manu, 15 juin 2009 à 18:00 | | Répondre
  • Bon, cette fois-ci s'il est en rayon, je me décide

    Posté par cathulu, 15 juin 2009 à 18:26 | | Répondre
  • Lire Zweig est un pur délice! Il ne m'a encore jamais déçue. "Le voyage dans le passé" est celui qui m'a plu le moins et comme Keisha, "Le joueur d'échecs "reste mon préféré. Quel écrivain!

    Posté par Mango, 15 juin 2009 à 21:24 | | Répondre
  • Je voulais te remercier pour ton grand soutien ce week end;o)

    Posté par Virginie, 16 juin 2009 à 06:39 | | Répondre
  • On a exactement la même approche de Zweig, c'est amusant.
    J'ai lu ce roman-ci il y a un nombre infini d'années (bon, c'était peut-être il y a 4 ans seulement, je ne sais plus), je n'en ai plus aucun souvenir si ce n'est que j'avais beaucoup aimé, il va falloir remédier à ce trou de mémoire...!

    Posté par erzébeth, 16 juin 2009 à 08:38 | | Répondre
  • Lael : mon clavier a fourché, merci ;o) Sinon, je ne garde aucun souvenir de "La confusion...", mais celui-ci est assurément bien meilleur !

    Lou : celui-ci ne peut que te plaire, et je peux te le prêter ;o)

    Titine : "Le voyage dans le passé" m'a fait passer un bon moment, mais je trouve avec le recul qu'il n'est pas comparable à celui-ci ou à "Lettre d'une inconnue" en intensité.

    Reka: je vais me procurer le film )

    Keisha : j'ai adoré "Le joueur d'échecs" aussi, ça a été mon premier Zweig ;o)

    Manu : tu devrais aimer sans problème ;o)

    Mango : il a surtout été très prolifique, il faudrait que je m'attèle à ses biographies maintenant.

    Virginie : ce fut un plaisir ;o)

    Erzébeth : tu peux voir le film, ou le relire...

    Posté par Lilly, 16 juin 2009 à 12:01 | | Répondre
  • Eh bien ! Quel billet ! Je n'ai pas lu ce livre de Zweig, pourtant j'aime beaucoup sa plume. Je le lirai un jour ! )

    Posté par Leiloona, 16 juin 2009 à 14:09 | | Répondre
  • Je l'ai lu il y a longtemps maintenant et je l'avais beaucoup aimé... D'ailleurs en règle générale ça me rappelle que j'aime beaucoup cet auteur. Il faudrait que je le lise plus souvent

    Posté par LN, 16 juin 2009 à 18:38 | | Répondre
  • Je me rappelle ce livre.Je découvrais Zweig et j'avais brusquement l'impression de découvrir la littérature.Un coup terrible et une passion jamais éteinte.
    "Lettre d'une inconnue" compte pourtant à mes yeux comme l'une des plus belles lettres d'amour jamais écrites.
    Mais ce livre dont tu as fait un billet splendide est un chef-d'oeuvre, oui !

    Posté par Laurence, 17 juin 2009 à 22:59 | | Répondre
  • Leiloona : si tu aimes Zweig, il est pour toi !

    LN : moi aussi je devrais le lire plus souvent. Ca me donnerais sans doute plus d'assurance face à lui ;o)

    Laurence : tu es gentille, mais je ne l'aime pas tant que ça ce billet... Sinon, je vois que l'on est d'accord sur mes deux chouchous de Zweig ;o)

    Posté par Lilly, 18 juin 2009 à 08:42 | | Répondre
  • Je le garde dans ma LAL pour cet été...

    Posté par Gambadou, 19 juin 2009 à 14:23 | | Répondre
  • je n'ai jamais lu zweig, j'ai honte... remarque il est dans ma lal et dans ma pal mais pas tout seul... tss tss

    Posté par yueyin, 19 juin 2009 à 19:14 | | Répondre
  • C'est un beau et bon souvenir de lecture! A lire et relire! Zweig est un maître, définitivement un maître!

    Posté par chiffonnette, 22 juin 2009 à 08:17 | | Répondre
  • Je ne l'avais pas spécialement apprécié lors de ma scolarité , mais avec un peu de recul peut etre devrais je le ressortir de mes cartons .

    Posté par Sophie, 22 juin 2009 à 19:49 | | Répondre
  • Nom de nom, il faut que je le lise

    Posté par Celsmoon, 25 juin 2009 à 22:09 | | Répondre
  • Ces fameuses descriptions de mains... Très beau commentaire qui fait resurgir le souvenir de cette agréable lecture. Le jeune homme avoir les mêmes tics que le joueur d'échecs.

    Posté par Gangoueus, 26 juin 2009 à 13:32 | | Répondre
  • Gambadou : il fera une lecture tout à fait adaptée.

    Yueyin : mais non enfin, simplement tu perds vraiment quelque chose...

    Posté par Lilly, 26 juin 2009 à 14:37 | | Répondre
  • Sophie : oui, je pense que cette lecture peut être vue différemment selon l'âge que tu as. Tu devrais la reprendre.

    Gangoueus : j'ai lu "Le joueur d'échecs" il y a trop longtemps pour me souvenir de ces détails, mais je vais y rejeter un oeil pour voir ça ;o)

    Posté par Lilly, 26 juin 2009 à 14:40 | | Répondre
  • Je plonge avec délice dans l'univers de Stefan Zweig à chaque lecture d'un de ses romans, essais ... Cet auteur est un être prodigieux qui ne nous a laissé que des ouvrages d'excellence ! "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme" est une de ses merveilles, Lilly. Si tu ne l'as pas encore fait, il te faut voir le film que j'avais trouvé aussi admirable (avec Agnès Jaoui).

    Posté par Nanne, 27 juin 2009 à 17:14 | | Répondre
  • Ce que je l'ai aimé aussi, celui-là!! Et bizarrement, j'ai toujours la même appréhension que toi quand j'ouvre un Zweig... et je me trompe à chaque fois!!!

    Posté par Karine:), 29 juin 2009 à 17:34 | | Répondre
  • Lu l'année dernière mais je l'ai adoré. J'ai moins aimé en revanche "Le joueur d'échecs". Je m'attendais à autre chose c'est peut-être pour ça. En tout cas, ce titre là fait l'unanimité sur la blogosphère c'est sûr !

    Posté par belledenuit, 29 juin 2009 à 18:49 | | Répondre
  • Nanne : je n'ai pas vu le film, mais ça viendra !

    Karine : c'est une bonne chose dans ce sens là ;o)

    Belle de nuit : J'ai découvert Zweig avec "Le Joueur d'échecs", donc je ne m'attendais à rien. En plus, j'avais une prof de français passionnante, qui plaidait très bien sa cause. Mais celui-ci m'a davantage plu.

    Posté par Lilly, 30 juin 2009 à 11:17 | | Répondre
  • J'avoue que j'ai eu du mal avec ce roman. peut-être à cause de la construction, qui part un peu dans tous les sens. Je n'ai pas accroché et n'ai pas retrouvé le grand intérêt du Joueur d'échecs.

    Posté par Nicolas, 01 juillet 2009 à 18:59 | | Répondre
  • Nicolas : la construction ? je l'ai trouvé bien cadré au contraire. Quant aux thèmes abordés, j'ai trouvé des similitudes avec "Le Joueur d'échecs", comme la folie, l'obsession, même si je comprends que "Le Joueur..." marque plus les esprits.

    Posté par Lilly, 02 juillet 2009 à 23:15 | | Répondre
  • Merci

    Merci pour ce Blog intéressant, riche et franchement génial. Merci aussi pour cette avis, grâce à toi, j'ai pu me replonger dans cette lecture, que j'avais plus qu'adorée. Merci, encore et bonne continuation

    Posté par Ellcrys, 09 juillet 2009 à 13:28 | | Répondre
  • Ellcrys : bienvenue par ici et merci pour ce gentil commentaire !

    Posté par Lilly, 10 juillet 2009 à 12:11 | | Répondre
  • il m'attend dans ma PAL, Nanne me l'a offert lors d'un échange. J'espère qu'il me plaira

    Posté par anjelica, 02 août 2009 à 22:00 | | Répondre
  • Anjelica : il n'y a aucune raison pour que tu n'aimes pas, Nanne a eu raison !

    Posté par Lilly, 03 août 2009 à 10:35 | | Répondre
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