Nineteen-Eighty-Four ; George Orwell
Penguin Modern Classics ; 325 pages.
1959. V.F. : 1984.
Lettre O Challenge ABC :
Cette année, j'avais prévu de lire deux livres qui ont obtenu le statut de chef d'oeuvre en Angleterre et dans le monde : Lord of the Flies de William Golding, et Nineteen Eighty-Four de George Orwell. Ce dernier a en plus bénéficié du relooking des éditions Penguin Modern Classics, ce qui donne très envie de le lire. Il s'agit d'une excellente initiative, puisque Nineteen Eighty-Four est un chef d'oeuvre.
BIG BROTHER IS WATCHING YOU. Imaginez un monde où, si vous n'être pas un simple prolétaire, vous ne pouvez pas faire le moindre mouvement sans être scruté à l'aide d'écran, ou écouté grâce à des micros dissimulés absolument partout. Un monde où l'amitié n'existe pas, où les unions sont autorisées seulement dans un but de procréation, où vous devez être fier lorsque vos enfants vous dénoncent comme dissident.
Voilà ce que connaît Winston Smith, habitant d'Océania, l'un des trois groupes territoriaux qui se sont formés au milieu du XXe siècle. Winston travaille au ministère de la Vérité, où il doit sans cesse participer aux mensonges du Parti, transformer les faits, au point de ne plus toujours savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. La ration de chocolat a baissé ? Mais non, elle a augmenté ! Et n'essayez pas d'aller affirmer le contraire, même en pensée, car tous les crimes contre le Parti sont ressentis de la même façon en Oceania.
Winston ne parvient cependant pas à se sentir à l'aise dans cette vie et ce monde qu'il ne comprend pas. Un jour (il faut attendre le deuxième tiers du livre, les résumés sont trompeurs), il entame une liaison avec Julia, une jeune femme qu'il croyait pourtant être totalement acquise à la cause du Parti. Mais leur amour ne peut pas durer, et tous deux savent qu'ils se feront prendre, qu'ils seront torturés, qu'ils se dénonceront mutuellement. La seule chose en laquelle ils croient fermement est l'impuissance du Parti face à leurs sentiments :
" They can't do that,' she said finally. It's the one thing they can't do. They can make you say anything -anything- but they can't make you believe it. They can't get inside you."
Julia et Winston ont tort de dire cela. Car il s'agit justement de ce qui rend Nineteen Eighty-Four si puissant. On croit toucher le fond à chaque instant, on croit que les choses s'amélioreront forcément, mais il devient de plus en plus évident que les personnages sont totalement cernés, dans une situation que l'on ne pouvait même pas concevoir avant d'ouvrir ce livre (si vous cherchez à vous remonter le moral, n'ouvrez pas ce livre). Je n'avais déjà pas une haute opinion de la télé-réalité, je crois que je n'entendrais plus jamais le terme de "Big Brother" comme avant.
Ce qui est le plus effrayant dans ce livre, c'est la lucidité dont fait preuve George Orwell à l'égard de la nature humaine. Il dénonce les totalitarismes, particulièrement le communisme (le livre a été publié en 1949), mais il n'a surtout aucune foi dans l'être humain. Il sait ce qui a fait défaut aux régimes nazi, fasciste, et ce qui fera défaut à l'URSS, et il crée un régime qui n'a pas hésité à aller encore plus loin. Le Parti ne veut pas une soumission de ses membres, il veut une adhésion totale et irréfléchie. L'idée du Nouveau Langage m'a glacé le sang :
"Don't you see that the whole aim of Newspeak is to narrow the range of thought ? In the end we shall make thoughtcrime literally impossible, because there will be no words in which to express it."
La dernière phrase du livre est la plus cynique que j'ai jamais lue. Oui, parce que l'on plonge tellement loin dans la noirceur de l'Homme, que beaucoup de passages nous font quand même rire jaune.
J'ai cherché une note d'espoir dans ce livre. Je pensais que Julia pouvait la représenter. Elle n'a pas connu ce qu'il y avait avant, et pourtant elle semble différente. Seulement, plus j'y repense, et plus je me dit que le Parti nous prouve avec ce qu'il fait à Winston, qu'il est capable de tout, et que personne ne peut lui échapper. S'il est impossible que Julia ait échappé au Parti, il n'y a qu'une solution possible, et c'est pire que tout...
Ce roman est horriblement frustrant, car toutes les questions restent sans réponse. Mais c'est parce que chaque mot que Orwell a écrit est parfaitement pensé. J'ai trouvé Le Livre horriblement ennuyeux et sans intérêt, j'ai vite compris pourquoi. Vraiment le meilleur livre que j'ai lu depuis un moment je crois.
Pour des avis moins décousus, allez chez Erzébeth et Karine.
Commentaires sur Nineteen-Eighty-Four ; George Orwell
- Bizarrement a l'adolescence, il ne m'avait pas plu ce bouquin même si les idées m'ont profondément marquée... je me rappelle la frustration, l'ambiance glauque et angoissante et je n'ai jamais eu envie de le relire... pas contre j'y pense souvent en référence incontournable, en regardant la télé par exemple.. au hasard ! Très fort ce livre !
- Un statut de chef d'œuvre amplement mérité. Curieusement, je l'ai relu il y a peu, et comme ts les commentaires le disent, le souvenir des détails de l'intrigue m'échappent. Par contre, il n'y a pas à discuter, c'est d'une intelligence rare, et percutant avec ça. Prtt, des ouvrages sur le totalitarisme, j'en ai lu un paquet, mais encore aucun ne m'avait fait autant prendre conscience de l'ampleur du piège que constitue le totalitarisme et de l'absence d'alternatives qu'il entraine.
Certes, aucun optimisme là dedans, et prtt, je pense que ce livre a du créer pas mal de vocations politiques : c'est en le lisant qu'on comprend que la Politique est essentielle, et ns concerne ts directement. Enfin, on le savait déjà que c'était important, ms en lisant 1984, on le croit, on en a une compréhension intime, comme si on l'avait vécu. Rien que ça, c'est un peu d'espoir, non ? - Mon avis, moins décousu que le tien??? Au contraire, je trouve ton billet tout à fait excellent et je suis d'accord pour dire que ce livre est très, très fort. Comme toi, je suis sortie de là avec un sentiment d'impuissance et de dépassement incroyable. Le passage sur le Newspeak et la dernière phrase... ça fait vraiment, vraiment peur. J'en garde un souvenir fort après plusieurs années et je crois que j'ai été trop remuée pour vraiment apprécier le moment de lecture proprement dit. (je vais aussi avouer que j'ai trouvé des longueurs... mais bon, ça remonte à il y a quand même un bon nombre d'années)!
- gemarc : je n'ai pas lu les deux autres titres que tu cites, mais c'est prévu. Je crois qu'ils sont en effet dans la même veine.
Isil, Lou, Manu, Leiloona, Praline, Titine, Pom' : vous l'avez lu pour les cours ? J'ai l'impression que je suis la seule à être passée au travers de cet auteur, c'est comme pour Stendhal ou Mme de La Fayette, je n'ai jamais eu à les lire pour l'école..
Leiloona : En fait, je ne l'ai pas trouvé si visionnaire que cela. Lucide, c'est certain. Mais le nazisme, le fascisme et le communisme étaient déjà passés ou en cours quand Orwell a écrit son livre.
Keisha : brrr! ces rats, quelle horreur !
Mais j'ai rajouté "Animal Farm" à ma LAL du coup ;o)
Yue Yin : je trouve ça choquant quelque part de baptiser des émissions "Big Brother". Les gens ne doivent pas savoir de quoi il s'agit vraiment je pense...
Pimpi : ce n'est pas non plus un livre horrible, hein ! J'espère que tu lui donneras une chance quand tu seras mieux disposée ;o)
Oranee : je ne sais pas si ce livre a causé beaucoup de vocations politiques, mais c'est vrai qu'Orwell devait désirer provoquer des réactions positives avec son livre.
Karine
: oui, "décousu" mon billet ! J'avais tellement de choses à dire que j'en ai oublié la moitié, que mes idées ne sont pas du tout organisées (encore pire que d'habitude
)...
Sinon, j'ai vu que tu n'avais pas totalement adoré, mais je n'ai pas du tout ressenti les longueurs (à part une, mais elle est voulue je pense, puisque l'on comprend ensuite pourquoi le livre ne pouvait en aucun cas apporter des éléments nouveaux. - J'ai rien compris à ton avant-dernière phrase (où tu parles du "Livre", mais je ne vois pas ce dont il s'agit; c'est dans le roman ?). Mon cerveau est en veille, pardonne-moi.
Je me rends compte d'ailleurs en te lisant que c'est un roman qui mérite vraiment d'être lu et relu, son message me paraissant encore très fort aujourd'hui...
Et je ne te trouve pas décousue du tout.
Et je n'ai jamais lu Stendhal à l'école - même en fac. La Fayette, bon, j'y ai eu droit en première année... mais ce fut loin d'être une corvée ! - Je fais partie de la longue liste des gens qui l'ont lu il y a longtemps et s'en souviennent très peu. Est-ce que les blogs vont nous aider à garder la mémoire ? C'est ce que j'espère... Sinon je suis contente de voir que même quelqu'un qui l'a lu récemment ne comprend pas non plus la fin de ton billet. Qu'est-ce que c'est que "Le livre" ?
- C'est marrant car à l'inverse, je l'ai lu une fois il y a assez longtemps et et relu ensuite mais je ne saurais dire quand et je garde des souvenirs assez précis, voire assez visuels de ce roman. Et je pourrais dire le même chose de "Sa majesté des mouches". Par contre, je regrette de ne pas lire ne anglais...
- j'apprécie beaucoup la teneur et la prestance de ton billet qui est complet et d'une grande qualité, je sais ce que contient ce livre et tu en as tellement bien parlé que je l'inscris! je ne connais pas du tout l'auteur et même si la noirceur est présente, ton avis est plus que convaincant! c'est noté merci pour cette découverte!
- Erzébeth : il s'agit du livre d'Emmanuel Goldstein ;o)
Emeraude : n'hésite pas à le lire quand tu en éprouveras l'envie, c'est vraiment un roman à connaître !
Levraoueg : le livre d'Emmanuel Goldstein, que les membres de la Fraternité doivent lire ! ;o)
Sinon, moi aussi je compte sur les blogs pour garder la mémoire...
Loula : j'ai été étonnée de constater que ce livre est vraiment très accessible en anglais, alors une relecture en VO doit très bien passer.
Jumy : alors tu peux te jeter sur ce roman ! ;o)
Lou :j'ai l'impression qu'il est quand même étudié, les romans principaux d'Orwell sont souvent très présents sur les présentoirs scolaires.
Merci Laël, tu es adorable
)) J'espère que ce livre te marquera beaucoup toi aussi !
- En dehors de "1984" (dont tu parles très bien) et "La ferme des animaux", peu de lecteurs ont lu d'autres livres de George Orwell et c'est bien dommage !! C'est un auteur à (re)découvrir d'urgence pour sa vision très réaliste des événements. Je pense particulièrement à "Hommage à la Catalogne" et à son engagement dans la guerre d'Espagne où sa perception du colonialisme anglais. Vraiment à lire, Lilly ...
- Comme les trois quart de tes commentateurs je l'ai lu il y a longtemps, à l'époque la forme m'avait ennuyée mais j'en était ressortie terrifiée et je crois que je le suis encore. Bizarrement je me souviens très précisément de certaines scènes, et Big brother est resté pour toujours ma hantise (c'est bizarre d'ailleurs que certain livre qu'on a pas forcément adoré nous marquent aussi profondément alors que d'autres adorés sur le moment ne nous laisse qu'un souvenir fugace...)
- Nanne : j'avais déjà noté "Une fille de pasteur". De toute façon, je pense que lorsqu'on aime un auteur, on farfouille quand même afin de trouver ce qu'il a écrit, même le moins célèbre.
Sur la guerre civile espagnole, j'ai encore "For whom the bell tolls" d'Hemingway en attente...
Yueyin : moi aussi je suis souvent étonnée de voir comment un livre apprécie, mais pas adoré sur le moment, peut prendre toute sa signification plus tard. Je pense à "Gatsby", beaucoup aimé, mais moins que beaucoup d'autres. Une de ses citations me poursuit depuis des semaines ! - Eh ben moi, j'ai espérer jusqu'à la fin de voir une note positive, mais la dernière phrase m'a totalement mis le moral à zéro, et je me souviens m'être dit qu'il n'y avait plus aucun espoir. Je me souviens aussi que ce livre m'a vraiment déboussolée, j'aime beaucoup ce genre de livres sur le "totalitarisme total" et bien souvent je me révolte, même si je sais que c'est de la fiction. Il est si facile finalement d'en arriver là que ça fait peur
- C'est un livre fondamental pour moi. Plus que le style, ce sont les idées qu'il véhiculent que je trouve importantes. Comme tu le souligne, le nouveau langage est perturbant et pourtant très lucide. C'est vrai, comment se révolter contre une chose à laquelle on n'arrive même pas à penser, faute de mots pour la définir. Et toutes les idées émises par Orwell et qui sont encore terriblement d'actualité, comme la manipulation des informations, la réécriture de l'histoire, qui sont faites de nos jours sous une forme plus perverse.
Et se dire aussi que ce livre a servi à fonder la première émission de téléréalité (mais est-ce que les concepteurs avaient pris la peine de le lire???).
Bref, je trouve que sa lecture devrait être obligatoire en secondaire. Malheureusement, la traduction française est exécrable. Toutefois, je n'ai pas encore lu la toute dernière traduction de l'année dernière. - Cachou : je suis totalement de ton avis. J'aurais bien aimé le lire dans le secondaire, il illustre très bien des thèmes que l'on aborde dans plusieurs matières.
Pour la traduction, je ne sais pas, je l'ai lu en anglais (j'aime énormément cette couverture en plus), et je compte continuer en VO avec Orwell.
















Je pense qu'après Le meilleur des mondes, d'Huxley et Le Château de kafka, que j'ai relus récemment,1984 est une lecture qui tombe à point.