27 septembre 2008

Le bruit et la fureur ; William Faulkner

412N12CQA3LFolio ; 384 pages.
Traduction de Maurice Coindreau. 1929.
Titre original : The Sound and the Fury.

Comme vous le savez, je suis d'une nature extrêmement généreuse, et cela donne souvent lieu à des abus. Ainsi, après ma lecture laborieuse de Tandis que j'agonise, Erzébeth, la bouche en coeur, m'a demandé de tester Le bruit et la fureur qui la tentait bien.
Bon, j'avoue que j'avais ce titre en ligne de mire depuis Lumière d'août. La petite fille de la couverture me fait penser à ma cousine (même si ce n'est qu'une impression, de près elles ont juste eu la même coupe de cheveux à un moment donné). Du coup, je ne l'ai pas non plus ouvert en traînant des pieds, et bien m'en a pris.

Encore une fois avec Faulkner, il est impossible de faire un résumé de ce livre. Il se découpe en quatre parties, quatre dates, mises dans le désordre, et dont la chronologie individuelle est également perturbée puisque l'histoire se passe dans la tête de narrateurs troublés. Nous suivons en effet les Compson, une ancienne famille respectée de Jefferson, qui s'effondre.

Ce roman est pour moi le livre de l'année, et sans doute bien plus. Il ne détrône pas Wuthering Heights, je suis bien trop fidèle à mes amours de jeunesse, mais Le bruit et la fureur intègre assurément mon top 10 des meilleurs livres. 
C'est bien simple, il y a tout dedans. On ne comprend d'abord pas dans quoi on se plonge, comme d'habitude, mais c'est encore plus normal dans Le bruit et la fureur que dans les autres romans de Faulkner que j'ai lus. Parce que c'est un roman vrai. Nous suivons les pensées des narrateurs, du coup ces derniers ne pensent pas toujours à préciser de quoi ils parlent, ni de qui, ni de quand, ni d'où. Les phrases sont coupées, parce que les pensées s'entremêlent. Tout cet ensemble donne une justesse et une force incroyable au récit, et dégage une émotion que l'on ne ressent que dans les meilleurs romans. D'une façon générale, des trois livres de Faulkner que j'ai lus, il s'agit de celui qui est étrangement le plus facile à suivre. Dès le début, alors même que l'on ne comprend pas encore qui est qui, ni à quelle date nous sommes, le récit est déjà passionnant. Les pages sans ponctuation, dont il faut deviner les dialogues, sont celles qui m'ont le plus touchée. Parce que ce sont celles où le narrateur (Quentin en l'occurrence) est le plus désespéré.
Oui, parce qu'on peut le dire, ce n'est pas la joie chez les Compson. Ils sont torturés, à la limite de la folie, et remplis d'obsessions, dans une maison lugubre et maudite selon Caroline, la mère. Mais encore une fois, ils sont vrais, grâce à l'usage incessant des monologues intérieurs chers à Faulkner, qui bien que décousus d'apparence, permettent de voyager dans le temps et de comprendre les personnages. Tous les garçons Compson ont une tare. Ben est handicapé, Quentin est amoureux de la seule femme qui lui est absolument défendue, et Jason n'a rien d'un type charmant. Pourtant, si j'ai autant aimé ce roman, c'est parce que ses personnages m'ont bouleversée. Surtout Ben et Quentin, j'ai toujours eu un faible pour les personnages au destin brisé. Nous avons accès à leurs réflexions, à leurs ressentis, et c'est parfois terrible. Même Jason peut être attendrissant, malgré son comportement odieux dans bien des circonstances.
Autour des enfants Compson et de leur mère gravitent les Noirs qui les servent. Ils sont la vie et la stabilité de l'histoire, les derniers piliers de la famille Compson encore debout. Dilsey a élevé les enfants, prépare les repas, empêche les bagarres. Luster s'occupe de Ben. Par ailleurs, le fond et la forme se mêlant sans cesse dans ce livre, ce sont également ces serviteurs qui donnent sa cohérence à l'ensemble du roman.   

Un livre dur donc, mais surtout très émouvant, et parfaitement maîtrisé. Pour moi, il s'agit incontestablement d'un chef d'oeuvre. 

L'avis de Thom.


Commentaires sur Le bruit et la fureur ; William Faulkner

    Je ne sais pas si je me déciderai enfin un jour à lire Faulkner. Si oui, ce sera celui-ci que je choisirai. Mais je ne me sens pas encore prête !

    Posté par Manu, 28 septembre 2008 à 07:54 | | Répondre
  • C'est drôle de tester un livre pour quelqu'un d'autre ! Il fait partie des indispensables qu'il faudra bien que je lise un jour. En tous cas avec Falukner après Fitzgerald et Hemingway, tu es en train de devenir la spécialiste des classiques américains, celle chez qui je viendrai chercher des titres quand je serai décider à combler mes lacunes.

    Posté par levraoueg, 28 septembre 2008 à 09:52 | | Répondre
  • Tester un roman pour qq'1 d'autre, je trouve ça très chouette et très pratique (c'est d'ailleurs ce que fait parfois ma mère pour moi et quand elle me dit "pas pour toi, définitivement", je ne l'ouvre même pas, ça me fait gagner du temps) (et sur les blogs, à force, on connaît les goûts de chacun et ça permet de faire un tri, la vie est courte pour la passer à lire des trucs qu'on ne va pas aimer...). Bref. Je crois que j'ai déjà dit tout le bien que je pense de William. Je réitère. Faulkner rules! ))

    Posté par fashion, 28 septembre 2008 à 10:06 | | Répondre
  • Je suis désolée, je vais laisser un long commentaire (je préviens, c'est déjà ça) :
    - Je tiens à déclarer officiellement que je ne suis pas une tortionnaire, que Lilly n'aurait pas eu droit à des chatouilles sous les pieds si elle n'avait pas voulu lire ce livre. En réalité, il me faisait peur (sur Amazon, quelqu'un dit que certains personnages portent les mêmes noms, ça m'inquiétait - mais en fait, c'est le même personnage qui parle à différentes époques, non ?) alors j'avais bien envie d'être rassurée par un avis, avant que je n'ose me lancer.
    - Tu sais, tu as écrit "Jefferson" 4 fois à la suite. Peut-on interpréter ça avec l'amical soutien de Freud ?
    - Ton billet ne me laisse pas le choix. Tu m'as totalement convaincue. Je me doutais un peu que j'allais impérativement devoir retrouver Faulkner, ce qui en outre ne me dérange absolument pas (au contraire), mais on dirait que ça devient urgent. Merci pour cet excellent billet, impossible d'y résister !

    Posté par erzébeth, 28 septembre 2008 à 10:49 | | Répondre
  • Manu : en fait, il suffit juste de plonger ;o)

    Levraoueg : comme l'a dit Fashion, quand on a des goûts en commun avec quelqu'un, ça permet d'avoir un aperçu ;o)

    Fashion : merci d'apporter un soutien précieux à mon billet ;o)

    Erzébeth : plusieurs choses :
    1)Il y a bien des personnages qui portent le même prénom, et en plus Faulkner en rajoute : Quentin désigne à la fois un des garçons Compson et le fils de la fille Compson. Sachant que dans les premières scènes où ils apparaissent, ce n'est pas spécifié, il faut s'accrocher.
    Il y a aussi deux Maury, l'oncle, et l'un des garçons Compson. Comme ce dernier est considéré comme "idiot", il a été rebaptisé Benjamin, mais il arrive qu'il soit appelé par son ancien prénom. Mais on s'y fait rassure-toi.
    2) J'ai fait ça pour vérifier si certains suivaient. Félicitations donc ! Non, c'est canalblog qui déconne, à chaque fois il écrit douze fois les noms propres...
    3) Tu as un mois pour le lire, ou au moins le commencer !

    Posté par Lilly, 28 septembre 2008 à 11:03 | | Répondre
  • Il est dans ma PAL depuis longtemps mais je n'ai pas encore osé m'y attaquer !

    Posté par anjelica, 28 septembre 2008 à 12:05 | | Répondre
  • Tout pareil: des années qu'il se "poussièrise" sur mes étagères...

    Posté par Anne, 28 septembre 2008 à 14:19 | | Répondre
  • Bon, je l'ai déjà dit, cet auteur me fait terriblement peur! Mais si tu as aimé, je crois que je vais m'essayer avec celui-là... peut-être en traduction, par contre (oui, je suis paresseuse, c'est mal!!) car j'ai peur de m'y perdre en VO!!

    Posté par Karine :), 28 septembre 2008 à 15:30 | | Répondre
  • Un mois ?! Tu ne dois pas être au courant que mon planning-lecture est bouclé pour 2008; je ne peux pas y faire entrer un petit Faulkner, oh non... Je jongle entre des lectures pour : mon mémoire, un concours, le foutu challenge abc (que je persiste à vouloir terminer, ce qui relève de l'utopie pure et simple). Faulkner, c'est du sérieux, je préfère être plus disponible que ça avant de m'y lancer...
    (prétextes acceptés ?)

    Posté par erzébeth, 28 septembre 2008 à 19:55 | | Répondre
  • Ohlala, je repasse par là pour voir la suite de la discussion sur Faulkner et je rougis de mon horrible faute d'orthographe !
    Cette histoire des identités floues des personnages c'est aussi ce qui m'a toujours rebutée. Je constate que tu as d'ailleurs essayé de dissimuler cette difficulté en ne l'abordant pas dans ton billet. Heureusement que ta tortionnaire t'a fait tout avouer en commentaire ! Ca ne me dissuade pas de le lire pour autant, mais au moins je sais maintenant que ce roman ne se prête pas à la lecture flottante que je pratique souvent sur des oeuvres plus faciles...

    Posté par Levraoueg, 28 septembre 2008 à 22:06 | | Répondre
  • Angelica: un peu de courage !

    Karine : je pense qu'en VO, j'aurais eu beaucoup de mal à débuter avec Faulkner. Mais je pense tenter avec ses nouvelles, j'ai lu quelques pages au hasard, ça semble plutôt abordable en fait.

    Erzébeth : j'ai lu deux Faulkner avec un mémoire en cours, et je compte bien continuer avec de préparations de concours. Donc je te trouve extrêmement décevante, sache le ;o))

    Levraoueg : j'en ai fait des bien pires, et sans m'en rendre compte...
    Sinon, je n'ai absolument pas caché que c'est un livre que tu ne lis pas dans le métro ou avec la télé en fond sonore.
    Et puis, vous exagérez quand même : je dis manipulatrice, vous traduisez tortionnaires...

    Posté par Lilly, 29 septembre 2008 à 16:06 | | Répondre
  • Je n'ai encore pas sauté le pas dans l'univers de Faulkner... Ton billet est fort tentant mais cette lecture me semble un peu ardue pour le moment (= avec un bébé dans les bras !), je vais repousser à plus tard !

    Posté par Tamara, 29 septembre 2008 à 18:17 | | Répondre
  • Mais, Lilly, je *suis* décevante !
    Dois-je ajouter que je travaille actuellement tous les jours de la semaine, que je vais devoir ajouter un nouveau job dès lundi prochain, et que j'ai aussi une formation qui commence en novembre ? (c'est bien, vous allez tout savoir de ma vie...)
    Tu veux que je décède, ou quoi ?! )
    Ah, zut, je viens de voir que tu prenais ma défense et empêchais les vilaines bloggueuses de me traiter de tortionnaire. Rien que pour ça, je vais essayer de faire un effort.
    (puis j'adore les défis, je le reconnais)

    Posté par erzébeth, 29 septembre 2008 à 20:55 | | Répondre
  • Je m'étais promis de reprendre la lecture de ce roman et je pense que votre commentaire m'y encourage. Faulkner est un auteur fascinant, mais pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, je pense qu'il est risqué d'entreprendre la lecture de ce grand auteur avec Le bruit et la fureur. Personnellement, les personnages détonnants de Sartoris ou de l'Invaincu permette une approche soft de Faulkner. C'est un avis.

    J'ai décroché sur les monologues des personnages du roman ici commenté parce que je n'arrivais pas entrer dans leur logique et je n'arrivais pas à suivre la chronologie des événements, mais il est une chose très forte dans la première partie de ce texte, à savoir l'univers de Benji qui a un handicap mental.

    Merci pour ce commentaire passionnant.

    Posté par Gangoueus, 29 septembre 2008 à 23:41 | | Répondre
  • Tamara : ah, les enfants....

    Erzébeth : non, tu n'es pas décevante. Simplement, je note que quand tu demandes, je m'execute dans les deux semaines MOI ;o)))
    Sinon, je prenais surtout ma défense. Je commence à avoir la réputation de quelqu'un qui se plaint tout le temps, alors j'essayais de calmer la situation. Mais tu peux voir ça comme tu veux !!

    Gangoueus : pour la première partie, je l'ai reprise quand j'ai démêlé les fils de l'histoire. Mais sinon, les deux premiers narrateurs sont vraiment ceux que j'ai le plus aimés, peut-être en raison de mon histoire personnelle, mais aussi parce que je trouve ces pages absolument parfaites, et finalement assez amusantes à lire (pas le fond, mais je trouve ça incroyable que les phrases soient compréhensibles malgré l'absence de ponctuation, et que cela leur donne une force pareille).
    Sinon, n'ayant lu ni "Sartoris", ni "L'invaincu", je ne sais pas s'ils sont plus soft. Pour l'instant, j'ai acheté "Les palmiers sauvages", et je vais tester des nouvelles en anglais je pense.

    Posté par Lilly, 30 septembre 2008 à 10:36 | | Répondre
  • pfiou.. les pages sans ponctuations ca me fait un peu peur...mais tu es tellement enthousiaste!

    Posté par choupynette, 01 octobre 2008 à 18:49 | | Répondre
  • F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, William Faulkner sont des auteurs certainement incontournables mais je me suis toujours dit que ces lectures étaient trop ambitieuses pour moi. Allez savoir pourquoi… c’est peut-être un préjugé sur leur écriture. Je garde tes billets sous le coude pour le jour où je me déciderais. Merci !

    Posté par La liseuse, 01 octobre 2008 à 19:13 | | Répondre
  • Rassure-moi Lilly, tu n'as rien contre les tags ? J'espère que non, parce qu'il y en un pour toi chez moi...

    Posté par Levraoueg, 01 octobre 2008 à 23:20 | | Répondre
  • Comme Levraoueg, j'ai pensé à toi dans mon billet du jour. C'est juste un petit signe d'appréciation, aucune obligation de continuer la chaîne!
    http://moncoinlecture.over-blog.com/article-23332799.html

    Posté par Karine :), 02 octobre 2008 à 01:22 | | Répondre
  • Choupy : même remarque qu'à Gangoueus, je t'assure qu'elles se comprennent très bien.

    La Liseuse : je te rassure, je suis comme toi ;o) Mais ça ne m'enpêche pas d'apprécier, voire d'aduler..

    Levraoueg et Karine : vous êtes adorables les filles !

    Posté par Lilly, 03 octobre 2008 à 21:11 | | Répondre
  • Merci pour ce billet élogieux qui m'encourage à lire un auteur auquel j'ai peur de me confronter !

    Posté par maggie, 18 février 2010 à 12:44 | | Répondre
  • maggie : si tu as peur, je ne peux que te conseiller 'Lumière d'août', mon premier Faulkner. Il est à la fois facile d'accès et fantastique.

    Posté par Lilly, 19 février 2010 à 10:54 | | Répondre
  • Merci pour le conseil ! Je le suivrai !

    Posté par maggie, 19 février 2010 à 16:34 | | Répondre
  • Bonjour,
    Je découvre ton billet un peu tardivement, mais avec un très grand intérêt. Je connais peu Faulkner mais mes deux seules expériences avec cet auteur ne m'ont pas laissé un très bon souvenir. J'ai lu Sanctuaire et Requiem pour une nonne et, honnêtement, je n'ai pas accroché du tout. Cela dit, ton billet présente le bruit et la la fureur avec tant d'enthousiasme que je me demande si je ne vais pas faire une nouvelle tentative...

    Posté par Jana, 05 juillet 2010 à 00:04 | | Répondre
  • Jana : ce livre est l'un des mes préférés. C'est vrai que Faulkner demande beaucoup d'attention, mais tu ne devrais pas renoncer.

    Posté par Lilly, 06 juillet 2010 à 14:27 | | Répondre
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