412N12CQA3LFolio ; 384 pages.
Traduction de Maurice Coindreau. 1929.
Titre original : The Sound and the Fury.

Comme vous le savez, je suis d'une nature extrêmement généreuse, et cela donne souvent lieu à des abus. Ainsi, après ma lecture laborieuse de Tandis que j'agonise, Erzébeth, la bouche en coeur, m'a demandé de tester Le bruit et la fureur qui la tentait bien.
Bon, j'avoue que j'avais ce titre en ligne de mire depuis Lumière d'août. La petite fille de la couverture me fait penser à ma cousine (même si ce n'est qu'une impression, de près elles ont juste eu la même coupe de cheveux à un moment donné). Du coup, je ne l'ai pas non plus ouvert en traînant des pieds, et bien m'en a pris.

Encore une fois avec Faulkner, il est impossible de faire un résumé de ce livre. Il se découpe en quatre parties, quatre dates, mises dans le désordre, et dont la chronologie individuelle est également perturbée puisque l'histoire se passe dans la tête de narrateurs troublés. Nous suivons en effet les Compson, une ancienne famille respectée de Jefferson, qui s'effondre.

Ce roman est pour moi le livre de l'année, et sans doute bien plus. Il ne détrône pas Wuthering Heights, je suis bien trop fidèle à mes amours de jeunesse, mais Le bruit et la fureur intègre assurément mon top 10 des meilleurs livres. 
C'est bien simple, il y a tout dedans. On ne comprend d'abord pas dans quoi on se plonge, comme d'habitude, mais c'est encore plus normal dans Le bruit et la fureur que dans les autres romans de Faulkner que j'ai lus. Parce que c'est un roman vrai. Nous suivons les pensées des narrateurs, du coup ces derniers ne pensent pas toujours à préciser de quoi ils parlent, ni de qui, ni de quand, ni d'où. Les phrases sont coupées, parce que les pensées s'entremêlent. Tout cet ensemble donne une justesse et une force incroyable au récit, et dégage une émotion que l'on ne ressent que dans les meilleurs romans. D'une façon générale, des trois livres de Faulkner que j'ai lus, il s'agit de celui qui est étrangement le plus facile à suivre. Dès le début, alors même que l'on ne comprend pas encore qui est qui, ni à quelle date nous sommes, le récit est déjà passionnant. Les pages sans ponctuation, dont il faut deviner les dialogues, sont celles qui m'ont le plus touchée. Parce que ce sont celles où le narrateur (Quentin en l'occurrence) est le plus désespéré.
Oui, parce qu'on peut le dire, ce n'est pas la joie chez les Compson. Ils sont torturés, à la limite de la folie, et remplis d'obsessions, dans une maison lugubre et maudite selon Caroline, la mère. Mais encore une fois, ils sont vrais, grâce à l'usage incessant des monologues intérieurs chers à Faulkner, qui bien que décousus d'apparence, permettent de voyager dans le temps et de comprendre les personnages. Tous les garçons Compson ont une tare. Ben est handicapé, Quentin est amoureux de la seule femme qui lui est absolument défendue, et Jason n'a rien d'un type charmant. Pourtant, si j'ai autant aimé ce roman, c'est parce que ses personnages m'ont bouleversée. Surtout Ben et Quentin, j'ai toujours eu un faible pour les personnages au destin brisé. Nous avons accès à leurs réflexions, à leurs ressentis, et c'est parfois terrible. Même Jason peut être attendrissant, malgré son comportement odieux dans bien des circonstances.
Autour des enfants Compson et de leur mère gravitent les Noirs qui les servent. Ils sont la vie et la stabilité de l'histoire, les derniers piliers de la famille Compson encore debout. Dilsey a élevé les enfants, prépare les repas, empêche les bagarres. Luster s'occupe de Ben. Par ailleurs, le fond et la forme se mêlant sans cesse dans ce livre, ce sont également ces serviteurs qui donnent sa cohérence à l'ensemble du roman.   

Un livre dur donc, mais surtout très émouvant, et parfaitement maîtrisé. Pour moi, il s'agit incontestablement d'un chef d'oeuvre. 

L'avis de Thom.