Auprès de moi toujours ; Kazuo Ishiguro
Deux Terres ; 440 pages.
Titre original : Never let me go.
Lettre "I" Challenge ABC 2007 :
" Jadis, Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d'une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kath, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes. "
J'ai découvert ce livre l'année dernière, avant que Kazuo Ishiguro ne devienne Kazuo Ishiguro pour moi, c'est à dire l'auteur du sublime roman Les vestiges du jour. La couverture et le titre du livre sont pleins d'une poésie mélancolique qui peut difficilement laisser de marbre. Cependant, les critiques étant assez mitigées, j'ai repoussé ma lecture. Puis j'ai lu Les vestiges du jour. Puis j'ai fait ma liste de Challenge ABC...
J'ai été assez déconcertée par les premières pages du livre. Les allusions à des "accompagnants" , à des "donneurs" , m'ont surprise. Heureusement, au bout de quelques pages, j'ai retrouvé le style calme, poétique et captivant de Kazuo Ishiguro. Encore une fois, il s'agit d'un réçit du passé, qui dévoile peu à peu ses mystères. L'auteur nous entraîne dans un univers qui n'existe pas ( ou pas encore), et qui ne ressemble au nôtre que de façade.Très rapidement, on s'attache à ces enfants, on imagine Hailsham comme une maison ensoleillée pleine de rires d'enfants. "Madame" m'a fait penser, au début au rôle de Mme de Maintenon dans Les colombes du Roi Soleil. Pourtant, quelque chose ne va pas. Les "Ventes" , les "Echanges" , qu'est-ce donc ? Pourquoi Kath ne nous parle pas du monde extérieur, de ses parents ? Pourquoi les enfants sont-ils stériles ?
Je me suis plongée dans ce livre qui suscite des interrogations de plus en plus nombreuses au fil de la lecture. Les personnages également, s'interrogent. Ils tentent de s'accrocher à un passé, de s'inventer un avenir, d'exister tout simplement. Je ne peux pas vous en dire trop, cela gâcherait votre plaisir. Mais je dois avouer que cette lecture, qui m'a passionnée, m'a également pas mal chamboulée. Les personnages sont attachants (sauf Ruth qui est carrément insupportable la plupart du temps), mais on ne comprend pas toujours leurs réactions, leurs gestes. Sauf si on considère que le besoin de solidarité, d'amitié est plus fort que tout.
Encore une fois avec Ishiguro, la fin m'a touchée. Cette résignation qui arrive en même temps que les plus grandes démonstrations de sensibilité est terrifiante.
Malgré le coup de coeur que j'ai éprouvé à la lecture de ce livre, c'est avec soulagement que je l'ai achevée. Kazuo Ishiguro m'a bousculée, a provoqué chez moi les réactions qu'il attendait probablement en écrivant ce livre. Ceci avec une écriture, une qualité de narration peu commune chez les auteurs contemporains.
" Auprès de moi toujours. Oh, bébé, mon bébé. Auprès de moi toujours... "
Elle hocha la tête comme pour approuver. " Oui, c'était cette chanson. Je l'ai entendue une ou deux fois depuis. A la radio, à la télévision. Et elle m'a ramenée vers cette petite fille qui dansait toute seule. "
(page 415)
Ce livre n'est pas le meilleur pour débuter avec Kazuo Ishiguro je pense. Il vaut mieux, afin de l'apprécier, avoir déjà eu un contact avec l'écriture de l'auteur, qui crée une ambiance particulière. Après, on est plus à même de se plonger dans le monde irréel de Auprès de moi toujours.
Vous pouvez consulter des avis sur les sites Lecture/Ecriture et Critiques Libres, chez Tamara et chez Clarabel.
Commentaires sur Auprès de moi toujours ; Kazuo Ishiguro
- Bouleversé.22 janvier 2008
Auprès de moi toujours est mon premier contact avec Kazuo Ishiguro. De Vestiges du jour, je ne connais que le film (admirable) de James Ivory. Du reste de son oeuvre, rien. Mon épouse a acheté ce livre pour le proposer à son club de lecture, qui ne l'a pas retenu. Elle ne l'a pas lu, il est resté en rayon longtemps, puis a plongé au fond d'un carton à l'occasion d'un déménagement. J'ai vidé le carton il y a trois jours, lu distraitement la quatrième de converture (dont les deux dernières phrases, pour qui a lu le livre, paraissent avoir été écrites par quelqu'un qui ne l'a pas fini et/ou mal compris)et posé l'ouvrage sur ma table de nuit. Je l'ai terminé au cours des deux soirées suivantes. Je suis médecin et passionné des problèmes posés par la génétique, l'eugénisme, l'éthique, etc. Auprès de moi toujours, dont j'ai compris dans un éclair l'élément romanesque central page 51 (Kath à Tommy: De ce qui va nous arriver un jour, les dons et le reste), m'a laissé abasourdi. L'angoisse et l'émotion suscitées par la lecture le disputaient en moi à la fascination pour le talent d'un auteur capable de ficeler son lecteur à ce point. Pas une invraisemblance psychologique; pas de rigoureuse impossibilité scientifique; pas davantage, malheureusement, d'impossibilité humaine et sociétale; rien pour soulager le lecteur de la tension qui page après page monte en lui. Un ouvrage rare produit par un auteur dont la majesté de la plume est guidée par une pensée d'une sensibilité et d'une profondeur d'exception.
Claude. - Capturé...Pour moi, comme pour Claude, "auprés de moi toujours " est le premier ouvrage d'Ishiguro que je lis. Je l'ai acheté un peu par hasard, attiré par le sujet tout d'abord, et aussi par les origines japonaises de l'auteur car tous les livres d'auteurs japonais que j'ai eu l'occasion de lire m'ont plu. J'avoue que c'est un critère un peu superficiel pour faire un choix de lecture, mais je m'en félicite car j'ai adoré cette oeuvre.
La narration, qui fait sans cesse appel au souvenir et au passé, introduit très vite dans le récit une atmosphère de tension et d'angoisse que ne fait qu'amplifier par contraste un style résolument fluide et léger.
" Mine de rien ", et sous couvert de raconter une histoire glaçante dont Claude a raison de dire qu'elle se tient d'ailleurs de bout en bout, Ishiguro nous parle à chacun de nous de quelque chose d'autre...à la fois plus simple et ô combien plus insaisissable qu'une banale aventure de science-fiction.
A cet égard " auprès de moi toujours " mérite de figurer en bonne place dans la grande tradition du conte philosophique. Actualisé, modernisé, rafraîchi...et poignant ! - Fred : je ne pense pas qu'il soit superficiel de se baser sur les origines d'un auteur lorsque l'on achète un livre. J'ai eu l'occasion de remarquer à de nombreuses reprises que l'on devinait aisément la nationalité d'un auteur en lisant ses oeuvres. J'avais d'ailleurs lu quelque chose à ce sujet.
Je suis en tout cas ravie de voir que ce livre, qui fait partie de mes romans préférés, continue à séduire.. - Tout à fait d'accord, Lilly...c'est un peu comme en musique, le style révèle en partie l'origine nationale ou culturelle, au delà même de la personnalité propre de l'auteur. Il s'agit d'un ressenti à la fois inexplicable et parfois très fort, comme lorsqu'on se dit : " ça c'est du Schubert ! "
C'est pour ça que j'évite d'ailleurs soigneusement la plus grande partie de la littérature française contemporaine que je trouve vide et soporifique ( ma référence en la matière c'est Orsenna, pouah ! ) pour privilégier les auteurs étrangers. Mes dernières lectures furent donc consacrées en plus d'Ishiguro, à Pavese, à Murakami, à Kundera, à Zweig, excellent Zweig si limpide, élégant et en même temps si sincère...ou encore Paasilina. Voila, j'ai trouvé, c'est la sincérité que je ne décèle pas chez les auteurs français d'aujourd'hui. Si vous en connaissez qui répondent à ce critère, faites moi signe ! Merci. - Fred : moi aussi j'ai généralement beaucoup de mal avec les auteurs français actuels). Mais j'en ai découvert quelques uns : "Les vies d'Emily Pearl" de Cécile Ladjali, un énorme coup de coeur.
Il y a aussi eu "Sirène" de Marie Nimier, et puis maintenant "La place" de Annie Ernaux.
Sinon, elle est Canadienne mais vit en France : Nancy Huston. - C'est le premier livre de Kazuo Ishiguro que je lis , et à vrai dire je n'ai pas été déçu. Bien sur son écriture et l'ambiance qui accompagne ce livre peuvent déstabilisé au début, mais pas au dépit de l'intrigue (que je savais déjà, j'ai lu un résumé sur internet, malheureusement!) je pense. Et c'est vrai qu'au début on peut se poser pleins de questions, et même une fois le livre fermé les questions persistent. Mais je pense que c'était le but recherché!
- Je suis en train de lire ce livre car ta présentation m'avait donné envie d'essayer Ishiguro. Je voulais suivre ton conseil et commencer par les vestiges du jour mais au moment de l'acheter j'ai oublié lequel des deux livres je devais acheter lol donc j'ai acheté celui-là. J'en suis quasiment à la moitié du livre et je lis tranquillement, il est agréable à lire. Mais quelque part il me tend 1 peu car on sait que tout n' est pas encore dit et on sent que quelque chose de bouleversant va remuer les vies que les personnages mènent, et nous avec. J'ai hâte de lire la suite...
- Allie : Merci
Peut-être que tu devrais commencer par te familiariser avec l'auteur avant de lire ce livre. Je ne suis pas sûre que je l'aurais autant aimé si je n'avais rien lu de Kazuo Ishiguro avant.
Beatrix : Merci
Il y a des auteurs auxquels on n'arrive pas à se mettre, c'est comme ça... (même si c'est dommage parfois)
- J'ai eu exactement le même ressenti que toi à cette lecture ! Beaucoup de perplexité au début, puis la magie opère ... Je suis aussi une grande admiratrice du style K. Ishiguro, découvert aussi (bis) avec "les vestiges du jour" !
J'ai tout lu, beaucoup aimé les 1er romans, un peu moins "L'inconsolé", un bémol pour "Quand nous étions orphelins" (mais petit le bémol). Bref, je te souhaite encore de belles découvertes, Lilly ! - Florinette : Bonne lecture alors
Je suis contente de te faire allonger ta LAL moi aussi
Allie : C'est vrai que "Auprès de moi toujours" fait envie. Le titre, la couverture, le résumé... Après, si vraiment tu veux craquer, ne te gêne pas. Mon avis ne vaut que pour moi.
Clarabel : Merci pour ces indications. Je vais essayer de me tourner vers les premiers romans dans ce cas. - J'ai beaucoup aimé ce livre et comme toi j'ai été pas mal chamboulée surtout par les questionnements que l'histoire induit.
C'est vrai que pour qui voudrait découvrir l'auteur, il est peut-être préférable de ne pas commencer par celui-ci.
En tout cas, ce que tu en dis l'honore et je te rejoins en bien des points. Par contre, de mon côté j'ai eu bien du mal à lâcher ce livre dont le contenu me poursuit encore. - Lou : en fait, Ishiguro est surtout un représentant de la littérature britannique dans ce qu'elles a de meilleur, en y ajoutant une touche japonaise. Enfin c'est mon avis. Pour commencer, "Les vestiges du jour" est vraiment bien. Clarabel aime beaucoup les premiers romans. "Quand nous étions orphelins" et "L'inconsolé" ont l'air de moins plaire.
- Merci Lilly pour ce conseil ! Comme tu vois, je ne connais pas du tout Ishiguro, mais maintenant que tu que tu me rappelles son lien avec la littérature anglo-saxonne, d'autres lectures sur lui (lointaines.......) me reviennent ! Un mélange britannique et japonais ? Absolument parfait pour moi
) Je note ton conseil bien précieusement !!
- Céline : Yes ! Même si Kazuo Ishiguro est surtout un auteur britannique... Découvrir son oeuvre peut être une super transition entre les deux littératures... (même certainement, si si, je t'assure
)
Naniela : Merci !
Non, ce livre ne peut pas laisser indifférent, l'histoire est bien trop prenante. J'attends ta critique
- Tellement différent de Vestiges du jour mais tellement bouleversant et prenant. J'ai commencé à lire cet auteur avce Auprès de moi toujours et j'ai tellement aimé que je me suis procuré Les Vestiges du jour, qui bien que très subltil et excellent, m'a paru bien fade à côté d'Auprès de moi toujours. Chef d'oeuvre bouleversant et, pour moi, inoubliable en cela que je pense souvent aux personnages.
















