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(mise à jour : juin 2007)

Mr Lockwood, gentleman qui se croit misanthrope, décide de louer une maison dans un lieu isolé. Il fait alors la connaissance de son propriétaire, Mr Heathcliff, dont les manières avec ses semblables le surprennent et l’amènent à se demander à qui il a affaire.
C’est Nelly Dean, une servante, qui lui raconte comment, plus de trente ans auparavant, Mr Earnshaw, le maître des Hauts de Hurle-Vent, a recueilli un petit garçon, qui a introduit la désolation dans la lande isolée, Heathcliff. Ce dernier est tombé fou amoureux de la fille de son bienfaiteur, Catherine, qui l’a rejeté. Après s’être enfui trois ans durant, Heathcliff revient à Hurlevent, avec la ferme intention de se venger de ceux qui sont responsables de son malheur, à l’exception de Catherine, qu’il aimera même après la mort. 

Les Hauts de Hurle-Vent est mon roman préféré depuis que j’ai quatorze ans, et à chaque fois que je le lis, il me bouleverse autant que les précédentes.

La lande isolée sur laquelle souffle le vent fait parfaitement écho au désespoir, à la souffrance et à la passion des personnages de ce roman.

La plume dynamique et poétique d’Emily Brontë nous attache à cette histoire aussi effrayante qu’attirante. Car tous les excès, qu’il s’agisse de l’amour, de la haine, ou du malheur, se concentrent dans ce roman, et lient les personnages entre eux.

Ces derniers sont souvent antipathiques, en particulier Heathcliff. Toutefois, je n’ai pu m’empêcher de ressentir de l’affection, ou au moins de les comprendre un peu (même Cathy Earnshaw, que je n’apprécie pourtant pas beaucoup). Celui qui parvient le plus à me toucher est Heathcliff. Malgré sa frustration, sa rudesse, et les tentatives de Mr Lockwood et surtout de Nelly pour nous le faire détester, je suis profondément émue par ce personnage.

Son désespoir est déchirant dès le début du roman, quand plus de vingt ans après la mort de Cathy, il continue à l’appeler, à rechercher son fantôme :

Page 48 : « Entre, entre, disait-il en sanglotant, Cathy, viens ! Oh ! viens… une fois encore ! Oh ! amour de mon cœur, écoute-moi enfin cette fois, Catherine ! »

Parce que, même s’ils sont souvent irritants avec leur orgueil, leur égoïsme, Catherine et surtout Heathcliff, laissent transparaître, qu’ils ont un cœur qui brûle d’une passion dévorante et déraisonnée, du plus bel amour qui soit. Je comprends que l’on puisse trouver les deux amoureux détestables, et donc être davantage apitoyés par leurs victimes. Pour moi, ces dernières sont le prix à payer pour entendre ces phrases sublimes que prononcent Heathcliff et Catherine, quand ils parlent de leur amour :

Page 105 : « Je l’aime non parce qu’il est beau, Nelly, mais parce qu’il est plus moi-même que je ne le suis.
»

Page 202 : «  Catherine Earnshaw, puissiez-vous ne pas connaître le repos aussi longtemps que je vivrai ! Vous avez dit que je vous avais tuée… Revenez pour me hanter alors ! Les victimes hantent leur meurtrier et je sais que des fantômes ont erré sur la terre. Restez toujours auprès de moi… prenez la forme que vous voudrez… rendez-moi fou ! Seulement ne me laissez pas seul dans cet abîme où je ne peux vous trouver ! Oh ! Dieu, c’est indicible ! Je ne peux vivre sans ma vie ! Je ne peux vivre sans mon âme ! »

Certes, j’avoue que l’attitude de Heathcliff me glace le sang par moments. Il se comporte de façon ignoble avec sa femme notamment, mais aussi avec Hareton et Catherine. Pourtant, je parviens à comprendre sa haine, même si elle brise des personnes qui ne l’ont pas mérité. A aucun moment, il n’est considéré comme un être humain par Hindley, les Linton, Joseph. Même Catherine le juge inférieur, et considère que ce serait dégradant pour elle de l’épouser ! Heathcliff est simplement un être qui a voulu échapper à une destinée misérable, et sur lequel on s'acharne, parce qu'on lui reproche d'avoir osé espérer le bonheur. Comment pourrait-il ne pas vouloir se venger alors qu'on lui a volé sa vie ?

Après la mort de celle qu’il aime, Heathcliff ne survit que grâce à la haine. C’est grâce à elle qu’il ne songe pas en permanence à sa peine. Ses moments de faiblesse nous sont décrits par des personnes qui le haïssent, et qui veulent nous faire adhérer à leur point de vue, nous convaincre qu’il n’est qu’un monstre qui n’a que ce qu’il mérite.

Pourtant, c’est justement parce qu’il est sans cesse excessif qu’Heathcliff est plus humain que ceux qui l’accusent d’être un monstre.  Heathcliff sait aimer et haïr comme personne, et utiliser son intelligence pour l’exprimer. Il est aussi suffisamment humain pour avoir des faiblesses, pour céder à l’envie de revoir celle qui l’a rejeté, ou encore pour errer pendant des nuits dans le jardin de son pire ennemi, afin d’être près de celle qui vient de l’abandonner pour toujours. Il est également incapable de haïr Hareton, qu’il a tant regretté d’avoir sauvé accidentellement.

Ce même Hareton, qui est la seule âme pure du roman et qui a une affection sincère pour Heathcliff, parce qu’il voit plus loin que les autres. Grâce à lui, Heathcliff parvient, après des années, à cesser de haïr ce qui l’entoure, et de se détruire. Cet être incapable de mesure n’a alors plus rien à aimer ou à haïr, et peut enfin cesser d’errer pour aller rejoindre sa Cathy.

Page 372 : « - Triste fin, n’est-ce pas ? dit-il après avoir médité un moment sur la scène qu’il venait de surprendre. Absurde aboutissement de mes efforts acharnés ! Je prends des pioches et des leviers pour démolir deux maisons, et je m’entraîne à un travail d’Hercule et, quand tout est prêt, que j’approche du but, je m’aperçois que je n’ai plus l’envie d’ôter une simple tuile des toits. »

En refermant le livre, je me sens toujours apaisée. Je pardonne à Heathcliff toutes ses cruautés, parce qu’il en a été la principale victime et qu’à travers Hareton, Catherine et Linton, c’est lui même qu’il hait.

C’est l’âme humaine dépouillée que nous offre Emily Bontë dans ce livre absolument sublime. A sa façon, Heathcliff est un être humain dans toute sa pureté. Cette passion pour Cathy, si destructrice qu'elle soit, est incomparable. Et l'on ne peut s'empêcher de se dire que, si les choses avaient été différentes, Heathcliff, pour avoir osé l'éprouver, aurait mérité d'être le plus heureux des hommes.