13 octobre 2009
Le Maître et Marguerite ; Mikhaïl Boulgakov
Pocket ; 581 pages.
Traduit par Claude Ligny.
1940.
Cela fait des années que je me dis qu'il faut que je lise un roman russe. J'ai bien lu quelques textes, mais toujours très courts, trop pour m'ôter la peur que j'éprouve quand on prononce devant moi les noms de Tolstoï, Dostoiëvski, Gogol etc.
C'est Praline qui m'a décidée à sortir ce roman de ma minuscule PAL, sans même savoir de quoi il s'agissait.
Je serais bien en peine de vous faire un résumé de ce texte d'ailleurs, tellement il mêle les destins, les lieux, les époques et les genres.
Tout commence à Moscou, alors que Berlioz, "rédacteur en chef d'une épaisse revue littéraire" et le poète Biezdomny se promènent en discutant de religion. Ils sont accostés par un étrange personnage qui affirme avoir assisté à la mort du Christ, et prédit que Berlioz va mourir décapité.
Cela ne manque pas d'arriver, et le poète Biezdomny se retrouve à courir dans les rues de la capitale russe à la poursuite du mystérieux devin, désormais accompagné d'un autre homme ainsi que d'un gros chat.
Autant le dire tout de suite, j'ai été complètement déboussolée en lisant les premiers chapitres de ce livre. Je m'attendais à trouver un texte de facture classique, et je me suis retrouvée dans une comédie burlesque où les choses partent dans tous les sens, et avec des diables (dont, je le répète, un gros chat) et Ponce Pilate comme personnages principaux...
Boulgakov ne pouvait ouvertement critiquer le régime stalinien, alors il lui a substitué des éléments magiques, des références littéraires, historiques et religieuses pour le symboliser (à noter que cela n'a malgré tout pas empêché le texte d'être amputé d'un bon morceau lors de sa parution). La terreur ambiante des rues de Moscou, avec les arrestations arbitraires, les gens corrompus, la pensée unique, et surtout la place de l'artiste empreintent le texte. La littérature d'Etat est raillée, tout comme les critiques vendus et incultes.
Je sais que certains n'aiment pas forcément les textes laissant la part belle à la politique (promis Erzébeth, je ne te dénoncerai pas), mais ils ne doivent pas fuir ce texte pour autant. Certes, le Maître et la Marguerite du titre sont plutôt aux abonnés absents (Marguerite n'apparaît pas avant la page 300, et l'on voit encore moins le Maître...), mais les thèmes abordés par ce livre vont bien au-delà. Notamment à partir de la deuxième partie et dans les chapitres consacrés à Pilate, certaines scènes sont incroyablement belles. Boulgakov est un maître de l'ironie, mais il sait aussi mettre en place des moments enchanteurs. Je pense à Marguerite, nue et hilare, à cheval sur un balai et à travers les rues de Moscou, au bal des damnés, avec une Marguerite toujours nue mais couverte de sang cette fois, et surtout à la chevauchée au cours de laquelle nos diables, le Maître et Marguerite quittent Moscou, et laissent enfin tomber les masques.
Je n'ai pas eu un coup de coeur absolu pour ce roman, mais il s'agit d'un très grand livre, qui ne m'a pas fait regretter un seul instant l'histoire que je pensais trouver en l'ouvrant.
"Le poète avait dépensé sa nuit en pure perte, pendant que d'autres festoyaient, et il comprenait qu'il lui était impossible de la recommencer. Il suffisait, au lieu de regarder la lampe, de lever les yeux vers le ciel pour se rendre compte que la nuit était partie sans retour. Les garçons se hâtaient de débarasser les tables et d'ôter les nappes. Les chats qui furetaient aux alentours de la tonnelle avaient un air matinal. Irrésistiblement, le jour investissait le poète."
Papillon aussi a lu ce roman.
Commentaires
Bon ben comme je l'ai dans ma Pal grâce au swap Book inside... Ce que tu en dis me fait penser que ça devrait me plaire.
Étrange d'avoir peur de la littérature russe quand on aime les classiques anglais, je trouve qu'on y retrouve le même plaisir. Tolstoï et Dostoievski sont les premiers classiques que j'ai lus avec passion. D'ailleurs, il serait temps que je m'y remette! :-)
C'est vrai que moi non plus, je ne suis pas très calée en littérature russe. J'ai seulement lu L'Idiot de Dostoïevski que j'avais beaucoup aimé d'ailleurs !
Mais alors, c'est un best seller celui-ci! faut dire que je suis une adepte du fantastique et de la littérature russe alors il en fallait pas beaucoup pour me convaincre. J'ai adoré!
Malgré ton avis positif, je ne suis pas vraiment tentée... J'ai tendance à ne pas accrocher aux romans qui partent un peu dans tous les sens. Un livre en moins dans ma liste à lire! ;-)
Un livre que j'adooore !
Je l'ai lu il y a quelques années mais j'en garde un excellent souvenir, très vivace... ;-)
J'ai lu tellement de commentaires étranges sur ce livre que je n'ose pas l'ouvrir... mais d'un autre côté je me dis qu'après avoir lu Guerre et paix je pourrais bien tenter celui-ci...
Mon chum étant Russe il me raconte souvent les livres qu'il a lu et je peux te dire que la littérature russe cache souvent des écrits assez ... étranges disons ;)
C'est un roman qui m'a totalement déstabilisée et que j'ai admiré et aimé! Je voudrais le relire d'ailleurs! Ton analyse est tout à fait pertinente,j'y avais vu moins de politique cependant, bien qu'elle soit très fortement là, en arrière-plan, mais je dois le relire!
Je te dois mon premier rire de la journée ! Ta parenthèse tombe d'autant mieux qu'après avoir lu le paragraphe précédent, je me disais réellement "oh non, ce n'est pas du tout pour moi, je ne vais rien comprendre au contexte politique". ;-)
Un jour, je m'achèterai "L'histoire pour les nuls", et tout ira mieux.
En attendant, ce livre m'a l'air ÉTRANGE à un point tellement incroyable qu'il m'effraie plus qu'autre chose. Je ne suis pas sûre que ça me plairait. Puis Ofelia risque de me décapiter si mon prochain russe n'est pas "Crime et châtiments".
Pour moi, "Le maître et Marguerite" est tout simplement un chef-d'oeuvre. J'ai adoré la fantaisie incroyable de ce livre, le foisonnement des histoires et des personnages. Je sui tout à fait d'accord avec Isil sur le rapprochement entre littérature russe et anglaise. J'ai l'impression que lorsque tu en aimes une, tu aimes l'autre aussi. Je suis sûre que tu vas beaucoup aimé les écrivains russes.
Isil : je trouve que vu de l'extérieur, la littérature russe fait quand même très déprimante. Mais je vais m'y mettre !
Restling : Dostoïevski... j'en entend beaucoup parler en ce moment, donc il devrait arriver prochainement.
Béné : oui, je crois qu'il est pas mal lu et apprécié en France.
Keltia : ce n'est qu'une impression, Boulgakov sait très bien où il veut en venir !
Allie : après "Guerre et Paix", ce livre est une petite récréation de seulement 600 pages tu sais ;o)
GeishaNellie : oui, ça ne m'étonne pas. Je n'ai que des préjugés parce que je ne connais pas du tout cette littérature en fait. Mais c'est vrai que Droujnikov aussi a écrit des trucs bizarres ("La seconde femme de Pouchkine").
Mango : en fait, sans les notes de bas de page, je n'y aurais rien vu non plus, donc ne t'inquiète pas, c'est juste que cet aspect m'intéresse beaucoup.
Erzébeth : pas besoin de "L'Histoire pour les Nuls". Le contexte est bien expliqué dans les notes de bas de page, et j'imagine que tu as quand même un minimum de notions de base. Mais je ne veux pas de brouiller avec ta bien-aimée ;o)
Titine : en fait, c'est Fashion qui m'a inquiétée. Elle aime les Anglais, mais pas les russes. Et comme on a beaucoup d'avis en commun...
Un livre que j'ai dans ma PAL, et même en DEUX exemplaires(ahhh, les achats compulsifs dans les librairies de seconde main!). Plus aucune excuses là...
Un roman foisonnant, tellement foisonnant qu'il faudrait que je le relise...
Tiens, tu me rappelles quelqu'un... ah oui, je crois que c'est moi qui ait ce livre dans ma PAL depuis 2 ou 3 ans ! ;-)
J'adore Boulgakov ! Un livre qu'il faudrait que je relise ! :))
C'est un titre que j'ai envie de lire depuis longtemps. Il faudra que je m'y mette un jour
j'ai beaucoup aimé ce livre, mais je comprends que tu es été surprise par le style !
Zarline : moi aussi j'ai déjà fait ce genre de choses, on se sent très bête après...
Tamara : mais je proteste, nous n'avons rien en commun, mon livre à moi n'était pas depuis aussi longtemps dans ma PAL ;o)
Leiloona : je ne sais pas du tout ce qu'il a écrit d'autre que ce livre...
Bouh, pas pour moi !
on m'a toujours dit que c'était un livre à lire absolument. Mais je n'avais jamais entendu quiconque me dire de quoi ça parlait. Du coup, lire un roman russe (genre "un classique") ça ne me tentait pas du tout.
Alors heureusement que tu en as parlé ! :-)
Je l'ai lu il y a longtemps mais je ne me souviens pas de l'intrigue...il me semblait que c'était une parodie de Faust ! à priori je me trompais.
Je n'ai jamais entendu que des éloges au sujet de ce livre mais comme toi la littérature russe m'effraie !
Cela dit, tu es la première à vraiment m'éclairer sur ce roman et à me donner l'envie de peut-être un jour l'ouvrir.
J'aime la littérature russe.. même si je dois encore lire Guerre et Paix et Crime et châtiments! Celui-ci me tente depuis que je le vois un peu partout depuis Books inside!!! Burlesque, ça devrait m'aller!
Cette année ou pour 2010 la littérature russe est mon défi!! je compte bien lire Tolstoï Anna Karénine et Guerre et Paix!!
Ma derniere lecture russe (Tchekhov) m'a laissée de marbre. Mais, là, c'est vrai que ca a l'air passionnant... spaciba bolchoï:)
Emeraude : il est vrai que j'ai l'impression que l'intrigue est peu connue en fin de compte...
Dominique : ta mémoire ne te fait pas faux bond du tout, simplement je n'ai pas insisté sur ce point, parce que les quelques extraits étudiés sont trop loin pour moi ;o)
Karine : je pense que tu devrais adorer même.
Laël ; j'avais dit la même chose en 2008, et je n'ai rien lu...
Choupy : là, tu vas forcément avoir un avis tranché je pense.
Je suis complètement d'accord avec ton analyse. C'est un roman vraiment étrange. C'est un chef d'oeuvre, il transpire le génie à toutes les pages. Et en même temps ... qu'est ce qu'il est étrange, complexe, farfelu. Il fait partie des rares livres que j'ai lu en plusieurs fois. Au bout de 200-300 pages, j'ai eu besoin de respirer un peu, de reprendre mes esprits ailleurs avant d'y revenir.
Mais quel chef d'oeuvre !
Céline : moi je n'ai pas eu ce sentiment. En fait, à partir de la deuxième partie, j'avais du mal à le lâcher.
Alors là, Lilly, j'étais très loin de m'imaginer un tel texte derrière un titre aussi convenu ! J'ai toujours été intriguée par ce drôle de roman, mais sans être forcément attiré par lui ... Maintenant, c'est tout à fait différent ! J'ai envie de découvrir de quoi il retourne exactement et de m'en faire une opinion en le lisant ...
Nanne : je pense que c'est tout à fait un livre pour toi !
J'ai adoré le Molière du même auteur dont il va d'ailleurs falloir que je fasse un billet! C'est une belle plume et la découverte m'a donné envie de lire Le maître et Marguerite!
Chif : le billet est une très bonne idée, je ne sais pas du tout ce que Boulgakov a fait d'autre !
Un vrai coup de coeur pour ce classique pas si classique que ça finalement ;-)
Bonjour,
Après avoir lu les très nombreux commentaires positifs sur ce livre, cela m'a donné envie de m'y mettre aussi. Mais je voudrais simplement savoir s'il est préférable d'aimer/connaitre l'histoire ou la politique russe pour aprécier le livre?
Bonjour Rainbow, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'avoir des connaissances sur la Russie très approfondies, il y a des notes de bas de texte très intéressantes en cas de besoin de toute façon.
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