resize_6_Buchet Chastel ; 377 pages.
Traduit par Vincent Hugon.
The Outcast. 2008.

J'attends depuis des mois que Fashion s'impatiente de ne pas revoir son livre, et qu'elle m'envoie le Docteur pour le récupérer. En vain...*

Angleterre, 1957. Lewis vient de sortir de prison, et il décide de rentrer à Waterford, chez son père et sa belle-mère, là où tout le monde voudrait l'avoir oublié. Deux ans plus tôt, alors qu'il n'avait que dix-sept ans, Lewis a incendié l'église du village.
Nous suivons dès lors le fil de sa vie, depuis le retour de Gilbert, son père, du front de la Deuxième Guerre mondial, alors que Lewis n'a que sept ans. Trois ans plus tard, sa mère, une femme aimante, et originale selon la communauté de Waterford, se noie sous les yeux impuissants de Lewis. Gilbert se remarie quelques mois plus tard avec Alice, une jeune femme qui ne parviendra pas plus que son époux à établir un lien avec l'enfant, qui va peu à peu être mis à l'écart par les autres, jusqu'à ce qu'il commette un crime. "Lewis était pour elle pareil à un oiseau blessé. Et les oiseaux blessés finissaient toujours par mourir."  

Les Anglais ont vraiment un don pour savoir écrire des romans passionnants, oppressants, même lorsqu'au départ, le sujet n'était pas particulièrement original.
L'hypocrisie de la société, la peur de l'autre, le besoin de se trouver des boucs émissaires et d'en créer sont des éléments que l'on retrouve dans nombre de romans, mais c'est malgré tout une histoire particulièrement intense que nous livre Sadie Jones. Ce livre est douloureux et sa lecture n'est pas souvent agréable, car les personnages que l'on voit évoluer sont pour beaucoup au bord de l'étouffement. Il fait gris en permanence, et l'explosion finale semble de plus en plus inévitable. Rien n'est dit, aucune tentative de parler d'autre chose que du temps qu'il fait n'aboutit. Les personnages, qui s'expriment tour à tour, vont de malentendu en malentendu. C'est particulièrement visible entre Lewis, son père et sa belle-mère, mais chez les Carmichel, la situation est tout autant tendue. L'alcoolisme, la mort, les coups, la maladie, tout se fait en secret. Dire la vérité est donc le pire des crimes. "Frapper sa femme avait quelque chose d'irrationnel et leur avait toujours paru honteux à tous les deux, tandis que corriger sa fille, même avec une grande sévérité, appartenait au domaine des comportements admis. Peut-être Kit ne s'en porterait-elle que mieux. Claire ne voulait simplement pas voir ça."
Par conséquent, un personnage comme Lewis est tout simplement intolérable, d'autant plus que la petite Kit Carmichel est amoureuse de lui, et que sa famille lui a donné de nombreuses raisons de se rebeller. Le parcours de ce garçon, qui passe d'une enfance avec une mère aimante à un foyer froid se développe logiquement sous les regards dédaigneux des bourgeois de Waterford et impuissants du lecteur. Lewis est près à tourner la page et à rentrer dans le rang, mais il fait trop peur aux autres, qui ne tardent pas à le cataloguer, et finalement à le pousser à réagir exactement à l'opposé de ce qu'ils voulaient.

Un très beau roman qu'il est difficile de lâcher une fois commencé.

Les avis de Fashion (qui ajoute une vidéo du teaser, qui rappelle furieusement Expiation de Ian McEwan je trouve, mais qui donne bien le ton), de Cathulu, de Lily, de Cuné, de Clarabel, d'Amanda et de Tamara.

*merci quand même !