Les Envoûtés ; Witold Gombrowicz
Folio ; 468 pages.
Traduit par Albert Mailles, Hélène Wtodarczyk et Kinga Fiatkowska-Callebat.
1939.
Nous sommes en Pologne à la fin des années 1930. La noblesse terrienne est en crise, et doit se résoudre à des solutions "dégradantes" pour survivre. Walczak, un jeune homme de vingt ans, est ainsi engagé comme professeur de tennis pour la jeune Maya Okholowska, dont la mère prend des pensionnaires pour conserver Polyka son domaine.
Dans le train qui l'amène chez ses nouveaux employeurs, Walczak rencontre Skolinski, un vieux professeur, qui est pour sa part déterminé à découvrir les trésors que renferme Myslotch, le château proche de Polyka, dont le maître a perdu la raison, et est à la merci de Kholawitski, le fiancé de Maya.
La rencontre entre Maya et Walczak est explosive. Ils sont tous deux bourrés de défauts qui les rendent peu sympathiques a priori. Très vite, leur entourage perçoit entre eux une ressemblance indéniable et inexplicable. Ils se cherchent, se cognent (dans tous les sens du terme), et commettent des actes qu'ils ne s'expliquent pas.
En parallèle, la lutte s'engage très vite à Myslotch entre Skolinski et Kholawitski, pour découvrir les secrets du vieux prince, et notamment celui de la Vieille Cuisine, dans laquelle une serviette remue inexplicablement, et où plusieurs y ont laissé la raison.
J'ai complètement adoré ce livre passionnant de bout en bout. Il mélange tous les genres de façon admirable. C'est son ambiance désuète et quelque peu gothique qui m'a d'abord séduite. Myslotch est une demeure captivante, délabrée, entourée d'une végétation sauvage qui l'isole, et pourvue de passages secrets. Le surnaturel a par ailleurs envahit les lieux suite à des drames dont plus personne ne se souvient.
"La nuit tombait et couvrait déjà les feuillages de son voile. Une lune démesurée émergea au-dessus des prés. Des chiens aboyèrent au loin. Walczak, interrogeant les ténèbres grandissantes, ne pouvait réprimer une étrange inquiétude. Soudain il pensa qu'il rêvait..."
Le mystère ne s'arrête pas là puisque le lecteur est également amené à s'interroger sur le lien qui unit Maya et Walczak, la jeune aristocrate et le prodige du tennis. Il semble bien que la proximité du château y soit pour quelque chose, mais même à Varsovie, où les deux jeunes gens ont fuit après s'être violemment battus pour mieux se retrouver ensuite, ils semblent faits l'un pour l'autre. Kholawitski est blessé, les pensionnaires de Polyka sont choqués mais se régalent d'un tel scandale, et les deux principaux intéressés sont eux aussi perplexes. D'autant plus que des crimes pour lesquels Maya et Walczak se soupçonnent mutuellement sont commis.
Amours, fantômes, envoûtements, meurtres, luttes de pouvoir, étude psychologique, bouleversements sociaux, tout est réuni pour donner lieu à un roman foisonnant servi par une très belle écriture. La fin du livre, retrouvée seulement en 1986, est un peu prévisible, mais mon côté fleur bleue n'a pas résisté.
Un gros coup de coeur, qui me donne très envie de découvrir davantage la littérature polonaise.
Praline a également été conquise. Sentinelle a moins aimé.
Commentaires sur Les Envoûtés ; Witold Gombrowicz
- Michel : je crois que pour ma part, c'était le premier roman polonais que je lisais.
Chiffonnette et Papillon : vous devriez apprécier ;o)
Karine
: tu ne le regretteras pas, j'en suis sûre.
Béné : tu as tout lu ? Je lis "Cosmos" maintenant, et je le trouve encore meilleur.
Manu : tout le monde connait en fait ? Pour ma part, je n'en avais jamais entendu parler...
Lael : tu connais la littérature polonaise ? Tu as des auteurs à me conseiller ? - Voilà une autre chronique qui attend lamentablement son tour depuis plus d'un an (dans ce cas, février 200
, comme le Ladjali dont tu as finalement parlé bien avant moi. Bravo Lou
Je suis contente de voir que tu as aimé, j'ai moi aussi dévoré ce roman qui m'a notamment plu par le mélange des genres et le détournement des codes (même si mes souvenirs sont plus vagues maintenant).
- Lou : c'est dommage que tu n'aies pas écrit de billet, j'aurais pu passer à côté !
Erzébeth : je pense que tu aimerais, lais je te conseille davantage "Cosmos", qui est l'un de mes plus gros coups de coeur de l'année.
Leiloona : ils en valent vraiment la peine ;o)
Rose : je pense aussi qu'il peut séduire un très large public.
Stephie : moi non plus je ne connais rien aux auteurs polonais, mais Gombrowicz pourrait bien devenir un de mes grands chouchous. - Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours hésité à lire Witold Gombrowicz ! Sans doute parce que j'avais peur qu'il ne parle que de malheurs, de guerre, de douleurs, de souffrances ... Bref, d'horreurs ! Mais non. Il semblerait que ce soit plutôt terriblement romantique et un brin fantastique ! Comme la Pologne, en fait ...

















de plus il ne parle pas de la guerre, ouf
et Gombrowicz est considéré comme un grand, et dire que je n'en ai jamais lu !