L'infortunée ; Wesley Stace
J'ai Lu ; 602 pages.
Traduction de Philippe Giraudon. 2004.
Titre Original : Misfortune.
Encore un roman qui me tentait énormément, mais qui attendait (en anglais et en français) sur une étagère depuis sa sortie en poche. Comme je ne suis pas très emballée par le Thomas Hardy que j'ai commencé, je me suis dit que ce roman allait me faire office de récréation. Je l'ai commencé en anglais, mais mon exemplaire pesant pas loin de trois kilos m'a fait préférer mon édition de poche en français...
Un soir, en rentrant chez lui, le Jeune Lord Loveall découvre un bébé aux pieds d'une chienne. Il l'identifie immédiatement à sa petite soeur Dolorès, morte à cinq ans en tombant d'un arbre. Le bébé est baptisé Rose, et pour faire croire à une naissance légitime et tromper les vautours qui lorgnent sur l'héritage des Loveall, Geoffroy épouse Anonyma, sa bibliothécaire, et ne dévoile l'existence de l'enfant que quelques mois plus tard. Rose grandit entourée d'amour, faisant le bonheur de ses parents mais aussi de ses amis Stephen et Sarah. Cependant, plus les années passent et plus les événements étranges se multiplient autour d'elle, l'amenant à s'interroger sur qui elle est vraiment. Car Rose est en fait un garçon, ce que son père a toujours refusé de voir.
Bizarrement, j'ai adoré ce livre, alors même qu'il présente des défauts notoires. Déjà, il est trop long. La deuxième partie aurait été amputée de cent ou cent-cinquante pages, cela n'aurait pas été gênant, au contraire. Le passage où Rose quitte l'Angleterre m'a profondément ennuyée, et j'ai trouvé que ce qui suivait la révélation de la véritable identité du jeune homme était très brouillon en plus d'être cousu de gros fils. Quant à la fin, elle est tout simplement bâclée.
Mais j'ai été captivée par la première partie du roman. Elle est très bien écrite, maîtrisée, drôle, dynamique, angoissante aussi parfois. On ne se sent pas totalement dans l'Angleterre du début du XIXe siècle, mais en même temps cela ne décrédibilise pas l'intrigue. J'avais plutôt l'impression d'être dans un lieu indéterminé, pas très éloigné des contes de fées. Tout est très travaillé, même les noms des personnages, ce qui donne lieu à un roman très riche.
Car tout est surprenant dans ce livre, à commencer par les personnages. Geoffroy est très attachant, sa bonté et sa sincérité font qu'on lui pardonne son excentricité. Il croit vraiment que Rose est une fille, son bien-être en dépend. Anonyma peut apparaître comme une intrigante, mais elle aime son enfant plus que tout, et elle n'abuse jamais de la gentillesse de son maître (qui devient ensuite son mari). De plus, son personnage étant un hommage aux livres et aux bibliothèques, il est difficile de ne pas se trouver des poins communs avec elle.
En fait, il est possible d'être choqué par ce qui est imposé à Rose par tous ceux qui sont adultes au moment où elle arrive à Loveall. Mais le comportement des compagnons du Jeune Lord n'est guidé que par leur loyauté envers leur maître.
Quant aux enfants, ils sont de toute façon dans l'insouciance jusqu'au moment où la vérité éclate. Rose est un personnage complexe. On peut penser que cela va de soi étant donné que son identité est floutée, mais il aurait été très facile de tomber dans la caricature avec un tel sujet. Ce n'est pas le cas ici. Rose s'interroge, teste, rejette les évidences, tente de les accepter, puis trouve ce qu'il veut. C'est la même chose pour le lecteur, qui voit alterner des "il" et des "elle" sans trop savoir sur quel pied danser.
Il n'y a pas que des gentils dans ce roman. Nous avons aussi droit à toute la famille, qui n'attend que son heure pour fondre sur Loveall. Les Osbern sont presque tous ridicules, cupides, un peu caricaturaux, mais c'est l'histoire qui veut ça. De plus, ils ne sont pas dépourvus d'une certaine intelligence, et quelques éléments montrent des signes de faiblesse bienvenus pour Rose et ses amis.
Autre élément fascinant, Loveall. Ce lieu est plein de mystères, de souvenirs parfois douloureux (comme l'arbre d'où Dolorès a mortellement chuté). Et puis cette bibliothèque... Difficile de ne pas mourir d'envie d'y mettre les pieds.
En fait, je ressort de ce livre charmée, parce que la première partie m'avait complètement convaincue, et que de ce fait, je ne pouvais que vouloir connaître la fin de l'histoire. L'auteur a réellement une imagination débordante, et son livre était ambitieux dans le bon sens du terme. Cependant, je ne peux pas crier au chef d'oeuvre, parce que la deuxième partie du roman n'est vraiment pas à la hauteur.
Commentaires sur L'infortunée ; Wesley Stace
- Karine
: je pense que tu aimeras !
Keisha : il s'appelle "Les garçons", mais j'attends la sortie poche.
Manu : merci de ton soutien,je me sens moins seule ;o)
Constance : tu veux dire que le résumé ne donne pas envie ou qu'un tel sujet ne te convainc pas ?
InColdBlog : j'ai vu ton billet sur ce livre, mais je ne savais pas trop comment le prendre puisqu'il renvoyait au billet de Laurent.
Pour "Les garçons", merci de donner ton avis. Je crois que personne ne l'a lu pour l'instant.
Fashion : incroyable, tu l'as dans ta PAL ? ;o) - Ariane : J'espère que ce sera bientôt ;o)
GeishaNellie : en fait, j'ai acheté la VF quand elle est sortie en poche, puis je suis tombée sur la VO soldée lors d'un périple en terre anglophone. En fait, j'aime bien avoir les deux versions pour les romans que j'aime, comme ça je peux les relire en anglais et les prêter. Et comme j'avais un bon pressentiment...
Nataka : je n'ai pas abandonné, juste mis de côté pour l'instant ;o) C'est "Far from the madding crowd". - Un autre avis encore...Vous trouverez également un avis ici : http://ameleia.over-blog.com/article-23149153.html
Ce blog est tenu par une amie à qui j'ai également conseillé votre site. A bientôt. - "j'avais plutôt l'impression d'être dans un lieu indéterminé, pas très éloigné des contes de fées." C'est curieux parce que je n'ai lu que le début de ce livre, mais cela résume bien mon impression. Cela me faisait penser un peu à Mervin Peake également, je ne sais pas pourquoi.
Comme Fashion je l'ai dans ma PAL (pour moi : depuis sa sortie - la première, même pas la poche !!). Je vais de ce pas me flageller ;o)
Ah oui : Caroline (ou Carolyn Grey) a adoré ce livre et m'a demandé à plusieurs reprises si je l'avais finalement lu. Peut-être que tu aimerais lire sa critique. - Allie : je pense que tu aimeras
Léthée : merci pour le lien !
Lou
eake est dans mes projets de lectures. Merci pour le lien de Caroline, son billet m'avait échappé. Sinon, j'essaie pour ma part de lire rapidement mes livres en grand format, parce qu'après j'ai des regrets quand ils sortent en poche. Mais ça ne m'empêche pas d'en laisser certains traîner pendant des années...
- Je viens de le finir (lu en VO), je l'avais laissé dormir 3 ans dans ma bibliothèque...
J'ai le même avis : j'ai été soufflée par l'imagination et la culture de l'auteur, c'est pétri de références littéraires (l'ancienne étudiante en Lettres que je suis était fine folle!) sur l'androgynie (thème qui me passione) et je n'ai pu que faire "WOW!".
mais idem, je ne peux pas dire que c'est un chef d'oeuvre à cause de la fin. mais quel gâchis! cette happy end guimauve... quel dommage.
le site de l'auteur est un bonheur, on peut l'écouter lire des passages du livre, les chansons du roman.
c'est un énorme coup de coeur pour moi et je lirais un autre titre (il vient de publier son 3ème roman, en anglais).
x - j'ai également terminé ce livre il y a peu. J'ai été, de même, complètement charmée par la première partie du livre mais également tellement déçue par la seconde que je dois avouer ( à ma grande honte ) que j'ai sauté de nombreuses pages pour arriver à la fin ( car je voulais quand même connaître la fin et j'ai pour principe de toujours finir un livre commencé.) Personnellement, je n'arrive à me départir de la mauvaise impression que ce livre a laissé sur moi et pour le moment, je n'ai pas réellement envie de lire une autre de œuvre de cet auteur.
















