terreGaïa ; 197 pages.
2009
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Nous sommes en Roumanie, sous le régime de Ceausescu. Le village de Slobozia est situé près de La Fosse aux Lions, un lac maudit, où de nombreux Turcs se sont noyés lors de tentatives d'invasion au XVIe siècle, et où pêcher est interdit, sous peine de mort, car les moroï (ou morts-vivants) habitent ce lieu. 
Pourtant, le jeune Victor Luca entretient un lien d'amour avec ce lieu, qui emporte son père violent. Plus tard, quand le jeune homme tue pour la première fois une jeune fille, c'est encore La Fosse aux Lions qui détourne les chiens de Victor. Ce dernier est victime de pulsions meurtrières, qui l'obligent à se terrer dans la maison qu'il partage avec sa mère et sa soeur pendant plus de vingt ans.
D'abord convaincu qu'il est condamné à l'Enfer, Victor finit par trouver un moyen d'expier son crime en recopiant des textes de l'Église catholique, distribués clandestinement par le prêtre du village, opposant au régime.

Terre des affranchis est un premier roman dépaysant, intriguant et riche.
Avec ce livre, le lecteur est d'abord amené à penser qu'il va lire un conte effrayant.  Victor se fera t-il prendre ? Va t-il réussir à se pardonner ses actes ? Il est traqué, d'abord par tout le village, puis par le policier du village, et même par la police communiste, qui recherche l'auteur des copies de livres religieux que le régime tente de faire disparaître. 
Ce texte est en fait bien plus complexe. Liliana Lazar crée une ambiance entre nature et civilisation, entre superstition, religion et foi politique, pleine de contradiction et d'hypocrisie, sans doute assez proche de ce qui devait régner sous Ceausescu. Le sorcier côtoie le curé et le politicien, parfois dans un seul corps, sans que personne ne puisse rien dire. Les traditions roumaines se superposent sans oser se combattre en plein jour. Les persécutions de religieux se font en silence. Le père Illie est torturé puis tué, avant d'être déclaré en fuite par les autorités. Dans un système où personne n'a jamais rien fait, il est d'autant plus facile pour les bourreaux de l'époque de Ceausescu de se faire passer pour des résistants de la première heure une fois le communisme anéanti.
Les pulsions meurtrières de Victor trouvent ainsi un espace dans lequel elles peuvent s'exprimer presque en toute sécurité. Les cadavres de La Fosse aux Lions sont attribués à la malédiction qui entoure le lac, et dans ce monde que chacun pense maîtriser, la menace ne peut venir que de l'extérieur. Je ne vais pas aller plus loin pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas encore lu ce livre, mais l'aveuglement et l'amnésie des gens est à la fois impressionnant et parfaitement logique. Chacun cherche faussement sa rédemption.   
Beaucoup de descriptions ponctuent ce livre pour nous faire pénétrer à Slobozia, souvent avec succès. Nous baignons véritablement dans une ambiance pleine de croyances. J'ai tout de même trouvé que certaines explications étaient un peu lourdes, et que l'on m'expliquait parfois longuement des façons de faire roumaines uniquement pour que je puisse bien tout comprendre.   

Je n'ai pas eu un coup de coeur pour ce livre (contrairement à Télérama, je n'ai vu ni Barbey d'Aurevilly ni Bram Stoker* à travers ces pages), mais il s'agit d'une bonne surprise qui m'a fait sortir de mes lectures habituelles. Une romancière à suivre.   

Anne-Sophie, Cathulu, Lael et Béné ont adoré ou aimé ce livre.

Challenge 1% de la Rentrée Littéraire 2009 : 2/7.
* Heureusement, en ce qui concerne ce dernier...