La Métamorphose ; Franz Kafka
Le Livre de Poche ; 177 pages.
Traduit par Alexandre Vialatte.
Die Verwandlung. 1912.
Grégoire Samsa, un jeune homme travaillant pour une compagnie commerciale afin de rembourser les dettes de ses vieux parents et de subvenir aux besoins de toute la famille, se réveille un matin transformé en monstrueux insecte. Lorsque sa famille le découvre, elle est horrifiée, mais ne le rejette pas complètement. Grete, la soeur de Grégoire, se charge de le nourrir et de nettoyer sa chambre. La mère aussi voudrait lui venir en aide, mais elle est trop effacée pour oser entreprendre quoi que ce soit.
Confiné dans sa chambre pendant des mois, incapable de faire comprendre aux siens qu'il les comprend, Grégoire se retrouve dans une situation de plus en plus délicate. Au fur et à mesure que les difficultés financières s'accumulent et que sa famille parvient à se défaire du lien de dépendance qui la liait à lui, et qui la maintenait dans une certaine culpabilité à son égard, le jeune homme voit ses parents et sa soeur changer dangereusement d'attitude.
La Métamorphose est une nouvelle très brève, mais cela ne l'empêche pas d'être riche, solide et bouleversante.
Grégoire Samsa se transforme en un être absolument répugnant. Kafka décrit ses pattes, évoque sa mandibule, le fait qu'il grimpe aux murs, adopte des positions effrayantes, et sente mauvais en plus d'être sale. Apétissant, non ?
Pourtant, la métamorphose dont parle le titre ne désigne pas seulement le jeune homme. Si Grégoire parvient un temps à apprivoiser sa nouvelle apparence, sa famille ne peut réprimer le dégoût qu'il lui inspire. Son attitude évolue à une vitesse effrayante et atteint des proportions cruelles et finalement fatales. Il y a un léger mieux, comme des remords : "La pomme, que personne n'osa extraire du dos de Grégoire, demeura incrustée dans sa chair comme un souvenir palpable de l'événement, et la grave blessure dont il souffrit pendant plus d'un mois sembla avoir rappelé au père lui-même que son fils, malgré sa triste et répugnante métamorphose, n'en demeurait pas moins un membre de la famille ; il ne fallait donc pas le traiter en ennemi ; le devoir exigeait au contraire qu'on surmontât son dégoût et qu'on supportât Grégoire, qu'on le supportât seulement." Mais la situation ne dure pas. Grete, la soeur aimée, celle qui comprend avant même de l'avoir vu, que son frère est en difficulté, celle à qui Grégoire voulait offrir le meilleur, est celle qui prononce la terrible sentence. Le père ne reconnaît plus son fils depuis le début, et la mère est bien trop effacée pour intervenir.
La transformation de Grégoire en ce qu'il y a de plus dégoûtant est bien évidemment une représentation symbolique imaginée par Kafka afin de sonder la nature humaine. Je n'ai pas vraiment eu le sentiment, une fois les premières pages passées, de lire une histoire fantastique. Moi qui déteste les insectes répugnants, j'ai eu du mal à ne pas grimacer en lisant ce texte, mais pas à cause de Grégoire. C'est sa famille qui m'a donné la nausée.
Du grand art.
Les avis de Lune de Pluie, de Lou, de Romanza et de Thom.
Commentaires sur La Métamorphose ; Franz Kafka
- Un de mes textes préférés! j'ai écrit au moins dix pages sur cette métamorphose... évidemment impossibles à réduire pour le blog.
Pour moi, c'est de l'humour noir, parce que le narrateur parle de la nouvelle apparence de Grégoire sur le ton du constat, comment se débrouiller quand on est devenu insecte, comment sortir du lit, se déplacer, que dire à sa famille, comment amadouer son patron...la métamorphose est vécue comme une nouvelle situation gênante, pas comme du surnaturel... le pathos est évité. En même temps, on souffre tout de même pour lui... - J'ai dû lire 2 ou 3 fois cette nouvelle de Kafka et j'avoue qu'à chaque fois j'en ressors avec un sentiment de dégoût, je sais qu'il s'agit d'une métaphore, et finalement le sentiment éprouvé par le lecteur est voulu par l'auteur... j'ai également lu "Le Château" durant mes études de lettres, j'ai mieux aimé même si cet univers ne me convient pas, beaucoup trop angoissant pour George !
- Zarline : c'est dingue d'étudier ça en allemand au lycée. C'est à dégoûter de l'allemand et de la lecture !
Manu : ahah ! "Le Procés" est bien entendu dans ma PAL...
GeishaNellie : il ne peut pas faire grand chose cela dit...
Dominique : tu peux taper dix pages sur ton blog, je les lirais ;o)
Petite Fleur : de toute façon, je crois qu'il y a un nombre assez important de lectures possibles pour ce livre.
Nanne : beuuurk !
Sophie : j'espère qu'il te plaira !
George : c'est vrai qu'il s'agit d'une ambiance particulière, mais j'avoue qu'elle m'intrigue beaucoup. J'ai aussi "Le Château" dans ma PAL... - Oh, non, je n'ai pas tout lu ! Je suis une paresseuse
J'ai lu les plus connus, celui-ci donc, puis "Le procès", "Le château", "L'Amérique", sa "Lettre au père"... mais je ne saurais absolument pas te conseiller. Les trois romans sont assez particuliers (et inachevés, certes), loufoques, incompréhensibles, angoissants, je me souviens n'avoir rien compris à la lecture, mais en avoir gardé une très forte impression par la suite. "L'Amérique" est celui qui m'a mise le plus mal à l'aise, et "Le procès" est clairement à lire... mais faut-il continuer par ce titre-là, je ne trancherai pas !
- Je viens juste (il y a une demie heure) de finir l'oeuvre de Kafka et c'est justement pour cela, que j'ai cherché sur le web quelques critiques et notes sur le livre. Personnellement, j'avais vraiment un sentiment de répugnance certes face à l'attitude de la famille, mais je ne sais pas si cela fût le cas pour vous, aussi envers Gregor. Je ne sais pas si Kafka cherche à faire de son protagoniste un être pathétique, ou plutôt repoussant. L'un se mêle-t-il l'autre ?














