Le Tour d'écrou ; Henry James
Librio ; 155 pages.
Traduit par Jean Pavans.
The Turn of the Screw. 1898.
Au moment de Noël, un groupe d'amis se réunit le soir autour du feu et se raconte des histoires terrifiantes. L'un d'eux propose soudain de livrer à ses amis un récit véridique, que lui a fait une femme qu'il a aimée bien des années auparavant. C'est elle qui prend le relais pour dire son histoire au lecteur. Après un entretien avec un jeune homme qui lui a fait une forte impression, notre narratrice, alors âgée d'une vingtaine d'années, est engagée comme gouvernante de deux enfants, à la condition de ne jamais solliciter son maître, leur oncle.
Arrivée à Bly, une magnifique demeure, elle rencontre d'abord l'adorable petite Flora, et se lie d'amitié avec l'intendante, Mrs Grose. La première contrariété que connaît la gouvernante est le renvoi du jeune Miles de sa pension. Cependant, lorsqu'il arrive à son tour à Bly, il est au moins aussi attachant que sa soeur, et il paraît impensable qu'il puisse avoir fait quoi que ce soit qui mérite qu'il se retrouve dans une telle situation.
Les choses deviennent définitivement inquiétantes lorsque les spectres de Miss Jessel, l'ancienne gouvernante, et de Peter Quint, un ancien domestique de Bly, apparaissent, et semblent menacer les enfants.
Lors de la fameuse soirée au coin du feu, Douglas s'interroge : "Si l'implication d'un enfant [dans une histoire d'épouvante] donne un tour d'écrou supplémentaire, que diriez-vous de celle de deux enfants... ? " Pour ma part, ce fait a sans aucun doute contribué à me faire un énorme effet.
Ce livre est un véritable bijou, qui joue sur toutes les ambiguïtés permises par sa construction. Le début du livre m'a fait penser à Jane Eyre, mais ici la menace semble venir de partout, et l'on sombre toujours plus loin dans le macabre. C'est la gouvernante qui nous raconte l'histoire, et alors qu'elle tente tout ce qu'elle peut pour protéger ses élèves, le lecteur voit plus loin derrière les sourires angéliques. Miles et Flora sont les êtres qui mènent la danse quand les adultes font des cauchemars. La situation est malsaine, et il faut attendre les dernières lignes pour comprendre à quel point.
En effet, la fin est magistrale, et l'on se moque bien que le récit de la gouvernante ait balayé tout le reste. J'ai lu ce livre fébrilement, incapable de le reposer avant de l'avoir achevé. Naturellement, j'ai été frustrée et encore plus déconcertée, comme le savent tous ceux qui ont déjà lu ce texte. Généralement, les textes "effrayants" du XIXe siècle ne m'impressionnent pas par leur capacité à avoir conservé cette dernière caractéristique. Mais Henry James jongle tellement bien avec l'esprit humain que cette fois-ci, je n'avais pas l'impression d'avoir davantage de recul qu'un lecteur de la fin du XIXe siècle. Si vous ne connaissez pas ce chef d'oeuvre, jetez-vous dessus !
Les avis de Nibelheim, de Sylvie, de La liseuse, de Tamara, de Dominique, et d'autres sur BOB...
Cécile a lu la BD qui a été tirée de ce texte.
Commentaires sur Le Tour d'écrou ; Henry James
- Bonsoir,
J'ai mis ton blog dans mes favoris depuis quelques mois et ce soir,je vois ce nouveau livre, je suis triste d'avoir été en ville ce matin si j'avais su ... enfin pas grave, j'irais très prochainement me l'acheter.
Mon fils suit des études de bibliothécaire documentaliste et je lui ai déjà montré ton blog qu'il trouve très intéressant.
Nous sommes tombés "dans une chambre à livres petits tous les deux"comme nous dit mon mari .....
Amitiés de Belgique et à très vite.
Marie-ange. - Marie-Ange : merci de ton passage et de ce gentil commentaire. En ce qui concerne ce livre, tu le trouveras assez facilement je pense.
Ofelia : j'ai commandé "Les Autres", beaucoup de billets sur ce livre en parlent. Je me souviens d'en avoir vu un bout il y a six ou sept ans, mais j'avais trop peur, alors j'étais allée me coucher... Mais je ne connaissais pas du tout l'adaptation.
Mango : je l'ai même préféré à Daisy Miller pour ma part.
Allie et Papillon : vous devriez vous jeter dessus !
Leiloona : oui elle est complète, tu peux te la procurer sans problème. - Etant une grande amatrice de Henry James et des histoires de fantômes, j'ai beaucoup aimé "Le tour d'écrou". L'adaptation s'appelle "Les innocents de Jack Clayton avec Deborah Kerr. Je crois qu'il existe en DVD, je l'avais vu lors d'un cinéclub de FR3 et c'est une bonne adaptation. J'avais beaucoup apprécié "Les autres" qui en était inspiré, l'ambiance était très inquiétante.
- Après le dénouement, on continue de se poser des questions. La gouvernante est probablement sujette aux hallucinations. Le petit garçon devait être malade sans qu'on le sache. Je n'arrive pas à croire au surnaturel. Henry James y croyait il me semble d'une certaine façon. En tout cas, il nous plonge là dans une atmosphère qui génère plus d'angoisse que la plupart des histoires horribles.
C'est vrai que la gouvernante a un petit quelque chose de Jane Eyre. Au début, j'ai cru comprendre entre les lignes, qu'elle appréciait le maître de maison, et souhaitait se faire épouser. - Manu : oui, d'ailleurs je l'ai commandé ce week end ;o)
Titine : Tu me conseilles quels titres de James ?
La liseuse : pour ma part, je n'ai pas pensé une seule seconde que le récit de la gouvernante pouvait être un point de vue parmi d'autres, alors la fin m'a laissée pantoise...
Dominique : oui, elle est amoureuse du maître de maison. Mais cet aspect disparaît très vite, on n'en reparle plus après. Sinon, je pense aussi que la fin donne la réalité des choses, mais ce jonglage entre réel et surnaturel est extrêmement bien mené. J'ai vu que James avait été inspiré par un conte lu dans un journal quand il était petit, et qu'il croyait au surnaturel.
Ofelia : oui, j'avais compris que tu parlais d'un autre film. Mais comme c'est "Les Autres" qui est le plus souvent cité, ça m'a donné envie de le voir.
GeishaNellie : tu ne devrais pas être déçue !
GeorgeSandetmoi : moi ce sont les romans de James auxquels je ne parviens pas à me mettre.
Karine
et Béné : apparemment, on a eu le même ressenti face à cette lecture...
Zarline : très bonne idée ! - Il faut que je reprenne ma lecture de Henry James que j'aime vraiment beaucoup ! "Un tour d'écrou" est une nouvelle absolument magnifique dans laquelle il décrit l'âme humaine comme personne. Depuis "Washington Square", je n'ai rien lu d'autre depuis ! Je vais me rattraper, surtout que c'est un auteur riche d'ouvrages magnifiques ...
- Mon fils me l'a ramené cet après-midi ayant été faire des courses en ville donc je le commencerais ce soir après avoir regardé dans un autre style "esprits criminels "sur RTL, j'espère oser aller dormir cette nuit ....
Après avoir lu vos commentaires, je suis encore plus impatiente de commencer ma lecture.
A plus tard,amitiés de Belgique.
Marie-ange. - Titine et Paradoxale : merci, je note donc "Portrait de femme pour une prochaine lecture de James !
Nanne : "Washington Square" est dans ma PAL, j'avoue que je suis très tentée.
Marie-Ange : j'espère qu'il va te plaire !
George : je ne connaissais pas du tout, à part "Les papiers d'Aspem qui me dit quelque chose. - Je ne dois pas être normale car je n'ai pas du tout aimé ce roman et je suis visiblement la seule. Je me suis ennuyée et je me fichais totalement de ce qui pouvait arriver, de la première à la dernière page. Du coup, je me suis toujours dit que je devrais lire autre chose de lui mais j'ai du mal à m'y mettre. Et comme je n'aime pas non plus Wharton, qui semble être proche dans l'esprit...
- Je suis moi-même très réceptive face au caractère effrayant que peuvent endosser les enfants. Ce sont loin d'être des créatures innocentes...
Je n'avais pas très envie de lire ce livre parce qu'on m'a raconté la chute du film "Les autres", mais en fait, ça m'a l'air différent... puis James, quoi ! Je vais succomber
Merci Lilly ! (et j'espère que ton mois d'août se passe bien...) - Erzébeth : moi aussi je trouve les gosses flippant dans les histoires, bien plus que beaucoup d'autres choses. J'ai reçu "Les autres", je vais surmonter ma frousse et le regarder bientôt.
Sinon, mon mois d'août est crevant (boulot), mais ça va plutôt bien. J'espère que toi tu te reposes en revanche... - Je viens juste de finir cette nouvelle... La fin m'a beaucoup déconcertée. Je ne sais pas franchement quoi en penser, et à vrai dire j'en ai presque été un peu déçue.
Mais il y a un point sur lequel j'aimerai discuter. Serait-il possible que l'attirance de la gouvernante est plus pour objet le petit Miles que l'oncle? Je sais ce que vous allez me dire d'abord, ce n'est qu'un gamin! Pourtant, à la lecture, cette impression ne m'a pas lâchée. Miles, d'une part, semble vieillir au fur et à mesure. Perdre son masque d'ange pour devenir un séducteur. Ce qui n'est pas si idiot que ça si on pense qu'il est influencé d'une façon ou d'une autre par Quint. Divers élément m'ont amenée à penser cela: le petit nom de l'institutrice, la scène où Miles souffle sur la bougie de la gouvernante: ils se retrouvent seuls, dans l'obscurité. N'oubliez-pas l'atmosphère électrique de cette scène. Il y a toujours une sorte de tension entre ces deux-là.
Bien-sûr, au départ, je pense qu'il est possible que la gouvernante ait été attirée par l'idée d'épouser l'oncle. Mais amoureuse de lui? Je n'y crois pas beaucoup.
Qu'en pensez-vous?
















