11 juin 2009
Les palmiers sauvages (Si je t'oublie Jérusalem) ; William Faulkner
Gallimard ; 348 pages.
Traduit par M.-E. Coindreau.
V.O. : The Wild Palms. 1939.
L'histoire commence par la fin, comme souvent chez Faulkner, mais cela ne l'empêche pas d'être énigmatique. Un médecin, propriétaire de plusieurs villas, en loue une à un couple qu'il sait non marié (mais tant qu'on ne dit rien, tout va bien), et qui semble blessé à mort. Surtout la femme, qui passe ses journées assise, et qui semble indifférente à ce qui l'entoure. Une nuit, l'homme réveille le médecin, parce que la femme saigne gravement.
En parallèle, un forçat se retrouve malgré lui au milieu d'un Mississippi furieux, qui ne coule même plus dans le bon sens. Il ne songe qu'à rejoindre son pénitencier, mais il doit d'abord affronter de nombreuses épreuves, accompagné d'une femme enceinte.
Le bruit et la fureur a été pour moi LE livre de l'année 2008, Les palmiers sauvages pourrait bien être celui de 2009. Et bien sûr, je suis incapable de trouver comment vous en parler, même une semaine après.
La construction de ce roman est bien évidemment soignée, quoique différente des techniques de brouillages habituelles de l'auteur, et permet aux deux récits qui s'entremêlent, et qui n'ont pas grand chose en commun à première vue, de se nourrir l'un l'autre. La force du Vieux Père, le Mississippi, intervient seulement dans le récit du forçat, mais le tragique de l'histoire d'amour entre Charlotte et Harry résonne aussi dans les mouvements du fleuve. La liberté est également un point central du roman. Les uns la cherchent en vain, l'autre la subit, ou du moins la conçoit d'une manière très personnelle.
La nature est complètement maîtresse du destin de nos quatre héros. Les références bibliques (le Déluge, les créatures monstrueuses), le vent, le froid, sont très présents, et ajoutent à l'intensité du récit. Pour le forçat, l'aventure tourne au tragi-comique, quand Charlotte et Harry nous font plonger dans le pathétique. Faulkner est impressionnant dans sa façon de nous présenter l'amour. Les mots n'ont rien de tendre, et les personnages pourraient sembler presque indifférents l'un à l'autre si l'on se fiait seulement à leurs paroles d'amour. Pourtant, la volonté d'aimer viscérale de Harry et surtout de Charlotte, qui fuient sans cesse, combattus par le quotidien et les difficultés matérielles, imprègne tout le récit, et fait de cette histoire l'une des plus émouvantes que j'ai lues. Les rôles sont quelque peu inversés dans ce couple. C'est Charlotte qui mène, qui sait le plus précisément où elle veut aller, jusqu'à en mourir. Harry est beaucoup plus passif, mais sa dernière décision lui confère une importance nouvelle dans sa relation.
Etrangement, j'ai trouvé ce livre moins directement déprimant que les autres romans de Faulkner que j'ai lus. L'humour est particulier certes, et pointe du doigt la décadence du Vieux Sud, mais est bien présent. Le sort s'acharne sur les personnages, et laisse un goût amer dans la bouche du lecteur, mais les personnages, parce qu'ils sont aveugles, n'ont sans doute pas le sentiment de si mal s'en sortir.
Faut-il vraiment que j'ajoute en toutes lettres que j'ai trouvé ce livre grandiose ?
L'avis de Sylvie.
Commentaires
Tu vas me convaincre de tenter à nouveau Faulkner! Moustiques m'avait laissée très hésitante...
Tu serais pas dans un trip Faulkner toi?
En même temps je n'ai pas lu ton billet... juste survolé grossièrement... car j'aime Faulkner, et si je lis un autre de ses bouquins, il ne faut absolument pas que je sache de quoi il parle avant... oui j'ai des manies bizarres... mais j'aime ne rien savoir d'un livre quand je le commence... (ça marche que quand je sais que je lirai le livre un jour, pour le reste, je découvre les billets et je me laisse influencer bien sûr ;) )
Comme je t'envie d'avoir autant aimé! Faulkner et moi ne sommes pas faits pour nous entendre et j'ai dû abandonner ce livre avant de périr d'ennui... j'en suis fort marrie, crois-moi! :)
C'est très attirant ! Surtout si ça demande un effort pour se faire à la chronologie bousculée et au passage d'une histoire à l'autre. Et j'aime bien ton idée de livre de l'année. C'est vrai, le prix sont toujours attribués aux nouveautés. Alors pour changer, on n'a qu'à remettre chacun sur son blog le prix du classique de l'année (nous ne sommes qu'en juin, mais j'ai aussi l'impression d'être en train de lire mon Levraoueg d'or catégorie classique) !
Wharton un jour, Wharton toujours :)
J'ai déménagé.
Coquine, tu as fait exprès de mettre "cage à oiseaux" dans les tags, exprès pour retenir mon attention, n'est-ce pas ? ;-)
Avec tout ce qu'il y a à lire, je ne vais jamais m'en sortir.
Mais ton billet est très beau, et tout individu normalement constitué devrait se jeter, après l'avoir lu, sur un roman de Faulkner dans les semaines qui suivent.
(on verra donc si je suis normalement constituée ou non... ;-) )
Tiens, celui-ci je ne l'ai pas lu. Je vais me constituer une PAL de vacances (tous les prétextes sont bons:)))!
Je ne me sens toujours pas prête à lire Faulkner. Surtout si c'est très déprimant, je ne pense pas avoir le bon état d'esprit en ce moment.
Keisha : je n'ai pas lu "Moustiques", mais une blogueuse l'avait trouvé moins bien que les autres je crois. Alors ? ;o)
Cryssilda : j'évite de lire les billets sur un livre que je lis ou que je vais lire très vite, mais sinon, je ne suis pas gênée pour ma part.
Pimpi : je ne sais pas si j'aurais aimé commencer par ce titre. "Lumière d'août" me semble pour l'instant le plus abordable (tout en étant très très bien).
Levraoueg : je ne remets pas de prix, je dis ça en pensant à mon classement final de l'année. Mais je plussoie, je ne vois aucun intérêt à s'obliger à élire la nouveauté que l'on a préférée. Tous les livres dont je parle ici (ou presque) sont des nouveautés pour moi de toute façon ;o) Et je ne peux m'empêcher de me demander quel est ce livre dont tu parles ?
Erzébeth : figure toi que je l'aime aussi beaucoup ce tag ;o))) Mais je suis effectivement encore blessée par tes promesses brisées...
Fashion : Bonne idée ! Je me demande comment on perçoit ce livre quand on l'a lu sur la plage avec ses gosses qui réclament leur goûter ou leurs brassards ou je ne sais quoi ;oP
Manu : en fait, je n'arrive pas à trouver le bon terme. Ce n'est pas déprimant, disons que c'est marquant.
Encore un auteur inconnu!!! je vais y remédier!!!
Il fait partie de ton top 3 writers maintenant, non ?:)
Faulkner est un auteur américain incontournable ! J'avais lu quelques uns de ses livres adolescente, mais celui-ci, je ne le connaissais pas ... Comme Fashion, il va falloir que je me fasse une PAL pour les vacances d'été, et pourquoi pas y glisser un de ses romans ?! Pourquoi pas ? ...
Lou : c'est bien possible. Il est dans le top 10 en tout cas ;o)
Nanne : c'est une très bonne idée !
Tiens, rien à voir, mais j'ai lu récemment Le cheval aveugle de Kay Boyle, qui apparemmentn en sontemps (le livre fut publié dans les années 30, était un Faulkner féminin.... Bon c'était pas mal, mais un peu hermétique pour moi. Ce qui ne m'empêche pas de vouloir lire Faulkner, le vrai. ;)
Choup : je ne connais pas du tout Kay Boyle, mais je vais aller voir ça.
Bon, Erzebeth vient de commmettre un billet sur Faulkner... j'ai pris une bonne résolution, il faut que je lise un roman de lui d'ici la faim de l'été... je tremble! ;))
Crois-le ou non, tu vas peut-être réussir à me faire lire Faulkner, qui me fait terriblement peur, par ailleurs!!! Je dis bien peut-être :)
Choup : la "faim" de l'été, tu crois que ça veut dire quelque chose pour un psy ? ;o) Fais attention en tout cas, je vais te prendre au mot, et te conseiller 'Lumière d'août".
Karine : tu ne devrais pas avoir peur, et lire toi aussi "Lumière d'août", je pense que tu aimerais !
Magnifique billet !
Je te rejoins complètement car si on devait faire une liste avec les 5 ou 10 livres qu'on emporterait sur une île déserte, celui-ci serait dans mon top 3. Je l'ai lu il y a longtemps mais le souvenir est impérissable, ce livre est sublime en tout points.
As-tu lu Absolon Absolon ? Il paraît qu'il est génial aussi.
émi-lit : je l'ai dans ma PAL, et il a l'air très beau d'après ce que j'en sais. Surtout qu'on y retrouve les Compsons !
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