Les maîtres de Glenmarkie ; Jean-Pierre Ohl
Manu a été fabuleuse lors du Victorian Christmas Swap. Ce troisième livre, que je viens de refermer, m'a procuré un plaisir de lecture immense. Fashion, Cryssilda, Erzébeth, Karine, Isil, Pimpi, Cuné (pour Dickens) et tous les amoureux de littérature anglaise, vous devez ab-so-lu-ment lire ce roman ! (les autres aussi d'ailleurs)
Ce texte à deux voix commence dans les années 1950, en Ecosse, sur l'île d'Islay. Mary Guthrie s'apprête à partir à Edimbourg afin d'y effectuer des études de lettres. Elle est curieuse et impulsive. "Je raffolais des têtes de chapitres interminables à la Tom Jones, tous les Dans lequel..., Où il advient que... Ma propre vie, pensais-je, n'en était encore qu'à ces préambules, mais connaîtrait bientôt des développements insoupçonnés." Elle est troublée par Ebenezer Krook, le prêtre catholique de l'île, avec lequel elle connaît une aventure d'une nuit. Le lendemain, il fuit, mais Mary a découvert un moyen de continuer à le sentir près d'elle. Il a le sang des Lockhart, une famille écossaise restée fidèle aux Stuarts lors de la première révolution anglaise. Thomas Lochkart est son représentant le plus célèbre. Cet auteur farfelu a, selon la légende, amassé un trésor destiné à la lutte pour le rétablissement des Stuarts sur le trône d'Angleterre, avant de mourir de rire en 1660. Mary va donc entreprendre un mémoire de recherche sur ce personnage, ce qui va la mener à fréquenter la demeure des Lockhart, peuplée de personnages improbables, et de secrets aussi intrigants que dangereux.
En parallèle, Krook renonce à l'Eglise après sa nuit avec Mary, qui est suivie d'une bonne cuite en compagnie de Robin Dennison, un journaliste d'Edimbourg, et d'une bagarre avec son évêque. Il part donc en compagnie de Robin, qui lui trouve un emploi à la librairie Walpole, où l'on ne vend que des livres qui ont plus de cinquante ans, et qui possède des clients aussi loufoques qu'attachants. Krook ne se sépare jamais de Martin Eden, le roman de Jack London que son père, disparu pendant la guerre civile espagnole affectionnait, mais au départ il n'aime pas lire. Il va en découvrir peu à peu le plaisir, et remonter peu à peu la trace du passé de sa famille.
Les maîtres de Glenmarkie est l'un de ces livres qui nous font nous demander comment on a pu attendre aussi longtemps avant de les lire, et qui nous obligent à rogner sur nos heures de sommeil.
La première chose qui séduit est bien évidemment le cadre dans lequel se déroule le récit, les Hébrides intérieures, Edimbourg, le manoir des Lockhart. Le charme de ces lieux semble encore plus familier grâce aux multiples références qui parsèment l'histoire. Dickens est le premier que l'on repère, avec le personnage d'Ebenezer Krook. Stevenson également, est très présent, et je pense que je réaliserais à quel point lorsque j'aurais davantage découvert son oeuvre. Walter Scott, Jacques London, George Orwell, Shakespeare, mais aussi quelques auteurs français et américains sont encore convoqués.
Car ce livre est une véritable déclaration d'amour à la littérature, aux livres, au lecteur et à l'écrivain. Je me suis régalée en notant les références des romans dont il est question, en faisant la connaissance de la librairie Walpole (pour Horace ? ), en écoutant le libraire Walpole parler des livres qu'il vend et des lecteurs loufoques qui poussent la porte de sa merveilleuse boutique (Duff et ses petites-amies qui lui volent toujours sa collection complète de Shakespeare quand elles le quittent, Mitchell qui voudrait établir les règles de la librairie), ou en observant le rapport entre Krook et les livres évoluer. "La première fois que je suis venu, j'ai poussé la porte et j'ai dit : 'Vous avez le dernier... ? ' Mais il ne m'a pas laissé finir, il a dit simplement : ' Non. - Comment ça, non ? - Non, je n'ai pas le dernier roman de Mr. Encore-lui. Ni le quatorzième tome des mémoires de Mrs. Toujours-là... et pas davantage l'ultime opus des gentlemen Coucou-c'est-moi, Je-publie-impertubablement-un-livre-par-an, et Celui-là-est-encore-plus-mauvais-que-le-précédent...' Vous imaginez la tête que je faisais... 'Mais qu'est-ce que vous vendez alors ? - Seulement des livre parus depuis au moins cinquante ans. - Dommage pour James Joyce, Virginia Woolf et Malcolm Lowry... -Sans doute, mais c'est la règle. Cinquante ans, pas un de moins : c'est le no man's land qui nous sépare de l'ennemi... La digue qui nous sépare du flot malsain des livres de circonstance. Des livres superflus, vite écrits, vite lus, vite oubliés.' Il avait son petit air en coin, à la fois patelin et furibard. Puis il m'a tendu la main et offert un cigare ! Et vous savez le plus drôle ? Chez McAvoy ou chez Stone, j'achète les nouveautés en douce, comme si j'avais quelque chose à me reprocher ! "
A ces éléments, Jean-Pierre Ohl a associé une intrigue absolument passionnante, qui amène le lecteur à explorer dans une course folle les secrets d'une famille minée par les émotions trop fortes, par la folie et par la haine, en voyageant dans le temps et dans l'espace, depuis Cromwell jusqu'à la guerre civile espagnole. Le tout avec une bonne dose d'humour, des personnages irresistibles (la folie des Lockhart a eu un effet aphrodisiaque sur moi, je suis tombée amoureuse de Thomas, d'Alexander et de Krook, rien de moins !).
Je ne peux pas vous en dire plus, ce serait un crime de vous gâcher un peu du plaisir intense que l'on éprouve à la lecture de cet excellent livre. Pour ma part, je tente de ne pas me jeter tout de suite sur le premier livre de l'auteur, parce qu'après il n'y en a plus...
Merci encore Manu pour ce cadeau.
Lou, Cécile (Le grand nulle part), Cécile (Cécile's Blog), Ys, Sentinelle, Chiffonnette, Celsmoon et Choupynette ont été conquises elles aussi.
Brize a été déçue.
Commentaires sur Les maîtres de Glenmarkie ; Jean-Pierre Ohl
- Le billet de Lou m'avait déjà donné très envie de le lire. Je n'ai pas tardé d'ailleurs à me le procurer. Et voici que tu me rappelles à quel point j'ai envie d'entrer dans ce roman. Las, il faudra attendre après les 2000 pages de Joseph Balsamo, commencé ce week-end et le Oates du blogoclub de lecture. Vivement le mois de juillet!
- Stephie : il faut le faire passer devant ;o)
Cuné : et son premier a l'air encore plus fait pour toi !
Ys : je n'aurais jamais pensé trouver ce livre chez Gallimard. Ni d'un auteur français. C'est dommage qu'il n'ait pas bénéficié de davantage de promotion...
Manu : je te souhaite d'aimer au moins autant que moi ;o)
Keisha : j'ai acheté "Monsieur Dick" il y a quelques mois. Je crois que je vais attendre d'avoir lu au moins un autre Dickens avant de l'ouvrir.
Cryssilda : je n'ai rien à ajouter...
Fashion : oui, je te l'envoie demain. Ca me déculpabilisera de retenir "Le proscrit" en otage en plus ;o)
Cécile : c'est agréable de savoir qu'un bonheur de lecture est à venir ;o)
Isil : c'est pour ton bien !
Cléanthe : tu as tort ;o) - La liseuse : je ne sais pas s'il sortira en poche. Son premier roman n'est jamais passé en petit format...
Pimpi : il l'est sûrement, ce livre n'a pas un an.
Alwenn : je l'espère !
Restling : oui, j'ai aimé les trois livres qu'elle m'a envoyés, et deux ont même été des coups de coeur !
Gambadou : ce roman est tellement riche que tu y trouveras de toute façon de quoi te passionner. - Tu es bien mignonne, mais je n'y connais strictement rien, en littérature anglaise (en littérature tout court, tu me diras), je suis sûre que je peux aimer ce livre, mais les références me passeront totalement au-dessus de la tête... Il faut que je lise un peu avant d'approcher celui-ci.
Mais je le sais, qu'il ne faut pas passer à côté, je le sais...
(très jolie, la photo qui illustre ton billet !) - Emjy : tu vas te régaler !
Pimpi : c'est horrible de vivre au Québec !
Allie : toi aussi tu vas adorer ;o)
Erzébeth : je n'ai jamais lu un commentaire aussi stupide et faux que celui que tu viens d'écrire... Il y a tellement de choses à lire que personne n'y connais rien à rien. C'est sûr que si tu pars comme ça... De toute façon, tu n'as aucune excuse. Tu DOIS lire ce livre, et tout de suite !!!
Sinon, la photo me rappelle mon Irlande chérie... j'ai des photos presque identiques du Connemara. - Mais non, ce n'était pas totalement stupide, je n'ai juste jamais lu Walter Scott, London, et pour les autres auteurs cités, j'ai lu un de leurs livres (au mieux) (à part Dickens, mon dieu, j'en ai lu deux !). Ça fait mince, je trouve, et ça me frustrerait de ne pas saisir certaines références assez "simples".
Mais je crois que tu as gagné. Je dois me constituer une PAL en or pour fin juin - début juillet, et je crois que ce titre-ci y mériterait une petite place. - Un gros gros coup de coeur pour moi, j'aimerais juste découvrir plus souvent des livres comme celui-ci...
Pour Walpole, je doute qu'il s'agisse d'un hasard
Je suis vraiment ravie que tu aies aimé toi aussi. Quand j'en ai parlé il était un peu absent de la blogosphère et je suis heureuse de voir que le buzz se fait petit à petit. Vive ce livre !















