resize_4_Gallimard ; 360 pages.
2008.

Manu a été fabuleuse lors du Victorian Christmas Swap. Ce troisième livre, que je viens de refermer, m'a procuré un plaisir de lecture immense. Fashion, Cryssilda, Erzébeth, Karine, Isil, Pimpi, Cuné (pour Dickens) et tous les amoureux de littérature anglaise, vous devez ab-so-lu-ment lire ce roman ! (les autres aussi d'ailleurs)

Ce texte à deux voix commence dans les années 1950, en Ecosse, sur l'île d'Islay. Mary Guthrie s'apprête à partir à Edimbourg afin d'y effectuer des études de lettres. Elle est curieuse et impulsive. "Je raffolais des têtes de chapitres interminables à la Tom Jones, tous les Dans lequel..., Où il advient que... Ma propre vie, pensais-je, n'en était encore qu'à ces préambules, mais connaîtrait bientôt des développements insoupçonnés." Elle est troublée par Ebenezer Krook, le prêtre catholique de l'île, avec lequel elle connaît une aventure d'une nuit. Le lendemain, il fuit, mais Mary a découvert un moyen de continuer à le sentir près d'elle. Il a le sang des Lockhart, une famille écossaise restée fidèle aux Stuarts lors de la première révolution anglaise. Thomas Lochkart est son représentant le plus célèbre. Cet auteur farfelu a, selon la légende, amassé un trésor destiné à la lutte pour le rétablissement des Stuarts sur le trône d'Angleterre, avant de mourir de rire en 1660. Mary va donc entreprendre un mémoire de recherche sur ce personnage, ce qui va la mener à fréquenter la demeure des Lockhart, peuplée de personnages improbables, et de secrets aussi intrigants que dangereux.
En parallèle, Krook renonce à l'Eglise après sa nuit avec Mary, qui est suivie d'une bonne cuite en compagnie de Robin Dennison, un journaliste d'Edimbourg, et d'une bagarre avec son évêque. Il part donc en compagnie de Robin, qui lui trouve un emploi à la librairie Walpole, où l'on ne vend que des livres qui ont plus de cinquante ans, et qui possède des clients aussi loufoques qu'attachants. Krook ne se sépare jamais de Martin Eden, le roman de Jack London que son père, disparu pendant la guerre civile espagnole affectionnait, mais au départ il n'aime pas lire. Il va en découvrir peu à peu le plaisir, et remonter peu à peu la trace du passé de sa famille.

Les maîtres de Glenmarkie est l'un de ces livres qui nous font nous demander comment on a pu attendre aussi longtemps avant de les lire, et qui nous obligent à rogner sur nos heures de sommeil.
La première chose qui séduit est bien évidemment le cadre dans lequel se déroule le récit, les Hébrides intérieures, Edimbourg, le manoir des Lockhart. Le charme de ces lieux semble encore plus familier grâce aux multiples références qui parsèment l'histoire. Dickens est le premier que l'on repère, avec le personnage d'Ebenezer Krook. Stevenson également, est très présent, et je pense que je réaliserais à quel point lorsque j'aurais davantage découvert son oeuvre. Walter Scott, Jacques London, George Orwell, Shakespeare, mais aussi quelques auteurs français et américains sont encore convoqués.
Car ce livre est une véritable déclaration d'amour à la littérature, aux livres, au lecteur et à l'écrivain. Je me suis régalée en notant les références des romans dont il est question, en faisant la connaissance de la librairie Walpole (pour Horace ? ), en écoutant le libraire Walpole parler des livres qu'il vend et des lecteurs loufoques qui poussent la porte de sa merveilleuse boutique (Duff et ses petites-amies qui lui volent toujours sa collection complète de Shakespeare quand elles le quittent, Mitchell qui voudrait établir les règles de la librairie), ou en observant le rapport entre Krook et les livres évoluer. "La première fois que je suis venu, j'ai poussé la porte et j'ai dit : 'Vous avez le dernier... ? ' Mais il ne m'a pas laissé finir, il a dit simplement : ' Non. - Comment ça, non ? - Non, je n'ai pas le dernier roman de Mr. Encore-lui. Ni le quatorzième tome des mémoires de Mrs. Toujours-là... et pas davantage l'ultime opus des gentlemen Coucou-c'est-moi, Je-publie-impertubablement-un-livre-par-an, et Celui-là-est-encore-plus-mauvais-que-le-précédent...' Vous imaginez la tête que je faisais... 'Mais qu'est-ce que vous vendez alors ? - Seulement des livre parus depuis au moins cinquante ans. - Dommage pour James Joyce, Virginia Woolf et Malcolm Lowry... -Sans doute, mais c'est la règle. Cinquante ans, pas un de moins : c'est le no man's land qui nous sépare de l'ennemi... La digue qui nous sépare du flot malsain des livres de circonstance. Des livres superflus, vite écrits, vite lus, vite oubliés.' Il avait son petit air en coin, à la fois patelin et furibard. Puis il m'a tendu la main et offert un cigare ! Et vous savez le plus drôle ? Chez McAvoy ou chez Stone, j'achète les nouveautés en douce, comme si j'avais quelque chose à me reprocher ! "
A ces éléments, Jean-Pierre Ohl a associé une intrigue absolument passionnante, qui amène le lecteur à explorer dans une course folle les secrets d'une famille minée par les émotions trop fortes, par la folie et par la haine, en voyageant dans le temps et dans l'espace, depuis Cromwell jusqu'à la guerre civile espagnole. Le tout avec une bonne dose d'humour, des personnages irresistibles (la folie des Lockhart a eu un effet aphrodisiaque sur moi, je suis tombée amoureuse de Thomas, d'Alexander et de Krook, rien de moins !).

Je ne peux pas vous en dire plus, ce serait un crime de vous gâcher un peu du plaisir intense que l'on éprouve à la lecture de cet excellent livre. Pour ma part, je tente de ne pas me jeter tout de suite sur le premier livre de l'auteur, parce qu'après il n'y en a plus...

Merci encore Manu pour ce cadeau.

Lou, Cécile (Le grand nulle part), Cécile (Cécile's Blog), Ys, Sentinelle, Chiffonnette, Celsmoon et Choupynette ont été conquises elles aussi.
Brize a été déçue.