Last Exit to Brooklyn ; Hubert Selby Jr
Albin Michel ; 303 pages.
Traduit par J. Colza. 1964.
Je ne peux pas vous expliquer ce qui m'a poussée à ouvrir ce livre, cela m'obligerait à vous révéler une de mes tares. En France, je pense qu'Hubert Selby Jr est avant tout connu grâce à l'adaptation de son roman Requiem for a Dream, que je n'ai pas vu (je suis la fille qui a cru périr d'ennui devant Trainspotting). Pourtant, il s'est fait connaître aux Etats-Unis dès la publication de son premier roman, dont je vais vous parler.
Nous sommes à New York, dans le quartier de Brooklyn, dans les années cinquante. Aux abords d'une base militaire, on trouve le Grec, "un troquet minable ouvert toute la nuit à côté de la base militaire de Brooklyn", la bande à Vinnie, les travestis, Tralala, les autres, et aucune part de rêve.
A l'origine, les textes composant Last Exit to Brooklyn étaient des nouvelles. Le livre est de ce fait divisé en six parties qui ne se concentrent pas sur les mêmes personnages. Toutefois, cela ne les rend pas indépendantes les unes des autres. Le cadre utilisé est toujours le même, et l'on croise à plusieurs reprises certains individus. Et puis surtout, la vie menée par tous ces personnages est tellement semblable qu'ils sont presque interchangeables, des échos les uns des autres, comme le montre notamment la dernière partie. Il n'y a aucun espoir dans ce livre. Tout n'est que violence, drogue, alcool, et sexe déprimé. Les rares moments d'apaisement sont suivis d'une désillusion tellement grande qu'ils sont finalement davantage à craindre qu'à souhaiter. La société décrite est pourrie jusqu'à l'os. On cogne pour se distraire, la discussion n'est même pas une possibilité, et les enfants suivront inexorablement le chemin tracé par leurs parents.
Selby nous décrit toute cette déchéance avec un style qui amplifie encore notre sentiment d'écoeurement et de désespoir face à ces individus misérables, auxquels il n'est même pas toujours possible de s'attacher. Il écrit sans se soucier des règles de ponctuation, n'indique pas vraiment qui parle. On se croirait vraiment en train d'assister à la scène. J'ai particulièrement aimé les passages entre Vinnie et Mary, où l'auteur écrit en majuscules pour indiquer que les personnages hurlent.
Je n'ai pas tout apprécié dans ce livre. La partie sur Harry Black m'a même pas mal ennuyée, même si certains passages sont absolument grandiose. Les scènes de violence, dont je ne suis pourtant pas friande habituellement, montrent à quel point tous ces personnages sont pathétiques. On ne les sent vivre que dans ces moments. La fin de la partie aussi, quand Harry réalise que les mois qu'il vient de vivre sont derrière lui.
Il est en effet difficile de rester indifférent face à un tel livre. J'ai eu les larmes aux yeux à plusieurs reprises, et j'ai aussi frôlé l'écoeurement. Un dollar par jour, La reine est morte et Bout du monde sont mes parties préférées. Le poème lu par Georgette est magnifique, tout en mettant définitivement les choses au clair avec le lecteur. Tralala m'a aussi beaucoup émue, la seule femme qui tente de trouver une autre voie (et qui échoue, bien entendu).
Un livre qui remue beaucoup donc, et qui m'a permis de découvrir un très grand écrivain. Je mets un petit bémol à cause de l'histoire de Harry, mais sinon il entrait directement dans mon panthéon littéraire personnel.
Commentaires sur Last Exit to Brooklyn ; Hubert Selby Jr
- Lu il y a quelques années. Une amie qui avait eu une révélation pour cet écrivain m'avait offert celui-ci et "Retour à Brooklyn". J'avoue que j'ai eu un peu de mal avec celui-ci. Je ne suis pas trop fan. J'ai nettement préféré "Retour à Brooklyn".
Et je dois avouer que je suis curieuse et que j'aimerais connaître tes tares maintenant
- Titine : merci pour le lien ! Google a du mal à faire ses recherches on dirait...
Keltia : c'est certain que ce livre n'est pas ce qu'il y a de plus joyeux, mais il en vaut vraiment la peine.
Manu : n'y songe même pas ;o))
Choupy, tu es merveilleuse ! J'en ai toujours entendu parler comme du film du siècle, mais c'est surtout la seule fois où j'ai vraiment cru m'endormir devant un film... - Rassure-toi. moi aussi j'ai failli m'endormir en voyant "Trainspotting" (j'étais peut-être un peu trop jeune en plus) et je ne me souviens que de l'affiche et de la bonne BO !
Avec Choupynette on va former un groupe de soutien !
Pour ce livre sinon, l'auteur me dit vaguement quelque chose mais guère plus. Malgré ton enthousiasme je ne suis pas sûre d'apprécier... sexe, drogue, alcool... je ne raffole pas de ces thèmes, même si j'ai déjà lu quelques bons livres là-dessus. Mais bon comme c'est toi qui en parles et qu'on partage beaucoup de goûts, si je le vois en librairie je jetterai un oeil pour voir si c'est susceptible de me plaire ! - http://legolb2.blogspot.com"sinon il entrait directement dans mon panthéon littéraire personnel."
Tu m'étonnes !
Comme Manu j'ai encore préféré Retour à Brooklyn (plus connu sous le nom de... Requiem for a Dream, puisque c'est à la fois le titre de l'adaptation - écrite par Selby lui-même, on le sait peu - et du roman en VO), enfin je crois, on parle-là de bouquins que j'ai lu quand j'avais 18 ans... donc il y a quelques temps. Je crois que son chef-d'oeuvre absolu est sans doute The Willow Tree... mais ils sont tous grandioses. J'avais rédigé un petit truc à ce sujet :
http://chatsdebiblio.blogspot.com/2008/05/hubert-selby-jr.html - Lou : je ne sais pas si c'est le genre de goûts en commun qu'on a ;o)) Cela dit, tu devrais vraiment tenter !
Karine
: aucun souvenir de cette BO, je devais dormir à moitié de toute façon ;o))
Lael : rien à voir avec Transpotting là ! Mais c'est vrai que je ne sais pas si tu aimerais...
Thom : très sympa le portrait ! Il me semblait quand même que "Last Exit to Brooklyn" était déjà un classique pour les Américains, non ?
Je note aussi "Le saule", mais j'avoue que je reste réticente à propos de "Retour à Brooklyn"... - Je ne quitterai pas ce blog tant que tu n'auras pas avoué tes tares !
En tout cas, tu me donnes bien envie, avec ce livre-ci ! Du glauque, de la jeunesse désenchantée, de la destruction, d'un point de vue littéraire, ça a tout pour me plaire !
Sinon "Trainspotting" est un film totalement oubliable. Allociné me dit qu'il est interdit aux moins de 16 ans - "Requiem for a dream" n'est interdit qu'aux moins de 12 ans, alors que là, pour le coup, c'est une horreur pure. Il reste coincé dans la gorge. Depuis, je ne suis incapable de voir un film avec Jennifer Connelly, c'est sérieusement au-dessus de mes forces. Et la musique, rahhhhh... - si tu veux en connaitre plus sur le bonhomme, il existe un DVD http://www.binarycoffee.com/blog/?p=203 , mais il faut le trouver, je ne sais pas si il est encore dispo!
sinon une lecture de Selby se fait tjs en apnée et on en sort tjs groggy... - J'ai tapé "Last Exit to Brooklyn, Hubert Selby Jr" sur google et c'est ton site qui est apparu en tête de liste !!!! ça alors, tu as la côte, ma parole !!! Je cherche des avis sur ce livre parce que j'ai bien envie de le lire ; un auteur que je lis en ce moment dit que ce livre lui a donné envie d'être écrivain, il s'agit de Nami Mun. Je ne veux absolument pas passé à côté d'un livre qui a été à l'origine d'une vocation. Ton billet me donne envie d'y jeter un coup d'œil. On en sort jamais indemne à ce qui parait...aie, quelque chose me dit que ça va faire mal...
















