41FKDKW256LPhébus ; 155 pages.
1956.

Avant la Lolita de Nabokov, il y a eu La Pomme rouge de Francis Garnung. Je me suis toujours demandé comment un roman mettant en scène un amour entre un homme et une enfant pouvait ne pas sembler malsain. Cette interrogation m'a poursuivie au cours de ma lecture, et je ne pense pas pouvoir totalement la dépasser, même maintenant, mais ce livre est paradoxalement très délicat. Ne vous attendez pas à lire un vrai billet sur ce livre. J'ai su l'aimer, mais je ne crois pas être réellement capable d'en parler. Il s'agit d'un roman dont le contenu me dépasse de beaucoup.

Quelques mots sur l'histoire pour commencer : François est un homme de trente ans, qui tombe amoureux de sa voisine, Guillemette, douze ans. Il lui écrit des lettres dont on ne voit jamais les réponses, et qui, "à peine lues", "doivent disparaître"

Ce livre est un magnifique texte sur l'enfance et sur ce que signifie grandir. Le style est d'une incroyable douceur. C'est presque un conte que l'on croit entendre. Le narrateur n'est jamais un ami. Son affection pour Guillemette répulse.

" J'ai découvert la légende de sainte Guillemette, et je vous la confie pour votre édification personnelle. Ça ressemble au Petit Chaperon rouge, direz-vous ? Parce qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et les loups guettent toujours les petites filles."   

Peut-on vraiment rester accroché à son enfance comme François le fait ? La première lettre qu'il envoie à Guillemette est celle d'un gosse. Elle l'attire, elle le vexe, il lui dit qu'elle est repoussante. Six fois à la suite, il emploie le mot "laide" pour la qualifier. Avant de la tutoyer, de l'appeler par des mots d'amour. Il est envieux de sa jeunesse. La mère de Guillemette tente de le séduire, mais il n'a d'yeux que pour l'enfant, en qui il croit retrouver la fillette qu'il a aimée quand il était petit garçon, et qu'il n'a jamais oubliée.Elle est odieuse cette mère d'ailleurs, prête à encourager le loup qui frappe à sa porte.
Tout va de travers dans ce livre. Les adultes sont à la recherche de leur jeunesse qui s'envole, et l'enfant appelle l'âge adulte adulte, porte les sous-vêtements de sa mère en espérant être ainsi plus désirable aux yeux de François.

" Quand toi tu aimes à te déguiser en femme (ne le nie pas, je t'ai vue de ma fenêtre...), ta mère se déguise en minette, avec socquettes et minijupe. A quand des couettes avec des rubans roses ? "

Mais voilà, François et la mère de Guillemette ne peuvent rien contre les années. Là où François se contente de s'interroger,

"Suis-je arrivé trop tôt dans ta vie ? Es-tu venue trop tard dans la mienne ? "

Guillemette parvient à percevoir le loup qui l'habite et qu'il ne peut dissimuler. La réponse qu'elle apporte est évidente aux yeux de tous, sauf aux yeux de ceux qui aimeraient croire en cette relation, qui leur donne le sentiment de retrouver ce qu'ils ont perdu. On les blâme ces deux êtres, ce sont eux les vrais adultes après tout, et Guillemette, bien que provocante, n'agit pas moins en enfant, quelque soit le rôle et la responsabilité que François tente de lui attribuer. Il sait se déguiser en agneau, en victime presque, mais il ne trompe personne, et surtout pas lui même. Il le dit lui même, "toute grande personne ternit tout ce qu'elle touche si elle ne redevient pas enfant."   

Lily a écrit un merveilleux billet sur ce livre.