12 février 2009

La pomme rouge ; Francis Garnung

41FKDKW256LPhébus ; 155 pages.
1956.

Avant la Lolita de Nabokov, il y a eu La Pomme rouge de Francis Garnung. Je me suis toujours demandé comment un roman mettant en scène un amour entre un homme et une enfant pouvait ne pas sembler malsain. Cette interrogation m'a poursuivie au cours de ma lecture, et je ne pense pas pouvoir totalement la dépasser, même maintenant, mais ce livre est paradoxalement très délicat. Ne vous attendez pas à lire un vrai billet sur ce livre. J'ai su l'aimer, mais je ne crois pas être réellement capable d'en parler. Il s'agit d'un roman dont le contenu me dépasse de beaucoup.

Quelques mots sur l'histoire pour commencer : François est un homme de trente ans, qui tombe amoureux de sa voisine, Guillemette, douze ans. Il lui écrit des lettres dont on ne voit jamais les réponses, et qui, "à peine lues", "doivent disparaître"

Ce livre est un magnifique texte sur l'enfance et sur ce que signifie grandir. Le style est d'une incroyable douceur. C'est presque un conte que l'on croit entendre. Le narrateur n'est jamais un ami. Son affection pour Guillemette répulse.

" J'ai découvert la légende de sainte Guillemette, et je vous la confie pour votre édification personnelle. Ça ressemble au Petit Chaperon rouge, direz-vous ? Parce qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et les loups guettent toujours les petites filles."   

Peut-on vraiment rester accroché à son enfance comme François le fait ? La première lettre qu'il envoie à Guillemette est celle d'un gosse. Elle l'attire, elle le vexe, il lui dit qu'elle est repoussante. Six fois à la suite, il emploie le mot "laide" pour la qualifier. Avant de la tutoyer, de l'appeler par des mots d'amour. Il est envieux de sa jeunesse. La mère de Guillemette tente de le séduire, mais il n'a d'yeux que pour l'enfant, en qui il croit retrouver la fillette qu'il a aimée quand il était petit garçon, et qu'il n'a jamais oubliée.Elle est odieuse cette mère d'ailleurs, prête à encourager le loup qui frappe à sa porte.
Tout va de travers dans ce livre. Les adultes sont à la recherche de leur jeunesse qui s'envole, et l'enfant appelle l'âge adulte adulte, porte les sous-vêtements de sa mère en espérant être ainsi plus désirable aux yeux de François.

" Quand toi tu aimes à te déguiser en femme (ne le nie pas, je t'ai vue de ma fenêtre...), ta mère se déguise en minette, avec socquettes et minijupe. A quand des couettes avec des rubans roses ? "

Mais voilà, François et la mère de Guillemette ne peuvent rien contre les années. Là où François se contente de s'interroger,

"Suis-je arrivé trop tôt dans ta vie ? Es-tu venue trop tard dans la mienne ? "

Guillemette parvient à percevoir le loup qui l'habite et qu'il ne peut dissimuler. La réponse qu'elle apporte est évidente aux yeux de tous, sauf aux yeux de ceux qui aimeraient croire en cette relation, qui leur donne le sentiment de retrouver ce qu'ils ont perdu. On les blâme ces deux êtres, ce sont eux les vrais adultes après tout, et Guillemette, bien que provocante, n'agit pas moins en enfant, quelque soit le rôle et la responsabilité que François tente de lui attribuer. Il sait se déguiser en agneau, en victime presque, mais il ne trompe personne, et surtout pas lui même. Il le dit lui même, "toute grande personne ternit tout ce qu'elle touche si elle ne redevient pas enfant."   

Lily a écrit un merveilleux billet sur ce livre.   

Posté par lillounette à 21:05 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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Commentaires sur La pomme rouge ; Francis Garnung

    Hum.
    Mais tu as lu "Lolita", toi ? Il faut le lire. En allant chez Lily, je suis remontée chez Vanessa, qui dit que "Lolita" est "vicieux" et "malsain" et comparaison.
    Bon.
    "Lolita" est un chef-d'œuvre, dont le sujet est certes malsain (idem ici) mais dont le traitement me paraît pourtant immensément poétique... Enfin, c'est tellement subjectif...
    Cette "Pomme rouge" me fait peur (en fait, je suis très étroite d'esprit, mais ça reste entre nous, ok ?), aussi par sa forme (mais POURQUOI des lettres ?! ), mais un jour, je m'en approcherai... Merci pour cette découverte, mademoiselle !

    (je parle trop)

    Posté par erzébeth, 13 février 2009 à 08:33 | | Répondre
  • Typiquement le genre de bouquin que je n'ai aucune envie de lire, encore plus maintenant que j'ai des enfants. ça a l'air bien écrit pourtant.

    Posté par fashion, 13 février 2009 à 08:37 | | Répondre
  • Moi aussi c'est un sujet que je trouve très inconfortable... Et pourtant ce livre a l'air de dégager un truc, je ne sais pas, les extraits que tu présentes sont bien écrits, et donnent une belle idée de l'ouvrage.

    Posté par Clarabel, 13 février 2009 à 10:17 | | Répondre
  • Le sujet est extrêmement délicat (et je pèse mes mots) mais c'est la façon de le traiter qui est ici merveilleuse, tout en subtilité, complexe.
    Je vais vous dire un "scoop", nous avons rencontré Francis Garnung et sa femme, Vanessa ("Je suis comme je suis") et moi, il y a près d'un an. C'est un couple merveilleux. Elle, vive, enjouée, restée très jeune, lui, calme, pondéré, au regard limpide et clair...
    nous en avons gardé, Vanessa et moi, un très beau souvenir...

    Posté par Lily, 13 février 2009 à 10:27 | | Répondre
  • Je n'ai pas encore lu "Lolita", je sais que le ferai même si j'ai depuis toujours en tête le qualificatif employé par mon père : "répugnant". Pourtant j'ai lu un recueil depuis et j'ai trouvé l'écriture de toute beauté, bien que les nouvelles soient à mon avis très inégales. Difficile d'aborder des sujets de ce type sans appréhension, pourtant c'est sans doute indispensable pour les apprécier ces oeuvres à leur juste valeur.

    Posté par Lou, 13 février 2009 à 15:30 | | Répondre
  • Erzébeth : non, je n'ai pas lu "Lolita", mais je compte bien le faire. Je n'ai pas vu le billet de Vanessa qui le qualifie de "malsain", j'irais voir.
    "La pomme rouge" mérite que tu surmontes ta passion pour les romans épistolaires sinon, je pense que tu l'apprécieras.
    Et tu ne parles jamais trop ;o))

    Fashion et Clarabel : c'est merveilleusement bien écrit. Je n'ai pas d'enfants, et aucune affinité pour eux (à un point qui fait rire bien des gens), mais ce sujet me met quand même mal à l'aise, alors je comprends qu'il repousse une mère.

    Lily : ton billet est magnifique, on voit bien à quel point le livre t'a touchée. J'imagine à quel point tu as dû apprécier ta rencontre avec l'auteur du coup.

    Lou : j'ai lu la première page de "Mademoiselle O", et Nabokov et moi sommes faits pour nous entendre, c'est certain.
    Sinon, je n'avais pas vraiment d'appréhension en ouvrant ce livre, et cela m'a certainement encore plus débousolée. Tu devrais aimer toi aussi ;o)

    Posté par Lilly, 13 février 2009 à 17:22 | | Répondre
  • Pas certaine que ce texte me tente, même s'il semble très bien écrit. Je ne pense pas que je pourrais apprécier, disons...

    Posté par Karine :), 14 février 2009 à 04:19 | | Répondre
  • Je partage tout à fait l'opinion d'Erzebeth sur Lolita et je t'encourage donc à le lire. Du coup celui-ci me tente aussi, car j'aime les romans épistolaires !

    Posté par Manu, 14 février 2009 à 09:02 | | Répondre
  • Karine : je ne sais pas trop quoi te dire...

    Manu : je n'aime pas vraiment ce genre d'habitdue, mais là c'est totalement justifié, et très bien fait.

    Posté par Lilly, 14 février 2009 à 18:44 | | Répondre
  • Je pense que je le lirai ! Mais après Nabokov je crois Au passage j'aime beaucoup la couverture !

    Posté par Lou, 17 février 2009 à 13:44 | | Répondre
  • Lou : oui, cette couverture-là est très réussie. Je veux également lire le Nabokov... un jour...

    Posté par Lilly, 17 février 2009 à 15:29 | | Répondre
  • Ravie de voir que ce livre si "délicat" à bien des sens commence à être lu dans la bloggosphère!

    Je suis maman, comme Lily, je n'ai aucune affinité sensuelle avec les enfants, et j'ai trouvé ce livre merveilleux... justement pour reprendre nos sentiments, nos questionnements et enlever toute la poussière bien pensante que nous avons gardé sur des liens filiaux pas si évidents.

    Posté par VanessaV, 14 avril 2009 à 17:53 | | Répondre
  • VanessaV : bienvenue ici !
    Je ne suis pas mère, et je ne compte pas le devenir avant un bon moment, mais j'imagine que cela doit provoquer nombre de bouleversements émotionnels pas toujours évidents à régler (sans en arriver aux extrémités du livre, mais en littérature, les extrêmes sont parfois les plus éclairants).

    Posté par Lilly, 14 avril 2009 à 21:50 | | Répondre
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