23 septembre 2008

Le soleil se lève aussi ; Ernest Hemingway

749746_1_Folio ; 274 pages.
Traduction de Maurice Coindreau. 1926.
Titre original : The Sun also rises.

Je suis terriblement contrariée. La couverture de mon livre n'est pas celle-ci, et ça m'énerve d'autant plus que l'autre me plaisait beaucoup. Mais impossible de retrouver la vraie, donc vous devrez vous contenter de cette image là...
Bon, je vais essayer de me calmer pour vous parler de ma première rencontre avec Ernest Hemingway, l'un des monstres de la littérature américaine. Comme tous les monstres, Hemingway me fait peur. Mais ici encore plus, puisque mon papa, qui a passé toute sa jeunesse à dévorer les bibliothèques des établissements qu'il fréquentait, l'apprécie énormément. Je pensais plutôt lire L'adieu aux armes ou Pour qui sonne le glas, mais il se trouve que le supermarché dans lequel j'ai cherché un livre cet été n'avait que Le soleil se lève aussi.

Faire un résumé de ce livre est assez délicat. Nous sommes dans les années 1920. Nous suivons Jake, un journaliste américain installé à Paris, et sa bande "d'amis", avec lesquels il partage une passion commune, Brett, une femme qui vit sa vie sans se poser de questions, faisant succomber tous les hommes qu'elle croise. Il y a Robert Cohn, écrivain divorcé et difficile à supporter, qui est dévoré d'amour pour Brett au point de faire enrager tous ses compagnons. Il y a aussi Mike, le fiancé de Brett, qui attend qu'elle finalise son divorce et qui semble accepter les frasques de sa promise sans ciller. Après avoir séjourné à Paris, tous ces personnages, ainsi que Bill, un ami de Jake, décide de partir pêcher en Espagne, ou ils vont également assister à une fiesta

Très souvent, je suis capable de dire au bout de quelques pages seulement si un livre va me plaire ou non. Dans ce cas précis, je n'ai pas attendu longtemps avant de me dire que j'allais me régaler. J'en suis même arrivée à me passionner pour la corrida, c'est tout dire. Hemingway rend la chose incroyablement gracieuse et vivante. J'ai essayé de fermer les yeux au moment des mises à mort parce que bon, je reste une âme sensible, mais j'ai enfin compris que cela pouvait attirer les foules dans les arènes.
Bien sûr, il n'est pas seulement question de corrida dans ce roman. On y parle aussi de fêtes, d'alcool, de pêche, d'alcool, d'amour, et encore d'alcool. Car même si les personnages ne vivent rien d'extraordinaire, Hemingway joue énormément sur les non-dits. En fait, ce livre est extrêmement émouvant. Chacun des personnages, à part Bill, qui sert à éviter la catastrophe, est terriblement malheureux. C'est d'ailleurs une réussite incroyable d'être parvenu à faire comprendre au lecteur, sans utiliser de longs monologues intérieurs, ce que vit chacun des personnages.
Jake, le narrateur, est particulièrement attachant. Son amour pour Brett, impossible à concrétiser, sa recherche de plaisirs dans la pêche ou la corrida sont aussi pathétiques et rageant qu'admirables. J'ai dit plus haut que j'avais adoré les passages sur la corrida, ce sont ceux où Jake et Brett semblent enfin vivre, trouver l'espace de quelques instants un sens dans leur existence banale, et combler la blessure de Jake qui les empêche de vivre leur amour.
Et puis, c'est quand même un livre rempli d'humour. Cohn, même s'il est exaspérant la plupart du temps, donne lieu à des situations hilarantes. J'adore le passage où il est tellement ivre qu'il dort sur un tonneau, ou lorsqu'il se dispute avec ses compagnons.
J'ai beaucoup enragé en lisant ce roman, parce que les personnages ne peuvent s'empêcher de réagir de façon humaine, mais c'est tellement bien fait* que ça n'empêche pas Le soleil se lève aussi d'être un roman extraordinaire. Mon papa peut être fier de moi, même s'il ne se souvient plus s'il a lu ce titre...   

"Personne ne vit complètement sa vie, sauf les toreros." (page 23) 

Les avis de Thom, Livrovore et Loupiote.

*L'édition par contre est truffée de coquilles énormes. Moi qui considère Folio comme une maison soigneuse, j'ai du mal à comprendre comment des fautes de frappe pareilles passent inaperçues...


Commentaires sur Le soleil se lève aussi ; Ernest Hemingway

    Tu as essayé une recherche "google images" via son titre originel (The Sun also Rises) ?

    Posté par Qui©he, 23 septembre 2008 à 18:06 | | Répondre
  • Ahhh, je t'adore !
    J'ai moi aussi découvert Hemingway avec ce livre-là, et je suis ravie que tu aies aimé. Je suis entièrement d'accord avec ce que tu as écrit (moi aussi, je détestais la corrida, mais sous sa plume, je finissais par trouver ça beau), il y a toute une histoire assez mélancolique derrière cette façade de fête et d'alcool, je... très rapidement, Ernest est devenu un de mes romanciers préférés. Il me touche beaucoup.
    Bref, je suis ra-vie !!

    Posté par erzébeth, 23 septembre 2008 à 18:41 | | Répondre
  • J'ai lu du Hemingway à l'adolescence... faudrait que je revisite! Mais à mon passage à Key West (en Floride), j'ai carrément fait un pélerinage Hemingway. Je dois avoir tous ses livres depuis... pour la plupart non lus! Je vais les déterrer, je crois!

    Posté par Karine :), 23 septembre 2008 à 22:18 | | Répondre
  • Je dois avouer que je ne suis pas une lectrice absolument enthousiaste d'Hemingway. J'ai lu trois de ses titres. J'ai aimé "pour qui sonne le glas" et "paris est une fête" même si je suis plus sensible à d'autres auteurs de la même époque. J'ai eu beaucoup de mal à terminer celui-ci et je me dis que je suis vraiment passée à côté de quelque chose. J'étais peut-être un peu trop jeune, il faudra que je le relise.

    Posté par Lou, 23 septembre 2008 à 23:08 | | Répondre
  • Allez, avouons notre inkulture crasse (et faisons-nous lyncher par Erzébeth) : jamais lu Ernest (à part "Le vieil homme et la mer" mais est-ce que ça compte vraiment ?) et en plus, je n'en ai pas envie, malgré votre enthousiasme. Je sors sous les huées. )

    Posté par fashion, 23 septembre 2008 à 23:31 | | Répondre
  • Quiche : je cherche une autre édition de Folio, dont V.F.

    Erzébeth : Merci de m'avoir donné envie de lire cet auteur !

    Karine : bonne lecture alors !

    Lou : "Pour qui sonne le glas" me tentait énormément, ce titre est absolument magnifique. Mais j'ai peur des descriptions militaires trop longues. Pour ce livre, comme pour beaucoup de romans que je lis depuis que j'ai ouvert mon blog, je crois que je les aurais détestés plus jeune, donc c'est peut-être pareil pour toi.

    Fashion : Vu le temps que j'ai mis pour le lire, je ferais mieux de me taire. Par contre, je ne répond pas du courroux d'Erzébeth !

    Posté par Lilly, 24 septembre 2008 à 10:00 | | Répondre
  • "Pour qui sonne le glas" est un beau livre. Il faut dire que je l'ai lu assez jeune, je devais être en 3e ou en seconde. Je me souviens que mes parents m'en parlaient pas mal et je l'ai lu pendant des vacances assez ennuyeuses chez ma grand-mère. ça a été une assez belle surprise et finalement les descriptions "militaires" ne m'ont pas dérangée. Par contre je dois avouer que le statut de la femme dans le livre m'horripilait au plus haut point. Je crois qu'elle était surnommée "la pouliche" ou quelque chose dans le genre. Je trouvais à l'époque son personnage très fade et le livre un peu trop viril, malgré tout l'intérêt que je lui trouvais déjà à cette époque. Il y a notamment une scène fantastique de massacre d'un des camps... extrêmement cruelle mais j'ai trouvé qu'elle était superbe, avec ces hommes redevenus des bêtes, impitoyables, méticuleux. Je suis assez sensible à la guerre d'Espagne en raison de l'histoire de ma famille et parce que assez jeune j'ai été à l'endroit où Lorca a probablement été abattu. Lorca était un dieu pour ma mère et il a toujours été à part dans mon imaginaire. Tout ce que j'ai pu percevoir ou interpréter via ma famille, les documentaires et films que visionnait ma mère, tout se retrouve dans "pour qui sonne le glas". Même si les souvenirs sont vagues, il m'a tout de même beaucoup marquée...

    Posté par Lou, 24 septembre 2008 à 10:51 | | Répondre
  • C'est un auteur qui me tente beaucoup. Tu relances mon envie de le lire

    Posté par Gambadou, 24 septembre 2008 à 12:16 | | Répondre
  • Lou : les considérations sur les femmes ou sur les Noirs, ou les juifs sont fréquentes dans les romans du début du XXe siècle. Mais personnellement, je passe au-dessus, ça s'explique par le contexte. En tout cas, tu me redonnes très envie de lire "Pour qui sonne le glas" !

    Gambadou : j'espère que tu aimeras !

    Posté par Lilly, 24 septembre 2008 à 13:28 | | Répondre
  • Hum, Lilly, je t'ai donné envie de lire Hemingway ? Mais... quand ?! (dans mon commentaire, là ?)
    (je suis fatiguée, je ne comprends plus rien. C'est affreux)

    Fashion, tu me déçois beaucoup. Mais j'ai dû te décevoir aussi avec Jane Austen. On est quittes !
    (et là, je me souviens que tu n'aimes pas Capote *non plus*... je pleure, je sèche mes larmes, et je reviens te pardonner). )

    Posté par erzébeth, 24 septembre 2008 à 20:05 | | Répondre
  • Erzébeth : tu as déjà parlé d'Hemingway à plein de reprises dans des com' je crois. Ou alors c'est moi qui déraille.
    Pour Fashion, c'est vrai que le coup de Capote... Sinon, je pense encore tout haut dans ma réponse à Fashion. Je parlais de "La Chartreuse" en disant que j'avais pris mon temps...

    Posté par Lilly, 26 septembre 2008 à 12:22 | | Répondre
  • J'ai bien reçu ton paquet, merci pour ces deux prêts Je les lis rapidement !!
    Quant à Hemingway, tu as sans doute raison de passer au-dessus même si je trouve que la femme est vraiment particulièrement mal représentée (même pour l'époque ) dans "pour qui sonne le glas"... en même temps je n'aurais peut-être plus le même avis maintenant :p

    Posté par Lou, 26 septembre 2008 à 17:59 | | Répondre
  • Il est fort possible que j'en ai déjà parlé, tu sais, je radote sans même y prêter la moindre attention...
    Ce que vous dites sur "Pour qui sonne le glas" m'intrigue, ça me donne envie de vérifier tout ça par moi-même... surtout que le roman est déjà dans ma "PAL". Mais bon, plus tard !

    Posté par erzébeth, 27 septembre 2008 à 21:35 | | Répondre
  • Lou : contente d'apprendre que tout est arrivé !

    Erzébeth : il faudra aussi que j'approfondisse la question, mais je vais essayer de dénicher les autres romans d'Hemingway en anglais, il a l'air abordable.

    Posté par Lilly, 28 septembre 2008 à 10:54 | | Répondre
  • Un livre sans doute bien écrit mais d'une vacuité exemplaire. Personnages plus antipathiques les uns que les autres, dont le quotidien se résume à la seule vie mondaine. C'est ce que j'ai ressenti en lisant (deux fois, à dix ans d'intervalle) ce roman. Qu'il ait été considéré comme une œuvre majeure est encore un mystère. Sans doute faudra-t-il que je le relise une nouvelle fois. Malheureusement, je doute que cette histoire me fasse vibrer.

    Posté par Alice, 11 mars 2013 à 22:09 | | Répondre
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