2264038322Edition 10/18 ; 314 pages.
7,80 euros.

" Née à Dublin au début des années 1940, dans une famille de neuf enfants, Nuala O'Faolain se décrit comme "l'Irlandaise type : une pas grand-chose, issue d'une longue lignée de pas grand chose, de ceux qui ne laissent pas de traces" : devenue chroniqueuse à l'Irish Times, après un brillant parcours universitaire et journalistique, elle raconte ici, avec simplicité, spontanéité, humour et beaucoup de modestie, comment elle n'est pas devenue une Irlandaise type.
Entre un père journaliste, figure désinvolte et absente, et une mère alcoolique accablée par les difficultés d'un quotidien précaire, la jeune Nuala se fraie, de petits boulots en combines, un chemin jusqu'à l'université et trouve un premier travail à la télévision. Elle vit à Londres les années 1970 du féminisme et de la cassure politique entre l'Irlande et la Grande-Bretagne.
Devenue une journaliste reconnue, Nuala O'Faloain n'écrit cependant pas une success story, bien au contraire : au fil des aventures sentimentales sans lendemain, des plongées dans l'alcool, elle dit avec une honnêteté scrupuleuse son extrême solitude, son incapacité à se détacher du modèle maternel et l'impossibilité de trouver l'âme sueur qu'elle cherche avec un sentimentalisme souvent à l'opposé d'un féminisme exacerbé... Avec ses contradictions (qu'elle pointe avec humour), ses doutes, ses enthousiasmes, ses excès, ses souffrances et ses passions - la lecture en est une, et pas des moindres -, Nuala O'Faolain construit un livre qui va droit à l'essentiel : son humanité sans fard. "

Encore une bonne surprise avec cette auteure. Nuala O'Faolain évoque son pays, l'Irlande, qu'elle a vu vivre des moments très importants de son Histoire. Mais elle est aussi témoin d'une époque de bouleversements des moeurs, des façons de penser, et pas seulement en Irlande mais aussi en France ou en Angleterre. Enfin, Nuala O'Faolain écrit une vie de femme, qui correspond à ce que beaucoup d'autres femmes ont vécu.
On sent que ce récit chargé d'émotion a pour but de soulager son auteur. Nuala O'Faolain nous raconte les choses simplement. Ses blessures, ses expériences, elle nous les fait partager. Avec humilité, elle ne cherche pas à nous épater avec des mots grandiloquents. Mais on sent surtout qu'elle cherche à être honnête avec elle même. Elle veut comprendre comment une jeune fille qui avait la tête pleine de rêves, qui voulait être désinvolte, est devenue ce qu'elle est aujourd'hui.
Elle réalise qu'elle regrette, par certains côtés, d'avoir rejeté aussi catégoriquement le modèle de ses parents. Ce modèle qu'elle a pourtant, sous certains aspects, reproduit en sombrant dans l'alcool, comme sa mère, pendant quelques années. Ce modèle qui, bien qu'il la terrifiait, l'attirait aussi. Elle ne s'est jamais mariée, n'a pas eu des enfants à la chaîne, et pourtant, même lorsqu'elle détestait ses parents, ou plutôt leur vie, elle a rêvé mariage heureux et enfants. A la fin de son livre, on se dit que son existence à elle a abouti au même  résultat, la solitude. Et la sienne est peut-être encore plus grande. Ses parents, elle le dit, avaient des moments où ils se retrouvaient, même si c'était rare, même si ce n'était que pour encore moins se comprendre le lendemain. Elle, elle est souvent seule. Elle n'a pas le privilège, si faible soit-il, de partager ces moments où la présence de l'Autre permet de faire abstraction de tout le reste.
Nuala O'Faolain écrit pour parler de sa réconciliation avec son pays, malgré toutes les humiliations subies, tout ce que signifiaient ses racines. Parce que l'Irlande est une partie intégrante d'elle même, et que la rejeter consisterait à se rejeter elle même. Elle nous raconte comment elle a fini par admettre combien elle aimait l'Irlande, et combien elle est Irlandaise.
En lisant ce livre, je réalise a quel point Nuala O'Faolain parle d'elle dans Chimères. Mais ce n'est pas du tout lassant d'entendre parler d'elle, parce qu'elle ne dresse pas un portrait narcissique d'elle même. Elle nous parle de ce qu'elle représente, de ce qu'elle a de commun avec nous Ou plutôt, d'une personne qui vit dans le même monde que nous, et qui l'affronte, avec ses réussites, ses échecs, ses doutes et ses craintes.
Est-ce que je sous-entend que la vie de Nuala O'Faolain est un gâchis ? Absolument pas. Il ne s'agit que d'un livre, on ne se livre jamais totalement, il est très probable que le fait de parler surtout des épreuves surmontées est un parti pris. Elle ne s'étend pas sur les moments heureux, mais on sent qu'il y en a eu. C'est une femme qui a mené sa vie, avec plus ou moins de maladresse, mais elle a osé le faire. Elle a connu des déceptions, mais c'est parce qu'elle a tenté. Aujourd'hui, elle est un écrivain reconnu. Et si elle est un peu dure avec elle même, je préfère penser que c'est surtout par modestie.