Maurice ; E.M. Forster
Edition 10/18 ; 279 pages.
7,30 euros.
Ce livre débute lorsque Maurice Hall, encore enfant, quitte l'école dans laquelle il est scolarisé pour aller étudier dans la classe supérieure. Lors d'une conversation avec son professeur, il affirme ne jamais vouloir se marier, ce que le maître prend pour une idée d'enfant insensée et sans conséquence. Puis, nous le retrouvons à Cambridge, où il fait ses études. Il rencontre Clive, un étudiant, qui ne tarde pas à le fasciner et à l'influencer par sa conduite pleine d'assurance. Une histoire d'amour ne tarde pas à naître entre les deux jeunes gens, qui doivent se cacher pour la vivre.
La lourdeur de ce secret, ajoutée au poids des conventions sociales de l'époque ne tarde pas à soulever une question : Est-ce qu'un amour homosexuel doit pouvoir s'épanouir, est-ce une bonne chose ou, comme l'affirment les idées de l'époque, est-ce condamnable comme l'un des pires crimes possibles ? Ne vaut-il pas mieux s'intégrer dans la société en s'abaissant devant ses préjugés ?
Mais, dans toute histoire d'amour, il y a deux personnes, dont les points de vue ne sont pas toujours semblables.
Parmi mes auteurs préférés, Edward Morgan Forster occupe indéniablement une place de choix. Nous nous sommes rencontrés tardivement, un peu timidement, mais j'ai très vite compris qu'il était l'un des rares écrivains dont je collectionnerai tout.
Maurice est un roman un peu à part dans la bibliographie de Forster, puisque ce dernier a refusé que cette histoire soit publiée de son vivant, par peur du scandale. Certes, dans ses nouvelles, que je n'ai pas toutes lues, l'on peut croiser régulièrement des personnages homosexuels. Toutefois, dans ce roman, ce qui frappe au premier abord, c'est son caractère authentique. La sexualité est évoquée sans tabou, le droit d'aimer est proclamé, et pour cela je suis heureuse que Forster ait gardé son livre secret. Cela lui a permis de ne pas le remanier de façon à le rendre moins sincère.
Dans Maurice, on retrouve des éléments qui sont dans d'autres romans de Forster, davantage développés. J'ai ainsi été très touchée par le personnage de Clive. Il me fait penser à Cecil Vyse, de A Room with a View, et alors que j'ai toujours méprisé ce dernier personnage, je pense mieux le comprendre aujourd'hui. Clive, comme Cecil, a une haute idée de l'amour, et c'est pour cela qu'il rate sa vie. Incapable de voir en Maurice l'amour réel, il le laisse partir sans réaliser qu'il ne le reverra plus jamais. Route des Indes ne semble pas très loin non plus. La dernière scène des deux romans est à mon sens un peu semblable, bien que leurs origines soient différentes.
Encore une fois, avec ce roman, Forster s'en prend aux règles de la société anglaise de la première moitié du XXe siècle. Non seulement le grand amour de Maurice sera un autre homme, mais en plus il s'agira d'un ancien domestique.
E.M. Forster prouve ici peut-être davantage qu'ailleurs qu'il sait saisir l'âme humaine comme peu d'autres.
Difficile de vous parler d'E.M. Forster et de Maurice sans évoquer James Ivory, qui l'a magnifiquement adapté. Je suis très mauvaise pour parler de films, alors je vous mets seulement une capture d'écran, celle de la scène finale, qui montre que tout ne s'achève pas si bien dans cette histoire :
Commentaires sur Maurice ; E.M. Forster
- Je crois que Maurice est un de mes livres préférés. C'est un roman magnifique sur le désir et la liberté. J'ai aussi adoré le film, que j'ai regardé presque tous les jours la première que je l'ai vu, lol. Ca m'arrive quand j'ai un vrai coup de coeur filmique, heureusement, c'est assez rare. Le superbe Hugh Grant, prouve que son jeu d'acteur est beaucoup plus étendue et subtil que ses derniers films le laissent croire. E. M. Foster est aussi un de mes écrivains préférés, même si je n'ai pas encore pu me procurer "La route des Indes". Il parait que Maurice est légèrement autobiographique et que Foster n'était pas sur de vouloir le publié. Il a donc été publié après sa mort.
- Mais le Clive du roman est un peu plus nerveux,émotif, efféminé. Forster nous décrit Clive comme un jeune homme fluet, les cheveux et le teint pâle tandis que Maurice est sportif, brun, la peau hâlée. Ce n'est pas le cas dans le film. Le Maurice de James ivory est un peu plus falot (le film est très bien!) mais il ne suit pas exactement le roman. Je n'aurais pas joué Clive de la même façon. Leur histoire fonctionne très bien dans le film mais la personnalté des deux héros est tout de même légèrement différente, je pense que Maurice est plus viril.
- Interprétation persoJe trouve que les choix d'Ivory donnent sa cohérence au film. Je trouve que la paleur de Maurice n'en fait pas pour autant un personnage falot, tandis que la fraicheur de Clive ne le rend pas moins fragile. Dans le film, Maurice reste un sportif et un homme pratique et rebelle; il fait de la boxe, défit le doyen et sa famille et chasse. Il me semble qu'il apparait tout de même comme quelqu'un d'assez physique. Tandis que Clive se montre finalement plus fragile à cause de ses nerfs , il me semble même légèrement efféminé. C'est vrai que Ivory n'a pas réellement pu retranscrire toutes les subtilités psychologiques des personnages et la complexité de leurs rapports entre eux. Je pense que les écarts font la saveur de son film, qui s'impose finalement comme une œuvre autonome. Ça m'a plu. J'ai l'impression qu'il y a un petit jeu entre les apparences, parce qu'il y a , selon moi un petit renversement qui peut être éclairée par les propos de Maurice "les mots sont plus importants que les paroles"(je l'ai vu qu'une fois avec des sous titres). Clive qui apparait sûr de lui , viril et libre penseur, dans ses propos, fini par se laisser gagner par la peur et la dénégation, tandis que Maurice qui semblait conformiste et naif, fini par se révéler le plus libre, audacieux et des deux par ses actes. Il agit, tandis que Clive préfère la rhétorique (le platonisme pour refouler ses désirs). C'est une des impressions que m'a donné le film. J'ai l'impression que la contradiction entre actes et paroles, apparence et profondeur sont des thémes importants chez Ivory. Mais, je dois relire et revoir tout ça, ça fait un petit moment. Et je n'ai ni vu , ni lu "La route des Indes", grrrr
- C'est dans la préface de l'édition 10/18 que j'ai lu que c'était partiellement autobiographique. Tu trouves cela douloureux parce que tu éprouves de l'empathie pour Foster je pense. C'est vrai que dans le livre, ça ne se termine pas par des retrouvailles dans l'hangar à bateaux
Oui, je dois aussi relire et revoir tout ça
c'est toujours très agréable.
- Naya : la différence entre actes et paroles est aussi très présente chez Forster ;o) Sinon, je suis d'accord. Le film est une oeuvre autonome qui parvient toutefois à garder l'esprit original. Je ne suis de toute façon pas pour un respect à la lettre des descriptions physiques. Les bons acteurs savent les rendre secondaires.
Sinon, oui, je suis toujours désolée de penser à ce qu'a dû vivre Forster... - Et Hugh a été particulièrement brillant pour ça. Dommage que toute sa carrière ne reflète pas cette subtilité, mais je suis fan quand même. Oui. Ivory a été à bonne école avec Foster
J'ai vu le film, avant de lire le livre et c'est ce qui m'a poussé à lire Foster et à l'aimer.
et comme toi à éprouver de l'empathie pour lui.
- Contente de voir que ce blog est si actif ^^
Naya : A la fin du livre, ils se retrouvent dans le hangar à bateaux, puis Maurice va voir Clive. Dans le film, c'est l'inverse, il commence par voir Clive puis se rend dans le hangar.
En tout cas c'est clair, j'aime bien la façon dont Ivory a traité le sujet, le choix des personnages, etc. Le fait qu'on s'attende à un Maurice, blond, effacé tout le long du film alors qu'il va s'affirmer et l'inverse pour son ami. Tout ça c'est très bien et ça ressemble bien au livre. Mais je trouve quand même que Hugh Grant joue toujours de la même façon, il est séduidant mais ce n'est pas un très grand acteur. Je dis ça car il a reçu un prix pour son interprétation dans ce film alors qu'à mon avis c'est plutôt james wilby qui l'aurait mérité. J'ai vu Hugh Grant joué Chopin et étant une fan de Chopin, je trouve que son interprétation est mauvaise En fait, je pense qu'il ne cherche pas à creuser vraiment la personnalité des rôles qu'il incarne. Il joue toujours de la même manière quand même. Sinon, je ne sais pas si vous saviez mais lui-même à étudier à Oxford... il devait être à l'aise dans ce rôle d'étudiant
.
Je prends des petits passages comme le moment où il s'évanouit, il a en même temps une crise de nerfs et il pleure dans le livre en ne cessant de répéter qu'il est idiot. On ne l'a pas dans le film, en fait y a plein de petits exemples comme ça. Au moment où Maurice entre dans sa chambre pour l'embrasser, dans le film, il parait un peu étonné et se laisse embrasser. Dans le livre, il est en plein rêve agité et dit "Maurice" , quand celui-ci arrive il répète plusieurs fois son prénom et lui dit qu'il l'aime avant que Maurice lui dise à son tour. Voilà pourquoi en lisant le roman, j'imaginais Clive plus sensible. Mais encore une fois, je ne veux pas faire de polémique
. Le point de vue de James Ivory est tout aussi intéressant, les personnages joués par Grant et Wilby sont très bien. Et la caméra d'orfèvre d'Ivory donne un film léché comme j'aime
Finalement je suis d'accord avec Naya, le film est une oeuvre autonome.
- Lilly < Cela te rapelle de mauvais souvenirs ?
Personnellement, je me suis indetifiée à Clive pendant toute la partie où ils sont ensemble. Par moment même j'aurais presque pu dire : Clive, c'est moi... Mais après leur séparation, je me suis plutôt identifiée à Maurice pour avoir vécu la même expérience: continuer d'aimer quelqu'un qui ne vous aime plus. - Naya : moi, j'ai découvert Forster d'abord. Et je suis d'accord, Hugh Grant est très bon dans ce rôle, qui me semble bien plus intéressant que ce qu'il a pu faire ensuite.
Mais il m'a toujours fait craquer, je voulais l'épouser quand j'étais au lycée ;o)
Agnès : je trouve que le Clive du film est aussi très mal dans sa peau. Il l'exprime moins clairement, mais à chaque fois que je pense à la scène finale, où il revoit Maurice, mon coeur se brise.
Il joue d'abord les types sûrs d'eux, mais on voit bien qu'il a surtout une carapace.
Sinon, il est certain que Forster était homosexuel, et qu'il l'a très mal vécu, quand certains de ses amis, comme Virginia Woolf, semblent avoir été beaucoup plus à l'aise avec le sujet. Dans les nouvelles de Forster, l'homosexualité est un thème récurrent.
Pour les mauvais souvenirs, non, je n'en ai pas particulièrement qui sont remontés au cours de ma lecture de "Maurice". Je me sens mal parce que ce livre m'envoûte complètement, et parce que je sais que la personne qui l'a écrit était malheureuse. - Agnès : C'est vrai, à part dans Maurice, je n'ai jamais vu Hugh Grant faire beaucoup d'effort pour ses rôles. C'est souvent les mêmes attitudes et la même expression. J'ai l'ai vu aussi dans le rôle de Chopin, ce n'était pas très différent de d'habitude. Il l'avoue sans gêne d'ailleurs, selon lui, la cause en est sa paresse. J'avais oublié dans quelle grande université anglaise, il avait fait ses études, il y a appris le français d'ailleurs.
Lilly: J'ai aussi eu un gros faible pour Hugh Grant, qui perdure d'ailleurs.
C'est vrai que Wilby a donné une très bonne performance. J'aime bien le fait qu'il semble toujours s'approcher physiquement de Clive qui ne cesse de se dérober. Ils ont vraiment une dynamique différente. Mais, la faiblesse de Clive l'a rendu assez cruel avec Maurice qui attend souvent impassible et triste. Ça fait partie de la tristesse qui se dégage de l'oeuvre.
On retrouve aussi le thème de l'homosexualité à la fin de Monteriano. Je n'ai pas encore lu ses nouvelles. - Si jamais vous croisez une oeuvre similaire, faites-moi signe
. J'avoue, j'ai un faible pour les histoires homosexuelles. Dans le même genre, j'ai beaucoup aimé " La femme qui était en lui " de Maurice Rostand cité plus haut. C'est autobiographique, ça se passe au début du siècle aussi. C'est également une histoire d'amour qui se termine mal. Ca se lit très facilement, voilà voilà
- Naya : autant je vénère le romancier, autant j'ai eu du mal avec les nouvelles que j'ai lus de Forster. Elles étaient très étranges, mais je compte quand même les lire. Dès que j'aurais lu "Le plus long des voyages", le dernier roman que je ne connais pas... (c'est triste d'arriver au bout d'une telle oeuvre, même si je sais que je pourrais toujours relire, on ne peut pas se lasser ou avoir tout saisi d'un tel auteur).
Agnès2 : je ne vois vraiment pas un autre livre semblable. Je me souviens avoir pensé en lisant ce livre pour la première fois que je n'avais jamais lu un texte qui n'utilisait pas l'homosexualité comme un cliché. - Agnès : Ça fait un moment que je l'ai lu, mais je crois que "Portrait d'un masque" de Michima traite aussi d'un amour malheureux et de la découverte par l'auteur de son homosexualité. Sinon, Brokeback Mountain , la nouvelle d'Annie Proulx est vraiment très bien. Le film est très beau, mais l'œuvre est beaucoup plus dense et saisissante. Mais effectivement, "Maurice" est vraiment unique et définitivement romantique.
- Oui, je le trouve très romantique et touchant grâce à la description de l'évolution des sentiments et du rapprochement des personnages. Je trouve ça très beau. Et l'amour malheureux fait partie des thèmes romantiques. Au moins, ils n'ont pas fini comme certains personnages de Stendhal ou même de Balzac
- Oui, on a un point de vue différent sur la question. Et, je parlais de manière générale, sans vraiment faire une étude précise ou faire entrer l'œuvre dans un genre, mais nommer mon impression. Pour moi, une histoire d'amour( même malheureuse,thème battu et rebattu, certes, mais aussi thème romantique par excellence) est romantique. Je trouvais romantique aussi les descriptions, le platonisme, etc. On peut trouver que ce n'est pas romantique du tout. Effectivement,tout ça n'enlève rien à la beauté de l'œuvre, ni à sa richesse.
- Bienvenue au club Agnès
; je suis dans la même phase que j'entretiens avec des films et des lectures. Sinon, toutes ces discussions sur Maurice fait que je m'y remet en vo ,cette fois. Comme je connais très bien les dialogues du film en anglais, ça aide parfois. L'écriture est magnifique , mais j'ai besoin de mon livre en français pour ne pas me perdre de tps en tps. Après, il se peut que j'attaque La lettre écarlate, sauf si la langue est vraiment trop précieuse.
- Ca y est, je viens de le terminer en anglais. J'adore ce livre! Je vais devoir le relire encore et encore, pour bien le comprendre, bien que je connaisse certains dialogue par cœur. C'est un vrai régal.
J'aime vraiment la manière dont Forster fait entrer Scudder dans l'histoire, je trouve ça très original. Il passe graduellement de simple figurant au personnage secondaire. Il passe du rang de meuble de Penge (fonction des domestiques) auquel Maurice se cogne parfois (j'ai adoré ces détails), à l'"être aimé".
Il y avait pas mal de choses qui m'avaient échappées à ma première lecture. Je m'étais surtout concentrée sur Maurice&Clive.
Clive semble définitivement être un personnage assez dur, en fin de compte. Après la crise, il entre dans son rôle, et accepte une vie faite de faux semblants, de mensonges. Il accepte une vie de façade. Me narrateur ne semble pas le juger, il n'est que le produit de son milieu.
Le rapport avec les domestiques montrent à quel point les règles sont très strictes.
Le flash-back qu'il a vers la fin est très triste. Tout autour de ce personnage n'est que tristesse à partir du moment ou il décide de changer,On ne sera jamais complètement pourquoi, à part le fait qu'il décide de s'insérer dans la société et d'assumer la vie que sa mère à prévue pour lui. Les lieux ont aussi leur importance.
Ce livre est superbe. J'ai mis beaucoup de temps, mais c'était un réel plaisir, et une vraie torture (émotionnelle) parfois . - Encore une fois l'adaptation réalisée par James Ivory est très réussie et permet de découvrir Hugh Grant dans un de ses premiers rôles assez différent de ceux qu'il aura par la suite. Petite précision (dans le film en tous cas et ce n'est qu'un détail) les personnages font leurs études à Cambridge et non à Oxford.
















