rothAlexander Portnoy, trente-trois ans, est un brillant conseiller à la mairie de New York. Faisant des allées et venues entre le temps présent et sa jeunesse auprès de ses parents, des Juifs installés dans le New Jersey, il confie au Docteur Spielvogel ses réflexions sur sa famille, sa sexualité et sa religion.

Après mes lectures de John Steinbeck et de Jack London, j'avais envie de rire un peu. Mon visionnage de la série Unorthodox sur Netflix m'a aussi donné envie de lire des livres dans lesquels il est question du judaïsme (le cerveau fait parfois de curieux liens). N'ayant aucun livre d'Isaac Bashevish Singer sous la main, je me suis penchée sur le livre qui est probablement le plus célèbre de Philip Roth (qui aurait détesté mon raisonnement si j'en crois ce que j'ai lu à son sujet).

Portnoy et son complexe peut désarçonner à plus d'un titre. Par son style tout d'abord. Il s'agit d'un monologue faussement décousu, avec moults changements d'époque et de ton. C'est un livre à lire d'une traite ou presque, pour ne pas prendre le risque d'en perdre le fil et/ou la saveur.

Ensuite, je ne m'attendais pas à rire autant et encore moins à rire aussi franchement. Il s'agit d'un classique de la littérature américaine et il faut bien admettre que l'on ne se bidonne que très rarement en lisant les classiques, en tout cas ceux que j'ai l'habitude de lire. L'humour y est cinglant, froid, occasionnellement amical, mais je n'ai jamais recraché mon thé par les narines en lisant Austen ou Dostoïevski. Les scènes entre le narrateur et sa mère sont souvent hilarantes. Alexander Portnoy est un mauvais fils. Il ne croit pas en Dieu, refuse de se marier, mange des hamburgers et des frites à l'extérieur et court après les filles.

" Oh, Amérique ! Amérique ! Peut-être représentait-elle des rues pavées d'or pour mes grands-parents, peut-être représentait-elle le poulet rôti dans chaque foyer pour mon père et ma mère, mais pour moi, un enfant dont les plus lointains souvenirs de cinéma sont ceux d'Ann Rutherford et Alice Faye, l'Amérique est une Shikse, pelotonnée au creux de votre bras et murmurant, « Amour, amour, amour, amour, amour ! » "

Les anecdotes relatant les expériences sexuelles d'Alexander Portnoy sont tout aussi drôles. J'ai presque honte de l'avouer, mais j'ai pensé aux comédies qui faisaient fureur lorsque j'étais adolescente (American Pie, Mary à tout prix...) en lisant les exploits du jeune Alex.

" Et voilà. Maintenant vous connaissez la pire action que j'aie jamais commise. J'ai baisé le dîner de ma propre famille. "

Pourtant, malgré tous ses efforts, le héros de Philip Roth (qui ressemble au moins partiellement à l'auteur en personne) rend un hommage touchant à ses parents et à son héritage.

" Si vaste que fût ma confusion, si profond que semble m'apparaître rétrospectivement mon tourment intérieur, je ne me souviens pas avoir été de ces gosses qui passaient leur temps à souhaiter vivre sous un autre toit, avec d'autres gens, quelles qu'aient pu être mes aspirations inconscientes en ce sens. Après tout, où pourrais-je trouver ailleurs un public comme ces deux-là pour mes  imitations ? Je les faisais tordre en général au cours des repas — une fois, ma mère a effectivement mouillé sa culotte, Docteur, et prise d'un fou rire hystérique elle a dû courir à la salle de bains sous l'effet de mon pastiche de Mister Kitzel dans le « Jack Benny Show ». Quoi d'autre ? Des promenades, des promenades avec mon père dans Weequahic Park le dimanche, que je n'ai pas encore oubliées. Voyez-vous, je ne peux pas aller faire un tour à la campagne et trouver un gland par terre sans penser à lui et à ces promenades. Et ce n'est pas rien, près de trente ans après. "

Lors d'un voyage final en Israël, il réalise à quel point il est, bien malgré lui, marqué par sa culture.

Un livre provocant, hilarant et tendre à la fois. Ce n'est pas donné à tout le monde de réussir un tel cocktail.

Folio. 373 pages.
Traduit par Henri Robillot.
1969.