09 juin 2012

L'affaire Jennifer Jones - Anne Cassidy

affaire_jennifer_jonesAttention, je crois que je me suis un peu trop lâchée sur l'histoire ! Si vous détestez les spoilers, ne lisez pas mon billet !

Alice Tully, jeune anglaise de dix-sept ans, est arrivée il y a six mois dans son nouveau chez elle, qu'elle partage avec Rosie. Elle a un travail de serveuse, un petit-ami, et elle s'apprête à entrer à l'université. Pourtant, depuis quelques jours, elle collectionne les coupures de presse évoquant la remise en liberté de Jennifer Jones, condamnée à l'âge de dix ans à six années de prison pour le meurtre de sa meilleure amie.

Evidemment, on comprend dès les premières pages qu'Alice Tully et Jennifer Jones ne sont qu'une seule et même personne. La tension monte alors jusqu'à la fin du livre, qui se dévore d'une traite.
Avec des allers-retours dans le temps, Anne Cassidy nous fait plonger dans la peau de cette adolescente qui a commis l'irréparable. Ce livre pose ainsi la question de la cruauté de l'enfance, de la responsabilité des enfants alors qu'ils sont à un âge où on refuse de penser qu'ils ont quelque chose à voir avec la mort ou la souffrance.
Anne Cassidy s'interroge aussi sur la façon dont un enfant devient un meurtrier. Le devient-on vraiment d'ailleurs ou naît-on ainsi ? Lorsqu'on découvre Jennifer Jones âgée de six à dix ans, on trouve un contexte familial instable. Après le meurtre, l'attitude de Carole Jones, la mère, est encore plus pitoyable.
Jennifer n'a jamais eu d'amis quand elle rencontre Lucy et Michelle. Avec elles, elle découvre le plaisir d'avoir des gens avec qui passer du temps, se confier, mais aussi les souffrances de l'amitié. Ce qui se passe, bien qu'horrible, semble banal et logique, et c'est sans doute le plus terrifiant. Ces comportements d'enfants, ces vexations, on les a tous connus.

"Le silence s'installa. Hésitante, Jennifer resta sans bouger. Puis, ravalant ses larmes, elle parcourut du regard les arbres, l'eau et les rochers. C'est à ce moment-là qu'elle vit un chat sortir furtivement des buissons. Il resta un instant près de la boîte en fer vide. Un chat sauvage. Ses os saillaient à travers son mince pelage, comme un squelette, sous la lumière du soleil. Il leva une patte et se mit à la lécher avec délectation.
Il était témoin. Il avait tout vu."

Nous n'aurons pas plus de réponses concernant le meurtre et l'on fait complètement l'impasse sur les années qui suivent.
Bien entendu, dans le présent, le lecteur ne peut que prendre le parti d'Alice/Jennifer, et s'allier avec Jill et Rosie pour la protéger. La jeune fille a été cachée de tous, on lui a offert une nouvelle identité, pour qu'il n'y ait pas deux vies complètement gâchées. Pourtant, l'image de Michelle la hante. Tout au long du livre, elle refuse le bonheur, et culpabilise quand il vient. Le pardon est un autre thème du roman. Celui des autres est  évoqué par le biais de la chasse à l'homme entreprise par les journalistes. Cela laisse entendre qu'il ne faut pas compter dessus, l'Angleterre n'étant vraiment pas un modèle dans ce domaine. Quant à celui que Jennifer peut (ou pas) s'accorder à elle-même, il hante sa nouvelle vie.

J'ai apprécié que les choses ne soient pas simplistes, ni trop faciles ni trop dures, que le livre soulève autant de questions sans donner une réponse précise. 

Décidément, cette collection Macadam est d'excellente qualité*. Elle nous offre des textes traitant de sujets difficiles et souvent très abordés en littérature qui sortent du lot. Je n'en ai pas beaucoup parlé dans mon billet, mais ce roman bénéficie d'une construction complexe et d'un style qui font largement de ce roman un très bon livre.

Cette lecture a été un véritable coup de coeur pour moi.

Manu et Ys ont aussi adoré.

*Promis, je n'ai pas d'actions chez eux !

Milan. 312 pages.
Traduit par Nathalie M.-C. Laverroux.
2004.

Posté par lillounette à 18:30 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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Commentaires sur L'affaire Jennifer Jones - Anne Cassidy

    Tu m'as donné envie !!
    Bises !
    SandRyne

    Posté par SandRyne, 09 juin 2012 à 22:52 | | Répondre
  • J'avais vraiment adoré ce roman qui avait fait polémique dans les bibliothèques à l'époque. Il était jugé trop dur pour nos pauvres ados hyper sensibles. En tout cas pour moi, il a tout à fait sa place dans les rayons ados.

    Posté par Midola, 10 juin 2012 à 16:49 | | Répondre
  • SandRyne : au boulot !

    Midola : je suis totalement de ton avis. C'est un livre qui frappe, mais je pense qu'il est tout à fait adapté à partir de 14 ans (13 si vraiment l'ado est bon lecteur). De toute façon, avant, la taille du livre suffit à rebuter les curieux.

    Posté par Lilly, 10 juin 2012 à 19:08 | | Répondre
  • Un excellent livre ! Et qui ne prend pas les jeunes pour des idiots. Une bonne piste de réflexion.

    Posté par Manu, 10 juin 2012 à 19:38 | | Répondre
  • J'ai au moins un de ses textes en anglais, lu il y a longtemps, il faudrait que je m'y plonge à nouveau car tu me donnes envie

    Posté par Lou, 10 juin 2012 à 20:15 | | Répondre
  • Manu : j'ai vu que tu étais également conquise.

    Lou : tu te souviens de quoi ça parlait ?

    Posté par Lilly, 11 juin 2012 à 19:09 | | Répondre
  • Je l,avais noté à l'époque... et j'ai complètement oublié ensuite. Merci pour la piqûre de rappel...

    Posté par Karine:), 11 juin 2012 à 19:26 | | Répondre
  • Je crois juste que la couverture montrait une ado avec un pinceau... si j'y pense pendant le mariage je regarderai dams ma biblio d'enfance (poisson rouge...)

    Posté par Lou, 11 juin 2012 à 22:13 | | Répondre
  • Lou : tu n'auras évidemment rien d'autre à faire pendant ton mariage...

    Posté par Lilly, 14 juin 2012 à 16:50 | | Répondre
  • j'ai trouvé très intéressant cette façon d'aborder cette thématique difficile: rien de simpliste rien de tout noir/tout blanc, un très bon roman qui nous permet de réfléchir un peu!

    Posté par katell, 15 juin 2012 à 17:55 | | Répondre
  • Il est reconnu qu'il y a peu de différence entre un enfant de 8 ans ou moins et un psychopathe. Le bien et le mal ne se définissent dans leur tête que vers 8-9 ans. Tout enfant est donc un meurtrier en puissance.
    Plutôt flippant !

    Posté par Stella, 22 juillet 2012 à 23:51 | | Répondre
  • Stella : c'est charmant

    Posté par Lilly, 23 juillet 2012 à 11:30 | | Répondre
  • désolé, mais pour moi, il manqué un epilogue a la fin, je trouve que la fin ne nous en dit pas beaucoup sur l'avenir de jennifer ...

    Posté par :/, 01 août 2012 à 23:21 | | Répondre
  • On sait où elle en est, mais pas si elle va s'en sortir. Ca ne me gêne pas, car je sais qu'elle en a pour toute la vie de toute façon.

    Posté par Lilly, 17 août 2012 à 12:08 | | Répondre
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