21374719Les Chouans est le premier grand roman de Balzac. Ecrit en 1828, il s'agit d'un roman historique (et plein d'autres choses), qui revient sur la Révolution française et les troubles liés à cette époque.
Nous sommes en 1799. Bonaparte est alors Premier consul, et Fouché, ministre de la police, l'aide dans sa lutte contre les royalistes. Les chouans ont  en effet repris la lutte dans l'ouest de la France, menés par le jeune marquis de Montauran, surnommé le Gars.
Marie de Verneuil est envoyée en Bretagne pour séduire le chef des blancs et le livrer aux républicains. Evidemment, les choses ne se passent pas comme prévu. Dès la première rencontre, Marie et Montauran tombent amoureux. Corentin, émissaire de Fouché, qui accompagne Marie et qui espère l'épouser, est furieux, tout comme la redoutable Mme du Gua, qui lorgne sur Montauran. Les deux jalous étant les personnages les plus charismatiques et les plus féroces du livre, je vous laisse imaginer les coups tordus auxquels on a droit.

Ce livre dormait dans ma bibliothèque depuis des années, et après ma lecture, j'ai vraiment du mal à me l'expliquer (c'est pas comme si j'avais une PAL d'une taille effrayante).
Je ne sais pas si c'est le meilleur roman de Balzac, sa structure est parfois un peu bancale, au point qu'il faut souvent être très attentif pour repérer les changements de personnage ou de camp. Pourtant, il est déjà porté par un souffle romanesque incroyable. Comme souvent, je me suis beaucoup amusée en lisant les descriptions des personnages. Les hommes de Hulot, le chef militaire des bleus, nous offrent un spectacle impressionnant : 

"Quelques-uns des paysans, et c'était le plus grand nombre, allaient pieds nus, ayant pour tout vêtement une grande peau de chèvre qui les couvrait depuis le col jusqu'aux genoux, et un pantalon de toile blanche très grossière, dont le fil mal tondu accusait l'incurie industrielle du pays. Les mèches plates de leurs longs cheveux s'unissaient si habituellement aux poils de la peau de chèvre et cachaient si complètement leurs visages baisés vers la terre, qu'on pouvait facilement prendre cette peau pour la leur, et confondre, à la première vue, ces malheureux avec les animaux dont les dépouilles leur servaient de vêtement. Mais à travers ces cheveux l'on voyait bientôt briller leurs yeux comme des gouttes de rosée dans une épaisse verdure; et leurs regards, tout en annonçant l'intelligence humaine, causaient certainement plus de terreur que de plaisir. Leurs têtes étaient surmontées d'une sale toque en laine rouge, semblable à ce bonnet phrygien que la République adoptait alors comme, emblème de la liberté."

La première description de Corentin vaut aussi le détour, d'autant plus que Balzac semble lui même hilare en nous dépeignant son costume.
Avec ce roman, nous sommes au coeur de la guerre que se livrent les royalistes et les républicains, avec tous les coups bas, tous les comportements opportunistes et toutes les horreurs que cela suppose. Et bien que l'on soit plutôt épargnés au niveau des descriptions sanglantes, j'ai vraiment eu du mal à me concentrer sur l'exécution sommaire qui intervient à la fin du roman et qui précipite les événements. En revanche, j'ai adoré le début du roman, avec la première opposition entre chouans et bleus, et l'apparition du Gars. C'est très réussit.
L'histoire d'amour entre le Gars et Marie de Verneuil est bien sûr au coeur du roman. Mon côté fleur bleue a été comblé par cette relation passionnée qui naît en l'espace de trois minutes. J'ai enragé à chaque difficulté rencontrée, et pleuré toutes les larmes de mon corps à la fin (bon, j'exagère un peu). Mais les personnages qui ont le plus retenu mon attention sont plutôt les personnages périphériques. Marche-à-terre, Corentin, Mme du Gua (j'aimerais vraiment savoir qui elle est réellement, Balzac sous-entend qu'elle a déjà fait des siennes), Galope-Chopine sont en effet beaucoup plus actifs et intriguants.

En résumé, voilà un roman que j'ai lu d'une traite. Il est assez différent de ce que j'ai pu lire de l'auteur jusqu'à présent, mais je recommande sans hésitation.

D'autres avis chez Emeralda et Whiterose.

Honoré de Bazac. Les Chouans. 1829. 508 pages.