P1130654Folio ; 245 pages.
1925
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Je ne sais plus pourquoi j'en suis venue à acheter Paulina 1880 de Pierre Jean Jouve, mais je sais que je m'attendais à trouver une histoire effrayante et sulfureuse. Cela vient sans aucun doute de la merveilleuse quatrième de couverture de mon édition, qui est la reproduction de la page 235 (sur 246 !), et qui a pour caractéristique de dévoiler tous les mystères du livre...

Paulina Pandolfini est la fille d'un noble milanais. Chérie et surprotégée par un père qui l'aime plus qu'il ne le devrait, elle passe une enfance insouciante et heureuse. "Paulina courait le long des petits canaux sur l'herbe nouvelle, et dans l'eau jusqu'aux cuisses en avril elle mangeait des fleurs à pleine bouche. Elle se croyait aimée par le vent comme certaines créatures mythologiques, elle connaissait les légendes des paysans ou les histoires des anciens dieux, faisait parler les arbres, devenait dryade, et croyait même intriguer avec un faune dans la plus grande des bandite, celle de Torano où une très sombre cipressaia descendait sur le lac de Côme."
Mais l'adolescence arrivant, le corps de Paulina se transforme. C'est avec vanité que la jeune fille considère ses nouveaux atouts, et elle ressent bientôt un désir de séduction exacerbé. Elle a dix-neuf ans lorsque le comte Cantarini, un ami de la famille mal marié, lui fait tourner la tête. Ils deviennent amants dans le plus grand secret. "Gravement, avec la douceur et la force d'un ange, il l'aimait. Elle inanimée flottait comme Ophélie dans des eaux lointaines. La voix qui les réveilla, après le jugement, leur dit qu'à partir de cette nuit ils étaient scellés l'un à l'autre dans la foi, la volupté et la détresse."
A la mort de Mario Giuseppe Pandolfini puis de la femme de Michele, un union légitime devient possible. Mais Paulina est une femme trop passionnée et trop tourmentée pour accepter une situation sans vagues.

Voilà un texte très curieux. Je ne sais pas si c'est le cadre italien ou la fin tragique qui me fait penser une telle idiotie, mais Paulina 1880 semble s'inscrire dans les codes de nombreuses histoires d'amour mythiques, comme Roméo et Juliette. Certes, ce n'est pas ici aussi fin et poussé que dans le chef d'oeuvre dont nous parlait récemment Erzébeth, mais tout le monde n'a pas le talent de Judith Arnold*.
Plus sérieusement, Paulina 1880 est un récit composé de 119 tableaux mettant en scène l'oscillation de Paulina entre amour charnel et amour mystique. J'ai trouvé ce texte un peu trop austère, malgré toute la poésie de la plume de Jouve, pour le considérer comme étant réellement moderne, mais les interrogations de Paulina vont plus loin que celles s'une simple pleurnicheuse. Il s'agit d'une femme obsédée par le lien physique qui cherche sa place, qu'elle soit dans les bras de son amant terrestre ou dans ceux de son amant mystique. Elle va jusqu'à se faire physiquement mal, au grand effroi de la mère supérieure du couvent où elle se réfugie quelques temps, puis jusqu'à commettre l'irréparable pour atteindre l'apaisement face à l'hypocrisie des hommes et de la religion.
Le métier de poète de Jouve transparaît entre ces pages, et permet de donner un caractère passionné et douloureux au texte. Certains chapitres sont juste enchanteurs. 

Paulina 1880 est un roman lent, avec très peu de dialogues, qui m'a ennuyée par moments, et que j'aurais situé à une date bien antérieure à sa publication. Je pense aussi ne pas y avoir compris grand chose, mais il a toutefois su me toucher et m'intriguer. Je l'ai lu d'une traite.

Sylvie en parle bien mieux que moi.

* pour les visiteurs non habitués de la blogosphère qui sauteraient au plafond en lisant ces mots, je plaisante...