prodigieuses_creatures_184x300Quai Voltaire ; 377 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff. 2009
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Bien que n'ayant jamais lu Tracy Chevalier, j'en avais une image assez négative, et j'étais convaincue que ses livres ne me plairaient pas. Heureusement, Lou est une fois de plus arrivée à la rescousse, me permettant ainsi de me plonger dans un récit historique mettant en scène Mary Anning, une chasseuse de fossiles issue des classes inférieures, au début du XIXe siècle.

Au début du roman, sa nurse et elle, sont frappées par la foudre. Mary survit, et est encore une petite fille lorsque Elizabeth Philpot la rencontre pour la première fois. Cette dernière est une vieille fille issue de la classe bourgeoise désargentée, qui s'est installée à Lyme Regis avec deux de ses soeurs. En se promenant sur la plage, Elizabeth trouve un premier fossile, qui marquera le début d'une passion incontrôlable pour ces objets encore mal acceptés dans un monde où le discours biblique reste presque incontesté., et où toutes sortes de superstitions entourent les témoins d'un passé lointain Pour sa part, Mary cherche des fossiles afin de les vendre, aidant ainsi ses parents à faire vivre la famille. Mais elle a un don pour les dénicher, et sa curiosité va peu à peu s'inviter dans sa chasse aux fossiles.
Malgré les différences, notamment sociales, entre les deux femmes, Mary et Elizabeth vont rapidement s'attacher l'une à l'autre.

Si Mary Anning est la véritable héroïne de l'histoire, celle qui a fait les découvertes qui ont permis aux recherches sur l'évolution de progresser, Tracy Chevalier insiste sur le rôle d'Elizabeth Philpot, faisant parler les deux femmes tour à tour.

Mary Anning est un personnage improbable. Femme, célibataire, socialement issue d'un milieu défavorisé, elle va intégrer un monde où un tel cumul est presque insurmontable, et où elle va se brûler les ailes à plusieurs reprises. En effet, Tracy Chevalier nous dresse un portrait sans concession de la communauté scientifique (ou du moins de ces individus qui prétendent y appartenir). Les découvertes de Mary Anning lui sont presque arrachées, d'autres les revendiquent en leur nom propre, ce à quoi une jeune fille complètement occupée à faire sans cesse de nouvelles découvertes, par passion, mais aussi dans un souci constant de subvenir aux besoins des siens, n'est aucunement préparée. Pourtant, les attaques, qu'elles viennent de scientifiques, du clergé, ou de la population en général, peuvent être très dures, et dans ces cas là elle ne peut pas compter sur le soutien de ceux dont elle a fait la renommée.   
Elizabeth Philpot, bien que mieux née, n'est pas non plus dans une situation enviable, du fait de son célibat et de sa condition féminine. Ses combats, son intérêt pour les questions scientifiques, choquent. Les hommes ne la prennent pas au sérieux, ou la traitent avec dureté lorsqu'elle tente de pointer du doigt les incohérences entre les discours officiels et les preuves apportées par l'observation, et ses tentatives d'aider Mary manquent souvent d'efficacité du fait de ses propres limites.
Entre les deux femmes, les relations sont complexes, faites d'amitié, d'admiration, mais aussi de jalousie et de rancœur. En effet, Tracy Chevalier a beaucoup travaillé la dimension romanesque de son livre, et ça marche plutôt bien. Son texte n'est pas parfait, elle ne rentre pas dans les détails et son style  bien qu'élégant, ne m'a pas particulièrement frappée, mais elle nous permet de découvrir un personnage que je ne connaissais pas du tout pour ma part. Et puis, ces deux femmes nous emportent par leur passion pour les fossiles. J'avais réellement l'impression de me promener à leurs côtés sur la plage de Lyme Regis,  de scruter les rochers à la recherche d'une "créature", même si cela suppose de salir sa robe et ses chaussures, et de mettre des gants en très mauvais état (pas forcément la tenue adéquate au cas où un certain capitaine passerait par là !).

Les avis de Lou (encore merci pour le prêt), Leiloona,d'Alwenn, et de Gambadou.