226402383XÉdition 10/18 ; 316 pages.
6,90 euros.

Persuasion, c’est le roman d’automne de Jane Austen. Celui qu’elle a écrit alors qu’elle était malade, le plus nostalgique, mais surtout le plus beau à mes yeux. La romancière est décédée avant d’avoir eu le temps de corriger ce livre (notamment d’atténuer le ridicule de certains personnages, la violence de ses critiques selon les spécialistes), ni de choisir son titre.

Il n’empêche que l’on retrouve tout ce qui fait le bonheur de lire Jane Austen dans ce roman. Dès les premières pages, nous avons une critique pleine d’ironie, mais aussi très violente de la noblesse gonflée de vanité, qui ne possède plus que ses titres, avec le personnage de Sir Walter Eliott. Le baronnet, veuf et père de trois filles, a accumulé les dettes, et doit quitter son château pour Bath afin d’éviter la ruine. Cet homme coquet à l’extrême et hautain est aussi présenté comme un père désintéressé par le sort de ses deux plus jeunes filles, surtout la seconde, Anne.

C’est cette dernière qui est au centre de l’histoire d’amour mise en scène dans ce roman. A vingt-sept ans, elle est toujours célibataire, à l’instar de sa sœur aînée, Elizabeth. Mais alors que cette dernière est toujours d’une grande beauté, Anne, elle est fanée. Surtout, c’est une jeune femme effacée et mélancolique, qui ne s’est jamais remise de sa rupture huit ans plus tôt d’avec son fiancé, le capitaine Frederick Wentworth. En effet, influencée par l’amie de sa défunte mère, Lady Russel, la jeune fille qu’était alors Anne a décidé de mettre un terme à son engagement avec le jeune homme, dépourvu de connexions sociales et de fortune. Le temps, sur lequel Anne avait compté pour atténuer sa peine, révèle ses limites de panseur de plaies lorsqu’Anne apprend que son père a prévu de louer son château à l’amiral Croft et sa femme, qui n’est autre que la sœur de Frederick Wentworth.

Anne regrette toujours le capitaine Wentworth lorsque débute le livre. Si elle ne le pense pas marié, elle n'a aucune certitude quant à sa constance. Lorsqu'elle revoit son ancien fiancé, le temps semble avoir effacé l'amour qu'il lui portait. En effet, les années ont altéré les traits d'Anne, qui n'est plus la fraîche demoiselle d'autrefois. Le capitaine Wentworth semble alors se tourner vers des demoiselles plus jeunes et plus jolies, et surtout assez passionnées pour être sûres de leurs choix.

Anne, si timide et presque trop âgée pour songer encore au mariage, ainsi que le penserait une certaine Marianne Dashwood, n'a que son sincère repentir en sa faveur. Encore faut-il que le capitaine Wentworth en soit informé. Et que la rupture de ses fiançailles n'ait pas eu pour conséquence de briser la promesse de constance éternelle qu'il lui avait faite.

J'aime les personnages de ce livre. Anne est la plus touchante des héroïnes de Jane Austen, celle dont la souffrance est la plus grande. Non seulement elle a perdu l'homme qu'elle aimait, mais en plus, elle doit subir le sort des femmes non mariées. C'est à dire, celui de fardeau aux yeux de son père, et de garde-malade pour sa soeur hypocondriaque.
Quant à Frederick Wentworth, il est pour moi le héros austenien le plus humain. C'est un homme blessé, rancunier, jaloux. Grâce à Anne, qui le connait par coeur, on a accès à ses sentiments bien plus qu'à ceux des autres héros de Jane Austen. Il nous exaspère par son attitude rancunière, mais nous séduit encore plus avec sa générosité qu'il ne parvient pas à dissimuler. Et puis, cette lettre !!

Le poids des convenances, l'orgueil et les ambitions motivées par d'autres raisons que celles du coeur sont violemment critiquées par ce livre. Si nos deux héros s'en sortent, il s'en faut de très peu. Beaucoup n'ont pas eu cette force de caractère.