07 août 2010

Les Boucanières ; Edith Wharton

9782757818879Points ; 511pages.
Traduit par Gabrielle Rolin. 1938.
Achevé par Marion Mainwaring
.

L'histoire débute aux Etats-Unis, à la fin du XIXe siècle, alors que les familles St. George, Elmsworth et Closson séjournent à Saratoga. C'est ainsi que Nan, et Virginia St. George, Mabel et Lizzy Elmsworth, et Conchita Closson, deviennent les meilleures amies du monde. Elles sont jeunes, belles et pleines de vie. Cependant, le grand monde les snobe, jugeant leurs origines insuffisantes à en faire des membres de la haute société new-yorkaise.
L'arrivée de Miss Tesvalley, parente de Dante Gabriel Rossetti, qui doit être la gouvernante de Nan, après avoir travaillé pour diverses familles de l'aristocratie anglaise, et le mariage de Conchita Closson avec un fils cadet de marquis britannique, convainquent Mrs St. George et Mrs Elmsworth d'aller en Angleterre avec leurs filles, en espérant y obtenir davantage de succès.
C'est ainsi que les Anglais voient débarquer quatre Américaines, qui ne tardent pas à les fasciner et à les terrifier. En effet, si Conchita Closson n'a épousé qu'un fils cadet désargenté et volage, ses quatre compagnes rencontrent des succès qui scandalisent bien davantage les Anglais (ce qui donne lieu à des scènes souvent cocasses).
De leur côté, nos cinq amies, d'abord éblouies par ce nouveau monde, ne vont pas tarder à connaître quelques désillusions, et à révéler un tempérament calculateur bien éloigné de leur spontanéité première. 

Si vous cherchez à découvrir Edith Wharton, ou tout simplement une lecture fraîche et intelligente afin de profiter de vos vacances, ce livre est pour vous. Il n'est pas parfait (notamment en raison de la fin rédigée par un autre auteur que Wharton), et il n'est pas aussi émouvant que Chez les heureux du monde, mais il se lit avec avidité et délice.
Comme à son habitude, Edith Wharton attache beaucoup d'importance au contexte dans lequel elle place son récit, et ce dernier lui sert avant tout à élaborer une réflexion sur les rapports entre l'Ancien Monde et le Nouveau, sur l'organisation des sociétés occidentales, leurs moeurs, la place de l'amour, de la sexualité et du mariage.
Rejetées aux Etats-Unis, les cinq boucanières prennent leur revanche en s'introduisant au fil des années au sein de la plus haute noblesse britannique. Celle qui "réussit" le mieux est la jeune Nan St. George, qui épouse un duc. Cependant, contrairement à ses amies (à l'exception peut-être de Conchita), Nan n'avait rien calculé. Pourtant, la désillusion sera au moins aussi grave que celle de ses amies. Émue par des ruines et une ambiance romantique, elle s'est simplement contenté de croire que l'homme qui déambulait dedans était nécessairement bon. Son mari se révèle finalement obsédé par l'ordre (ce qui est symbolisé par son obsession des horloges, qui doivent absolument être à l'heure), et lorsque Guy Thwarte, un homme qu'elle avait innocemment aimé de façon très éphémère quelques années plus tôt,  réapparaît, l'absurdité de son mariage et l'impossibilité pour elle de tenir son rang (et donc notamment de donner à son mari un maximum de fils) lui deviennent insupportables.

"Cette jeune femme qui, selon toute apparence, était aujourd'hui (depuis deux ans), Annabel Tintagel avait été auparavant Annabel St. George et la personnalité d'Annabel St. George, son visage, sa voix, ses goûts et dégouts, ses souvenirs, ses sautes d'humeur constituaient une petite réalité vacillante qui, bien que proche de la nouvelle Annabel, n'en faisait pas partie, ne se fondait pas, pour former une Annabel centrale, avec la doublure étrangère qui, dans la chambre Corrège de Longlands, face aux jardins privés de la duchesse, aspirait à n'être qu'une personne. A certains moments, la quête de sa véritable identité l'inquiétait ou la décourageait à tel point qu'elle était heureuse d'y échapper pour remplir automatiquement les devoirs de sa nouvelle condition. Mais pendant les intervalles, elle s'acharnait à se chercher et ne se trouvait pas."

 

Face à ces révélations, Nan est très seule. En effet, personne ou presque (et certainement pas sa propre soeur), ne peut concevoir que bonheur et réussite sociale puissent être totalement distincts, et encore moins que l'on puisse sacrifier cette dernière pour obtenir le premier.

Ce livre n'a pu être achevé par l'auteur, qui décède en 1937, alors que la fin n'existe encore que sous forme de notes. C'est donc Marion Mainwaring qui termina l'écriture du roman, et je trouve malheureusement que cela se sent. J'ai trouvé que la fin était plutôt artificielle. Même si tout est loin d'être rose (le roman est quand même d'Edith Wharton), le ton change et les ramifications avec le reste du livre manquent de naturel à mon goût.

Malgré tout, je le répète, j'ai absolument adoré cette lecture, et le personnage de Nan en particulier.

L'avis de Cécile.

Merci à Titine d'avoir organisé son jeu-concours avec les éditions Points. Cette lecture entre par ailleurs dans le cadre du challenge Edith Wharton.

Posté par lillounette à 15:00 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
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Commentaires sur Les Boucanières ; Edith Wharton

    Je l'ai dans ma PAL...

    Posté par clara, 07 août 2010 à 17:02 | | Répondre
  • Lu il y a très longtemps, mais un excellent souvenir! Plus "optimisant" que certains de ses autres romans

    Posté par keisha, 07 août 2010 à 19:06 | | Répondre
  • Je l'ai lu il y a quelques semaines, et mon avis rejoint le tien ; la fin est moins bonne pour les raisons que tu as données, mais sinon, c'est un roman très fin et très intelligent.

    Posté par Popila, 07 août 2010 à 21:10 | | Répondre
  • J'ai oublié de te dire : tu savais que ce roman avait été adapté par la BBC ?

    Posté par Popila, 07 août 2010 à 21:12 | | Répondre
  • Clara : sors le vite !

    Keisha : oui, pour ce que j'ai lu d'elle, c'est le seul roman dont on ressort à peu près satisfait (même si c'est loin d'être gagné...)

    Popila : j'ai lu ton avis aujourd'hui même, et j'ai oublié de mettre le lien... mais oui, j'avais vu que tu disais la même chose que moi, notamment sur la fin (quoique je trouve qu'on n'est quand même au niveau Harlequin ;o)).

    Posté par Lilly, 07 août 2010 à 21:43 | | Répondre
  • Pour la série, il faut absolument que je me la procure, elle a l'air géniale

    Posté par Lilly, 07 août 2010 à 21:44 | | Répondre
  • C'est pour moi une histoire de famille car lorsque j'ai lu ce livre à sa sortie je l'ai fait passer de mains en mains auprès de mes filles
    Nous sommes toutes les 4 fans d'Edith Wharton et même si ce n'est pas le meilleur de ses romans ( je préfère le Temps de l'innocence ou Chez les heureux du monde) c'est un roman très attachant avec des personnages que l'on oublie pas

    Posté par Dominique, 08 août 2010 à 10:17 | | Répondre
  • Il me semble avoir lu un Edith Wharton à y bien réfléchir : je crois que c'était Ethan Frome. Un huis clos à trois. Particulièrement tragique ...

    Posté par dominique, 08 août 2010 à 10:25 | | Répondre
  • Oh, je pense que ça peut tout à fait me plaire... bon j'ai déjà 2-3 Wharton en attente mais c'est pas grave, non??

    Posté par Karine:), 08 août 2010 à 14:24 | | Répondre
  • Dominique : je n'ai pas encore lu "Le temps de l'innoncence", mais je l'ai, et je possède également le film, donc je le lirai sans aucun doute. C'est génial de pouvoir partager ses auteurs fétiches en famille !

    dominique : oui, "Ethan Frome" est des plus tragiques, mais c'est un très beau texte.

    Karine : si tu commences par celui-ci, je t'assure que tu te jetteras sur les 2-3 déjà en en stock : ta PAL baissera, donc c'est juste parfait ! (tu as vu comment je te déculpabilise ?)

    Posté par Lilly, 08 août 2010 à 20:59 | | Répondre
  • Je ne suis pas fana des livres dont l'action se déroule aux USA ; j'avais cependant tenté de lire un livre de WHARTON sans y adhérer ( et j'ai même oublié jusqu'au titre ! ) toutefois l'été dernier, j'ai tenté une nouvelle approche en lisant L'ÉTÉ ; que j'ai beaucoup aimé ; du coup, ce commentaire me donne envie de lire ce roman et ce d'autant plus que d'après ce que je comprends la quasi totalité de l'histoire se déroule en Angleterre ce qui est là ma tasse de thé ! merci

    Posté par sophie, 09 août 2010 à 09:07 | | Répondre
  • Il faut vraiment que je lise Wharton ! En plus, raison tout à fait superficielle, j'adore la couv des éditions Points !
    Par contre, les romans inachevés me laissent souvent un arrière-goût de frustration, donc je commencerais sûrement par un autre titre...

    Posté par cocola, 09 août 2010 à 15:13 | | Répondre
  • Je suis contente de voir que tu as aimé ce livre de Edith Wharton. C'est vrai qu'il n'est pas aussi réussi que "Le temps de l'innocence" ou "Chez les heureux du monde" mais j'ai passé un moment délicieux avec nos cinq boucanières ! Encore une fois l'écriture de Wharton m'a transportée. En revanche, mon avis diverge pour ce qui est de la fin. Je pense que Edith Wharton a été plus clémente avec son personnage principal et qu'elle lui a donné une deuxième chance, comme celle qu'elle s'est accordée en divorçant. Tu me diras ce que tu en penses, je ne vais pas tarder à mettre mon article en ligne.

    Posté par Titine, 10 août 2010 à 19:00 | | Répondre
  • l'écriture de cette romancière me plaît énormément... J'ai quelques Wharton dans ma Pal que je vais pouvoir savourer dont les boucanières en espérant l'aimer autant que toi.

    Posté par maggie, 10 août 2010 à 22:12 | | Répondre
  • Sophie : en effet, on est largement en Angleterre dans ce livre, qui a l'air par ailleurs assez original dans l'oeuvre de Wharton.

    Cocola : le visuel est très réussi, je suis de ton avis. Sinon, le roman a été achevé d'après les notes de Wharton, donc tu auras le mot de la fin !

    Titine : pour la fin, ce n'est pas les choix effectués qui me dérangent, c'est la manière avec laquelle on y parvient. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais je trouve qu'on sent que cette partie a été rajoutée.

    Maggie : Wharton a la cote en ce moment, et c'est tant mieux !

    Posté par Lilly, 15 août 2010 à 12:18 | | Répondre
  • J'entends beaucoup de bien à propos de ce livre , il serait temps qu'il vienne rejoindre les autres livres de cette auteure qui attendent sur ma PAL.

    Posté par Chinchilla, 15 août 2010 à 22:48 | | Répondre
  • un livre doudou, je ne connaissait pas le concept !!!

    Posté par Michel, 22 août 2010 à 21:46 | | Répondre
  • Michel : tu en as bien quelques uns que tu gardes pour quand tu n'as pas trop le moral, non ?

    Posté par Lilly, 22 août 2010 à 22:22 | | Répondre
  • Heureuse que tu aies aimé

    Moi je l'ai préféré à Chez les heureux du monde où l'entêtement des personnages à ne pas se donner le droit au bonheur m'a parfois irritée.

    Posté par Cécile 2 Quoide9, 25 août 2010 à 18:59 | | Répondre
  • Un de plus à lire !!!

    Posté par Liliba, 26 août 2010 à 21:46 | | Répondre
  • Cécile : je pense que cette lecture m'a davantage plu que "Chez les heureux du monde", mais il faut quand même reconnaître que ce dernier est plus maîtrisé.

    Posté par Lilly, 30 août 2010 à 11:17 | | Répondre
  • J'ai lu cet auteur il y a déjà longtemps pour mes études d'anglais et j'avoue que je ne me souviens plus très bien quel livre j'avais choisi à l'époque. Je le note car aimant la littérature anglo-saxonne, je suis sûre qu'il me plaira....

    Posté par Ikebukuro, 04 septembre 2010 à 09:13 | | Répondre
  • Ikebukuro : tu ne te souviens pas du sujet non plus ?

    Posté par Lilly, 07 septembre 2010 à 11:04 | | Répondre
  • Je viens de l'acheter!!! Mais je n'ai toujours pas lu "chez les heureux du monde" qui est sur ma PAL. Je vais peut-être commencer par ça!

    Posté par Alice, 18 octobre 2010 à 13:08 | | Répondre
  • Mince!!!! Désolée de t'avoir inondée mais quand je poste ça me marque "erreur de connexion, veuillez réessayer" donc c'est ce que j'ai fait!! Oups. Si tu pouvais effacer ce flot de messages (ainsi que celui la) parce que la j'ai juste un peu honte... D'avance merci

    Posté par Alice, 18 octobre 2010 à 13:43 | | Répondre
  • Alice : les deux sont excellents ! (et j'ai corrigé les petits soucis techniques)

    Posté par Lilly, 20 octobre 2010 à 19:07 | | Répondre
  • Merci pour le petit soucis technique!! Je vais m'y mettre très prochainement (dès que j'arrive à lâcher mes Jane Austen) et je reviendrai te dire ce que j'en ai pensé!

    Posté par Alice, 21 octobre 2010 à 10:00 | | Répondre
  • Alice : tu ne le regretteras pas !

    Posté par Lilly, 30 octobre 2010 à 12:18 | | Répondre
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