15 avril 2010

L'histoire d'un mariage ; Andrew Sean Greer

1066279_gfPoints ; 263 pages.
Traduit par Suzanne V. Mayoux. 2008
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Pearlie Cook prend la parole pour nous raconter sa vie dans les années 1950. Elle vivait alors avec Holland, son mari, et leur fils Sonny. "Les gens se font une idée des années cinquante. Ils parlent des jupes ballon décorées d'un caniche en laisse, des grèves de transports routiers, d'Elvis ; ils parlent d'une jeune nation, d'une nation innocente. Je ne sais pas pourquoi ils se trompent tellement ; ce doit être un dérapage de la mémoire, car tout cela est venu plus tard, à mesure que le pays se transformait. En 1953, rien n'avait changé." Pearlie et Holland se sont connus et aimés durant leur adolescence. La guerre les sépare, mais ils se retrouvent finalement lorsqu'elle s'achève, et se marient. Pearlie se pense alors heureuse, malgré une étrange mise en garde de la part d'une tante de son époux la veille de son mariage, malgré la maladie cardiaque dont souffre son époux, qui l'oblige à censurer son journal, afin que seules les bonnes nouvelles y figurent, et malgré une vie conjugale peu trépidante.
Tout cela vole en éclats lorsque Charles "Buzz"  Drumer sonne à la porte des Cook un jour de 1953, forçant ainsi Pearlie à reconsidérer son mariage, son époque, et des souvenirs qu'elle aimerait bien pouvoir effacer. 

Je me suis jetée sur ce livre lors de sa sortie en poche, certaine de découvrir un excellent roman, mais je dois reconnaître que je suis finalement mitigée. L'Histoire d'un mariage est construit de façon à faire défiler différentes époques, et à parsemer le récit de révélations censées lui donner un rythme, mais tout cela me semble finalement bien artificiel. Excepté la première information fournie par Buzz, je n'ai pas compris la nécessité de cacher (même si on a quelques indices au début) ce qui est révélé en toutes lettres à la page 72, et le personnage d'Annabel n'avait pas non plus besoin d'être gardé en stock aussi longtemps. De ce fait, ce roman s'étire inutilement en longueur entre le moment où tout bascule et celui où Pearlie sort de sa torpeur et nous permet de la suivre pour une remise à plat des faits.
Je regrette également les nombreux passages où de grandes phrases éculées nous sont balancées comme s'il s'agissait de révéler l'âme humaine et sa profondeur pour la première fois. "Nous croyons connaître ceux que nous aimons." est une jolie expression, mais ce thème n'en est pas moins courant et traité ici de façon conventionnelle en fin de compte. L'histoire d'un mariage est un roman sur les choix, plus ou moins prometteurs de bonheur, qui s'offrent aux personnages dans le contexte des années 1950, sur l'absence de communication, et sur la possibilité de ressusciter des sentiments bridés depuis des années. Il y a aussi tout un pan (considérable) de l'histoire qui demeure inconnu. Pearlie, en femme mariée des années 1950, est seule à se débattre, et n'aura jamais accès aux pensées de son époux, qui est pourtant parfaitement au courant de la situation.

Finalement, ce qui m'a plu dans ce livre, ce ne sont pas tant les relations entre Pearlie, Holland et Buzz, mais l'époque qui transparaît derrière eux. "J'écris une histoire de guerre. Je ne l'avais pas prévu. Au début, c'était une histoire d'amour, l'histoire d'un mariage, mais la guerre s'y est incrustée partout, tel un verre brisé en mille éclats. Non pas une histoire ordinaire de combattants, mais de ceux qui ne partirent pas à la guerre. Les lâches et les planqués..." (pour ceux qui craignent les spoilers, sachez que c'est en réalité bien plus compliqué). Le procès des époux Rosenberg, le maccarthysme, la guerre de Corée, le racisme, l'homophobie, le puritanisme hypocrite transparaissent dans ce récit, comme des échos à la vie conjugale et au passé de Pearlie. Le quartier tranquille où vivent les Cook a beau condamner tout ce qui sort de l'ordinaire, le goût prononcé des habitants pour les histoires sanglantes et le zèle dont certains habitants font preuve, font rire jaune.

Il ne s'agit pas d'un roman abominable. Il se lit avec beaucoup de facilité, mais il fait preuve de trop de maladresse et cède trop facilement à certains clichés pour sortir du lot.

Les avis d'Amanda, Clarabel, Cuné, Titine, Manu et Papillon.

Posté par lillounette à 16:10 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
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Commentaires sur L'histoire d'un mariage ; Andrew Sean Greer

    Je l'ai commencé, j'en suis au moment où l'ami demande à l'épouse de le laisser partir avec son époux. Je l'ai commencé il y a deux semaines ou un peu plus mais j'ai pris d'autres lectures en cours, je ne suis pas trop organisée Il faut dire que je me régale avec "Bienvenue au club" de Jonathan Coe !

    Posté par Lou, 15 avril 2010 à 20:45 | | Répondre
  • Je ne suis pas aussi sévère que toi, car il m'a quand même plu. Pourtant, je suis d'accord avec tout ce que tu dis.

    Posté par Manu, 15 avril 2010 à 21:48 | | Répondre
  • Pas mal de points sur lesquels je te rejoins (peinture de l'époque, manque de communication entre les époux, que j'avais du mal à admettre d'ailleurs), mais c'est un roman que j'ai cependant davantage apprécié que toi et j'ai aimé, aussi, les petits coups de théâtre successifs. Pas un chef d'oeuvre, loin de là, mais à mon sens un bon roman.

    Posté par Brize, 16 avril 2010 à 08:54 | | Répondre
  • Comme mes petites camarades, je suis moins dure que toi car j'ai passé un bon moment de lecture. Néanmoins j'ai été un peu lassée par tous ces coups de théâtre. Je suis entièrement d'accord avec toi sur la reconstitution des années 50, c'est d'ailleurs ce que j'ai préféré dans ce premier roman.

    Posté par Titine, 16 avril 2010 à 12:14 | | Répondre
  • Vu les avis mitigé , je crois que je ne vais pas rajouter ce livre à ma PAL monstrueuse...

    Posté par maggie, 16 avril 2010 à 13:20 | | Répondre
  • A sa sortie, j'avais fort envie de lire ce roman mais au fur et à mesure des semaines/mois, les avis mitigés se sont multipliés. Résultat : je doute que ce roman sorte un jour du un coin de mon esprit où je l'ai casé.

    Posté par In Cold Blog, 16 avril 2010 à 14:17 | | Répondre
  • Lou : Coe est un auteur que je veux lire depuis des lustres, peut-être que tu seras celle qui me décideras ;o)

    Manu : je ne garderai pas un mauvais souvenir de cette lecture non plus. Seulement, je pense qu'elle s'effacera assez facilement...

    Brize : en fait, pour moi les coups de théâtre n'en sont pas vraiment, à part le premier...

    Titine : je n'avais pas retenu qu'il s'agissait d'un premier roman. Quoique, je ne suis pas sûre malgré tout d'avoir envie de le relire quand il se sera davantage affirmé...

    Maggie et ICB : je pense qu'il est dispensable en effet.

    Posté par Lilly, 16 avril 2010 à 15:16 | | Répondre
  • J'avais repéré ce livre aussi à sa sortie. Mais en fait, c'est le titre qui ne m'attirait pas !

    Posté par maeve, 16 avril 2010 à 20:44 | | Répondre
  • Rien ne me tente vraiment, dans ce livre-là, et ce n'est pas ton avis qui va me contredire...!
    Quitte à lire une histoire de couple dans les années 50, autant se tourner vers "Les noces rebelles". Ok, je ne l'ai pas encore lu, mais j'ai vu le film. Ca compense un peu

    Posté par erzébeth, 17 avril 2010 à 08:09 | | Répondre
  • J'aime beaucoup les œuvres qui ont pour cadre la société américaine des années 50 (je suis en pleine addiction à la série Mad Men), ce livre pourrait potentiellement m'intéresser... mais ça fait beaucoup d'avis mitigés ! D'accord avec Erzébeth, Yates et Salinger , rien trouvé de mieux sur le sujet pour le moment !

    Posté par émi_lit, 17 avril 2010 à 12:22 | | Répondre
  • C'est un roman qui a bien marché dans la blogosphère aussi en ai-je lu une dizaine de pages; l'écriture ne me tentait pas trop, mais je ne savais pas quoi penser. D'après ce que tu dis, je n'en ferais pas une priorité.

    Posté par Dominique, 18 avril 2010 à 10:30 | | Répondre
  • Maeve : tu as eu raison finalement ;o)

    Erzébeth : je pense que le livre de Yates est meilleur moi aussi, même si l'histoire n'est pas du tout la même. Et pour l'exécution des Rosenberg, il y a "La Cloche de détresse", ce n'est pas toi qui va me contredire ;o)

    émi-lit : il faut que je lise Salinger, mais j'ai encore laissé le livre chez mes parents !

    Dominique : le style n'a rien d'extra, au contraire. Je pense que tu trouveras ailleurs de quoi te satisfaire davantage de toute façon.

    Posté par Lilly, 20 avril 2010 à 10:14 | | Répondre
  • C'est vrai que je n'ai lu quasiment que des commentaires positifs pour l'instant... C'est bien d'avoir un contrepoids ! J'ai quand même un peu envie de le découvrir, plus pour la description de l'époque (ce que tu dis aussi, en fait.)

    Posté par cocola, 20 avril 2010 à 22:04 | | Répondre
  • Je l'avais noté, dénoté, renoté... mais je ne sais toujours pas si je vais le lire. Le contexte me tente mais tu n'es quand même pas la seule mitigée.

    Posté par Karine:), 21 avril 2010 à 20:12 | | Répondre
  • Cocola : il y a des avis mitigés quand même ;o)

    Karine : je ne sais pas si tu aimerais, à mon avis ce n'est pas un indispensable.

    Posté par Lilly, 21 avril 2010 à 23:09 | | Répondre
  • Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai pris et reposé ce livre... Bon, je ne regrette pas de l'avoir reposé!!! Pour LOU : quelle chance tu as de découvrir Bienvenue au Club!

    Posté par juliette, 24 avril 2010 à 16:34 | | Répondre
  • Je dois publier mon billet cette semaine si j'arrive à me motiver (en ce moment j'écris presque uniquement mes billets le week-end alors je peine un peu à être à jour). Et si ça te tente je le prêterai volontiers !

    Posté par Lou, 25 avril 2010 à 11:49 | | Répondre
  • Juliette : il y a des livres comme ça...

    Lou : tu veux me prêter ce livre que j'ai déjà lu et que je possède ?!?
    Cela dit, j'attends de lire ton avis avec impatience ! ;o)

    Posté par Lilly, 25 avril 2010 à 12:09 | | Répondre
  • Je garde de la lecture de ce roman des impressions mélangées, mais je ne l'ai pas trouvé si conventionnel, pour ma part. (Pour info : http://textespretextes.blogs.lalibre.be/archive/2009/11/12/d-amour-et-de-guerre.html )

    Posté par Tania, 01 mai 2010 à 19:18 | | Répondre
  • J'ai lu ce roman l'année de sa sortie et j'en attendais beaucoup. Finalement, une fois dedans, il m'a un peu lassée et j'ai eu un peu de mal à aller jusqu'au bout. Cela dit, je le reprenais toujours avec enthousiasme en espérant tomber sur le moment qui ferait basculer ce livre dans le "génial", "super" mais ce moment n'est jamais venu. La 4ème de couverture est très prometteuse, c'est ce qui m'avait poussé à acheter ce livre en format "luxe". Tellement prometteuse que je me suis fait à nouveau avoir en rachetant le livre au format poche... J'en viens aux mêmes conclusions que toi concernant ce roman.

    Posté par Barbie, 14 janvier 2011 à 09:58 | | Répondre
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