11 février 2010

Le Procès ; Franz Kafka

procesFolio ; 360 pages.
Traduit par A. Vialatte. 1925
.

Le Procès est un roman qui a connu une histoire assez peu commune. Franz Kafka avait demandé à Max Brod, son exécuteur testamentaire (et ami de Zweig), de détruire ses travaux après sa mort. Mais Brod ne pu s'y résoudre, et procéda à la publication des textes qu'il pu retrouver (d'autres ont été saisis et détruits par les nazis).
Seulement, en raison de l'aspect fragmentaire des romans retrouvés, non seulement Le Procès est un roman inachevé, mais également un texte dont l'organisation n'était peut-être pas exactement celle envisagé par Kafka.

Jospeh K., un homme occupant de hautes fonction dans une banque et vivant dans une pension, se voit signifier son arrestation le matin de son trentième anniversaire, au saut du lit. Toutefois, il n'a aucune information sur la nature de ce dont on l'accuse. De plus, il reste libre de vaquer à ses occupations, et à l'exception d'un interrogatoire qui n'en est pas vraiment un, ses contacts avec la justice seront tous de son fait (jusqu'à la fin). 

L'été dernier, j'ai lu (ou relu, je n'en suis pas sûre) La Métamorphose. Une lecture qui m'avait beaucoup enthousiasmée, mais qui ne suffisait pas à me faire tomber amoureuse de Kafka, ou à comprendre cette vénération de l'auteur que je peux voir aussi bien chez quelques uns de mes amis que par les nombreux ouvrages contribuant à faire de l'auteur un mythe. Maintenant que j'ai lu Le Procès, je sais (sans parler du fait que j'ai maintenant une idée plus précise de ce que désigne ce mot bizarre qu'est "kafkaïen"), et je crois ne pas me tromper en disant que ce livre m'a procuré l'un de mes plus grands moments de lecture.
On est plongé dans une ambiance absolument unique, à la fois comique, froide et oppressante. K. semble évoluer dans un cauchemar, comme en témoignent les différentes histoires dans l'histoire, les passages étranges que constituent la porte de sortie de l'atelier du peintre ou le placard ou les deux hommes ayant arrêté K. sont battus. Le temps semble ne pas passer, la situation prend des airs d'immobilisme qui conduisent à la lassitude et à un renoncement fatals.
Et pourtant, ce second degré grinçant ressemble de façon troublante à la réalité. Dans le style d'abord, qui est très précis. Dans les thèmes traités ensuite. La Justice est partout, dans tous les greniers de la ville et tout le monde semble de mèche avec elle. Certes, c'est beaucoup moins concret dans le monde réel, mais tout homme n'est-il pas en permanence tenu de la respecter ? De même, K. ignore ce qui l'a conduit à une telle situation, mais ça doit arriver fréquemment de violer une loi qu'on ignore. Et les incohérences, l'inaccessibilité des services administratifs nécessaires, je crois que ça rappelle des souvenirs à tout le monde.
Ce qu'a fait K., nous ne le saurons jamais. Il se dit convaincu de son innocence, mais quand on ignore la loi (et que tous les personnages que l'on rencontre l'ignorent également), cela n'a pas une valeur très grande. Nous n'avons jamais accès aux pensées de ce curieux personnage, de cet anti-héros, son nom lui-même est incomplet (et son oncle, le seul qui pourrait nous aider à le définir, s'évapore très vite), le récit est à la troisième personne, et son caractère difficile à percer. Il s'agit d'un être solitaire, dont les relations sont très distantes. Il oublie sans cesse s'il est amoureux, ses bourreaux sont aussi les seuls avec lesquels il peut discuter. Son attitude aussi est très étrange. Il est l'accusé, mais aussi celui qui accorde la miséricorde ou l'intérêt, comme lorsque Franz et Willem sont fouettés ou qu'il croise Block chez l'avocat.

Je sais qu'il existe un nombre incalculable de théories sur la signification de ce roman, sur ce qu'il dénonce, sur ce dont il parle, et sur ses influences. En ce qui me concerne, je peux surtout vous dire que je m'attendais à un livre très ennuyeux et que j'ai finalement découvert un nouveau chouchou, ce qui fait qu'on reparlera très vite de Franz Kafka sur ce blog.

Les avis de Yohan, de Loupiote et de Thom.  

Posté par lillounette à 15:12 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le Procès ; Franz Kafka

    Je l'avais commencé en juillet 2008 pendant une gastro et j'étais nauséeuse tout au long de ma lecture. Je l'avais alors reposé parce que j'avais besoin d'une lecture moins opressante (j'avais la sensation que ma lecture n'aidait pas mon état :/)
    Il faut que je le reprenne, parce que j'ai adoré "La métamorphose"

    Posté par Ofelia, 11 février 2010 à 17:22 | | Répondre
  • Il y a tellement d'écrits sur ce roman qu'il impressionne et que cela freine l'envie de bien des lecteurs, il intimide et c'est dommage, je partage ton enthousiasme, ce type de roman il faudrait l'ouvrir sans rien en savoir et sauter dans le plaisir à pieds joints

    Posté par Dominique, 12 février 2010 à 10:32 | | Répondre
  • Ravie de ce billet qui en même temps me permet de découvrir le blog d'ofelia que je ne connaissais pas, d'une pierre deux coups

    Posté par Dominique, 12 février 2010 à 10:33 | | Répondre
  • Il y a longtemps que je n'ai lu Kafka, tes lectures donnent envie de s'y replonger...j'y pensais déjà avec la Métamorphose...

    Joseph K. n'a sans doute rien fait de particulier, si ce n'est d'être rongé par la culpabilité.

    Posté par Dominique, 12 février 2010 à 10:52 | | Répondre
  • "une ambiance absolument unique, à la fois comique, froide et oppressante" oui, et absurde aussi... je l'ai entamé l'an passé pour au moins la deuxième fois, et j'ai encore abandonné en route, sans repère et très déçue par mon incapacité manifeste à m'intéresser à ce livre alors que j'ai tant aimé "La métamorphose".

    Posté par Ys, 12 février 2010 à 17:49 | | Répondre
  • a lire d'urgence alors!! je dois m'y mettre!!

    Posté par béné, 13 février 2010 à 08:16 | | Répondre
  • Ofelia : moi c'est "Edwin Drood" dont je garde un mauvais souvenir nauséeux, d'ailleurs je n'ose plus toucher à Dickens depuis, ce qui est ridicule...

    Dominique 1 : en fait, en général je n'ai pas trop froid aux yeux, mais avec certains auteurs ça bloque...

    Dominique : pour la culpabilité de K., je ne sais pas. Je ne pense pas que ce soit un criminel, mais il y a beaucoup de lois absurdes...

    Ys : oui, c'est dommage, d'autant plus que je trouve des points communs entre les deux personnages.

    Posté par Lilly, 13 février 2010 à 09:12 | | Répondre
  • La Métamorphose est beaucoup plus " écrite" que Le Procès qui n'a pas été publié du vivant de l'auteur, et n'a pas été rédigé complètement. Le Procès fait partie des œuvres inachevées, qu'il désirait que l'on détruisît.

    Comme tu le notes à juste titre, Kafka n'avait pas non plus pris de décision définitive quant à l'ordre des chapitres.

    Posté par Dominique, 13 février 2010 à 12:00 | | Répondre
  • je l'ai lu !!!
    avant d'ouvrir mon blog. J'avais adoré ! J'ai lu la métamorphose après (billet sur mon blog), ça m'avait laissé un peu de marbre.
    Mais le procès, oui, ça j'avais beaucoup aimé !

    Posté par Emeraude, 13 février 2010 à 15:27 | | Répondre
  • Oui, c'est un grand livre !
    J'aime beaucoup Kafka, même si je trouve ça curieux de l'exprimer comme ça : il suscite le malaise, presque l'effroi, l'incompréhension. C'est quand même extrêmement fort de faire passer ça dans des œuvres généralement inachevées.
    Orson Welles a adapté ce roman, avec le merveilleux Anthony Perkins (tueur de "Psycho") dans le rôle-titre, je me souviens de scènes très belles chez l'avocat, interprété par Welles himself, d'ailleurs. Si tu as l'occasion de le voir...

    Posté par erzébeth, 13 février 2010 à 16:17 | | Répondre
  • Kafka est un auteur que je n'ai jamais osé aborder... À trop en voir des références partout, je deviens frileuse... et finalement je ne me suis jamais lancée.
    Quoique ton billet maintenant, me donne presque envie de remédier à cette lacune...

    Posté par Allie, 13 février 2010 à 18:43 | | Répondre
  • Emeraude : et tu n'as pls eu envie de le relire ?

    Erzébeth : le film me tente énormément, mais il n'est pas dispo en France, il faut que je regarde sur Play.

    Allie : j'aurais regretté de ne pas l'avoir lu, vraiment ! donc laisse-toi tenter !

    Posté par Lilly, 14 février 2010 à 09:56 | | Répondre
  • Il est dans ma pile... il faut que je me décide à l'en sortir un jour. Même s'il me fait très envie, il me fait aussi un peu peur... va falloir que je me botte les fesses pour le lire!

    Posté par Karine:), 15 février 2010 à 21:54 | | Répondre
  • Ce livre fait partie des fameux livres à lire impérativement...
    Il m'attend toujours sur ma PAL...

    Posté par Moka, 17 février 2010 à 09:12 | | Répondre
  • Karine : je suis sûre que tu vas aimer !

    Moka : il en vaut vraiment la peine, après il faut aussi que tu aies envie de t'y plonger.

    Posté par Lilly, 17 février 2010 à 11:44 | | Répondre
  • de relire Kafka ou de relire le procès ? Relire Kafka pourquoi pas ? Relire le procès? Sûrement dans plusieurs années !

    Posté par Emeraude, 17 février 2010 à 21:52 | | Répondre
  • Emeraude : je parlais de relire Kafka en général ;o)

    Posté par Lilly, 18 février 2010 à 11:40 | | Répondre
  • C'est un auteur que j'ai lu avec plaisir à l'adolescence, mais que j'ai arrêté de découvrir sans savoir pourquoi ! Par contre, j'ai lu, il y a très longtemps les "Lettres à Milena" qui est un livre très émouvant pour comprendre sa relation avec Milena Jesenska, sa traductrice ... A lire aussi !

    Posté par Nanne, 19 février 2010 à 22:16 | | Répondre
  • Nanne : c'est surprenant que tu aies arrêté, toi qui aimes tant l'Europe Centrale ! Kafka est une très belle découverte, j'ai très envie de tout lire de lui.

    Posté par Lilly, 19 février 2010 à 23:31 | | Répondre
  • Un grand souvenir de lecture et une piqûre de rappel plus politique sur la démocratie, la bureaucratie et l'absurde.

    Posté par Constance, 21 février 2010 à 10:35 | | Répondre
  • Si tu as l'occasion d'aller à Prague, je te conseille fortement d'aller visiter le Kafka Museum. Je l'ai trouvé vraiment bien fait et il permet aussi de mieux comprendre les motivations qui ont conduit Kafka à choisir de tels sujets pour ses romans.

    Posté par LN, 26 février 2010 à 10:11 | | Répondre
  • LN : Prague... j'ai tellement envie d'y aller !

    Posté par Lilly, 27 février 2010 à 11:04 | | Répondre
  • Je ne me suis jamais plongée dans Kafka, la faute à tout ce que j'ai pu lire sur ses oeuvres au fil de mes études. Plus l'envie en fait! Mais un de ces jours je vais me lancer avec La métamorphose. D'ailleurs, j'ai lu une adaptation BD chez Delcourt qui était plutôt sympathique!

    Posté par chiffonnette, 28 février 2010 à 11:29 | | Répondre
  • Chif : il faut absolument que je regarde de plus près le rayon BD, il y a plein de choses qui m'intéressent là-dedans !

    Posté par Lilly, 17 mars 2010 à 09:01 | | Répondre
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