08 septembre 2009

Mon Enfant de Berlin ; Anne Wiazemsky

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Gallimard ; 246 pages.
2009
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Ecrire un roman sur ses parents est certainement difficile. Ecrire un roman sur l'amour de ses parents l'est sûrement encore plus. Cela nécessite une capacité à prendre du recul importante que je n'ai retrouvée à aucun moment dans Mon Enfant de Berlin.

Le roman débute en 1944, dans le sud de la France, où Claire est infirmière pour la Croix-Rouge. Avec ses compagnes, elle est dehors en permanence, à la recherche de blessés, quel que soit leur camp. Elle est une jeune femme indépendante, déterminée à se rendre utile et à cesser d'être "la fille de François Mauriac" aux yeux de tous.
Quand la guerre s'achève en France, elle redoute de rentrer à Paris, dans l'appartement bourgeois de ses parents, et de devoir embrasser un simple destin de femme en épousant Patrice, son fiancé, qui a passé toute la guerre en tant que prisonnier en Allemagne. 

Il y avait vraiment de quoi faire avec ce texte, mais je me suis ennuyée pendant la quasi-totalité des 250 pages qui composent ce livre, habitée en permanence par l'impression de lire une histoire gentillette écrite par une enfant qui refuse de considérer ses parents autrement que comme des héros.
Durant les cent premières pages, Anne Wiazemsky nous dresse le portrait d'une femme volontaire dans l'Europe détruite de l'après Seconde Guerre mondiale. Claire Mauriac nous décrit un continent qui doit mettre sa confiance dans de très jeunes femmes, pour se rendre sur les lieux des combats, conduire des ambulances sur de très grandes distances, et aussi remonter le moral des soldats. Quand vient la paix, tous s'attendent à ce que Claire, la petite bourgeoise, la fille du grand Mauriac, rentre sagement chez elle. Mais Claire a été transformée par ces années de guerre, et son enthousiasme n'est pas près de s'éteindre. Elle trouve le courage de rompre avec son fiancé malgré tout ce qu'il a enduré, et part pour Berlin, où les Alliés commencent à ne plus s'entendre, où les Allemands vivent dans des conditions misérables, et où Claire trouve enfin quelqu'un qui ignore qui est son père.
Cette première partie est la plus intéressante, même si elle est écrite dans un style que j'ai trouvé au mieux complètement plat, au pire très mièvre, et qui m'a beaucoup agacée.
A partir du moment où Wia arrive, je n'ai presque plus rien trouvé d'intéressant dans ce livre. Pire, j'ai réalisé que cette figure de femme forte que nous décrivait l'auteur dans la première partie s'intégrait en fait dans le processus d'idéalisation des parents d'Anne Wiazemsky. Comme je l'ai dit, il y a beaucoup d'aspects abordés dans ce livre. Mais tous servent à montrer combien Claire et Wia sont formidables, et relèvent dès lors de l'anecdotique. Des Allemandes se font enlever les enfants qu'elles ont eu de Français, c'est pour montrer que Claire a le courage d'en cacher une pour lui éviter ce sort cruel. Les Russes rendent les négociations de prisonniers très difficile, mais heureusement, Wia est un charmeur et un diplomate hors pair.    
Anne Wiazemsky est habitée par une pudeur, naturelle vis-à-vis de parents, problématique vis-à-vis de personnages. Quand j'ai compris que Wia serait toujours le plus beau, le plus fort, et Claire toujours la plus jolie, la plus indépendante, j'ai aussi compris que l'auteur ne nous racontait pas davantage que l'histoire (idéalisée) de ses parents. Les personnages évoqués ont existé, figurent pour certains dans les remerciements, et je pense que l'auteur n'a pas su se détacher de leur réalité.
Il y a bien quelques pistes évoquées qui m'ont intéressée, comme la situation politique en France, les menaces contre Mauriac, les accusations portées contre Wia, le décalage social entre Claire et Wia. Mais le tout m'a paru insipide. Je n'ai pas ressenti l'espoir et la volonté de vivre après l'horreur dont parle Olga, parce que je n'ai pas vu l'horreur dans ce livre.

Une grosse déception donc, qui ne me donne pas du tout envie de retrouver Anne Wiazemsky dans mes prochaines lectures.

Clarabel, Alice, Cathe et Sylire ont aimé sans réserve.

Challenge du 1% littéraire : 3/7.



Commentaires sur Mon Enfant de Berlin ; Anne Wiazemsky

    En effet je vois que tu n'as pas succombé au charme de ce livre
    Pour ma part, j'ai trouvé qu'elle évoquait bien cette période de l'immédiat après-guerre et si sa mère est l'héroïne, elle n'en montre pas moins ses faiblesses (elle n'est pas très facile à vivre, elle a tout le temps la migraine....) et on voit même les signes précurseurs du divorce de Claire et de Wia quelques années plus tard.
    Mais c'est bien qu'il y ait des avis moins enthousiastes sur ce livre

    Posté par cathe, 08 septembre 2009 à 12:09 | | Répondre
  • Cathe : les différence de caractère de Wia et Claire sont évoquées en effet, mais il est aussi montré que l'amour est le plus fort. Olga, à la fin du livre, parle de ce couple avec une tendresse infinie.

    Posté par Lilly, 08 septembre 2009 à 12:23 | | Répondre
  • Mince alors ! Moi qui avais énormément envie de lire ce livre, ton billet mitigé me fait freiner des 4 fers.
    Bon, je ne sais plus si je le lirai du coup !

    Posté par Leiloona, 08 septembre 2009 à 12:59 | | Répondre
  • Je suis un peu comme Leiloona, d'autant plus que la plupart du temps nous avons des goûts proches toutes les deux. J'avais repéré ce livre et il me faisait vraiment envie, surtout pour le cadre - je n'aime pas trop les récits liés à la guerre mais je m'intéresse à l'Allemagne et j'imaginais qu'on découvrirait en partie le Berlin de l'époque. Finalement si je comprends bien il n'est d'ailleurs pas vraiment question de la ville ? Trois romans récents me tentaient beaucoup (celui-ci, ta dernière lecture et le Somoza), je pense que les deux autres vont passer au premier plan et j'attendrai un peu pour peut-être lire celui-ci.

    Posté par Lou, 08 septembre 2009 à 13:18 | | Répondre
  • Pourtant j'aime assez Anne Wiazemsky (surtout les romans où elle parle de la Russie) mais alors là je pense qu'avec un avis comme ça au mieux j'attendrais la sortie en poche.

    Posté par CecileSBlog, 08 septembre 2009 à 15:36 | | Répondre
  • Le seul livre d'Anne Wiazemsky que j'ai lu m'avait plu mais n'était pas exempt de ce regard admiratif pour les personnages principaux. Le roman dont tu parlais hier, par contre, est vraiment tentant !

    Posté par rose, 08 septembre 2009 à 19:20 | | Répondre
  • Les faiblesses de ses parents, elle les évoque dans d'autres romans que celui-ci, notamment hymne à l'amour. Dans ce livre, nous en sommes à la passion du début ou l'autre est le plus beau... le plus intelligents Les défauts ne se révèlent qu'ensuite.

    Posté par sylire, 08 septembre 2009 à 19:23 | | Répondre
  • Comme j'étais déjà un peu réticente avant de lire ton avis, maintenant on peut dire que ce livre ne fera pas partie de mon 1% ! Moi aussi je viens de commencer un roman inspiré par la vie de la famille de l'auteur (la grand-mère cette fois), j'espère ne pas être aussi déçue !

    Posté par levraoueg, 08 septembre 2009 à 20:06 | | Répondre
  • Ooooh je suis déçue de voir cet avis parce que j'avais très envie de le lire... Je ne le dé-note pas mais je suis tout un coup moins enthousiaste...

    Posté par Karine:), 08 septembre 2009 à 22:53 | | Répondre
  • Je crois que c'est un des titres de la rentrée qui me fait le plus envie.

    Posté par Stephie, 09 septembre 2009 à 08:06 | | Répondre
  • On ne me dit jamais rien; j'apprends, en moins d'une minute, que cette femme est la petite-fille de Mauriac et qu'elle a été mariée (douze ans !!) à Godard. C'est pas sérieux. En tout cas, ses récits de famille ne m'inspirent pas du tout.

    Posté par erzébeth, 09 septembre 2009 à 08:33 | | Répondre
  • Leiloona : pour les trois autres blogueuses qui l'ont lu, c'est un immense coup de coeur. Mais je ne le conseille pas personnellement ;o)

    Lou : on voit un peu Berlin, mais l'auteur ne met pas le contexte au premier plan. Comme je le dis dans mon billet, plus ça va, et plus l'Histoire a un côté anecdotique.

    Cecile : je ne l'avais jamais lue, et j'avoue que je ne suis plus du tout tentée...

    Rose : oui, je le conseille bien davantage !

    Sylire : je trouve cela inquiétant quand on en vient à dire qu'il faut avoir lu les autres livres de l'auteur pour comprendre qu'il est capable de recul et d'esprit critique ;o)
    Sinon, ce qui m'énerve dans ce livre n'est pas forcément le fait que les personnages principaux sont dans une passion qui débute et qui est donc mignonne, c'est le fait qu'ils éclipsent tout le reste. Claire et Wia n'ont rien d'universel, ce sont les parents de l'auteur, et personnellement je n'en ai rien à faire quand je lis un roman. De plus, au lieu de servir l'Histoire, c'est cette dernière qui sert à dresser leur portrait. Dans "Ordalie", c'était le contraire. La passion, de façon étrange, n'était pas ce qui ressortait le plus, mais l'Europe dévastée et en plein doute. Il est sans doute plus simple de jouer avec des personnages qui ont existé mais que l'on n'a pas cotoyés que de mettre en scène ses parents, je suis d'accord. Mais pour moi, ce n'est pas une excuse suffisante, et "Mon enfant de Berlin ne relève pas vraiment de la littérature.

    Levraoueg : j'ai hâte de voir ça !

    Karine : il peut attendre je pense.

    Stephie : les autres ont adoré, donc tu as peut-être raison...

    Erzébeth : je pense qu'on peut s'en dispenser ;o)

    Posté par Lilly, 09 septembre 2009 à 09:47 | | Répondre
  • Malgré ton billet,je pense que je tenterais l'expérience de la lecture !

    Posté par Choco, 09 septembre 2009 à 11:45 | | Répondre
  • D'elle j'avais aimé " Sept garçons" en dépit, c'est vrai d'une écriture un peu plate, mais je me rappelle m'être ennuyée pour l'Hymne à l'amour ( d'ailleurs j'ai tout oublié de ce roman, sauf l'ennui éprouvé).
    Après ton billet, et ces défauts que tu pointes et qui ne m'étonnent pas d'elle, je ne la relirai pas du tout, je crois...

    Posté par Dominique, 09 septembre 2009 à 12:30 | | Répondre
  • Je passe

    pas du tout motivé sur ce coup là...

    Posté par Cécile 2 Quoide9, 10 septembre 2009 à 09:20 | | Répondre
  • Choco : bonne chance ;o)

    Dominique : si tu n'as pas été convaincue par les autres, je pense qu'ils ne sont pas pour moi non plus. Nous avons souvent des avis proches, donc je te fais confiance.

    Cécile : ce n'était pas mon objectif de motiver les troupes en même temps. En plus, comme tu as Forster à lire ... ;o)

    Posté par Lilly, 10 septembre 2009 à 11:54 | | Répondre
  • Ton billet me trouble car je l'avais sur ma liste de la rentrée. Je n'ai rien lu d'elle encore. Je verrai bien!

    Posté par Mango, 10 septembre 2009 à 20:37 | | Répondre
  • Les avis sont très contrastés sur ce livre, à la lecture des articles je n'étais pas très tentée et je crois que tu finis de me passer l'envie de le lire! Le précédent devait être plus réussi.

    Posté par Titine, 11 septembre 2009 à 16:53 | | Répondre
  • Il ne m'intéressait pas à la base. Je ne regrette as.

    Posté par béné, 11 septembre 2009 à 18:20 | | Répondre
  • Mince ! Je l'avais surligné celui-ci et je m'en réjouissais. Bon, on verra bien !

    Posté par Theoma, 12 septembre 2009 à 00:42 | | Répondre
  • Mango : je suis curieuse de découvrir l'avis de quelqu'un qui ne connaissais pas non plus cet auteur avant "Mon enfant de Berlin".

    Titine : je ne suis pas sûre que tu aimerais en effet.

    Béné : si j'étais aussi diabolique que toi, je te dirais d'aller voir chez les copines ce qu'elles en pensent ;o)

    Theoma : d'autres ont aimé...

    Posté par Lilly, 12 septembre 2009 à 10:17 | | Répondre
  • ah j'aime bien quand les avis sont très contrastés... non que j'ai particulièrement envie de le lire mais ça m'intrigue

    Posté par yueyin, 12 septembre 2009 à 16:03 | | Répondre
  • Ouh la, j'étais attirée par ce livre, mais tout d'un coup là, plus du tout! Merci pour ton avis donc!

    Posté par Cryssilda, 12 septembre 2009 à 21:32 | | Répondre
  • C'est toujours intéressant quand un avis diffère de l'unanimité... je n'étais pas spécialement attirée par ce roman, donc... je passe mon tour !

    Posté par George, 13 septembre 2009 à 11:10 | | Répondre
  • Yueyin : un livre qui ne récolte que des avis enthousiastes est toujours douteux, je suis d'accord.

    Cryssilda : à cause de Berlin ? Désolée, je ne peux pas te le conseiller...

    George : même pour tes lecteurs tu ne veux pas te dévouer ? Libraire indigne va !

    Posté par Lilly, 13 septembre 2009 à 22:46 | | Répondre
  • Oui à cause de Berlin... enfin c'est pas grave, j'en ai trouvé d'autres

    Posté par Cryssilda, 14 septembre 2009 à 14:55 | | Répondre
  • Cryssilda : tu m'étonnes...

    Posté par Lilly, 15 septembre 2009 à 16:14 | | Répondre
  • Re-plouf ! Après autant de billets élogieux, tu fais retomber le soufflet, Lilly ... Une nouvelle douche froide ! Mais je crois que je tenterai le coup, cette fois-ci. Juste pour voir, par curiosité et parce que cela se passe à Berlin et en Allemagne !

    Posté par Nanne, 24 septembre 2009 à 22:12 | | Répondre
  • Nanne : cette fois, je suis désolée, mais je ne peux pas du tout préciser ma pensée pour l'atténuer un peu. Mais j'espère que tu aimeras.

    Posté par Lilly, 25 septembre 2009 à 15:02 | | Répondre
  • Ton commentaire est le deuxième peu flatteur que je lis sur ce titre.
    Je persiste donc dans mon opinion que les autobiographies romancées sont rarement de grands romans !!!

    Posté par Constance, 28 septembre 2009 à 13:08 | | Répondre
  • Constance : qui est-ce qui n'a pas aimé ? Sinon, je pense que l'on ne peut pas dire que les biographies romancées ne sont pas des grands romans. Je n'ai pas d'exemple en tête, mais j'ai bondi en lisant ton commentaire, donc mon inconscient doit avoir quelques références ;o)

    Posté par Lilly, 29 septembre 2009 à 12:04 | | Répondre
  • Je viens de lire l'échange sur le blog d'In Cold Blog et il me rend assez curieuse. Je ne sais pas si tu as vu les derniers commentaires mais j'ai trouvé intéressant ce contraste entre les avis, notamment sur la question de la sexualité.

    Posté par Lou, 30 septembre 2009 à 16:39 | | Répondre
  • Lou : je n'avais pas vu, et je réalise à quel point il est difficile d'être clair et nuancé par écrit. J'espère en tout cas que tu te joindras bientôt au débat ;o)

    Posté par Lilly, 01 octobre 2009 à 09:43 | | Répondre
  • Je suis un peu comme toi, j'ai bien aimé la première partie du livre, moins la seconde où l'on tombe dans une histoire d'amour un peu trop "cliché".
    Malgré tout, sans que ce soit un grand coup de coeur j'ai plutôt apprécié cette lecture.

    Posté par Antoine, 13 novembre 2009 à 16:28 | | Répondre
  • Antoine : je viens de lire ton billet, et en effet il semble bien plus positif que le mien. Mais j'ai l'impression que ce livre donne lieu à des avis très contrastés.

    Posté par Lilly, 17 novembre 2009 à 12:05 | | Répondre
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