Mon Enfant de Berlin ; Anne Wiazemsky
Gallimard ; 246 pages.
2009.
Ecrire un roman sur ses parents est certainement difficile. Ecrire un roman sur l'amour de ses parents l'est sûrement encore plus. Cela nécessite une capacité à prendre du recul importante que je n'ai retrouvée à aucun moment dans Mon Enfant de Berlin.
Le roman débute en 1944, dans le sud de la France, où Claire est infirmière pour la Croix-Rouge. Avec ses compagnes, elle est dehors en permanence, à la recherche de blessés, quel que soit leur camp. Elle est une jeune femme indépendante, déterminée à se rendre utile et à cesser d'être "la fille de François Mauriac" aux yeux de tous.
Quand la guerre s'achève en France, elle redoute de rentrer à Paris, dans l'appartement bourgeois de ses parents, et de devoir embrasser un simple destin de femme en épousant Patrice, son fiancé, qui a passé toute la guerre en tant que prisonnier en Allemagne.
Il y avait vraiment de quoi faire avec ce texte, mais je me suis ennuyée pendant la quasi-totalité des 250 pages qui composent ce livre, habitée en permanence par l'impression de lire une histoire gentillette écrite par une enfant qui refuse de considérer ses parents autrement que comme des héros.
Durant les cent premières pages, Anne Wiazemsky nous dresse le portrait d'une femme volontaire dans l'Europe détruite de l'après Seconde Guerre mondiale. Claire Mauriac nous décrit un continent qui doit mettre sa confiance dans de très jeunes femmes, pour se rendre sur les lieux des combats, conduire des ambulances sur de très grandes distances, et aussi remonter le moral des soldats. Quand vient la paix, tous s'attendent à ce que Claire, la petite bourgeoise, la fille du grand Mauriac, rentre sagement chez elle. Mais Claire a été transformée par ces années de guerre, et son enthousiasme n'est pas près de s'éteindre. Elle trouve le courage de rompre avec son fiancé malgré tout ce qu'il a enduré, et part pour Berlin, où les Alliés commencent à ne plus s'entendre, où les Allemands vivent dans des conditions misérables, et où Claire trouve enfin quelqu'un qui ignore qui est son père.
Cette première partie est la plus intéressante, même si elle est écrite dans un style que j'ai trouvé au mieux complètement plat, au pire très mièvre, et qui m'a beaucoup agacée.
A partir du moment où Wia arrive, je n'ai presque plus rien trouvé d'intéressant dans ce livre. Pire, j'ai réalisé que cette figure de femme forte que nous décrivait l'auteur dans la première partie s'intégrait en fait dans le processus d'idéalisation des parents d'Anne Wiazemsky. Comme je l'ai dit, il y a beaucoup d'aspects abordés dans ce livre. Mais tous servent à montrer combien Claire et Wia sont formidables, et relèvent dès lors de l'anecdotique. Des Allemandes se font enlever les enfants qu'elles ont eu de Français, c'est pour montrer que Claire a le courage d'en cacher une pour lui éviter ce sort cruel. Les Russes rendent les négociations de prisonniers très difficile, mais heureusement, Wia est un charmeur et un diplomate hors pair.
Anne Wiazemsky est habitée par une pudeur, naturelle vis-à-vis de parents, problématique vis-à-vis de personnages. Quand j'ai compris que Wia serait toujours le plus beau, le plus fort, et Claire toujours la plus jolie, la plus indépendante, j'ai aussi compris que l'auteur ne nous racontait pas davantage que l'histoire (idéalisée) de ses parents. Les personnages évoqués ont existé, figurent pour certains dans les remerciements, et je pense que l'auteur n'a pas su se détacher de leur réalité.
Il y a bien quelques pistes évoquées qui m'ont intéressée, comme la situation politique en France, les menaces contre Mauriac, les accusations portées contre Wia, le décalage social entre Claire et Wia. Mais le tout m'a paru insipide. Je n'ai pas ressenti l'espoir et la volonté de vivre après l'horreur dont parle Olga, parce que je n'ai pas vu l'horreur dans ce livre.
Une grosse déception donc, qui ne me donne pas du tout envie de retrouver Anne Wiazemsky dans mes prochaines lectures.
Clarabel, Alice, Cathe et Sylire ont aimé sans réserve.
Challenge du 1% littéraire : 3/7.
Commentaires sur Mon Enfant de Berlin ; Anne Wiazemsky
- Je suis un peu comme Leiloona, d'autant plus que la plupart du temps nous avons des goûts proches toutes les deux. J'avais repéré ce livre et il me faisait vraiment envie, surtout pour le cadre - je n'aime pas trop les récits liés à la guerre mais je m'intéresse à l'Allemagne et j'imaginais qu'on découvrirait en partie le Berlin de l'époque. Finalement si je comprends bien il n'est d'ailleurs pas vraiment question de la ville ? Trois romans récents me tentaient beaucoup (celui-ci, ta dernière lecture et le Somoza), je pense que les deux autres vont passer au premier plan et j'attendrai un peu pour peut-être lire celui-ci.
- Leiloona : pour les trois autres blogueuses qui l'ont lu, c'est un immense coup de coeur. Mais je ne le conseille pas personnellement ;o)
Lou : on voit un peu Berlin, mais l'auteur ne met pas le contexte au premier plan. Comme je le dis dans mon billet, plus ça va, et plus l'Histoire a un côté anecdotique.
Cecile : je ne l'avais jamais lue, et j'avoue que je ne suis plus du tout tentée...
Rose : oui, je le conseille bien davantage !
Sylire : je trouve cela inquiétant quand on en vient à dire qu'il faut avoir lu les autres livres de l'auteur pour comprendre qu'il est capable de recul et d'esprit critique ;o)
Sinon, ce qui m'énerve dans ce livre n'est pas forcément le fait que les personnages principaux sont dans une passion qui débute et qui est donc mignonne, c'est le fait qu'ils éclipsent tout le reste. Claire et Wia n'ont rien d'universel, ce sont les parents de l'auteur, et personnellement je n'en ai rien à faire quand je lis un roman. De plus, au lieu de servir l'Histoire, c'est cette dernière qui sert à dresser leur portrait. Dans "Ordalie", c'était le contraire. La passion, de façon étrange, n'était pas ce qui ressortait le plus, mais l'Europe dévastée et en plein doute. Il est sans doute plus simple de jouer avec des personnages qui ont existé mais que l'on n'a pas cotoyés que de mettre en scène ses parents, je suis d'accord. Mais pour moi, ce n'est pas une excuse suffisante, et "Mon enfant de Berlin ne relève pas vraiment de la littérature.
Levraoueg : j'ai hâte de voir ça !
Karine : il peut attendre je pense.
Stephie : les autres ont adoré, donc tu as peut-être raison...
Erzébeth : je pense qu'on peut s'en dispenser ;o) - D'elle j'avais aimé " Sept garçons" en dépit, c'est vrai d'une écriture un peu plate, mais je me rappelle m'être ennuyée pour l'Hymne à l'amour ( d'ailleurs j'ai tout oublié de ce roman, sauf l'ennui éprouvé).
Après ton billet, et ces défauts que tu pointes et qui ne m'étonnent pas d'elle, je ne la relirai pas du tout, je crois... - Choco : bonne chance ;o)
Dominique : si tu n'as pas été convaincue par les autres, je pense qu'ils ne sont pas pour moi non plus. Nous avons souvent des avis proches, donc je te fais confiance.
Cécile : ce n'était pas mon objectif de motiver les troupes en même temps. En plus, comme tu as Forster à lire ... ;o) - Mango : je suis curieuse de découvrir l'avis de quelqu'un qui ne connaissais pas non plus cet auteur avant "Mon enfant de Berlin".
Titine : je ne suis pas sûre que tu aimerais en effet.
Béné : si j'étais aussi diabolique que toi, je te dirais d'aller voir chez les copines ce qu'elles en pensent ;o)
Theoma : d'autres ont aimé...


















Pour ma part, j'ai trouvé qu'elle évoquait bien cette période de l'immédiat après-guerre et si sa mère est l'héroïne, elle n'en montre pas moins ses faiblesses (elle n'est pas très facile à vivre, elle a tout le temps la migraine....) et on voit même les signes précurseurs du divorce de Claire et de Wia quelques années plus tard.
Mais c'est bien qu'il y ait des avis moins enthousiastes sur ce livre