05 octobre 2008

Mrs Dalloway ; Virginia Woolf

9782253030584_G_1_Le Livre de Poche ; 218 pages.
Traduction de Pascale Michon. 1925

Virginia Woolf a été l'un de mes premiers grands coups de coeur littéraires. Pourtant, mes deux dernières rencontres avec elle n'avaient pas été très concluantes. J'ai abandonné Mrs Dalloway plusieurs fois, et je n'ai rien compris à Orlando. En fait, c'est Karine qui m'a redonné l'envie d'ouvrir ce roman, sans doute le plus célèbre de Virginia Woolf, en l'évoquant à travers le roman de Michael Cunningham, Les Heures.

Le livre se déroule entièrement à Londres, sur une journée de 1923, rythmée par Big Ben. Clarissa Dalloway, épouse d'un membre du Parlement, organise une réception, et passe la journée à la préparer, tout en s'adonnant à des questions existentielles. Contrairement à ce que le titre laisse entendre, Mrs Dalloway n'est pas seule. D'ailleurs, elle n'est même pas présente à chaque instant, bien que toute l'histoire soit liée à elle, puisque Peter et Sally rappelent sa jeunesse et ses amours impossibles, et Septimus sa mélancolie, même si ces deux-là ne se rencontrent qu'à l'occasion d'une conversation à propos du poète perçue par Clarissa.

Maintenant que j'ai achevé ma lecture, je suis complètement sous le charme. Mais il n'empêche que j'ai peiné à lire le début de ce livre. Je persiste à penser que les cinquante premières pages sont assommantes. Désolée pour les fans, mais à l'exception de certains passages captivants, je ne suis pas parvenue à chercher à comprendre le sens de chaque phrase. Certes, Virginia Woolf écrit merveilleusement bien, ne comptez pas sur moi pour dire le contraire. Il n'empêche que je n'ai pas été sensible à tout ce qu'elle écrit durant la visite de Mrs Dalloway chez le fleuriste.
Dans cette première partie, les seuls moments qui trouvent grâce à mes yeux sont ceux où les personnages se livrent, ceux où le rythme s'accélère un peu. Tous les personnages qui sont liés à Clarissa Dalloway d'une manière sincère, même s'ils ne l'ont jamais rencontrée, sont à fleur de peau et incroyablement attachants. Richard Dalloway, Sally, et Rezia Warren Smith, bien que secondaires, sont ceux qui m'ont le plus émue. J'ai adoré le dernier moment de complicité entre Septimus et son épouse, l'un des rares passages ensoleillés du livre :

"Oui, elle serait toujours heureuse en voyant ce chapeau. Il était redevenu lui même à ce moment-là, il avait ri. Ils avaient été seuls ensemble. Elle aimerait toujours ce chapeau." (p 165)
 
Quant à Richard, il est vraiment trop craquant lorsqu'il rentre chez lui les bras remplis de fleurs, parce qu'il est trop timide pour dire à son épouse à quel point il tient à elle.
Car une fois le début du livre passé, ce n'est que du bonheur ou presque, et j'ai alors définitivement cessé de rechercher des liens entre Les heures et Mrs Dalloway. Virginia Woolf dresse un portrait très fin de la société londonienne, usant souvent un ton dramatique, et parfois de l'ironie. Si Clarissa tient une réception, c'est aussi parce que l'auteur veut montrer l'importance du paraître dans la haute société londonienne. Le comportement de Mrs Dalloway lors de la soirée est à cet égard très éloquent. Elle passe d'une vague connaissance à l'autre, avec un sourire collé sur son visage, quand ses vrais amis sont présents un peu plus loin, et contemplent la scène d'un oeil un peu triste. Ils sont ce qu'elle a refusé d'être, des individus qui ne sont pas parvenus à rentrer dans les cases qui leur étaient destinées. Même elle a conscience d'agir parfois de façon trop conventionnelle :

"Elle aurait de beaucoup préféré être de ces gens comme Richard qui faisaient les choses pour ce qu'elles étaient, alors que la plupart du temps, se disait-elle en attendant de traverser, elle ne faisait pas les choses simplement, pour elles-mêmes ; mais pour que les gens pensent ceci ou cela." (p 25)

Elle reste un peu un mystère cette Mrs Dalloway, tout comme Septimus Warren Smith. Mais il n'empêche que ce roman est extrêmement émouvant et envoûtant, même si je n'en a pas aimé la totalité. Je n'ai pas l'impression de voir la vie autrement suite à cette lecture, mais je me suis réconciliée avec Virginia Woolf d'une belle façon, et c'est déjà beaucoup.

Erzébeth et Céline en parlent beaucoup mieux que moi.
 



Commentaires sur Mrs Dalloway ; Virginia Woolf

    J'ai un peu honte, mais je ne l'ai toujours pas lu ! Ni même Virginia Woolf d'ailleurs. J'ai "La promenade au phare" qui m'attend depuis une éternité dans ma PAL. Il faudra quand même que je finisse par me décider un jour ...

    Posté par Manu, 05 octobre 2008 à 08:45 | | Répondre
  • Je voudrais le découvrir mais comme ce que tu en dis est à peu près ce à quoi je m'attends, et que ce n'est pas ce que j'aime en littérature, il va falloir que je m'accroche.

    Posté par Isil, 05 octobre 2008 à 08:56 | | Répondre
  • Manu : j'espère que tu éprouveras moins de difficultés que moi à le lire...

    Isil : il en vaut la peine !

    Posté par Lilly, 05 octobre 2008 à 09:56 | | Répondre
  • Et bien tu l'as repris tu en parles bien aussi moi aussi j'ai lu ce livre il y a pas très longtemps cet été mon billet est ici :
    http://livresdemalice.blogspot.com/2008/07/virginia-woolf-mrs-dalloway.html

    Posté par Alice, 05 octobre 2008 à 11:22 | | Répondre
  • J'avais commencé le phare, sans le finir, j'avais eu du mal avec le début. J'ai détesté Les Heures... et donc je n'étais pas très portée sur Woolf, mais ce que tu dis, eh bien, ça me donne envie de m'attaquer à Mrs Dalloway. j'ai retrouvé le texte dans le grenier chez ma grand mère, ma tante l'a lu en anglais pour ses études.. c'est l'occasion!!

    Posté par choupynette, 05 octobre 2008 à 11:57 | | Répondre
  • le seul livre lu d'elle est "les heures" et je n'ai pas du tout accroché .... mais ta critique me tente et donc je vais essayer avec "Ms Dalloway" ......

    Posté par beat, 05 octobre 2008 à 12:08 | | Répondre
  • Ta toute dernière phrase est un mensonge; tu en parles très bien, réellement. Je ne me souviens pas des 50 premières pages, je sais que globalement ce n'est pas un livre facile, mais oui, ça vaut le coup de persister, il y a un charme "woolfien" délectable...
    "Orlando", tu l'as lu en entier ? c'est vraiment incompréhensible ? Je comptais justement le lire dans les prochains jours...
    (et tu as découverte V. Woolf avec quel texte ? je suis curieuse de savoir lequel a été un coup de cœur)

    Posté par erzébeth, 05 octobre 2008 à 12:11 | | Répondre
  • Alice : j'ai oublié de citer ton très beau billet qui m'avait également redonné le goût de le lire !

    Choupy : très honnêtement, le livre de Cunningham est très inférieur à "Mrs Dalloway".

    Beat : "Les heures" n'est pas un roman de Virginia Woolf !

    Erzébeth : "Orlando", j'en ai lu environ deux cents pages je crois. Ce n'était peut-être pas le moment, en tout cas c'est très différent de ce que j'ai pu lire de Virginia Woolf.
    Pour mon coup de coeur, c'est "La traversée des apparences", le premier roman qu'elle a écrit. Il est juste sublime.

    Posté par Lilly, 05 octobre 2008 à 12:27 | | Répondre
  • Bien d'accord avec toi sur le début du roman. Le souvenir que j'ai du livre en général est excellent mais j'admets qu'au début, je me suis demandée dans quoi je m'étais embarquée! Et je me rappelle m'être fait la réflexion : une chance que je ne l'ai pas lu en anglais, je ne m'en serais jamais, jamais sortie!!!!!

    Posté par Karine :), 05 octobre 2008 à 13:52 | | Répondre
  • Karine : en fait, le problème de lire un livre comme celui-ci en VO est que quand la narration dérape un peu, on ne sait pas si c'est une volonté de l'auteur ou une difficulté linguistique...

    Posté par Lilly, 05 octobre 2008 à 16:12 | | Répondre
  • Comme tu le sais, ce livre est un de mes préférés... Il faudrait d'ailleurs que je le relise. Je le dis tout le temps mais je ne le fais jamais...

    Posté par Allie, 05 octobre 2008 à 20:16 | | Répondre
  • Allie : je suis en train d'effectuer une relecture là, mais moi aussi je garde plein de livres qui attendent d'être repris depuis des lustres !

    Posté par Lilly, 06 octobre 2008 à 17:36 | | Répondre
  • Je pense que c'est (malheureusement) le lot de bien des lecteurs...

    Posté par Allie, 06 octobre 2008 à 19:16 | | Répondre
  • lol .... la honte .... troublée par le faît que l'on parle d'elle dans les heures .........

    Posté par beat, 07 octobre 2008 à 19:45 | | Répondre
  • J'ai relu ce livre il y a deux mois et j'ai toujours autant de mal à le cerner. J'imagine que c'est ce que Virginia Woolf souhaitait en l'écrivant^^
    J'ai un essai à elle dans ma PAL : "une chambre à soi", qui traite des auteurs féminins. Une valeur sûre sur ce thème apparemment

    Posté par Emjy, 08 octobre 2008 à 10:17 | | Répondre
  • Beat : rassure-toi, je suis spécialiste dans l'art de tout mélanger ;o)

    Emjy : "Une chambre à soi" est dans mes prévisions de lecture ! Pour "Mrs Dalloway", je pense qu'il y a de toute façon des livres qui ne sont pas fait pour être entièrement compris à leur première lecture.

    Posté par Lilly, 08 octobre 2008 à 12:25 | | Répondre
  • ça faisait très longtemps que je n'étais pas venu sur ton blog (quand on manque de temps, il y a toujours une activité qui en pâtit plus que les autres. La lecture des blogs pour moi est en ce moment toujours remise au lendemain!) et je me rends compte en lisant ton billet que ça me manque!
    j'adore ta manière te parler des livres, et j'adore ta manière de me donner envie de lire des classisques.
    Avec le film "la belle personne" et les billets de Yohan, je me suis rappellé avoir lu la princesse de Clèves, et aimé en plus! grâce à un billet que tu avais fait sur un autre titre de Mme Lafayette...
    tout ça pour dire : je note Mrs Dalloway !

    Posté par Emeraude, 13 octobre 2008 à 21:09 | | Répondre
  • Emeraude : ton commentaire me fait très plaisir, même si ce billet ne me plaît pas beaucoup...
    As-tu vu "La belle personne" ? Je n'ai toujours pas lu "La princesse de Clèves" pour ma part...

    Posté par Lilly, 13 octobre 2008 à 22:39 | | Répondre
  • Quelle honte à moi de ne plus venir par ici ! Enfin, j'essaierai de plus trop m'absenter car je suis perdue après !
    Et, Quel courage à toi d'avoir lu Mrs Dalloway ! moi y'a rien à faire, ça passe pas, ça bloque ... même après plusieurs essais !!

    Posté par cELINe, 14 octobre 2008 à 12:54 | | Répondre
  • Céline : j'étais pareille, il suffit d'une bonne motivation ;o)

    Posté par Lilly, 15 octobre 2008 à 09:21 | | Répondre
  • oui, j'ai vu la belle personne. J'ai du mettre mon avis dans les commentaires chez Yohan, Avis mitigé... j'ai bien aimé mais sans plus disons.

    Posté par Emeraude, 15 octobre 2008 à 21:00 | | Répondre
  • Emeraude : Vraiment ? Mince alors...

    Posté par Lilly, 18 octobre 2008 à 10:17 | | Répondre
  • Donc, si je comprends bien, il faut que je réessaie (le livre est dans ma bibliothèque depuis un certain temps et a été abandonné après deux tentatives infructueuses)... mais que j'arrive, cette fois, à passer le cap des 50 premières pages !

    Posté par Brize, 25 octobre 2008 à 17:59 | | Répondre
  • Brize : tu as tout compris ;o) Bon courage !

    Posté par Lilly, 26 octobre 2008 à 21:01 | | Répondre
  • Je viens de terminer ce roman et j'ai un peu les mêmes impressions que toi : une fois les premières pages passées, on finit par s'habituer au style et à s'attacher aux personnages...

    Posté par maggie, 17 février 2010 à 21:27 | | Répondre
  • Maggie : je pense le relire, parce que ça m'embête de ne pas totalement adhérer à ce livre. Peut-être qu'une autre traduction est meilleure, ou la VO.

    Posté par Lilly, 18 février 2010 à 11:41 | | Répondre
  • Je viens de le lire également, et j'aime beaucoup la critique que tu en fais! Mais je ne te rejoins pas du tout en ce qui concerne les premières pages! Pour moi, ca été justement ces premières pages qui m'ont charmée. La lecture est ardue, certes, mais c'est dans ces premiers mots que Virginia pose d'emblée l'ambiance du roman, le thème des heures qui s'écoule et le style de narration. Tu ne penses pas?

    Posté par Lucie, 08 novembre 2011 à 10:36 | | Répondre
  • Lucie : j'ai lu ce livre il y a plusieurs années, mais le temps est de toute façon une obsession chez Virginia Woolf. Je relirai "Mrs Dalloway" un jour, c'est sûr, mais pour l'instant ce n'est vraiment pas le roman d'elle que je préfère.

    Posté par Lilly, 11 novembre 2011 à 08:14 | | Répondre
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