41DCN1WJVKLActes Sud ; 512 pages.

J'avais acheté ce livre après ma lecture de Les mystères d'Udolphe, afin de me replonger au plus vite dans un roman gothique. Bien sûr, comme d'habitude, ce roman a fréquenté ma PAL beaucoup plus longtemps que prévu.

L'histoire est assez compliquée à résumer, car il y a plusieurs récits qui s'entremêlent.  D'un côté, nous avons le héros du roman, Ambrosio. Autrefois irréprochable, il cède aux avances d'une jeune femme, puis croise la belle et naïve Antonia. Poussé par le désir de posséder la jeune fille, il accepte de devenir le plus hypocrite des hommes.
En parallèle, Lorenzo, le jeune homme dont Antonia est amoureuse, découvre la situation misérable dans laquelle se trouve sa soeur Agnès, cruellement offerte à un couvent.

Ce roman est encore plus too much que Les mystères d'Udolphe.  Personnellement, je le trouve presque kitsch, mais j'ai marché à fond dans (presque) tous les excès de Lewis.
L'émotion des personnages est à fleur de peau, les femmes s'évanouissent toutes les cinq minutes, les hommes pleurent.  Le hasard est aussi grotesquement mis à contribution que dans un certain nombre de pièces de théâtre (lorsque la nonne sanglante d'un château allemand se révèle être l'aïeule de l'amant espagnol de la jeune fille cloîtrée dans ce même château par sa tante jusqu'à ce qu'elle prenne le voile. Cette même jeune fille étant la soeur de Lorenzo, le meilleur ami de son marquis d'amant et l'amoureux d'Antonia, la nièce du marquis*). On a beaucoup d'histoires dans l'histoire, souvent "terrifiantes", pleines de fantômes et de bandits... Tout cela, je vous l'ai dit, fait vraiment excessif, pourtant ces caractéristiques de la littérature gothique rendent le livre véritablement passionnant pendant les quatre cents premières pages du roman.
Les personnages religieux sont caricaturés et ridiculisés avec un culot peu commun. Entre le moine "parfait" qui devient un maniaque sexuel doublé d'un assassin qui pactise avec Lucifer, et la jeune nonne qui se fait déflorer par son amant marquis déguisé en aide-jardinier, on comprend vite que ce livre n'a pas du faire rire tout le monde lors de sa parution.
C'est assez drôle, très agréable à lire, très misogyne aussi (mais c'est à mon avis volontaire, et personnellement ça me fait rire). Je pense aussi que ce roman a le mérite de pointer le doigt sur les contradictions des membres de l'Eglise qui pensent que la fin justifie les moyens.

J'ai quand même trouvé ce livre un peu long.  La fin met longtemps à arriver, et ne m'a pas franchement convaincue. J'aurais aimé un peu de sérieux en conclusion. Au final, ce roman, c'est souvent du grand n'importe quoi, mais j'ai quand même passé un bon moment.

Allez, une petite phrase pleine de considération pour la gent féminine pour la route :

"Antonia avait observé de quel air Christoval avait baisé cette main, mais comme elle en avait tiré des conclusions quelque peu différentes de celles de sa tante, elle eut la prudence de tenir sa langue. Comme c'est le seul exemple connu d'une femme qui ait jamais agi de la sorte, on l'a jugé digne d'être cité ici." (page 45)

Je me ferais peut-être la version d'Artaud un jour, elle est incontournable paraît-il...

*Si vous ne me trouvez pas claire, il va de soi que c'est votre faute...