Délicieuses pourritures - Joyce Carol Oates
Découvrir Joyce Carol Oates était dans mes projets depuis des années.Parmi ses nombreux livres, on m'a conseillé ce court texte. Je n'ai pas été déçue !
Gillian Bauer est une étudiante de vingt ans en 1975, plutôt réservée, et complètement envoûtée par l'un de ses enseignants, Andre Harrow, et la femme de celui-ci, Dorcas.
Il faut dire qu'Andre et Dorcas ont l'habitude de susciter ce genre de réaction. Toutes les étudiantes de Heath Cottage, résidence dans laquelle vit Gillian, et qui participent au cours du professeur Harrow, veulent être distinguées. Pour obtenir son approbation, elles vont jusqu'à étaler les choses les plus intimes de leur vie durant ses cours, à sa demande. Il paraît que celles qui plaisent à Andre sont invitées à venir chez lui, travaillent avec Dorcas, voyagent avec le couple.
Bien que peu sûre d'elle, Gillian meurt d'envie de faire partie des heureuses élues.
Si vous voulez découvrir un grand écrivain, je vous conseille ce livre !
Délicieuses pourritures possède un souffle incroyable. Dès les premières pages, j'étais complètement happée par cette histoire, avide d'en connaître l'issue.
L'atmosphère devient vite poisseuse, pesante, malsaine. Des filles disparaissent, se coupent les veines, des incendies criminels se déclarent, empêchant tout le monde de dormir sereinement.
Au milieu de tout ça, on a un couple au très fort charisme. Andre, fou de D.H. Lawrence, essaie de mettre à nu toutes les étudiantes qui l'approchent. Il analyse leurs poèmes, leurs journaux intimes, et les invite à se brûler les ailes sans jamais essuyer le moindre refus. Si les étudiantes craquent pour leur professeur, sa femme entre systématiquement dans le jeu. Dorcas est tout aussi impalpable. Elle affiche son programme sur les murs des musées, mais qui pourrait y voir autre chose que de la provocation ?
Le suspens pourrait être totalement absent, puisque le livre commence par la fin, par la contemplation de totems hideux, rappelant ceux de Dorcas, au musée du Louvre en 2001, et par l'incendie. Pourtant, l'engrenage dans lequel s'engage Gillian fascine au moins autant le lecteur que la jeune fille est attirée par Andre. Elle nous livre ainsi, sous la forme d'un témoignage, les quatre mois qui conduisent au drame, son isolement de plus en plus grand, et son malaise grandissant face à une situation dans laquelle elle perd pied et dont elle ne peut se défaire.
Le style n'est pas particulièrement cru, mais cela suffit à montrer la facilité avec laquelle on peut manipuler les gens. Isoler et puis détruire, les bêtes ont des jouets dociles.
"Le meurtre d'âme, ça existe, dit Penelope. Sauf qu'il n'est pas visible comme l'autre. Il y a des gens mauvais. Il y a des gens cruels. Des gens qui devraient être punis. S'il y avait quelqu'un pour les punir."
Je suis ressortie de cette lecture aussi nauséeuse qu'impressionnée. Quand je pense qu'en lisant le résumé de Les Chutes il y a quelques années, je croyais que c'était un roman nunuche... Si vous avez des suggestions à me faire concernant cet auteur, je suis plus que preneuse.
D'autres avis chez Lou, Cynthia, Ys, Praline, Céline.
J'ai Lu. 125 pages.
2002.
Commentaires sur Délicieuses pourritures - Joyce Carol Oates
- Lorsque j'ai découvert ce livre l'année dernière, j'ai eu envie de lire ses autres romans, malheureusement ils sont assez inégaux... et j'ai lu des textes après qui ne m'ont pas séduite ( reflets en eau trouble, et oeil de serpent). J'ai blonde : bio de marilyn que j'ai dans ma PAL. En revanche, l'aspect que j'aime toujours chez elle, c'est l'envers du rêve américain : c'est toujours un univers sombre qu'elle met en scène...
- Shéhérazade et SandRyne : je ne peux que vous encourager à vous y plonger. C'est violent mais très bon !
Ys, Maggie et Jackie Brown : j'ai l'impression qu'elle est un peu inégale à lire des billets et commentaires sur elle. Elle publie tellement qu'elle doit laisser passer des choses moins bonnes... Je note en tout cas "Viol, une histoire d'amour" ! - (là, tu imagines un copier/coller des deux premières phrases de Tamara, auxquelles j'ajoute : )
Personnellement, je découvrirai cette auteur avec "Blonde", parce que grâce à Ofelia, j'ai cette merveille dans ma PàL... mais je sais d'avance que si je relis JCO derrière, ce sera avec "Délicieuses pourritures" ! - Je suis très JC Oates ces temps ci ! J'ai lu les Chutes, absolument génial !! La je lis Blonde aussi génial ! J'ai lu Sexy qui parle d'un prof qui se suicide car il est accusé de harcelement sexuel aupres d'un de ses jeunes eleves.
J'adore son écriture et le fait que les sujets choisis ne soient jamais gais mais qu'ils arrivent à nous toucher profondément. Bref j'adore ! Tu m'as donné envie de lire celui-ci ! - Tamara : j'ai aussi repéré "Petite soeur, mon amour", mais j'attends sa sortie en poche.
Maeve : je suis attirée par "Les Chutes", mais j'entends beaucoup d'avis contradictoires, alors je ne sais pas trop...
Mango : j'espère que tu aimeras alors !
Erzie : "Blonde" ne me tente pas du tout, je n'éprouve pas ta fascination pour Marilyn Monroe malheureusement. Mais quand j'aurais lu tout le reste (mais bien sûr !) on verra
Laurane : merci, je note "Sexy", le thème m'intéresse beaucoup. Moi aussi j'aime les sujets qui bousculent. - au faitet bien je vais lire ce livre très vite, d'autant
qu'on compare laura kasischke à Joyce Carol oates, et que vous n'avez toujours pas lu, méchante incrédule Suspicious river, qui après Donna Tart et ce livre semble s'imposer, car vous n'avez pas peur du venin. Allez encore un effort, je brûle de connaitre votre avis! - Manu : j'en ai ajouté quelques uns dans ma PAL du coup, dont les Mulvaney. Je sens que j'ai encore de très bons moments à passer avec elle.
Lune : je n'avais pas trouvé l'atmosphère poisseuse du tout dans "A moi pour toujours" (mais j'ai compris que ce n'était pas son meilleur
), et le style d'Oates est vraiment particulier.















