9782290341889FSDécouvrir Joyce Carol Oates était dans mes projets depuis des années.Parmi ses nombreux livres, on m'a conseillé ce court texte. Je n'ai pas été déçue ! 

Gillian Bauer est une étudiante de vingt ans en 1975, plutôt réservée, et complètement envoûtée par l'un de ses enseignants, Andre Harrow, et la femme de celui-ci, Dorcas.
Il faut dire qu'Andre et Dorcas ont l'habitude de susciter ce genre de réaction. Toutes les étudiantes de Heath Cottage, résidence dans laquelle vit Gillian, et qui participent au cours du professeur Harrow, veulent être distinguées. Pour obtenir son approbation, elles vont jusqu'à étaler les choses les plus intimes de leur vie durant ses cours, à sa demande. Il paraît que celles qui plaisent à Andre sont invitées à venir chez lui, travaillent avec Dorcas, voyagent avec le couple.
Bien que peu sûre d'elle, Gillian meurt d'envie de faire partie des heureuses élues.

Si vous voulez découvrir un grand écrivain, je vous conseille ce livre !
Délicieuses pourritures possède un souffle incroyable. Dès les premières pages, j'étais complètement happée par cette histoire, avide d'en connaître l'issue.
L'atmosphère devient vite poisseuse, pesante, malsaine. Des filles disparaissent, se coupent les veines, des incendies criminels se déclarent, empêchant tout le monde de dormir sereinement.
Au milieu de tout ça, on a un couple au très fort charisme. Andre, fou de D.H. Lawrence, essaie de mettre à nu toutes les étudiantes qui l'approchent. Il analyse leurs poèmes, leurs journaux intimes, et les invite à se brûler les ailes sans jamais essuyer le moindre refus. Si les étudiantes craquent pour leur professeur, sa femme entre systématiquement dans le jeu. Dorcas est tout aussi impalpable. Elle affiche son programme sur les murs des musées, mais qui pourrait y voir autre chose que de la provocation ?   

Le suspens pourrait être totalement absent, puisque le livre commence par la fin, par la contemplation de totems hideux, rappelant ceux de Dorcas, au musée du Louvre en 2001, et par l'incendie. Pourtant, l'engrenage dans lequel s'engage Gillian fascine au moins autant le lecteur que la jeune fille est attirée par Andre. Elle nous livre ainsi, sous la forme d'un témoignage, les quatre mois qui conduisent au drame, son isolement de plus en plus grand, et son malaise grandissant face à une situation dans laquelle elle perd pied et dont elle ne peut se défaire.

Le style n'est pas particulièrement cru, mais cela suffit à montrer la facilité avec laquelle on peut manipuler les gens. Isoler et puis détruire, les bêtes ont des jouets dociles.

"Le meurtre d'âme, ça existe, dit Penelope. Sauf qu'il n'est pas visible comme l'autre. Il y a des gens mauvais. Il y a des gens cruels. Des gens qui devraient être punis. S'il y avait quelqu'un pour les punir."

Je suis ressortie de cette lecture aussi nauséeuse qu'impressionnée. Quand je pense qu'en lisant le résumé de Les Chutes il y a quelques années, je croyais que c'était un roman nunuche... Si vous avez des suggestions à me faire concernant cet auteur, je suis plus que preneuse.

D'autres avis chez Lou, Cynthia, Ys, Praline, Céline.

J'ai Lu. 125 pages.
2002.