03 novembre 2009
La pornographie ; Witold Gombrowicz
Folio ; 226 pages.
Traduit par Georges Lisowski.
1960.
Deux hommes d'âge mûr ou presque, Witold Gombrowicz et un certain Frédéric, se rendent dans la propriété d'Hippolyte (on ne rit pas, j'ai entendu plusieurs malheureux enfant affublés de cet horrible prénom), un ami de Witold, dans la campagne polonaise.
Au cours d'une messe extrêmement étrange, Witold remarque une union indéniable entre Hénia, la fille d'Hippolyte, et Karol, le garçon à tout faire de la famille. Hénia est déjà fiancée à Albert, un juriste plus âgé. Quant à Karol, il est également attirée par les femmes plus vieilles que lui.
Sans même se dire un mot et sans le moindre scrupule, Witold et Frédéric vont tenter de mettre en oeuvre l'union des deux enfants.
La Pornographie est un excellent roman, qui a, comme Cosmos, une dimension policière. La plume de Gombrowicz, en plus d'être toujours poétique (même dans les pires moments), est d'une grande précision. Le personnage de Witold (à moins que ce ne soit vraiment l'auteur) cherche dans les éléments extérieurs la preuve de ce qu'il a pressenti, à savoir le lien qui unit Hénia et Karol.
Tout le récit est sous tension. Nous sommes en 1943, les Allemands sont en Pologne. Les embrouilles au sein de la résistance polonaise sont un terrain idéal pour notre narrateur et Frédéric (d'ailleurs, c'est la seule raison pour laquelle le contexte historique est évoqué). Ce dernier personnage impose le respect, se montre plein d'assurance, mais est tellement obsédé par la nécessité de réparer ce qui lui semble être des absurdités qu'il n'hésite pas à basculer dans les pires extrêmes. Notre narrateur le suit, convaincu qu'il a raison. Quand il réalise que Frédéric est véritablement fou, il est trop tard pour faire machine arrière.
"Il priait" aux yeux des autres et à ses yeux mêmes, mais sa prière n'était qu'un paravent destiné à cacher l'immensité de sa non-prière... c'était donc un acte d'expulsion, un acte "excentrique" qui nous projetait au-dehors de cette église dans l'espace infini de la non-foi absolue, un acte négatif, l'acte même de la négation [...] c'était comme si une main avait retiré à cette messe sa subtance et son contenu.
L'union de Karol et Hénia se fait de force. Ils ne se plaisent pas, c'est donc dans le crime qu'ils vont s'unir. Un malheureux ver de terre fait d'abord les frais du couple d'enfants, qui est ensuite amené à faire ce que les adultes ne parviennent pas à accomplir. L'opposition jeunesse/âge adulte est d'ailleurs l'un des grands thèmes du roman. Gombrowicz n'a de cesse d'insister dessus, aussi bien dans le style que dans le fond. Réaliser l'union entre Hénia et Karol, ce serait aussi lier ces enfants à Frédéric et à Witold, et c'est pour cela que c'est si important.
C'est glauque, on peut difficilement affirmer le contraire. On frôle la nausée de plus en plus près, mais c'est ce qui fait de La Ponographie un grand livre.
L'avis de Dominique.
Commentaires
Ouh que l'atmosphère a l'air terriblement saine... Ca ne me dit rien du tout.
Et le titre, ce n'est que de la provocation, ou c'est justifié dans le roman ?
je vais le lire!!
Je me promets de le lire!
Lilly, je t'ai taguée!
Oui ! Oui ! Oui ! J'adore ce bouquin ! je suis tellement content quand je lis un tel article !
Erzébeth : c'est justifié, mais pas du tout pour les raisons qui font que je vais avoir des visites via Google ;o)
Béné : tu aimes bien Gombrowicz en plus, non ?
Mango : j'ai vu ça, mais vu ma connexion actuelle, je ne sais pas si je vais pouvoir y répondre ;o)
Thom : tu en as parlé ?
Je survole pour ne pas trop en découvrir, mais je vois que ce roman a l'air parfait ;)
Ce roman vraiment l'air intéressant...mais je vais déjà commencé par "Les envoûtés"!!
Grombowicz, je ne l'ai pas encore lu. Il fait parti de ma liste (très longue) d'auteurs incontournables à découvrir.Celui-ci pourrait bien me plaire. Merci
Un roman qui ne me tentait pas du tout... mais maintenant j'hésite! :)
Je le note, mais pas pour tout de suite. Je crois que j'ai ma dose de récits super glauques. ;)
Lilly, merci pour le lien !
Ce billet est tout à fait intéressant!
Il n'y a pas de pornographie réelle ; seulement une bonne dose de perversité de la part des deux messieurs notamment Frédéric. Qui s'attache à manipuler les jeunes gens pour assurer son pouvoir,les transformer en personnages agissant selon son désir, sans leur faire subir quoi que ce soit de sexuel. C'est subtil... et on ne peut s'empêcher de penser que les deux jeunes agissent aussi pour eux-mêmes.
Je ne connais pas cet auteur, et ce thème sordide me m'attire pas du tout.
A plus tard!
Ca m'a l'air insoutenable, mais ... j'aime les romans durs. Y'a des chances que je me laisse tenter si je croise sa route.
Merci !
Pour aider ta connexion à se rétablir, moi aussi je t'ai taguée ! Héhé ! Et puis les fleurettes ça va bien avec la verdure...
J'aimerais lire cet auteur, enfin. Mais je doute de lire celui-ci.
Mais euh... quand j'étais petite nous avons appelé notre chien Hippolyte (en fait Hippo), on trouvait ça marrant pour un chien de cette taille :) Je n'appellerais jamais mon fils comme ça mais j'aimais bien le côté décalé qui changeait de Medor, Felix, Cookie etc ^^
je vais le lire!!
Et bien je ne connaissais pas ce livre. Tu m'as donné envie de le lire!!! Merci
Rose : j'ai préféré "Cosmos" quand même, si tu cherches un autre titre de Gombrowicz ;o)
Dominique : contrairement à toi, j'ai du mal à voir une action consciente des deux jeunes gens. Mais c'est une possibilité j'imagine.
Alicia : c'est bien dommage.
Céline : non, c'est glauque mais ça n'est pas traumatisant.
Levraoueg : en fait, c'est mon ordi qu'il faut réparer, il n'aime plus internet...
Manu : commence pas "Les Envoûtés", il te plaira.
Lou : en nom de chien, ça me va très bien aussi.
Diddy : bienvenue sur ce blog, j'espère que Gombrowicz saura te séduire !
Je n'ai jamais lu cet auteur, tu piques ma curiosité !! Je vais m'y pencher de près. Grand merci pour ce billet qui sort des sentiers battus et donne vraiment envie de lire La Pornographie.
Jamais lu cet auteur, je commencerai plutot par cosmos ;-)
Gaëlle : c'est très dommage que Gombrowicz ne soit pas davantage lu dans la blogosphère, il le mériterait. Et je suis certaine qu'il saura te plaire !
Michel : les deux livres ont beaucoup de points communs de toute façon, mais c'est vrai que "Cosmos" demeure mon favori.
Coucou !
Bravo pour ce billet !
J'ai lu ce livre l'année dernière je crois, et il me semble en avoir fait un billet également sur mon blog. Mais surtout, je voulais te poser une question Lilly : n'as-tu pas ri pour la scène du ver de terre justement ? Moi j'étais pétée de rire ! Un peu comme lorsque je ris de scènes qui sont à la fois dramatiques et forcément caustiques chez Kundera. J'attends ton avis ! :D
Léthée : je n'ai pas ri au moment de la scène du ver, mais je suis d'accord que ce livre est drôle à cause de son atmosphère dramatique et étrange parfois.
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