25 juillet 2009

Nuit et Jour ; Virginia Woolf

7933_medium_1_Flammarion ; 405 pages.
Traduit par Catherine Naveau.
Night and Day. 1919.

Courage, il s'agit du dernier roman de Virginia Woolf que j'avais emporté en vacances. Certes, j'ai vraiment eu envie de m'en procurer d'autres, mais il existe des villages dans lesquelles on ne trouve pas la moindre librairie...

Katherine Hilbery est la fille unique d'un couple de l'aristocratie londonienne. Sa vie se partage entre sa contribution à la rédaction d'une biographie de son célèbre grand-père et ses activités domestiques et mondaines. Un après-midi, l'un des protégés de son père, Ralph Denham, se rend chez les Hilbery. La rencontre entre les deux jeunes gens est chaotique, mais Ralph décide de faire de Katherine une obsession. Ils se revoient quelques temps plus tard lors d'une soirée chez Mary Datchet, une jeune femme écartelée entre sa soif de liberté et son affection pour Ralph. Katherine est alors accompagnée de William Rodney, qui souhaite l'épouser.

Nuit et Jour est le second roman de Virginia Woolf, et même s'il est certainement fort bon dans l'absolu, et captivant presque de bout en bout, je pense que c'est le roman de l'auteur le moins abouti.
Sa construction est étonnament classique. Les pensées des personnages ne dominent pas l'ensemble, qui comporte également de très nombreux dialogues, énormément d'humour et de fraîcheur. Il serait réducteur de ramener l'intrigue à quelques relations amoureuses (comme je l'ai fait dans mon résumé). Il existe un véritable combat dans ce roman, entre deux époques (politique, littérature, moeurs, travail, religion). Virginia Woolf dresse un portrait aiguisé des questions que se posent les classes bourgeoises anglaises, alors que le vingtième siècle commence.
Cela se répercute notamment sur les conduites des deux personnages féminins principaux. Mary et Katherine sont, comme les autres héroïnes de Woolf, à la recherche de réponses sur elles-mêmes. Mary représente la femme indépendante, issue d'une modeste famille campagnarde, qui cherche à ne pas se laisser influencer par son environnement et ses propres démons, désireux de la faire revenir vers un rôle plus traditionnel. Quant à Katherine, elle est moins attachante qu'une Rachel, mais j'ai l'impression que Virginia Woolf aimait, dans ses premiers romans, créer des héroïnes qui, au début de leur histoire, ne lui ressemblent pas encore. Rachel n'aime pas Jane Austen, Katherine n'a carrément "aucune disposition pour la littérature", et éprouve même "une antipathie naturelle pour l'introspection" tandis qu'elle se passionne pour les mathématiques.
A première vue donc, les deux figures féminines principales de ce roman sont totalement opposées, et permettent de confronter des conceptions qui le sont tout autant. Je délire certainement (et en plus je me fais du mal en disant cela), mais au fur et à mesure de ma lecture, j'ai trouvé ce qui ne tient pas debout dans ce livre. Virginia Woolf a créé deux personnages un peu caricaturaux qui pourraient finalement être les différentes facettes d'une seule personne. Cela aurait permis d'éviter la cure d'amaigrissement subie par l'intrigue dans la dernière partie, qui voit Mary s'effacer au profit de Katherine, et sans doute pour le pire. Je suis pire que fleur bleue, et la réunion des amants est généralement le point culminant de ma lecture quand les livres s'y prêtent. Dans Nuit et Jour, les réflexions et les doutes de Katherine quant à ses affections, sont naturels, et dévoilent une personnalité complexe, qui refuse de s'engager pour satisfaire d'autres désirs que les siens. Cependant, ils sont tellement étirés que, si je ne parlais pas d'un auteur que j'adore, je dirais que l'on frôle la nunucherie (je sens que je vais avoir droit à des insultes mais tant pis). De plus, comme je l'ai noté plus haut, il me semble que les ambitions de Virginia Woolf sont bien plus larges au début du roman. Mais dans la dernière partie, on fait durer le plaisir et apparaître un personnage à la dernière minute pour que tout se finisse bien dans le meilleur des mondes, et cela sonne faux. 
En fait, je trouve que ce livre sonde de nombreuses pistes, mais avec maladresse. Woolf nous livre une histoire fort agréable, drôle, qui ravirait sans aucun doute beaucoup de lecteurs si un éditeur avait la bonne idée de rééditer Nuit et Jour. Mais ses tentatives de capter l'univers, comme dans ses autres romans, tombent un peu à plat.

Allie évoque aussi ce roman.



Commentaires sur Nuit et Jour ; Virginia Woolf

    Tu vois, j'ai tenté de le lire celui-là et ça n'a pas fonctionné... Je l'ai abandonné. J'ai eu envie de le lire parce que j'ai entendu souvent que c'était un hommage à Austen, que ce livre lui ressemblait. Mais j'ai beau aimer Woolf et Austen, ce n'est pas tout à fait ça, Nuit et Jour... Enfin bref, je l'ai mis de côté. Je ne sais pas quand j'y reviendrai. J'avais quand même posté une note parce que j'avais envie d'en parler. Mais je ne l'ai pas terminé...

    Posté par Allie, 26 juillet 2009 à 00:31 | | Répondre
  • Voilà donc le billet qui ne doit pas me décourager!!! Me le conseilles-tu à cause de mon côté fleur bleue prononcé et assumé??
    Bon, je vais quand même essayer de le trouver, puisque tu me le recommandes si chaudement, en débit de ton billet!!!

    Posté par Pimpi, 26 juillet 2009 à 01:41 | | Répondre
  • Ouhhhhh la fleur bleuuuue !
    J'admire ta fidélité à un auteur, dès lors que tu le découvres... parce que là, mine de rien, en, quoi, deux mois, tu t'es forgée une sacrée culture woolfienne ! La classe

    Posté par erzébeth, 26 juillet 2009 à 10:02 | | Répondre
  • Allie : je t'ai répondu chez toi ;o)

    Pimpi : en fait, Allie me fait douter, et c'est vrai que je ne sais pas trop en fait. Je pense que tu aimeras, mais d'un autre côté, il est tellement bizarre que Woolf ait écrit un tel livre que ça risque de te donner une image fausse de l'auteur. "La traversée des apparences" est peut-être plus indiqué en fait. Il est d'une facture classique, mais c'est déjà un chef d'oeuvre. Mais si tu le sens bien...

    Posté par Lilly, 26 juillet 2009 à 11:44 | | Répondre
  • Erzébeth : elle était déjà dans mes auteurs préférés, mais je suis contente d'avoir enfin pris le temps de la découvrir davantage, c'est vraiment un auteur merveilleux. Elle est avec Emily Brontë le plus gros choc littéraire de ma vie d'adolescente, et je suis heureuse qu'elle ait été un peu plus prolifique que cette dernière.

    Posté par Lilly, 26 juillet 2009 à 11:49 | | Répondre
  • Erzébeth a raison, moi aussi j'admire ta prouesse woolfienne, également constatée avec Faulkner et Balzac. Je trouve que c'est un excellent moyen de bien appréhender un auteur, en ayant plusieurs lectures à l'esprit. Je devrais suivre un peu plus ton exemple en la matière ! (Je ne suis même pas fichue de lire tous les Austen à la suite)

    Quant à ce roman je ne le connaissais pas et comme je prévois de lire tout Woolf, je sais déjà que je le lirai malgré les éventuels petits défauts, et puis le sujet me tente particulièrement. En tout cas tu t'es régalée avec tous ces romans.

    Posté par Lou, 26 juillet 2009 à 12:42 | | Répondre
  • Lou : je l'ai fait, tous les romans d'Austen à la suite. C'est la fois où je l'ai découverte ;o)
    En fait, j'aime beaucoup rester un peu dans l'ambiance d'un auteur lorsqu'il me fascine. Même si je n'ai pas complètement aimé un livre, si je pense que l'auteur a du potentiel, j'ai besoin d'en lire d'autres, parce que je cherche le chef d'oeuvre. C'est rare que j'en lise autant à la suite, mais il y a pas mal d'auteurs que je retrouve plusieurs fois en peu de temps.
    Et même si je change d'auteur, je remarque que j'évolue beaucoup par périodes : romans américains, romans français, romans anglais du début du XXe.

    En ce qui concerne Woolf, je n'ai plus du tout peur d'elle. "Les Années" m'a complètement décomplexée, ce qui me permet de savourer complètement son génie. Et si "Nuit et Jour" m'a déçue, tu as raison de rester tentée, parce que, je me répète, il ne peut pas rebuter totalement les amateurs de littérature anglo-saxonne, il est très très facile à lire. De plus, comme j'en parlais avec Allie, il semble bien qu'elle veuille faire un clin d'oeil à l'oeuvre d'Austen dans ce livre (la rencontre de ces deux talents rate un peu, mais pour une fois la comparaison me semble avoir des raisons autres que commerciales), et il s'agit d'un roman qui essaie déjà de rompre avec le roman victorien. C'est une chose qui me fascine chez Woolf, on voit une évolution très claire entre ses différents romans. Ils semblent tous uniques, même s'ils recherchent aussi tous la même chose, comme si elle cherchait sans cesse la meilleure forme pour exprimer ses questionnements. "Nuit et Jour" est étrange, j'aurais cru qu'il était antérieur à "La Traversée des apparences" (et il est tout aussi étrange que Woolf ait écrit juste après "La Chambre de Jacob"), mais il faut le lire ne serait-ce que pour voir sa place dans l'oeuvre de Woolf.

    Je raconte un peu beaucoup ma vie, désolée, mais j'aimerais beaucoup que tu me rejoignes (et d'autres aussi) dans la conversation woolfienne, pour connaître ton opinion...

    Posté par Lilly, 26 juillet 2009 à 15:25 | | Répondre
  • eh bien

    tu sembles avoir un été très thématique !

    Posté par Cécile 2 Quoide9, 26 juillet 2009 à 23:19 | | Répondre
  • Bon! Lilly, faut qu'on parle! ça ne va pas du tout!!! Pourquoi es-tu si tentatrice??? A cause de toi, je veux lire Virginia!!!! Bravo!

    Posté par Romanza, 27 juillet 2009 à 10:46 | | Répondre
  • Cécile : tu trouves ? ;o)

    Romanza : je suis presque certaine qu'elle te plairait. Si tu n'aimes pas "Vers le Phare", je serais très très étonnée.

    Posté par Lilly, 27 juillet 2009 à 23:36 | | Répondre
  • Bon ... Ok! Alors, je vais sûrement me laisser tenter! Merci Lilly!

    Posté par Romanza, 28 juillet 2009 à 10:23 | | Répondre
  • Lilly merci de ce billet car moi non plus je ne connaissais pas ce roman, même pas le titre
    les hasards de l'édition font que certains textes sont devenus un peu introuvables
    C'est assez honteux que Mrs Dalloway ne soit pas réédité en version brochée, on ne le trouve plus qu'en poche ou en pochothèque
    je vais aller à la recherche de "nuit et jour"

    Posté par Dominique, 06 août 2009 à 09:02 | | Répondre
  • Dominique : c'est incroyable quand même, c'est comme avec Dickens...

    Posté par Lilly, 07 août 2009 à 19:00 | | Répondre
  • Lilly, deux ans plus tard j'ai enfin lu ce roman Je suis davantage conquise que toi, mais j'avoue qu'à l'heure où je m'apprête à écrire mon billet je reste assez perplexe... j'ai ressenti comme toi une certaine maladresse, cette difficulté à atteindre ce but que l'on devine de manière confuse, mais j'ai été complètement emportée par ce roman, séduite par ses personnages et j'aime l'univers particulier qui s'en dégage. Je vais essayer de faire mon billet et nous pourrons en discuter si tu es toujours partante

    Posté par Lou, 26 septembre 2011 à 11:31 | | Répondre
  • Et par rapport au commentaire de Dominique je trouve que c'est pire avec Dickens, surtout que depuis plusieurs belles éditions de Woolf ont vu le jour (Cosmopolite)... mais de ce pauvre Dickens on ne trouve rien sauf en Pléiade.

    Posté par Lou, 26 septembre 2011 à 11:33 | | Répondre
  • Lou : Woolf a eu droit à plusieurs rééditions depuis deux ans, mais c'est clair que le cas de Dickens est incompréhensible. C'est vraiment l'auteur anglais le plus connu avec Shakespeare, mais les éditeurs ne suivent pas...

    Posté par Lilly, 29 septembre 2011 à 20:36 | | Répondre
  • Je n'ai pas trouvé que le roman sonnait faux. Katherine est le magnifique personnage féminin d'une époque où l'émancipation des femmes demeure un acte individuel. D'où ses difficultés peut-être à s'extraire du rôle dans laquelle tout l'enferme et à se convaincre de la vérité de ses sentiments.

    Posté par Cleanthe, 14 octobre 2011 à 22:19 | | Répondre
  • Cléanthe : mes reproches sont à relativiser. Je trouve ce roman beaucoup moins réussi que les autres livres de Woolf, mais c'est loin d'être une catastrophe.

    Posté par Lilly, 16 octobre 2011 à 16:11 | | Répondre
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