16 février 2009

Le cher ange ; Nancy Mitford

resize_2_

La Découverte ; 276 pages.
Traduction de Olivier Daria.
V.O. : The Blessing. 1951.

Je vous en prie, dîtes-moi que vous aussi vous trouvez la couverture de ce livre affreuse ! On dirait celle d'un mauvais roman à l'eau de rose, et lorsqu'on ne connaît pas la signification du titre, ni l'auteur, je comprends que l'on parte en courant...
De Nancy Mitford, j'avais lu La poursuite de l'amour, un livre très sympathique, mais qui ne m'avait pas non plus entièrement conquise. Le cher ange s'est chargé de le faire, ce livre est absolument exquis !

Grace, une jeune et riche anglaise, rencontre Charles-Edouard de Valhuibert, de passage à Londres pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il est Français, de haute lignée, passionné d'art, et coureur de jupons insouciant. Bien que fiancée à un autre homme, Grace accepte d'épouser Charles-Edouard, dont elle est tombée éperdument amoureuse. Après une courte et singulière lune de miel, Charles-Edouard part sur le front, où il demeure sept ans.

« Quand, durant les années solitaires à venir, Grace tentait de se remémorer ces dix brèves journées, la même image s’offrait toujours à son esprit : Charles-Edouard déplaçant les meubles. »

A son retour, il retrouve son épouse, ainsi qu'un petit garçon, Sigismond. Le couple se rend immédiatement en France, où les habitudes de vie différentes des deux époux, qui étaient jusque là uniquement un sujet de plaisanterie, deviennent un sujet de discorde.  

C’est alors que le rôle de Sigismond prend toute son importance. Le « cher ange », comme le baptisent volontiers sa mère et sa Nanny, délaissé par son père lorsque ses parents étaient heureux, devient le centre de toutes les attentions, et n’est pas près à renoncer à ce nouveau statut.

Ayant moi-même vécu à l’étranger, je sais combien passer une simple frontière peut déboussoler un individu, même lorsque celui-ci est plein de bonne volonté. Les personnages de ce roman sont tous ou presque fort sympathiques, curieux, mais si pleins de préjugés, envers les autres nationalités, envers l’autre sexe, que cela donne lieu à des situations loufoques, et parfois douloureuses. L’Europe se relève difficilement des ravages occasionnés par la Seconde Guerre mondiale, et malgré l’entente cordiale, la "vieille petite Europe" et les "grands Etats-Unis d'Amérique" ne se comprennent pas davantage que les Anglais et les Français. De toute façon, même lorsqu’ils ont des points communs, ils sont incapables de les voir. 

Heureusement, l’ironie de Nancy Mitford bat son plein dans ce roman. J’avais souri dans La poursuite de l’amour, Le cher ange se sert admirablement de l’humour pour calmer les esprits, relativiser, envisager tous les points de vue, et finalement accepter l’autre et arrêter de ne percevoir la situation qu’à travers ses propres principes. Ce Charles-Edouard ! Il ressemble d’abord à un horrible type, mais comme on comprend Grace à la fin ! J’aime sa façon de voir les choses, et même si je partage plutôt les conceptions de Grace, la manière dont il envisage parfois le mariage est tellement naïve qu’on la lui envie. Lorsque sa femme lui avoue qu’elle a pensé épouser deux autres hommes,  voilà ce qu’il lui répond :

« Extraordinaire ! Avouez que vous ne vous seriez jamais amusée autant qu’avec moi ?
- L’amusement n’est pas le but du mariage, fit Grace, très digne.
- Vous en êtes sûre ? »


Sans commentaire. Il n’est pas tout le temps comme cela non plus, il sait aussi agir en adulte, et pourquoi il a épousé Grace (non, rien à voir avec l’argent, même si, comme tout le monde le sait, les Français, qu’ils soient richissimes ou non, ne négligent jamais la perspective d’en avoir encore plus…).

Le couple formé par Grace et Charles-Edouard est victime des manigances de Sigismond, mais ce dernier sait aussi être plus attendrissant aux yeux du lecteur, lorsqu’il entreprend de se faire gâter également par ceux qui aspirent à devenir ses beaux-parents. L’une des maîtresses de Charles-Edouard, afin de conquérir le garçon, organise un bal où les enfants sont conviés. C’est une première dans la bonne société parisienne, et une véritable catastrophe. Les adultes s’arrachent les enfants, relégués à la campagne d’ordinaire, afin d’être admis au bal, deux mères incapables de reconnaître leur bébé à la fin de la soirée tirent au sort l’enfant qu’elles vont remporter, et le petit Sigismond s’endort, tandis que son père est parti s’amuser avec une honnête épouse... 

Un roman délicieux, idéal en cas de petite baisse de morale ou simplement pour se divertir.

Emjy aussi a adoré.


Commentaires sur Le cher ange ; Nancy Mitford

    Comme j'ai "La poursuite de l'amour" et "Love in a cold climate" chez moi, je vais commencer par ces deux-là.... mais celui-ci est définitivement noté!

    Posté par Karine :), 16 février 2009 à 04:14 | | Répondre
  • "La poursuite de l'amour" est dans ma PAL mais je rajoute ce titre, je suis très alléchée! (la couv' n'est pas terrible, c'est vrai)

    Posté par fashion, 16 février 2009 à 08:15 | | Répondre
  • Les filles : celui-ci est encore mieux, donc même si vous n'aimez pas les autres, il faudra le lire !

    Fashion : merci du soutien ! Je ne pense même pas l'acheter en VF du coup...

    Posté par Lilly, 16 février 2009 à 09:12 | | Répondre
  • alors oui je trouve la couverture du livre affreuse mais ton billet enlève vite cet aspect négatif pour laisser place à une envie irrépréssible de lire ce roman!! je le note!!!

    Posté par lael, 16 février 2009 à 11:51 | | Répondre
  • Je voulais acheter le coffret contenant ce livre et un 2e mais le prix m'a fait repousser le moment fatidique... Je n'aime pas trop la couverture non plus, j'adore le bandeau mais la simple photo en plein couverture fait assez cheap. ca me fait plutôt penser à Sissi et ce genre d'histoires.

    Posté par Lou, 16 février 2009 à 11:58 | | Répondre
  • Je confirme : charmant livre, à lire sans tarder! la couverture ? je vois Mitford et cela suffit !!!

    Posté par keisha, 16 février 2009 à 15:12 | | Répondre
  • Ben moi, c'est avec le prénom du petit garçon que je bloque.
    Sigismond !
    Ça devrait être interdit.
    Rien que pour ça, non, non, je ne suis pas intéressée (en fait, il y a d'autres raisons, mais elles reposent sur des arguments encore plus faibles, c'est dire).

    Posté par erzébeth, 16 février 2009 à 20:41 | | Répondre
  • Je dois absolument lire cette romancière, donc pourquoi ne pas commencer avec celui-ci. Et je dois avouer qu'elle ne me dérange pas cette couverture

    Posté par Manu, 16 février 2009 à 21:35 | | Répondre
  • C'est vrai que la couverture donne envie de partir en courant ! heureusement que tu es là pour nous dire le contraire...

    Posté par Gambadou, 17 février 2009 à 10:15 | | Répondre
  • Lael : je suis ravie que cette horreur ne te coupe pas ton envie de le lire !

    Lou : oui, le coffret est à un prix franchement élevé. Mais "Pas un mot à l'ambassadeur" me tente énormément, on y retrouve des personnages des deux livres de Mitford que j'ai lus !!

    Keisha : malheureusement, tout le monde ne sait pas qui est Mitford, et ça me fait mal de la voir si maltraitée.

    Erzébeth : je pense que tu es fatiguée, tes arguments sont vraiment étranges (j'ai vu ton commentaire sur "Le proscrit" chez Fashion). Moi aussi j'ai hurlé en lisant ce prénom (d'ailleurs, il est moqué dans le livre), mais ce gosse est une plaie qui porte bien son nom !

    Manu : je te renie ;o))

    Gambadou : merci de ton soutien ;o))

    Posté par Lilly, 17 février 2009 à 15:28 | | Répondre
  • En effet... la couverture de ce livre est... épouvantable !

    Posté par Léthée, 17 février 2009 à 16:40 | | Répondre
  • Heureusement qu'il y a ton billet car en effet, la couverture me fait fuir ! Elle me fait penser aux téléfilms diffusés sur la 6 le dimanche après-midi.

    Posté par Cécile, 17 février 2009 à 16:50 | | Répondre
  • Léthée et Cécile : téléfilm de M6, c'est exactement ça.

    Posté par Lilly, 17 février 2009 à 18:16 | | Répondre
  • Tu m'as donné envie de relire Mitford et en cherchant en ligne j'ai trouvé qu'il y avait une suite à "L'amour dans un climat froid" : "don't tell Alfred". Si je craque j'irai faire un tour à la Llibreria inglesa pour voir s'ils l'ont. J'ai découvert aussi dans le Maugham que cet auteur a écrit beaucoup plus que je ne le pensais !

    Posté par Lou, 18 février 2009 à 11:33 | | Répondre
  • Lou : Maugham parle de Mitford dans son livre ? J'ai hâte de savoir où tu en es, et ce que tu as pensé de "Le fugitif" !

    Posté par Lilly, 19 février 2009 à 14:11 | | Répondre
  • Je ne connaissais pas ce roman de Nancy Mitford, mais il semble corerspondre à ses meilleurs écrits, Lilly ... Je le retiens pour passer un bon moment avec ce joli couple !!

    Posté par Nanne, 20 février 2009 à 13:43 | | Répondre
  • Nanne : j'espère que ce livre te charmera autant que moi. Mais si tu aimes Mitford, il ne devrais pas y avoir de problème ;o)

    Posté par Lilly, 21 février 2009 à 09:37 | | Répondre
  • Heureusement que tu en dis du bien car rien qu'à voir sa couverture il n'aurait pas sauté dans mon panier... Merci, je note !!

    Posté par Constance 36, 22 février 2009 à 10:52 | | Répondre
  • Constance : bonne lecture !

    Posté par Lilly, 22 février 2009 à 11:10 | | Répondre
  • Idem que pour Von arnim, j'aime bcp, j'ai lu la poursuite de l'amour et l'amour ds un climat froid, mais je ne connaissais pas ce titre.

    Posté par freude, 22 février 2009 à 19:53 | | Répondre
  • Freude : je l'ai préféré à "La poursuite de l'amour", j'espère qu'il te plaira à toi aussi !

    Posté par Lilly, 23 février 2009 à 10:10 | | Répondre
Nouveau commentaire