21 octobre 2008

Bartleby le scribe ; Herman Melville

31zk1fU3iPLAmsterdam ; 155 pages.

J'ai lu cette nouvelle après avoir lu le billet de Sylvie, qui m'a fait découvrir que Melville a écrit d'autres textes que le terrifiant Moby Dick. Céline avait écrit un billet formidable (pour changer) à propos de ce dernier, mais je ne suis pas encore totalement convaincue que la chasse à la baleine soit faite pour moi. D'ailleurs, Le vieil homme et la mer n'est pas près de quitter l'étagère sur laquelle il prend la poussière pour des raisons assez semblables.

Mais revenons-en à Bartleby. L'intrigue est en fait assez simple. Le narrateur, un homme plutôt calme, a un don certain pour choisir les scribes qui travaillent pour lui. Dindon est un Anglais qui change de couleur après midi. Lapince ne sait pas ce qu'il veut, et n'est pas franchement du matin. Et Gingembre, le gamin de douze ans, sert davantage à rapporter à ses collègues les biscuits qui lui donnent son surnom, qu'il ne fait son apprentissage du droit.
Un jour, l'activité augmentant, un nouveau scribe se présente, un certain Bartleby. Son patron croit alors avoir déniché une perle rare. Bartleby, malgré son air déprimé, semble en effet assoiffé de travail. Mais très vite, aux requêtes de son patron, il répète inlassablement et sur le même ton dégagé :

"Je préférerais m'abstenir."

On va de surprise en surprise avec ce texte. La situation est plutôt hilarante au premier abord. Les personnages sont tellement caricaturaux qu'on a du mal à prendre le narrateur au sérieux.
Mais il devient difficile de ne pas se crisper lorsque la situation dégénère, et qu'elle révèle de quoi est faite l'existence de Bartleby. Il ne connait personne, ne sort jamais, et se braque de plus en plus, empêchant ainsi son employeur, pourtant bienveillant, de parvenir à le cerner.
On est d'autant plus mal à l'aise qu'il est difficile de savoir si Bartleby est aussi misérable qu'il en a l'air, ou s'il s'agit au contraire d'un dangereux manipulateur. Rien ne semble le déranger quand n'importe qui d'autre aurait été embarrassé à l'extrême. Les rôles s'inversent, l'employeur n'ose pas agir contre les agissements de Bartleby, un peu comme si c'était lui qui devait prendre des pincettes. A l'inverse, Bartleby agit un peu comme un patron, accomplissant uniquement les tâches qu'il juge dignes de lui, décidant de ses moments d'oisiveté, mais tout ça de façon tout de même misérable, de façon à ce qu'on ne puisse que le plaindre. Les quelques phrases qui semblent indiquer des réponses ne sont pas assez étoffées pour qu'on puisse en saisir le sens, et on n'apprendra pas la moindre information sur qui il est vraiment.

J'ai beaucoup aimé ce petit livre, beaucoup réfléchi, beaucoup été secouée. Je pense d'ailleurs le relire (de toute façon, il est vraiment très court), histoire de vérifier que rien ne m'a échappé, et j'espère que ça ne s'arrêtera pas là entre Melville et moi.   
   

Posté par lillounette à 15:28 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : ,


Commentaires sur Bartleby le scribe ; Herman Melville

    Ah oui ! ça doit être intéressant de voir cette relation employeur/employé et puis si il est court, c'est pile ce dont j'ai besoin pour alterner avec mes prochains pavés.

    Posté par La liseuse, 21 octobre 2008 à 18:35 | | Répondre
  • Je me souviens très bien que Papillon en avait parlé, et depuis je me suis juuuurée de le lire, et même rapidement, tiens...
    Et évidemment, je n'ai rien fait. Et c'est mal. Mais je vais le lire. Promis. Un jour...

    (tu as définitivement abandonné T. Hardy, alors ?)

    Posté par erzébeth, 21 octobre 2008 à 21:58 | | Répondre
  • J'avais lu un billet au sujet de ce livre qui m'avait bien intriguée... et le tien m'intrigue encore plus! Je n'avais pas allumé que c'Était le même auteur que Moby Dick, par contre!!! Je ne suis pas vite vite, des fois!!

    Posté par Karine :), 23 octobre 2008 à 02:32 | | Répondre
  • Tiens, tiens, je suis sûre d'en avoir entendu parlé comme d'un immanquable. Mais par qui ? Une prof de français peut être... En tout cas, je le renote !

    Posté par praline, 23 octobre 2008 à 02:47 | | Répondre
  • Intriguant comme livre... je note !

    Posté par Gambadou, 24 octobre 2008 à 09:17 | | Répondre
  • 155 pages, on ne risque pas grand chose et ton billet est intriguant, c'est le mot !

    Posté par keisha, 24 octobre 2008 à 17:15 | | Répondre
  • Mais j'y crois pas ! J'avais posté un commentaire hier et il a disparu !

    Je disais donc qu'il me tentait ce Bartleby même si Melville m'effraie, sans doute car comme toi, la chasse à la baleine me fait plutôt fuir !

    Posté par Manu, 24 octobre 2008 à 18:35 | | Répondre
  • La liseuse : moi aussi j'alterne un peu pavés et livres très courts.

    Erzébeth : non, je n'ai pas définitivement abandonné, mais disons que ce n'était pas trop le moment.

    Karine : j'adore tes expressions québécoises ;o)

    Praline : tu devrais aimer !

    Keisha : "Bartleby" fait une cinquantaine de pages en tout, le livre que j'ai lu est un recueil en fait.

    Manu : promis, je ne l'ai pas effacé ;o)

    Posté par Lilly, 25 octobre 2008 à 13:24 | | Répondre
  • Ton commentaire est franchement excellent! Je te conseille de lire "Billy Budd, marin", une longue nouvelle fort simple dans sa trame, mais une pure merveille d'écriture et de sensibilité.

    Posté par sybilline, 26 octobre 2008 à 22:11 | | Répondre
  • Sybilline : merci ! Je note donc cette autre nouvelle !

    Posté par Lilly, 27 octobre 2008 à 09:30 | | Répondre
  • J'ai attendu d'avoir terminé ma lecture et mon commentaire pour lire le tien (histoire de ne pas être influencée par ton avis ^^)!

    Je trouve que tu résumes très bien la situation et l'ambiance de la nouvelle. Je pense également que ma découverte de Melville ne s'arrêtera pas là! Je n'ai personnellement pas d'appréhension à lire Moby Dick, je pense donc que ce sera le prochain!

    Posté par Keltia, 27 octobre 2008 à 09:38 | | Répondre
  • Keltia : en fait, je parle, mais "Moby Dick" est quand même sur ma PAL... ^^

    Posté par Lilly, 28 octobre 2008 à 09:07 | | Répondre
  • Je me doute , ce n'est pas la première fois que ça m'arrive ! Les mystères de l'informatique ...

    Posté par Manu, 28 octobre 2008 à 21:27 | | Répondre
  • Manu : ce n'est pas non plus la première fois que ça arrive sur ce blog..

    Posté par Lilly, 28 octobre 2008 à 21:34 | | Répondre
  • Je viens de le lire, quel texte intrigant ! Le narrateur m'a fait sourire avec sa mollesse bienveillante, incapable de réagir face à Bartleby. Ce qui m'a troublée, c'est de penser que la situation de cet employé est très actuelle...

    Posté par canthilde, 30 octobre 2008 à 11:19 | | Répondre
  • Canthilde : actuelle ? Dans quelle mesure ?

    Posté par Lilly, 30 octobre 2008 à 16:20 | | Répondre
  • Actuelle dans la mesure où il me fait penser aux "travailleurs pauvres", ces salariés qui ne gagnent pas assez pour se payer un loyer et sont obligés de dormir sous les ponts. Bien sûr, le personnage a un problème psychologique, mais il est viscéralement attaché à son bureau, comme si la vie se résumait au travail (qu'il ne fait pas, d'ailleurs !). Un peu comme les employés japonais aujourd'hui...

    Posté par canthilde, 01 novembre 2008 à 17:22 | | Répondre
  • Canthilde : je ne voyais pas du tout ça comme toi. Pour moi, Bartleby est juste un mystère complètement irrésolu.

    Posté par Lilly, 03 novembre 2008 à 22:02 | | Répondre
  • J'aime beaucoup ce livre aussi. Si tu aimes ce personnage, je te conseille aussi la lecture de Bartleby et compagnie de Vila Matas qui répertorie tous les "Bartleby" : des écrivains qui auraient préféré ne pas écrire. C'est très fin et très drôle.

    Posté par Anne-Sophie, 16 novembre 2008 à 23:24 | | Répondre
  • Anne-Sophie : merci du conseil, ça me tente bien.

    Posté par Lilly, 18 novembre 2008 à 14:47 | | Répondre
Nouveau commentaire