9782253096290_G_1_Édition Le Livre de Poche ; 248 pages.
4 euros.

" A l'égal de la princesse de Clèves et de la Sanseverina, la duchesse de Langeais est l'une des grandes divinités féminines de notre littérature.
Elle réunit en sa personne le triple prestige de la beauté, de la naissance et du malheur. Issue d'un sang illustre, Antoinette de Navarreins voit le jour en 1794, sous la Terreur, une bien sombre étoile qui sera pour elle la marque du destin. Quelque vingt ans plus tard, séparée de son mari abhorré que lui avait imposé un père indifférent, c'est l'une des gloires mondaines du Faubourg Saint-Germain.
Mais que dissimule la coquetterie glacée de cette aristocratique Célimène ? Et par quel étrange sortilège l'incandescente passion d'Armand de Montriveau va-t-elle à son tour la consumer ? Comme tout vrai chef-d'œuvre, ce " roman noir " - primitivement intitulé " Ne touchez pas à la hache " - est pour partie une autobiographie sublimée, c'est-à-dire le contraire d'un roman à clefs. " Moi seul sais ce qu'il y a d'horrible dans La Duchesse de Langeais ", confiait Balzac à l'un de ses proches.
C'est pourquoi l'œuvre conserve, depuis plus d'un siècle et demi, son mystère et sa force de séduction. "


Cela faisait plusieurs années que je n'avais pas lu Balzac. Il y a quelques semaines, j'ai été accrochée à la librairie par La Duchesse de Langeais, dont la récente adaptation au cinéma a entraîné une nouvelle édition.

Ce livre m'a happée dès les premières pages. J'ai lu avec délice la description de cette île où "Soeur Thérèse" a trouvé refuge. J'ai tremblé d'émotion avec ce général, fou d'amour et désespéré, qui sent à nouveau la présence de celle qui l'a abandonné cinq ans plus tôt.
Outre l'histoire d'une "passion" inassouvie, on trouve dans ce roman un regard critique sur la société française du XIXe. Car c'est aussi un roman qui renferme beaucoup de rancoeur. Balzac règle ses comptes avec la noblesse française cramponnée à ses titres et renfermée sur elle même, avec une description impitoyable du faubourg Saint-Antoine. Dans ce lieu à la mode vit et séduit la Duchesse de Langeais, qui est à la fois victime et coupable dans cette société méprisable, et qui incarnerait pour beaucoup une femme aimée en vain par Balzac.
Antoinette commence, à force de coquetterie égoïste et d'hypocrisie, par séduire le Marquis Armand de Montriveau. Elle en joue, le repousse, au nom des convenances, de sa réputation. Surtout, elle refuse de voir ses sentiments pour cet homme s'éveiller afin de se protéger, mais c'est justement cet aveuglement qui cause sa perte. Elle blesse un homme orgueilleux et vengeur, qui lui fait comprendre, trop tard, combien les grands principes moraux sont dérisoires et dépassés. 
Balzac décrit les tourments amoureux avec une foule de précisions, des termes choisis avec minutie, ce qui nous permet de ressentir la peine des deux principaux personnages avec autant de violence que si on y était. C'est violent, c'est douloureux, mais c'est sublime. Balzac possède un style poétique dans lequel je me suis plongée avec délice.
Seule la fin, trop rapide, trop froide, qui contraste avec le style passionné et les longs commentaires du reste du livre m'a un peu frustrée. Je sais que Balzac aime finir ses livres avec une touche très ironique, et nous en avons là un bel exemple, mais le réveil a été un peu brutal...

A noter que l'édition du Livre de Poche est vraiment très bien faite. La préface est vraiment très intéressante. Et les nombreuses annotations permettent de comprendre sans alourdir la lecture un roman rempli de références historiques et de termes dont le sens a évolué.

" Mais il n'y a point de petits événements pour le coeur ; il grandit tout ; il met dans les mêmes balances la chute d'un emprire de quatorze ans et la chute d'un gant de femme, et presque toujours le gant y pèse plus que l'empire. Après les faits viendront les émotions. " (page 59)