11 septembre 2013

Lettre à mon ravisseur - Lucy Christopher

lettre_a_mon_ravisseur-18a6b"Avant toi, j'adorais le chocolat, maintenant, l'odeur seule me soulève le coeur."

Gemma, une jeune lycéenne, est kidnappée à l'aéroport de Bangkok. Son ravisseur s'appelle Ty. Il est australien, et c'est au coeur du bush qu'il l'emmène, à l'écart de toute trace humaine. Gemma nous raconte son histoire à travers une lettre adressée à celui qui l'a enlevée.

Je n'aime pas les histoires glauques, mais ce livre a été encensé par la plupart de ses lecteurs, ce qui a attiré mon attention. En fin de compte, j'ai presque eu un coup de coeur pour ce roman.
La kidnapping est un sujet difficile, surtout en littérature jeunesse. Pourtant, Lucy Christopher le traite admirablement bien. Ty est obsédé par Gemma, son caractère est instable, mais il ne lui fait subir aucune violence sexuelle. D'abord terrorisée, l'adolescente parvient à établir des règles avec son ravisseur, tente de prendre le dessus, de s'enfuir, et de savoir qui est ce jeune homme qui l'a enlevée après l'avoir suivie durant des années. Tout comme elle, le lecteur finit par développer le Syndrôme de Stockholm. Ce que fait Ty est condamnable, et comme dans tout roman jeunesse, le méchant est puni à la fin, mais il apparaît surtout comme un gamin pitoyable, seul et désabusé. Des rêves plein la tête au début du livre, j'ai vraiment eu de la peine pour lui lorsque la réalité le rattrape (bien que ce soit inévitable).
En face de lui, on découvre une jeune fille pas forcément bien dans sa peau au début de l'histoire. Ses meilleurs amis sortent ensemble, ses parents ne lui montrent pas assez leur affection, et son camarade Josh a eu une attittude très déplacée à son encontre. Sa captivité, puis les moments qui suivent sa libération, lui permettent de mettre sa vie à plat, de s'affirmer et de grandir, donnant un côté roman d'apprentissage à ce livre. Dans sa conclusion, Gemma s'est transformée en jeune fille mature et généreuse, avec beaucoup de clairvoyance. J'ai bien conscience que c'est une vision très idéalisée du kidnapping, mais je pense que cela s'explique par le fait que ce l'enlèvement et la captivité de Gemma sont surtout des prétextes pour évoquer le passage à l'âge adulte.
Enfin, ce qui m'a le plus plu dans ce livre, c'est la découverte du bush australien. Difficile de résister à ces évocations de terre rouge, de plantes en forme de porc-épic, ou encore de chamelle affectueuse, même si ça grouille de serpents et de scorpions. Certains passages comme le tableau vivant du Bush sont absolument magnifiques, et font presque oublier le caractère dramatique de la situation.

"Il est difficile de haïr quelqu'un une fois qu'on l'a compris."

Au final, un livre traitant un sujet grave avec originalité et délicatesse.

Les avis de Stephie et Hérisson.

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07 juillet 2010

La séance ; John Harwood

9782749114934R2Le Cherche Midi ; 358 pages.
Traduit par D. Mazingarbe. 2009
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Attention, mon billet contient de gros spoilers !

Londres, fin du XIXe siècle. Constance Langton a cinq ans lorsqu'Alma, sa petite soeur, décède brutalement. Sa mère ne s'en remettra jamais, ce qui laisse la petite survivante dans un état de solitude et d'incompréhension qui déterminera son existence jusqu'à l'âge adulte. Sa nourrice est la seule personne avec laquelle elle parvient à tisser des liens. Alors qu'elles se promènent souvent aux abords de l'orphelinat des enfants trouvés, la jeune Constance commence à s'interroger sur ses origines.
Des années plus tard, M. Langton quitte sa femme et sa fille, lassé par l'apathie de la première et indifférent à la seconde. Constance, désespérée, commence à s'intéresser au spiritisme qui, pense t-elle, pourrait aider sa mère, en la faisant entrer en contact avec Alma.
Plus tard, réfugiée chez son oncle, elle reçoit la visite d'un mystérieux notaire qui lui annonce qu'elle a hérité d'un manoir dans le Suffolk, demeure qui a été le témoin d'événements aussi épouvantables qu'inexpliqués, et qui continue à effrayer les alentours.
Constance se lance dès lors à la recherche de ses origines.

Sauf si vous avez fait la grève de la blogosphère ces dernières semaines, vous ne pouvez pas ignorer l'existence de ce livre. Pour moi, c'est le genre auquel je ne peux absolument pas résister, celui qui rend hommage au roman anglais, comme c'était le cas dans Les Maîtres de Glenmarkie, Le Treizième conte ou De pierre et de cendre.
Tous les ingrédients sont en effet présents pour nous envoûter, la demeure effrayante et le bois qui l'entoure, les secrets non résolus, les journaux intimes, les personnages ambigus et manipulateurs, les amours brisées. Le récit est parsemé de coups de théâtre très bien amenés, ce qui le rend très rythmé, et nous permet de nous éclipser du monde réel l'espace de quelques heures.
Pourtant, j'avoue que cette lecture a globalement été une déception pour moi. Plusieurs blogs ont évoqué avant moi le style, qui n'est pas extraordinaire en effet. Il y a également quelques situations qui paraissent un peu incongrues dans une intrigue censée se dérouler à la fin du XIXe, mais mes réserves sont ailleurs. Ainsi, je trouve que le grand méchant est éliminé bien trop facilement. Il n'a aucune occasion de s'exprimer, de livrer sa version des faits et d'éclairer le récit, alors que jusque là il était parvenu à tromper tout le monde et à échapper à toutes les justices. En bonne trouillarde, j'ai tremblé pendant les quelques pages où l'on découvre de qui il s'agit, mais je suis restée sur ma faim.
De plus, j'ai été perplexe en apprenant que Constance n'est pas Clara. Certes, si cela avait été le cas, la chose n'aurait pas été amenée avec beaucoup de subtilité puisqu'on s'en doute dès le début. Cependant, le choix de l'auteur me paraît très discutable également. Les doutes de Constance depuis son enfance, l'attitude de ses parents (qui pour le coup est incompréhensible), cette quête d'identité, tout cela aura finalement été vain...
A mon sens, la fin manque de cohérence et ne tient pas les promesses faites au fil du récit.
Ce livre semble ne pas aller au-delà de sa dernière page, et pour moi c'est un sérieux défaut.

Je ne suis donc pas complètement convaincue par ce livre, mais il m'a tout de même permis de passer un bon moment, et je ne doute pas qu'il en sera de même pour beaucoup d'autres lecteurs.

Les avis de Titine, Lou, Maggie, Karine, et Caro[line], emballées. Tiphaine et Emjy sont plus mitigées.

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01 décembre 2008

Ailleurs ; Julia Leigh

51MUWMCBOMLBelfond ; 104 pages.
Traduction de Jean Guiloineau. 2008.
V.O. : Disquiet.

Je suis silencieuse depuis une semaine, mais c'est seulement parce que j'ai commencé plusieurs livres, qui me plaisent tous beaucoup, et que je lis donc en parallèle. Mais mon paquet victorian swap est presque prêt, j'attends juste que d'autres se lancent pour l'envoyer.

Pour en venir au livre de Julia Leigh, je l'ai repéré sur le blog de Lamousmé, généralement de très bon conseil, qui a adoré. Je ne vais pas revenir sur ma précédente phrase et vous dire que Lamousmé s'est trompée, parce que Ailleurs est véritablement un texte fort, travaillé, et profond. J'étais assez perplexe au début de ma lecture, mais je n'en ai pas moins dévoré ce livre, et il n'est pas question que je m'en sépare (sort auquel sont de plus en plus destinés les livres que je n'ai pas vraiment aimé, pour des questions de place).

En quelques phrases, Julia Leigh nous plonge dans l'ambiance désagréable de l'histoire d'une femme qui rentre dans la demeure familiale après avoir fuit l'Australie et son mari violent. Elle vient d'arriver avec ses deux enfants, lorsque son frère et sa belle-soeur rentrent de la maternité, un bébé mort-né dans les bras. Très vite, on sent que les personnages se retrouvent prisonniers dans une situation malsaine, qu'ils ne parviennent pas à crever.

Nous n'avons pas droit à de nombreuses explications par la suite, tout semble être fait de non-dits, d'actes manqués et de secrets de famille avec ces personnages. Ces derniers sont aussi fascinants que repoussants, désillusionnés et cruels. Ils restent volontairement distants, Olivia n'étant désignée par la narratrice que comme "la femme" par exemple.

A ce stade de mon billet, on pourrait penser que j'ai été totalement conquise. Cependant, je ressors de ce livre autant mal à l'aise parce que l'histoire est peu réjouissante que parce que je n'y ai rien compris.
En relisant le billet de Lamousmé, qui cite tout un tas de références (dont Lewis Carroll, que je dois décidément lire de toute urgence) que je ne connais pas, j'ai le sentiment qu'en fait, ce livre ne s'adresse pas à un public très vaste. Je ne dis pas que toute personne lisant ce livre sans connaître les dieux lamousméens perdra son temps en lisant ce roman, mais il me semble que cette ignorance nuit à la lecture dans ce cas précis. 

Je ne sais pas trop ce que je dois vous conseiller en fin de compte. J'ai envie de vous dire de vous précipiter dessus, tout en espérant qu'il ne vous fera ressentir que la partie positive de mon avis. 

29 mars 2008

La voleuse de livres ; Markus Zusak

9782266175968R1_1_Pocket ; 640 pages.
7,70 euros.

Un bon conseil : n'écoutez pas les mauvaises langues^^. Je viens de terminer ce livre, et je suis encore sonnée.

Liesel est encore une petite fille quand sa mère les conduit, elle et son petit frère dans la banlieue de Munich, à Molching. C'est dans le train que Liesel rencontre pour la première fois la Mort, qui vient emporter son cadet. Après les funérailles, Liesel trouve un livre dans la neige et l'emporte. A Molching, elle est accueillie par Rosa et Hans Huberman. C'est avec eux ainsi qu'avec Rudy, son meilleur ami, qu'elle va vivre la Deuxième Guerre mondiale, surveillée en coin par la Mort. Hans Huberman se lève toutes les nuits pour la consoler après son cauchemar récurrent. Avec lui, elle apprend à lire, se passionne pour les livres, qu'elle vole, et finit même par fasciner les autres habitants de la rue Himmel en leur faisant la lecture lors des bombardements.

La voleuse de livres est un livre auquel il est difficile de rester insensible quand on le croise sur un présentoir. La couverture est vraiment bien trouvée et le titre accrocheur. J'avais été un peu refroidie par les avis mitigés voire carrément écoeurés lus sur les autres blogs, du coup j'ai attendu la sortie poche (au grand bonheur de mon porte-monnaie).
En fait, même s'il m'a fallu une cinquantaine de pages pour vraiment rentrer dans l'histoire, le style m'a beaucoup amusée. J'imagine qu'en VO, cela doit encore mieux rendre, parce que Markus Zusak joue avec les mots, intègre différentes formes, et démontre le pouvoir des mots. Max se sauve de Stuttgart parce que le titre Mein Kampf écrit sur le livre qu'il porte dissimule qu'il est juif. Markus Zusak fait simple, puis nous dévoile certaines choses, avant de revenir en arrière. Tout cela sans créer de confusion, au contraire. Cela permet au lecteur de mieux enregistrer, de mieux comprendre. 
Contrairement à Clarabel, j'ai trouvé la Mort plutôt attachante. Son "Doux Jésus, Rudy..." est terrible. C'est bien simple, je n'ai pas pu retenir mes larmes sur la fin. Pourtant, je pleure rarement en lisant un livre.
Il faut dire qu'ils sont vraiment attachants ces personnages. Liesel, Rudy, Hans, Rosa, Tommy, et même la vieille guigne qui crache chaque jour sur la porte des Huberman. Le sujet est grave, mais l'histoire est ensoleillée. J'ai éclaté de rire à plusieurs reprises, Liesel n'est qu'une enfant, et ses actes sont ceux de quelqu'un qui ne s'attache qu'à ce qui compte vraiment. Rudy et elle ne comprennent pas tout, mais ils ont les bonnes intuitions. Il y a l'accordéon d'Hans, les hurlements de Rosa, les "saurkel" et les "saumensch" à tout va. Parce qu'il y aura toujours plus tard pour se dire que l'on s'aime. Enfin, c'est ce que l'on croit.
Ce livre est vivant, distrayant, grave et puissant.
Courez l'acheter !

" Désormais, je ne veux plus espérer. Je ne veux plus prier pour que Max soit sain et sauf. Ni Alex Steiner.
     Parce que le monde ne les mérite pas. "
(page 599)

Les avis d'Emjy et de BlueGrey.

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