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Dans ce très court texte, Annie Ernaux revient sur l’obsession qu’elle a éprouvée pour la femme avec laquelle W., son compagnon durant six ans, a refait sa vie après qu’elle l’ait quitté.

Le langage amoureux, bien qu’il relève de ce qu’il y a de plus intime, a une part universelle (j’ai beaucoup pensé à Barthes en lisant ce livre). Cette obsession, et surtout son absurdité apparente, nous l’avons sans doute tous au moins effleurée un jour. A l’ère des réseaux sociaux, elle ne risque pas de disparaître.

Faire le deuil d’une histoire d’amour, même quand on est celui qui part, nous conduit à prendre parfois des détours étonnants. Parce que cette nouvelle relation de W. entérine définitivement la rupture, parce que ce n’est plus la narratrice qui mène la danse dans cette séparation ou parce qu’elle réalise que l’on n’est pas si unique aux yeux de notre ancien partenaire, l’autre femme devient une présence asphyxiante. La narratrice n’a même plus le privilège d’être la seule femme mûre à laquelle W. aura succombé.

Il y a bien plus que des sentiments dans une relation, et la comparaison avec ses rivales est d’autant plus irrésistible que l’on vit dans une société qui pousse les femmes à surinvestir le domaine de la séduction. Pour la narratrice, après le mariage conventionnel et la maternité, c’était aussi une récompense bien méritée, ce qu’elle décrit comme un retour à « l’essentiel » .

Comme presque toujours, Ernaux nous offre un texte à savourer puis à digérer longuement.

Folio.
2002.