9782221110508FSRobert Laffont ; 418 pages.
Traduit par Jacquelin Remillet. 1932
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"David, je volerai comme un oiseau, pour toi, si tu m'aimes.
- Alors, vole.
- Je ne peux pas voler, mais aime-moi quand même.
- Pauvre enfant sans ailes.
- Est-ce si difficile de m'aimer ?
- Penses-tu que tu sois facile, ô ma possession illusoire ? "

Alabama Beggs est la troisième fille du juge Beggs et de son épouse Millie, établis dans le sud des Etats-Unis. Elle est curieuse, sauvage, et irrésistible. Bien que très jeune, elle fait tourner la tête aux hommes, avant de donner la préférence à David Knight. Il est artiste, rêve de reconnaissance, et il l'aime passionnément. Il pense pouvoir la mettre dans une tour d'ivoire pour l'y adorer. "La troisième fois qu'il revint sur cette allusion, Alabama lui demanda de ne plus jamais mentionner la tour."
Après la naissance de leur fille, ils quittent New York pour la France, où des milliers d'Américains se sont établis. Sur la Côte d'Azur, Alabama s'éprend d'un aviateur. Leur flirt prend cependant fin lorsqu'ils doivent tous deux partir. Les Knight se rendent alors à Paris, où ils mènent une vie insouciante jusqu'à ce qu'Alabama décide de devenir danseuse. Elle est trop âgée, mais elle travaille avec acharnement pour parvenir à ses fins, délaissant tout le reste.   

J'ai entamé ce livre un peu après ma découverte de Tendre est la nuit. J'étais curieuse de connaître le traitement de son mariage par Zelda, pour le mettre en parallèle avec celui de Scott, mais aussi de découvrir un roman dont j'avais entendu le plus grand bien.
Alabama est un beau personnage, passionné, volontaire. Elle est à la fois légère et tourmentée. Elle veut avoir le contrôle de sa vie, s'interroge sur le sens des choses (qui n'en ont plus lorsque l'on participe à une fête qui dure depuis des semaines, et dont personne ne sait qui l'organise), et refuse de se contenter d'exister auprès des paillettes qui entourent son mari (comme l'a fait sa mère). Elle échoue. " -Je pensais que tu pourrais me dire si notre corps nous est donné pour servir de dérivatif à notre âme. Je pensais que tu saurais pourquoi lorsque notre corps devrait prendre la relève de notre esprit torturé, il échoue et s'effondre ; et pourquoi, quand nous sommes tourmentés par notre corps, notre âme ne peut nous servir de refuge." Le cœur du roman est d'ailleurs ce qu'il offre de meilleur.
Pourtant, je suis plutôt déçue. J'ai trouvé le livre assez inégal en soi, avec des parties intéressantes malheureusement accolées à des passages naïfs et maladroits (il y a même un passage que j'ai dû lire à plusieurs reprises pour parvenir à le déchiffrer). La présentation des événements a parfois des allures de journal nous racontant un quotidien plus ou moins intéressant.
Tout au long de ma lecture, j'étais en fait gênée par quelque chose que je ne parvenais pas à nommer. C'est après avoir refermé le livre que j'ai compris ce qui manquait à Accordez-moi cette valse.
Zelda Fitgerald n'a pas écrit un livre déplaisant, la relation entre David et Alabama comporte de très beaux passages, mais elle s'est contentée de prendre ses souvenirs, de les maquiller un peu, tout en restant à son niveau à elle. C'est d'ailleurs très net. Le seul chapitre où elle n'apparaît pas sonne comme une anomalie. De son côté, son époux a utilisé la même matière, mais il est parvenu à la mettre en valeur et à la rendre universelle, et c'est ce qui fait que Tendre est la nuit est un chef d'oeuvre quand Accordez-moi cette valse est simplement le roman/les mémoires/les fantasmes d'une femme visiblement intelligente qui évoque ses questionnements (ce qui est déjà pas mal, c'est vrai).

Lire les deux livres presque à la suite n'était peut-être pas une bonne idée. Je suis contente d'avoir lu ce roman, mais je crois que je préfère largement les écrits de monsieur.

L'avis de Titine.