18 mai 2009

La Triste Histoire d'Elvira Madigan et du lieutenant Sixten Sparre ; Paardekooper

resize_2_D'Elvira Madigan, je connaissais peu de choses, mais Alice m'a donné une irrésistible envie de me plonger dans ce livre.

En juillet 1889, deux corps sont retrouvés sur une île danoise. Il s'agit de deux amoureux ayant fuit la Suède. Elvira Madigan avait vingt et un ans, et elle était une somptueuse funambule. Sixten Sparre, son amant, était un déserteur de trente-cinq ans, marié et père de deux enfants.

Je ne sais vraiment pas comment vous parler de ce livre, qui est parmi les plus beaux et les plus bouleversants que j'ai jamais lus.
Elvira a tout de l'héroïne à laquelle on ne peut que succomber. Pure, jeune, belle et10058170_110249372062 vraie, amoureuse en fait. "Vingt et un ans elle avait attendu, avant d'embrasser un homme sur le corps. Vingt et un ans, avant de renverser la tête en arrière et de voir l'autre ciel." Elle qui vit en altitude, et qui est jusque là restée insensible à la foule de ses admirateurs, est touchée en plein cœur par ce lieutenant suédois brisé, qui reconnaît en elle son complément. "Lors de moments privilégiés, il s'imaginait qu'ils constituaient les pensées de l'autre, qu'il était en elle quand elle s'avançait sur la corde, et qu'elle était en lui, à l'aube, quand il chevauchait à travers les prés boueux. Qu'ils ne pensaient pas simplement l'un à l'autre, mais dans l'autre. L'obscurité ne se concevait que grâce à la lumière, et la lumière ne prenait son sens que dans l'obscurité. Elle était la lumière, lui, l'obscurité, dans un continuel échange d'énergie, une contraction alternée de l'union, la recherche corporelle d'une nouvelle identité, ou plutôt : d'une identité tout court." Nous les rencontrons alors qu'ils sont arrivés à Svendborg, dans le Danemark natal de la belle Elvira. Ils trouvent encore la force de se blottir l'un contre l'autre, de faire l'amour dans les arbres, de se mentir sur le temps qui reste, et de faire semblant de croire en d'autres possibilités que celle à laquelle ils sont pourtant inexorablement destinés.
Mais lorsque la note d’hôtel est trop grande, qu’il devient évident que personne ne les aidera, et surtout que leur amour n’a rien de terrestre, ils font mine de partir pour quelques jours, laissant des bagages dans leur chambre, puis se rendent sur l’île de Tasinge. Là, Sixten tire une balle dans la tempe d’Elvira, qui s’effondre, avant de se donner la mort.
ElviraEn remontant dans le temps après la mort d’Elvira et de Sixten, on découvre chez le lieutenant, qui est aussi poète, une âme pleine de tourments. Un homme enfermé dans un mariage sans amour, qui se sent mort. "Il pensait qu'il devrait abandonner pour de bon si cela continuait. Non plus seulement jouer à mourir, mais mourir vraiment. Cela arriverait tout seul, il n'aurait qu'à continuer à vivre." "L'argent de la lune se répandait au-dedans comme au-dehors par les fenêtres, se fixant aux murs comme le froid. Le matin, on n'en voyait aucune trace, mais on sentait que tout avait été gelé et recouvert d'une couche triomphale, semblable à la surface d'un miroir. Un suicidaire aurait aisément pu se couper les veines sur les candélabres aiguisés de la tablette de la cheminée." La rencontre d'Elvira semble à la fois la promesse d'un bonheur possible et une immense douleur, du fait de l'absence. Quand ils se rejoignent, c'est déjà trop tard. Ils fuient, mais peinent à respirer malgré leur liberté nouvelle. On assiste à la déception d’Elvira, qui est descendue de son fil pour être finalement rejetée par la terre. "Elle n'était pas descendue sur terre mais planait encore dans l'air. Une funambule sans fil. Une étoile sans firmament." Même eux, semblent s'effacer. Ils ne parviennent plus à se toucher, alors le temps presse.
Il s’agit d’un amour sans mots ou presque, qui est comme un rejet de la société qui n’a pas voulu d’eux. « Plus que tout, ils auraient aimé trouver une brèche dans le temps, une couveuse sexuelle, où ils auraient pu se lover en attendant que le monde leur fasse une place. » Tout n’est que poésie et émotions. Dans une langue magnifique et en s’aidant des saisons et des étoiles, Paardekooper nous décrit le bonheur intense et douloureux d’Elvira et de Sixten, ces êtres, si différents à première vue, qui recherchent dans l'autre une vitalité qui n'existe nulle part ailleurs. Tout n'est qu'hypothèse, puisque les personnages ont réellement existé. Mais la réalité de Paardekooper est sans aucun doute celle qui me convient le mieux.

 

Sp___Mad

 

Alice et Michel ont eux aussi succombé à ce bijou.
Plusieurs films ont été tirés de cette histoire. Holly évoque celui de Bo Widerberg, qui utilise un concerto de Mozart rebaptisé ensuite le concerto Elvira Madigan.

Actes Sud ; 173 pages.
Traduit par Anne-Charlotte Struve.
2003.

Posté par lillounette à 14:07 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
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Commentaires sur La Triste Histoire d'Elvira Madigan et du lieutenant Sixten Sparre ; Paardekooper

    Tu fais très très envie. Je le note précieusement. Merci Alice donc et merci Lilly

    Posté par Ofelia, 18 mai 2009 à 15:44 | | Répondre
  • Je n'ai jamais entendu parler de ce couple. Ton billet est magnifique et tu donnes envie de découvrir ce livre. Je note.

    Posté par Manu, 18 mai 2009 à 16:47 | | Répondre
  • Je me rappelle de la présentation du film chez Holly ; quelle belle histoire !

    Posté par rose, 18 mai 2009 à 17:25 | | Répondre
  • Un roman qui a vraiment l'air bouleversant. Je le note

    Posté par Stephie, 18 mai 2009 à 17:28 | | Répondre
  • Oh ! Oui ça c'est une petite merveille je te l'accorde, un vrais livre magnifique. Je suis contente que tu as succombé à ce livre. Une certaine miss Lou c'est emparée de ce livre suite à mon billet.

    Posté par Alice, 18 mai 2009 à 18:40 | | Répondre
  • Je l'ai repéré chez Malice aussi, et je l'ai acheté. Sinon aujourd'hui à cause de toi j'ai acheté un recueil de nouvelles de Lawrence, ne trouvant pas le livre dont tu venais de parler (je vais le commander en ligne).

    Posté par Lou, 18 mai 2009 à 18:41 | | Répondre
  • Ah tiens j'ai aussi depuis peu de temps "l'art du roman" !! et Ivanhoe... de Thackeray ? Je l'ai aussi

    Posté par Lou, 18 mai 2009 à 18:42 | | Répondre
  • Ofelia : je crois que tu aimeras cette histoire toi aussi.

    Merci Manu, et j'espère que tu liras ce bijou.

    Rose : oui, je vais d'ailleurs me procurer le(s) film(s) très vite, et j'ai commandé un autre livre parlant d'Elvira Madigan.

    Stephie : il l'est. C'est peut-être LE livre de l'année pour moi.

    Alice : en même temps, ce livre aurait pu être écrit rien que pour moi. Si tu as des ouvrages aussi beaux, et des personnages aussi forts à me conseiller, je prends !

    Lou : j'espère que tu le liras bientôt, je serais curieuse de connaître ton avis.
    Sinon, j'ai lu Thackeray, c'est un régal, même si "La Foire aux vanités" reste de très loin mon préféré.
    J'ai aussi commencé "L'art du roman", et la lecture s'annonce très agréable.
    Et je réitère ma proposition : veux-tu que je te prête "L'étalon" ?

    Posté par Lilly, 18 mai 2009 à 22:23 | | Répondre
  • Noté ! Tu en parles si bien que tu donnes très très envie de le découvrir !

    Posté par Alwenn, 18 mai 2009 à 22:35 | | Répondre
  • Rien qu'à lire ton billet, c'est bon, je suis déprimée pour la journée. Mais c'est certain que ça peut me plaire... et si tu en remets une couche avec le film et un autre livre sur Elvira, je crois que je n'aurai plus tellement le choix.

    Posté par erzébeth, 19 mai 2009 à 10:10 | | Répondre
  • Quel beau billet! Maintenant, il me le faut, ce livre! tout de suite tout de suite!!!

    Posté par Karine :), 19 mai 2009 à 12:26 | | Répondre
  • Ralala, noté chez Malice. Surligné ici ! Et la couverture est superbe !

    Posté par Leiloona, 19 mai 2009 à 12:50 | | Répondre
  • J'en ai déjà entendu parler ... On m'en dit que du bien ... je note!

    Posté par Romanza, 19 mai 2009 à 15:45 | | Répondre
  • noté, évidemment après ce billet

    Posté par amanda, 19 mai 2009 à 17:31 | | Répondre
  • Alwenn : ce livre mérite qu'on le découvre, je suis heureuse d'en donner l'envie.

    Erzébeth : c'est une histoire effectivement déprimante, et la beauté de ce livre accentue encore cet aspect. Mais étrangement, c'est très positif je crois.

    Karine : un livre qui ne compte pas pour la PAL, donc n'aie aucun scrupule.

    Leiloona : oui, elle est délicate et mélancolique, je l'aime beaucoup aussi.

    Romanza : tu ne peux qu'aimer !

    Amanda : j'espère vraiment que ce livre va faire son chemin sur la blogosphère, et bouleverser d'autres lecteurs.

    Posté par Lilly, 19 mai 2009 à 18:16 | | Répondre
  • et bien, comment ne pas noter après un tel billet ! Comme ils étaient beaux...

    Posté par gambadou, 19 mai 2009 à 19:48 | | Répondre
  • Le livre a l'air vraiment bien! Et la couverture est très jolie

    Posté par Ankya, 19 mai 2009 à 21:34 | | Répondre
  • Ton article donne très envie d'acheter ce livre, ça a l'air d'être un vrai bijou. je vais aller lire celui d'Alice.

    Posté par Titine, 20 mai 2009 à 11:26 | | Répondre
  • Pour le Thackeray, avais-tu lu le roman de Scott ? Je ne me souviens plus du tout de l'histoire (en fait je ne sais plus si j'ai lu une version abrégée pour enfants ou pas).

    Sinon pour Lawrence, ne le trouvant pas j'ai tout de même acheté "La Belle Dame", repéré il y a peu de temps, quand je commençais à songer à lire cet auteur. Je vais lire le recueil et en fonction je te dirai... si c'est un énorme coup de coeur je pense que je vais acheter le Lawrence. Par contre il y a deux livres dont tu as parlé récemment et qui me tenteraient (mais ce n'est pas pressé vu tout ce que j'ai à lire) : La Fille des Louganis et Femme de chambre.

    Quant à "L'art du roman", j'ai lu des extraits, c'est un régal. Je ne sais pas si je vais le lire d'une traite ou par petites bribes. Pour l'instant je me régale avec "Combat de l'amour et de la faim" !

    Posté par Lou, 20 mai 2009 à 13:13 | | Répondre
  • Gambadou : oui, c'est vrai. Elle, particulièrement.

    Ankya : je pense que tu pourrais être touchée par ce livre toi aussi.

    Titine : n'hésite pas à le lire, je me répète mais il m'a bouleversée.

    Lou : j'ai juste vu le film en ce qui concerne "Ivanhoe", le livre est dans ma bibliothèque.
    Pour les livres que tu me demandes, en fait les deux ne m'appartenaient pas... Tu tombes mal, c'est rare que je lise des livres que je ne possède pas ;o)

    Posté par Lilly, 20 mai 2009 à 18:57 | | Répondre
  • Je ne connaissais que le (magnifique) concerto, sachant que le nom venait d'un film, mais je ne savais pas qu'il y avait un livre, ni que les personnages avaient vraiment existé!!! Ton billet me donne vraiment le goût, ça a l'air superbe!

    Posté par Grominou, 21 mai 2009 à 00:38 | | Répondre
  • Grominou : c'est superbe ;o)

    Posté par Lilly, 21 mai 2009 à 10:37 | | Répondre
  • Te rends tu comptes, chère Lilly, qu'à chaque billet ou presque tu agraves désespérément la taille de ma LAL !!!

    Posté par liliba, 21 mai 2009 à 20:50 | | Répondre
  • Liliba : je ne m'excuserai pas de lire beaucoup de merveilleux livres en ce moment ;o) Je t'assure qu'ils en valent la peine !

    Posté par Lilly, 23 mai 2009 à 10:32 | | Répondre
  • Oh ce n'est pas grave pour les livres, c'est mieux pour ma PAL alors

    Posté par Lou, 25 mai 2009 à 15:40 | | Répondre
  • Lou : c'est quand même un peu dommage... S

    Posté par Lilly, 25 mai 2009 à 21:12 | | Répondre
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