9782743619732_1_Rivages ; 112 pages.
Traduit par Thierry Beauchamps.
V.O. : Rebecca and Rowena. 1850.

Lettre T du Challenge ABC :

Vous vous souvenez tous d'Ivanhoe j'imagine, ce héros de Walter Scott imortalisé par Robert Taylor en 1952, dans un film que je vénérais quand j'étais petite. Personnellement, j'étais dans la camp des admiratrices de la belle Rowena (en même temps, Joan Fontaine n'est pas la femme la plus repoussante du monde, ce qui est un argument qui pèse lourd pour les petites filles à la recherche de modèles). J'étais donc bien contente qu'Ivanhoe la préfère à Rebecca (bien que brune moi même, je donnais toujours le mauvais rôle à ma seule barbie qui l'était, tellement je la trouvais moche).

W.M. Thackeray n'était pas de mon avis. Il avait lu le livre de Walter Scott, et les cheveux "filasses" de Rowena ne suffisaient pas à le séduire. "Si elles avaient été mises sur un pied d''égalité, il m'a toujours semblé que c'est Rebecca qui se serait mariée et non Rowena, qui alors aurait dû partir se cloîtrer dans un couvent où, dois-je le confesser, je ne me serais jamais soucié de prendre de ses nouvelles." De plus, en tant que lecteur, il est souvent frustré lorsque le mot "fin" apparaît. Il décide donc d'écrire ce qui s'est passé dans la vie d'Ivanhoe après le livre de Scott.

Ce texte est tout simplement délicieux. Thackeray se livre à un bouleversement des codesimages de la culture courtoise avec sa verve habituelle. On croit assister à une pièce de théâtre, dans laquelle les acteurs surjouent, et qui met bout à bout des scènes complètement en décalage les une avec les autres. Cet aspect artificiel (totalement volontaire, contrairement à d'autres, Thackeray maîtrise parfaitement les codes qu'il manipule) rend le récit très drôle. Ivanhoe, modèle de chevalier, tout comme Richard Coeur de Lion, sont totalement tournés en dérision avec ce récit. J'ai adoré les larmes que verse Ivanhoe quand il quitte Rowena, non parce qu'il est réellement triste à la base, mais parce qu'en tant que chevalier, il se doit d'être bouleversé par une telle situation. Et Richard, présenté en roi stupide et cruel (comme le montrerait mon illustration si elle s'affichait en plus grand format), est encore plus malmené. On est également loin d'obtenir un roman d'amour chevaleresque, ceux qui espèrent voir Rebecca prendre toute sa place seront déçus. Cette relation inachevée n'est qu'un prétexte au livre de Thackeray.
En marge, l'auteur en profite pour donner des coups de canif à la belle Chrétienté, en s'amusant avec son lecteur (je sais que certains sont agacés par la manie qu'a Thackeray à intervenir dans son récit, mais ce n'est pas mon cas, bien au contraire) et ses personnages.

Certes, ce livre est incomparable avec La Foire aux Vanités, mais il se lit d'une traite et nous fait passer un très agréable moment.

L'avis de Fashion.